I. — Cystitë blennorrhagique
§ I. — Causes.
La cystite blennorrhagique s’observe assez souvent lé une complication rie
(1) Nayrand, O» adénites inguinales et de leur important tam Mé *» "*««« Vénériennes, thèse de Paris, 1862.
(2) Cité par Nayrand, ibtd.
CYSTITE BLENÀ'OllRHAGioUE. — DIAGNOSTIC. 7.ÔO
Furéthrite blennorrhagique chez la femme. Le peu de longueur du canal explique chez elle la facilité de propagation de la maladie.
Chez l’homme, la cystite blennorrhagique paraît se produire à une époque -plus ou moins éloignée du début de la blennorrhagie. Chez certains individus, elle arrive sans cause appréciable, môme chez ceux qui, sans faire aucun excès, sont tout occupés de se bien soigner. Desruelles avait remarqué que l’abaissement subit de la température coïncidait avec un plus grand nombre de cystites. Le cathétérisme chez ceux qui ont un rétrécissement en même temps qu’une blennorrhagie paraît y prédisposer. Signalons encore l’abus des boissons et les excès de toute espèce.
§ II. — Symptômes.
Le col seul de la vessie est affecté, ainsi que l’a fait remarquer avec raison Rollet, h qui nous devons une description très-exacte de cette complication confondue jusqu’alors avec l’uréthrorrhagie. Ce n’est qu’exceplionnellement que l’inflammation se propage au bas-fond de la vessie, et encore n’est-ce qu’à l’état chronique, car à l’état aigu elle ne dépasse pas le col.
Le besoin fréquent d’uriner est le premier symptôme qui annonce l’invasion de la maladie, et ce symptôme est d’autant plus accusé que l’inflammation fait plus de progrès; lorsqu’elle s’apaise, le malade éprouve un peu moins souvent ce besoin irrésistible pour uriner. Ce besoin, qui est extrêmement fréquent, s’annonce et finit par un sentiment de douleur, un ténesme très-pénible du col vésical, ce qui s’explique par les contractions spasmodiques qui font plisser les tuniques enflammées qui constituent le col. Cette sensation se répand jusque dans le périnée, le pubis, quelquefois dans les fesses et les membres inférieurs ; quelques-uns sont pris de tremblement.
L’urine rendue est en petite quantité et laisse du muco-pus, souvent du mucus mélangé à du sang, et à la fin de la miction, du sang pur. Cet écoulement sanguin est dû à l’action mécanique exercée sur la muqueuse par les contractions spasmodiques des fibres musculaires sur le col de la vessie.
Lorqu’on fait uriner les malades dans un verre à pied, s’il n’y a pas de sang, le mucus se dépose au fond du verre ; s’il y a du sang, celui-ci gagne le fond du vase : c’est le sang pur qui a coulé à la fin de la miction, sa couleur tranche sur celle du mucus rougi, qui est au-dessous.
Lorsque le sang cesse de paraître, la maladie n’est pas terminée, mais elle touche à sa fin. Le dépôt ressemble alors à celui de la cystite catarrhale; mais il peut arriver que l’inflammation gagne le corps de la vessie; la douleur devient alors hypogastrique, elle s’irradie dans les lombes ; le dépôt est très-abondant ; les envies d’uriner sont fréquentes, mais les épreintes moins douloureuses; tous phénomènes qui se rapprochent du catarrhe simple de la vessie.
La dvsurie occasionnée par la cystite dure un septénaire ou deux; elle ne provoque pas de réaction fébrile d’une manière générale.
§ III. — Diagnostic, pronostic.
Lorsqu'on verra les phénomènes que nous venons de passer en revue sur une personne atteinte de blennorrhagie uréthrale, le diagnostic sera fait. La cystite blennorrhagique se distingue de la cystite simple par sa tendance à être fixée au
MALADIES DES VOIES UÈMTO-UKlNAlllES.
col par les épreiutes vésicales douloureuses el l’écoulement de sang qui eu est la conséquence.
On ne confondra pas la cystite avec la prostatite; ces deux affections ont des symptômes communs, le ténesme, les épreiutes vésicales. Dans la prostatite, elles sont moins prononcées; la douleur existe dans le périnée, il y a du ténesme anal, qui n’existe pas dans la cystite. Dans la prostatite, le doigt introduit dans le rectum y sentira l’organe bosselé, chaud, douloureux; enfin, dans la prostatite, on ne rend pas de sang à la fin de la miction. La prostatite s’accompagne de dysurie, quelquefois de rétention d’urine, ce qu’on ne voit pas pour la cystite.
Le mucus de la cystite se déposant au fond du vase, ne sera pas confondu avec la matière purulente provenant d’un foyer purulent qui se fera jour tout à coup dans le canal et sera très-abondant relativement.
§ IV. — Traitement.
Les antiphlogistiques ont été vantés, en particulier les sangsues au périnée et it l’anus, les bains de siège, les boissons émollientes, les applications narcotiques el surtout les quarts de lavement laudanisés, au début el pendant la période aiguë de la maladie. Lorsqu’elle entre en résolution, c'est le tour des balsamiques légers, peau de goudron, la térébenthine, la tisane de bourgeons de sapin, le baume de Pérou, celui deTolu. Les révulsifs locaux ont été suivis de très-heureux résultats à la fin de la maladie, comme les vésicatoires, les cautères au périnée (Aug. Vidal,
de Cassis). . . , , . ,
Cependant il y a un moyen héroïque qui n’avait pas échappe a la sagacité de
llunter, mais (pie les auteurs contemporains ont dédaigné; c’est l’emploi du balsamique spécifique de. la blennorrhagie, le copo.hu. •
Kn 1855, Baizeau communiqua à la Société de médecine de Lyon un mémoire où il vantait l’emploi des balsamiques dans plusieurs cas d’hématuries blennorrlta- ■Mciues. J. Rollet fit, à cette époque, l’essai du même moyen a I Antiquaille, et i arriva à cette conviction, que le remède le plus prompt et le pim* sur pour guérir la cystite blennorrhagique avec hématurie était la potion de Chopart, qui
joue ici le rôle de spécifique.
On la donne, suivant la tolérance de l’estomac, de une a quatre cuillciecs |wl jour, ordinairement deux.
Kn deux jours on voit disparaître l'écoulement sangu iaut la douuei au
début. Kn six ou huit jours, on guérit ainsi dos cystites qui auraient demandé des mois entiers. Si la potion de Chopart n’était pas tolérée, oit recourra, l au mélange de copahu et de cubèbc. Ce serait ici surtout le cas d employer I essence de su que Panas a introduite dans la pratique.
e. — Rhumatisme el iritis blennorrhagiques.
Svvediaur(l) est le premier qui ait signalé le rhumatisme blennorrhagique. Hunier nit ent revu le caractère essentiel de cette complication, caractère qui con- L d la répétition du rhumatisme à chaque nouvelle blennorrhagie Ions les Seen ont parlé. Plus tard, Wch e, P) <“
une iritis blennorrhagique. Cette iritis a été rattachée par ltollet au
g; SS cl auBmOT,c *
notes par E. VYarlomoiil et A. Testclni. Pans, 18ob.
SYMPTÔMES
RHUMATISME HT HUI 1S M.KNNORKH AC IOUES.
blennorrhagique, dans un mémoire où cotte complication de la blennorrhagie a etc étudiée d’une façon aussi originale que complète (1).
§ I. — Causes.
Deux laits sont importants à signaler : 1 0 la fréquence du rhumatisme pendant la blennorrhagie, et 2° la répétition de ce rhumatisme à chaque nouvelle blennorrhagie. A l’Antiquaille, le rapport de la blennorrhagie et du rhumatisme blcnnorrhagique a été trouvé de 1 sur 3.
D’un autre côté, Brandes (2) a cité, sur 3 1\ cas de rhumatisme, 8 exemples de récidive à deux ans, à trois ans, à cinq ans, etc., de distance. Ricord a fait la même remarque ; Rollet a rapporté cinq observations du même genre.
Pour ceux qui ne croient pas à la relation de cause à ellet entre la blennorrhagie cl le rhumatisme, d’autres explications ont été recherchées. Le refroidissement pendant le coït, les bains, le copahu et le cubèbe, l’âge, le tempérament, les habitudes, les prédispositions, ont été successivement mis en cause pour expliquer cette coexistence du rhumatisme et de la blennorrhagie, mais en vain. Le sexe joue le rôle de cause prédisposante.
Foucart en 18A6, Brandes (de Copenhague) un peu plus tard, niaient la présence du rhumatisme blennorrhagique chez la femme. Mais Cloquet(3), Ricord (h , Yug. Vidal, de Cassis (5), Lagneau (6), Cnllerier (7), Richet, déclaraient en avoii \ h des exemples.
lin effet, le rhumatisme blennorrhagique existe chez la femme, mais il \ est très-rare.
L’abondance de l’écoulement paraît être la condition la plus générale dont dépend plus ou moins directement l’éclosion rhumatismale. C’est ordinairement pendant la période aiguë qu’il se manifeste, et chez les malades qui, ayant un écoulement chronique, voient, sous une influence quelconque, leur écoulement repasser à l’état aigu.
Le rhumatisme blennorrhagique réagit sur l’écoulement, mais il n y a rien de constant sur l’intensité avec laquelle il agit. Tantôt, et c’est le cas le plus rare, il supprime l’écoulement, d’autres fois il n’a sur lui qu une influence inédiocie. C’est par sympathie que s’opère le phénomène, comme la sympathie nous a seni à expliquer l’orchite. On n’a pas publié d’observations de blennorrhagie autres que la blennorrhagie uréthrale ayant donné lieu au rhumatisme blennorrhagique.
§ II. — Symptômes.
Le plus souvent pas de phénomènes généraux annonçant 1 invasion de la maladie sur les articulations. Quelquefois, au contraire, la complication qui nous occupe est annoncée par des frissons, de la courbature, de I embarras gastiique. Mais les symptômes généraux sont infiniment moindres lorsqu’ils n’existent que dans le rhumatisme blennorrhagique.
fl) Rollet, Nouvelles recherches sur le rhumatisme blennorrhagique. l.yon , 1858, et Sordet, thèse de Paris, 1859.
(2) Brandes, Archives générales de médecine, 1856.
Cl) Cloquet, Dictionnaire en 30 volumes, art. Ahthritf..
(4) Ricord, Annotations à Hunter, 1859.
(5) Vidal (de Cassis), Traité des maladies vénériennes.
6) Lagneau, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1803, p. 19.
(7) Cnllerier, loc. rit., p. 149. — Richet, dnd.
MALADIES DES VOIES GÉNITO-URliS AIRES.
Les symptômes du rhumatisme blennorrhagique peuvent être étudiés sur l’appareil circulatoire, les articulations et l’œil.
1° Appareil circulatoire. — Si l’on saigne le malade, le caillot n offre pas cette couenne épaisse que l’on rencontre dans le sang des rhumatisants proprement dits. Le caillot est plus mou. Ainsi s’explique le peu d’intensité de la fièvre. Ricord, grandes, Lehmannct Hervieux ont cité des cas où les signes de l’endocardite ou de la péricardite auraient été notés; mais ces symptômes n’ont pas approché de l’intensité des mêmes symptômes des rhumatismes ordinaires.
2° Arthrite. — En général, le rhumatisme blennorrhagique est mono-articulaire, plus rarement polyarticulaire. Les gaines des tendons sont prises quelquefois. Dans les statistiques qui ont été dressées par les divers observateurs pour décider quelle était l’articulation qui était prise le plus souvent, nous voyons que, par ordre de fréquence, c’est l’articulation fémoro-tibiale, puis la tibio-larsienne.
Sur 26 cas (Foucart), 18 fois c’est l’articulation fémoro-tibiale, et 15 fois la tibio-tarsienne.
Sur 75 cas (Brandes), 28 fois c’est l’articulation fémoro-tibiale, et \h fois la tibio-tarsienne.
Sur 6ô cas (Rollet), 22 fémoro-tibiales et 1 1 tibio -tarsiennes.
Les autres articulations le plus souvent prises après celles-ci sont les articulations des doigts et des orteils.
Les douleurs sont variables : Velpeau les a vues manquer complètement, tandis que Swediaur les qualifie d’atroces. En général, cependant, les douleurs sont vives, mais moins que dans le rhumatisme ordinaire.
Le gonflement est quelquefois considérable et dû à l’épanchement qui se fait dans la séreuse, et la fluctuation y est de temps à autre très-perceptible.
L’inflammation est moins mobile dans le rhumatisme ordinaire, la durée variable, la terminaison par ankylosé se voit quelquefois. Les tumeurs blanches peuvent en être la suite chez les scrofuleux. La terminaison par suppuration, si tant est qu’elle eût été observée, ne l’aurait été qu’une fois par Halscher.
3° iriiis. — Signalée par Saint-Yves (1) et les médecins anglais, parfaitement décrite par Mackenzie (2), étudiée depuis par Ricord,, Aüg. Vidal (de Cassis) et Brandes, il appartenait à J. Rollet d’établir les, .rapports de l’iritis blennorrhagique et de l’arthrite dans son mémoire dft<jl8.58. Là, ce dernier auteur a cité six observations où l’arthrite et l'iritis qqt coïncidé ou se sont succédé.
D’une manière générale^ ce sont d’abord les articulations qui sont affectées les premières; plus rarement, c’est par l’œil que débute la maladie lors des récidives; si l’œil a été affecté une première fois, il l’est les fois suivantes. D’après J. Rollet, le rhumatisme blennorrhagique s’accompagnerait une lois sur dix d’iritis. Ricord a observé des cas d’iritis sans arthrite. Rollet, au contraire, n’a jamais vu manquer la lésion articulaire, lorsque l’iri lis se manifestait; aussi lui a-t-il paru évident « que les lésions faisaient partie toutes les deux d’un état, jusqu’à un certain point constitutionnel, qu’on a eu raison de désigner sous le nom générique de rhumatisme >>.
(1) Saint-Yves, Nouveau traité des maladies des yeux. Paris, 1722.
(2) Mackenzie, Traité pratique des maladies des yeux, traduit de l’anglais et augmenté de notes par E. Warlomont et A. Testelin. Paris, 1857, t. It.
RHUMATISME ET 1RITIS RLENNORRHAGIOUES. — TRAITEMENT.
Voici comment le chirurgien de Lyon décrit la lésion de l’œil :
« L’inflammation oculaire est assez vive au début. Elle commence souvent par la rougeur de la conjonctive et de la sclérotique, et par un trouble marqué de la l'ace postérieure de la cornée. L’inflammation affecte promptement la face antérieure de l’iris qui perd sa coloration naturelle. Pendant quelques jours, la maladie semble être une aquo-capsulite, elle passe à l’état d’iritis séreuse. La pupille devient contractée et la vision obscure. Il se forme alors un épanchement abondant de lymphe coagulable qui remplit rapidement la pupille, et quelquefois tombe patmasses considérables dans la chambre antérieure. Aucune autre irilis ne présente ce symptôme au même degré.
» Il y a dans l’œil et tout autour une douleur violente avec photophobie (1). »
La conjonctive ne suppure pas, comme dans l’ophthalmie purulente, il n’y a ni ubcès, ni condylome, comme dans l’iritis syphilitique. La maladie a une grande violence, mais une marche rapide ; elle cède surtout rapidement à un traitement bien conduit. L’iritis blennorrhagique affecte ordinairement un seul œil, quelquefois les deux, Il peut y avoir des recrudescences, si le malade s’expose au froid,
§ III. — Traitement.
Pour les auteurs qui ont cru que le rhumatisme blennorrhagique était dû, soit à la suppression, soit à la diminution de l’écoulement, le traitement consistait à raviver cet écoulement. Mais', d’après ce que nous avons vu, l’écoulement étant la cause du rhumatisme, c’est à faire disparaître l’écoulement le plus promptement possible que le médecin devra s’appliquer.
Les saignées générales ne conviennent pas, en général, dans cette complication, à moins que le malade ne soit d’un tempérament sanguin, et qu’il n’y ait un certain nombre d’articulations de malades. Les saignées locales, au contraire, sont parfaitement indiquées, toutes les fois que 1 articulation est doulouicuse, tuméfiée, rouge. Les médicaments internes, tels que le nitrate cle potasse, la teinture de colchique, la poudre de Dower , jouissent de la propriété d’activer l’écoulement et sont contre-indiqués par cela même. Mieux vaux traiter directement la blennonhagie par les moyens que nous avons passés en revue plus haut. L’iodure de potassium paraît avoir rendu des services dans les cas chroniques.
Les bains de vapeur peuvent rendre des services lorsque le rhumatisme tendrait à passer à l’état chronique. L’appareil portatif du docteur Chevandier (de Die) trouvera son indication dans les endroits où n’existe aucun établissement spécial, ou si les malades des grandes villes veulent prendre leur bain à domicilc(2).
Les vésicatoires volants sont une excellente médication, lorsque le rhumatisme ne tient qu’une ou deux articulations. Il est bien entendu qu’un traitement général : toniques, ferrugineux, amers, bains sulfureux, etc. , doit toujours être faii concurremment avec le traitement spécial pour remédier aux constitutions affaiblies.
La compression est indiquée pour résoudre certains engorgements qui tarderaient trop à se résorber.
L’irilis sera attaquée au début par des antiphlogistiques locaux: sangsues sur les
(1 ) ltoUel, Nouvelles recherches sur le rhumatisme blennorrhagique.
i‘2) Chevandier, Gazette médicale de Lyon, numéro du \ 6 juillet 1865, p. 324.
tempes, les vésicatoires sur la môme région. On tiendra le ventre libre par dos purgatifs appropriés.
Les collyres à la belladone remédieront à la tendance qu’a l’iris de se souder avec la capsule du cristallin.
L onguent napolitain belladone sera ordonné en frictions autour de l’orbite; mais le moyen qui réussit le mieux est encore le calomel à doses fractionnées, de façon à amener une légère salivation.
cl. — Blennorrhagie conjonctivale ou conjonctivite blennorrhagique.
La conjonctivite blennorrhagique est une complication plus rare chez la femme que chez l’homme; elle reconnaît toujours pour cause la contagion directe ou médiate et non la sympathie. Cette dernière cause produit l’iritis blennorrhagique et une conjonctivite qui n’est ni contagieuse ni purulente.
§ I. — Symptômes.
C’est vers le deuxième septénaire qu’elle s’observe, et lorsque l’écoulement est à l’état subaigu.
« La conjonctive, dit Rollet, est d’abord rouge, gonflée, et bien vite recouverte d’un écoulement puriforme abondant. La rougeur et le gonflement de la muqueuse vont sans cesse en progressant. Les paupières sont tuméfiées, rénittentes, rouges, œdémateuses. La supérieure, fortement abaissée sur l’inférieure qu’elle recouvre, ne peut être que difficilement soulevée, quelquefois le bord libre est renversé eu dehors.
» La conjonctive oculaire s’infiltre de sérosité et forme un chémosis; quelquefois le tissu cellulaire sous-cutané s’enflamme et devient phlegmoneux. La cornée se trouble, se ramollit, s’infiltre de pus, s’ulcère ou se mortifie par étranglement, et finalement se perfore, l’humeur aqueuse s’échappe avec le cristallin, et l’iris vient faire hernie (1). •>
Quelquefois la cornée est ulcérée â sa circonférence, et l’iris vient faire hernie sur un point de cette circonférence; d’autres fois l’ulcération s’arrête, la cornée est amincie et un staphylôme se produit.
11 y a des yeux qui sont perdus en quelques heures.
La douleur est peu marquée au début, mais elle ne tarde pas à s’irradier vers le front, les tempes, l’orbite. L’écoulement devient rapidement abondant et excorie les joues sur son passage. Il y a peu de réaction générale au début, mais elle survient lorsque les parties profondes sont atteintes,
§ H. — Diagnostic, pronostic.
Il faut attacher une importance capitale aux commémoratifs, examiner les organes génitaux, à l’exemple de Dupuvtren. La conjonctivite purulente est la même maladie que l’ophthalmie d’Égypte, et que la plupart des conjonctivites purulentes des nouveau-nés.
Pronostic. — Très-fâcheux; les deux yeux peuvent être perdus en quelques heures, car la cornée a pu être perforée de huit à douze heures après l’invasion.
(I) Rollet, toc. vit., p. 407.
N fcftfcTATIONS.
CAUSES
§ III. — Traitement.
Traitement prophylactique. — Éviter à tout prix la contagion médiate ou directe. Le malade aura un soin extrême à ne pas se frotter les yeux, s’il y sent une démangeaison, après un pansement. Avoir de ses mains un soin excessif, les laver minutieusement chaque fois qu’il aura uriné ou fait un pansement, éviter de secouer le pénis après la miction.
Traitement abortif. — C’est le seul eflicace, car il s’agit de gagner de vitesse la maladie.
Lavages fréquents de l’œil à l’eau tiède, se servir de douches oculaires préconisées par Chassaignac (1) et Ricux. Rais surtout cautériser énergiquement la muqueuse conjonctivale dans tous ses points, en évitant soigneusement de toucher à la cornée.
C’est pour ce motif que nous proscrivons, à l’exemple de Desmarres, les collyres au nitrate d’argent qui s’étendent partout, sur la cornée comme sur le reste.
La cautérisation sera faite par le praticien avec le crayon de nitrate d’argent, en ayant soin de ne pas abaisser les paupières après cette cautérisation; mais de toucher avec un pinceau trempé dans l’eau salée, toute la surface cautérisée, afin de neutraliser l’excès de nitrate d’argent.
Une seule cautérisation qui a touché partout peut suffire ; se garder de l’exagération de la méthode.
S’il y a chémosis, Ricord conseille de l’exciser; Desmarres préfère les scarifications. On devra satisfaire à ces indications avant la cautérisation. Douches oculaires fréquentes d’eau tiède, en ayant bien soin de boucher l’œil sain et de le tenir constamment à l’abri pendant le traitement de peur de contagion.
La résolution, quand elle a lieu, est lente.
e. — Végétations.
Les végétations ont été connues de tout temps; les Arabes et les arabistes les ont décrites. Pierre Maynard (2) passe pour les avoir rattachées le premier à la syphilis en 1518.
§ I. — Anatomie pathologique.
La végétation est essentiellement caractérisée par une hypertrophie papillaire.
Les végétations sont quelquefois très-vasculaires, d’autres fois très-dures, verrucoides.
Les premières se remarquent là où la muqueuse est mince, les secondes où elle est épaisse, notamment chez ceux qui ont le gland découvert.
Les formes variées qu’affectent les végétations dérivent toutes du même type, de l’hypertrophie papillaire.
§ IL — Causes.
La végétation peut venir à tout âge, chez le nouveau-né, à huit ou dix ans, dans la jeunesse, comme dans la vieillesse, et en dehors de toute cause vénérienne,
(1) Chassaignac, Ophthalmie purulente des nouveau-nés ( Comptes rendus de /' Académie des sciences, t. XXV, 23 août 1847). — Rieux, Union médicale , 1847, nos 137, 138, 139, 140 ; — Du traitement des phlegmasies de l’œil par ta douche oculaire, lu au congrès Je Uyon, 1864.
(2) Maynard, Aphrndisiacus, t. I, p. 490.
MALADIES DES VOIES G fcNÏTO -URINAIRES.
comme cela a été noté par beaucoup d’observateurs : Guersant (1), Démarqua v, Boys de Loury et Costilhes (2), Diday, Melchior Robert (3).
Thibierge (U) a parfaitement étudié les causes des végétations chez les femmes enceintes. Ses études l'ont amené à conclure que chez elles deux causes principales peuvent être invoquées : 1e une congestion des capillaires de la muqueuse vaginale; 2° l’irritation concomitante produite sur cette muqueuse, vascularisée outre mesure, par le liquide acre qui s’écoule des parties génitales pendant la grossesse.
Il en est de même chez les femmes enceintes syphilitiques, chez lesquelles, h côté des végétations, se trouvent quelquefois des accidents syphilitiques confluents. Le traitement spécifique amende notablement ou guérit ces derniers, sans que les végétations en soient le moins du monde influencées.
La caus 1 la plus accentuée des végétations est V irritation produite par le pua Hémorrhagique sur les endroits où il séjourne, notamment chez les individus qui découvrent difficilement ou qui ne découvrent pas du tout.
Vucreté du pus du chancre simple ou du pus syphilitique agit d’une manière analogue, c’est-à-dire en tant que simple irritant ; c’est pour ce motif qu’on voit les végétations se développer autour du chancre.
Les causes prédisposantes sont peu connues : on a parlé de la diathèse herpétique, de la prédisposition des gens qui auraient des verrues (Diday) (5) ; il n’y a rien de précis à cet égard.
La contagion ne peut pas être invoquée. Les observations du chancre survenu à la suite de l’irritation, de la sécrétion des végétations, ne sont pas concluantes. Dans le fait de Dolbeau, un chancre simple, passé inaperçu à un examen superficiel, était nécessairement caché sous la végétation. Ruche le juge ainsi, et il en a été de même du fait de Lafont-Gouzy (6). Les inoculations de Ricord et de llollet ont donné des résultats négatifs. Jamais une végétation, en dehors de toute coexistence, n’a donné la syphilis. Une végétation produit-elle une autre végétation ? Aug. Vidal (de Cassis) et Velpeau le croient ; mais en face des dix expériences tentées par Melchior Robert (7) sur lui-même, la question ne nous paraît pas susceptible de recevoir actuellement une solution tranchée.
§ lit. — Symptômes.
Les végétations attirent l’attention du malade bien plus par la gêne qu’elles occasionnent que par la douleur ; toutefois, lorsqu’elles se développent au pourtour de l’anus, ou dans le repli balano-préputial, chez les gens qui ont le gland recou vert sous le frein, elles causent du prurit; les papilles hypertrophiées se réunissent et peuvent présenter des masses scssiles ou pédiculées.
Sessiles, elles représentent, réunies en certaines masses, la forme des fraises, framboises ; pédiculées, elles simulent de petits choux-fleurs. Dans cette dernière
(1) Guersant, Union médicale , mai 1857.
(2) Boys de Loury et Costilhes, Gazette médicale. Paris, 1847, p. 314.
(3) Melchior Robert, Nouveau traité des maladies vénériennes , d’après les document : puisés dans la clinique de Ricord et dans les services hospitaliers de Marseille.
(4) Thibierge, Archives générales de médecine, 1856.
5) Diday, Exposé des nouvelles doctrines sur la syphilis, p. 221 .
iQ\ Lafont-Gouzy, Syphilis des nouveau-nés. Toulouse, 1854, t. 11.
(7 Melchior Robert, Études sur deux points de syphilographie. 1857, p. 23.