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DIAGNOSTIC

§ V. — Lésions anatomiques.

Nous avons signalé un certain degré de catarrhe chronique qui laisse les altérations décrites dans uû des articles précédents. Par suite de la distension de la vessie, il existe un amincissement de ses parois. C’est du moins ce qui a été indiqué par les auteurs ; l’hypertrophie qui résulte ordinairement de la dilatation des organes creux [a été signalée expressément par Civiale fl), les parois sont épaisses, dures, résistantes même; il y a des colonnes saillantes et développées. Il s’opère alors une sorte d'atrophie musculaire, constatée par l’autopsie. Cette lésion se présente surtout dans les cas où la paralysie a été due à un obstacle permanent, et en particulier à des calculs].

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Lorsque la sortie de l’urine a lieu par regorgement, le diagnostic est des plus simples, mais avant cette évacuation la tumeur qui résulte de la distension de la vessie peut être prise soit pour une ascite, soit pour une tumeur utérine, et principalement pour V hydrométrie et la physomètrie.

Il est de règle d’introduire une sonde dans la vessie toutes les lois qu’il peut y avoir le moindre doute sur la nature de la tumeur. Plusieurs fois cette introduction de la sonde, pratiquée par le chirurgien appelé pour faire la paracentèse , a fait reconnaître l’erreur et empêché une opération dont il est inutile de signaler les conséquences funestes en pareil cas. Il vaut mieux pratiquer inutilement le cathétérisme que de s’exposer à une méprise aussi grave.

Yoici les signes auxquels on reconnaît qu’il s’agit d’une accumulation d’urine dans la vessie, et non d’une ascite. Dans celte dernière affection, le niveau du liquide forme aux environs de l’ombilic une courbe à concavité supérieure, et au dedans de laquelle on trouve le son clair de l’intestin et de l’estomac; dans la distension de la vessie, au contraire, le niveau du liquide forme une courbe à convexité supérieure, et autour de laquelle on trouve le son clair qui vient d’être indiqué ; les flancs et les fosses iliaques présentent aussi ce son clair, tandis que dans l’ascite un peu considérable, la seule qui puisse donner lieu h l’erreur, ces parties donnent un son très-mat à la percussion. Si, dans l’ascite, on fait changer de position au malade, le liquide se porte vers les parties déclives, et de là des changements dans le son des différentes parties, qui ont été décrits à l’article Ascite, page 368, et qui ne se présentent pas dans la rétention d’urine; enfin la fluctuation est bornée dans cette dernière maladie, et on ne la sent pas toujours facilement, tandis que dans l’ascite, elle se fait sentir avec facilité, et a lieu d’un flanc à l’autre.

[ Ces signes n’ont cependant pas une valeur absolue, attendu que, dans des paralysies vésicales très-avancées, il peut y avoir dans la vessie une très-grande quantité d urine sans que cette circonstance produise une tumeur globulaire résistante ; la poche urinaire est, au contraire, étalée et mobile. ]

La physomètrie , affection très-rare, ne pourrait être prise pour une rétention d urine qu’a un examen très-superficiel; il suffit, en effet, de percuter : le son est

(1) Civiale, loc. cit., t. III, p. 223.

clair clans la tumeur qui caractérise cette affection, mat dans celle qui résulte de la rétention d’urine.

Il n’en est pas de même de Vhydrométrie, et l’on pourrait d’autant plus être induit en erreur, que l’utérus tuméfié, pressant sur la vessie’, peut rendre l’évacuation de l’urine très-difficile, et que la tumeur a dans les deux cas la même situation. Celle qui est produite par Y hydrométrie est cependant plus dure, elle ne se laisse déprimer que très-peu. Le toucher vaginal fait reconnaître que l'utérus est remonté dans le grand bassin, et qu’il est beaucoup plus lourd qu’à l’état normal; le toucher par le rectum fait apprécier le corps de l’utérus considérablement augmenté de volume. La fluctuation ne se produit pas dans l’hydrométrie, affection rare, comme dans la rétention d’urine par paralysie de la vessie. Le cathétérisme, qu’on doit toujours pratiquer en pareil cas, ne laisse bientôt place à aucun doute.

Les mêmes remarques s’appliquent aux tumeurs de l'ovaire , qui sont souvent, en outre, inégales, qui ont une résistance variable dans les divers points de leur étendue, et qui présentent cette particularité importante que la matité se prolonge dans la fosse iliaque où elles ont pris naissance/ et où, par la palpation, on sent leur racine.

[Ajoutez les résultats de la percussion lombaire, le malade étant assis : la sonorité est différente d’un côté à l’autre, lorsqu’il s’agit de tumeur ovarique ; elle est la même en cas d’ascite ou de rétention d’urine. Sabatier parle d’une femme qu’on se proposait d’envoyer aux eaux, afin d’obtenir la fonte d’une tumeur qui lui était survenue à l’hypogastre quelque temps après l’accouchement, et qu’on croyait avoir son siège dans la matrice; celte tumeur n’était autre chose que la vessie distendue, et elle disparut par le seul fait de l’introduction d’une sonde (Civiale). Baillarger (1) a vu une jeune fille, que l’on supposait enceinte de trois mois, débarrassée de sa prétendue grossesse par le retour spontané de l’activité musculaire de la vessie ; la rétention d’urine avait été méconnue.]

Il importe de s’assurer si la maladie est bien réellement une rétention d’urine par paralysie, et non par obstacle au cours des urines. Le principal de ces obstacles c’est le gonflement de la prostate. La facilité du cathétérisme avec les sonde? de toutes les courbures, et même avec la sonde droite, est remarquable dans les cas de rétention d’urine par paralysie ; on sait qu’il faut, au contraire, une sonde assez fortement recourbée pour pénétrer dans la vessie, chez les sujets affectés d’un gonflement de la prostate assez considérable pour déterminer la rétention complète de l’urine, et que quelque habileté qu’ait l’opérateur, le cathétérisme ne se fait pas sans difficulté. Les caractères indiqués par Civiale (2) pour les deux cas viennent ensuite compléter ce diagnostic.

Chez quelques femmes hystériques, on observe une rétention d’urine qui exige l’emploi journalier de la sonde. On pourrait croire à une rétention par paralysie; mais, lorsqu’on sonde les malades, on s’assure que le liquide sort par jet jusqu’à la dernière goutte. C’est une rétention par spasme du col, qui, toutefois, si l’on n’y obviait, pourrait causer une vraie paralysie.

[Bettremieux (3), d’après Duchenne (de Boulogne) et Philippcaux, distingue

(1) Baillarger, Gazette des hôpitaux, juin 1858.

(2) Civiale, Maladies des organes génito-urinaires. Paris, 18G0, t. III, p. 22SL

(3) Bettremieux, Du diagnostic delà rétention d’urine, thèse de Paris. 1865, u° 253.

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