COMPLICATIONS SPÉCIALES A LA FEMME
chirurgien pousse lentement. Il n’est pas douteux qu’avec des précautions les accidents soient rares. Alpli. Guérin (1) conseille la solution suivante :
2 'f Nitrate d’argent 10 centigr. | Eau 30 grain.
Les moyens généraux seront utilisés, s’il y a lieu, connue précédemment.
e. — Complications spéciales à la femme.
Ces complications sont au nombre de deux :
1" L’inilammation blennorrhagique des glandes vulvo-vaginales, des glandes de Cowper (cowpérite) ;
T La pelvi-péritonite.
Cowpérite de la f'ciaime. — Rollet désigne ainsi l’intlammution des glandes vulvo-vaginales, si bien décrites de nos jours par Huguier (2); nous leur laissons le nom de glandes de Cowper, parce que c’est le nom que leur donne Astruc, quoique les glandes aient été décrites par des anatomistes antérieurs, Bartholin, VIorgagni, etc.
Tout le monde sait que les glandes vulvo-vaginales sont, pendant les règles ou pendant des excitations génésiques, le siège d’une hypersécrétion assez considérable. Ce liquide incolore, filant, quelquefois très-abondant, peut sortir sous forme d’éjaculation. Dans la blennorrhagie, cette hypersécrétion se manifeste aussi; mais elle peut aller plus loin et prendre les caractères du muco-pus, lorsque la muqueuse glandulaire s’enflamme. Si l’inflammation fait toujours des progrès, elle occupe bientôt le corps de la glande. A ce moment on sent derrière les petites lèvres, entre l’orifice du vagin et la branche ascendante de l’ischion, une petite tumeur globuleuse, douloureuse à la pression, et l’on peut exprimer, par l’orifice de la glande, un liquide en partie muqueux, eu partie trouble opaque.
Si l’inflammation continue, la tumeur prend un volume égal à celui d’une noix, et assez grosse pour fermer l’entrée du vagin; les douleurs deviennent lancinantes; un véritable abcès s’est formé. Cet abcès peut s’ouvrir à l’extérieur, ordinairement dans le pli nympho- labial, fort souvent le pus s’écoule par le conduit excréteur de la glande. Cette complication dure environ deux septénaires.
Le pus une fois évacué, les tissus s’affaissent et la glande ne tarde pas à revenir à son état normal; quelquefois il reste assez longtemps un petit noyau dur que le palper du doigt peut percevoir.
Lorsque l’abcès s’ouvre spontanément, il laisse à sa suite une cicatrice déprimée qui peut en imposer, dans certaines circonstances, pour la cicatrice d’une ulcération chancreuse.
Le traitement devra être au début antiphlogistique; rarement on sera dans l’obligation de recourir aux émissions sanguines; les bains entiers, les applications émollientes et narcotiques, les cataplasmes de farine de lin, suffiront le plus souvent pour calmer la douleur, mais n’empêcheront pas la suppuration.
Il ne faut pas se hâter d’ouvrir l’abcès, car il peut se frayer une voie naturelle par le conduit excréteur de la glande, ce qu est préférable. Toutefois, si le pus
(1) Alpli. Guérin, Maladies (les organes génitaux externes de la femme, levons professées a l’hôpital île Loulcine. Paris, 1864.
la
(2) Huguier, Mémoire sur les maladies des appareils sécréteurs des organes génitaux de femme {Mémoires de l'Académie de médecine , 1850, t. XV).
MALADIES DES VOIES GÉJNl'J 0-UlUN AIRES.
menaçait de s’ouvrir dans un autre point, on pourrait ouvrir en choisissant l’endroit le plus aminci de la muqueuse. Si l’ouverture restait fistuleuse, remplir les indications d’un traitement général, s’il y a lieu, et au point de vue local, recourir aux pansements avec la teinture d’iode étendue d’eau, la solution de nitrate d’argent, du vin aromatique, ou aux injections faites avec les liquides.
Pcivi'périionitc. — Huilier regardait comme possible l'inflammation de l’ovaire pendant le blennorrhagie (1), et en faisait, pour ainsi dire, le pendant de l’orchite chez l’homme. Ricord, Aug. Vidal (de Cassis) et Cullerier ont pu observer ce que Hunier regardait comme possible, et ont signalé l’existence de l’ovarite blennorrhagique. Mercier (2) a rapporté une autopsie faite avec soin d’une femme morte d’une fièvre typhoïde pendant une blennorrhagie. La muqueuse utérine était couleur de lie de vin. L’inflammation se continuait dans les trompes qui n’étaient pas oblitérées du côté de la matrice. La cavité de ces diverses parties contenait un mucus puriforme assez abondant ; on y trouvait peu d’ulcération dans le cul-desac vésico-utérin, de même que dans le cul-de-sac utéro-rectal, il y avait des fausses membranes et molles, et des adhérences. L’ovaire, les trompes, étaient aussi recouverts de fausses membranes. Malgré les adhérences nombreuses qui environnaient le pavillon droit, la cavité communiquait encore avec le péritoine.
L’ovaire peut conserver son volume et sa consistance, quoique couvert de fausses membranes, si bien que Bernutz et Goupil, en face d'une lésion .imparfaitement limitée, ont préféré donner à l’ensemble des altérations que l’on rencontre le nom de pelvi-péritonite (3), désignation dans laquelle se trouve comprise la tubo-ovarite des auteurs contemporains.
Mercier a cru pouvoir expliquer par les adhérences du pavillon, qui empêchent celui-ci de s’incliner vers l’ovaire, la stérilité des filles publiques. Bernutz cl Goupil affirment au contraire que des femmes ayant eu une pelvi-péritonite ont pu avoir des enfants. Madame Boivin estimait que les lésions dont nous parlons, sans empêcher la fécondité, prédisposaient à l’accouchement avant terme.
La pelvi-péritonite paraît assez fréquente, selon Bernutz et Goupil. Ces auteurs l’estiment à un tiers des cas, ce qui correspondrait à la fréquence de l’orchite blen-
norrhagique chez l’homme.
La maladie s’annonce par une douleur dans un des côtés de l’abdomen, quelquefois dans toutes les parties inférieures. Celte douleur augmente par les efforts de toux; le palper l’augmente aussi, et fait constater un empalement au niveau des ligaments larges. Le toucher fait plus rarement naître de la douleur dans
les culs-de-sac antérieur et postérieur. Mais on sent comme une tumeur tenant à la matrice, tumeur que l’on prenait autrefois pour des abcès péri-utérins.
Le svmptôme prédominant dans la pelvi-péritonite est la douleur.
La fièvre est proportionnée à l’intensité des symptômes locaux. On a cité des cas dans lesquels la douleur serait passée d’un côté du bassin à l’autre, imitant pour ainsi dire en cela l’épipidymitc a bascule.
(.)) jouter, Traité de la maladie vénérienne , traduit de l’anglais par G. Iticlielot, avec de nombreuses annotations par Ricord, 3° édition. Paris, 1859.
Au". Mercier, Delà transmission de la blennorrhagie de la femme au péritoine pa r les trompes; de l’oblitération du pavillon et de la stérilité qui en sont la suite ( Gazette des
hôpitaux, 1846, t. VIII, 2e série, p ^32). , , . • m-n . 11
(3) Bernutz et Goupil, Clinique médicale sur les maladies des femmes . Paris, 18o0, t. IJ.