FLATUOSITÉS INTESTINALES
On a désigné sous les noms de choléra sec , coliques venteuses , pàssio , affectio flutulenta, un phénomène qui se produit dans des circonstances très-variées, qui consiste dans un développement très-considérable de gaz dans la cavité intestinale, et qui se montre dans des maladies diverses dans lesquelles il est décrit. Parfois on ne trouve pas de cause évidente de cette espèce d’accident, qui a alors un caractère purement nerveux; mais le plus ordinairement il dépend de la gastralgie, ide 1 entéralgie, des digestions laborieuses, de l’ingestion de substances indigestes,
d’un état d’hystérie, de chlorose, [de la dyspepsie par atonie] : circonstances qui toutes doivent fixer particulièrement l’attention du médecin.
Tantôt les gaz sont rejetés au dehors ; tantôt, au contraire, soit que l’intestin, trop fortement distendu, n’ait qu’une contraction trop faible, soit pour toute autre cause, ils restent renfermés dans l’intérieur de cet organe, et alors il en résulte le météorisme des maladies graves, ou bien la tympanite , dont nous parlerons plus loin.
Le traitement des flatuosités qui trouvent une libre issue au dehors est, en général, difficile, à moins que l’affection ne soit due à une cause facile à détruire, comme la chlorose. On a dirigé contre elles les médicaments carminatifs, tels que les infusions d’anis , de fenouil , de coriandre , de semences de menthe poivrée, de mélisse, prises à jeun.
Antispasmodiques. — Hoffmann prescrivait sa liqueur minérale anodyne. Van Swieten (1) recommandait particulièrement l 'éther* nitreux ( spiritus nitri tlulcis). D’autres ont conseillé les lavements d'asa fœtida, les lavements laudanisés, etc. On pourrait, dans les cas où l’affection flatulente serait portée au plus haut degré, mettre en usage la potion antispasmodique de Stark, ainsi composée .
y Éther nitreux û gram. | Teinture d’opium 4 ?ram.
Dose : vingt gouttes toutes les deux ou trois heures, dans une cuillerée d eau sucrée.
L’application de ces divers traitements est extrêmement facile.
ARTICLE XVI
TYMPANITE. '
§ I. - Définition, synonymie, fréquence.
Lorsque, par une cause quelconque, des gaz eu grande quantité soni contenus dans l’intestin sans pouvoir s’en échapper et de manière a le distendre notablement, il y a une tympanite. La tympanite est une de ces affections qui sont liées à des états morbides très-divers. Nous ne nous occuperons ici que de la tympanite noueuse et de celle qui est produite par un dégagement extraordinaire de gaz dans le coins de la digestion.
C’est ordinairement chez les femmes et chez les enfants que 1 on rencontre ces deux espèces. La dernière, qui est évidemment liée à l’indigestion, survient apiès l’usage des farineux, des fruits rouges, des boissons fermentées, et surtout de celles qui contiennent une notable quantité d’acide carbonique. La première se manifeste principalement chez les sujets nerveux, chez les hystériques, les chlorotiques, etc.
§ IL — Symptômes.
La tympanite, telle que nous la considérons ici, n’est pas une maladie très- frequente; elle est presque exclusivement caractérisée par le développement de l abdomen, dont la conformation ne change pas dans les différentes positions du corps
(1) Van Swieten, Commentarii in H. Boerhaavii Apliorismos, t. II, § 150.
TYMPANITE. — TRAITEMENT.
(Trnka) ; par le son tympaniquc général de cette cavité, ce qui a valu son nom à Ha maladie; par un sentiment de plénitude , de distension; par le trouble des digestions; par la constipation , et enfin par une gêne plus ou moins notable de la respiration, résultant du refoulement du diaphragme et de la compression des i poumons. Les autres phénomènes (|iii accompagnent la tympanite n appai tiennent I pas en propre à cette affection, mais sont le résultat de l’état morbide dans lequel e elle s’est déclarée.
§ III. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de cette affection est très-variable. Parfois elle persiste pendant longtemps, et parfois elle se dissipe très-rapidement après son apparition. Il n’est pas i non plus toujours nécessaire, pour que la tympanite disparaisse, que les gaz s'échappent au dehors. On a vu, en effet, quelquefois des pneumatoses intestinales t très-considérables se dissiper très-promptement par simple absorption.
§ IV. — Lésions anatomiques.
Dans cette espèce de tympanite, il n’y a aucune lésion à laquelle il faille attribuer I le développement de l’affection. Quand la maladie dure plusieurs jours, il survient i un épaississement des parois intestinales, suites ordinaires de la dilatation des organes ( creux.
§ V. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic de la tympanite intestinale ne présente pas ordinairement de . grandes difficultés. La matité qui existe dans Yascïte, au niveau du liquide, ne ; permet pas l’erreur. Nous reviendrons, au reste, sur ce diagnostic, en parlant de.
1 1’ hydropisie.
Les deux affections qui pourraient être le plus facilement confondues avec celle ' qui nous occupe sont la tympanite péritonéale et la tympanite idérine. La première, excessivement rare, se distingue par l’égalité parfaite du son dans toutes les parties de l’abdomen, et par l’absence de matité au niveau de certains organes, comme le foie, la rate, la vessie, quand elle est distendue. La seconde, qui, quoii qu’un peu moins rare, est bien loin de s’observer fréquemment, a ceci de remarquable, que le son tympaniquc n’occupe pas toute l’étendue de l’abdomen, qu’il ne dépasse guère en haut l’ombilic, et qu’il est limité par une ligne circulaire qui, partant de ce point et n’arrivant pas jusqu’aux dernières limites des régions iliaques, dessine la matrice distendue.
§ VI. — Traitement.
Le traitement de la tympanite due au développement des gaz qui suit l’ingestion des substances indiquées plus haut, consiste dans les vomi-purgatifs, qui font promptement justice de la maladie.
Quant à l’autre, il est plus difficile d’en triompher. Des fomentations aromatiques (avec une infusion de sauge, de romarin, etc.), des frictions avec V alcool, [l’huile de camomille camphrée], le vin chaud ; un bain aromatique (I*. Frank), ou bien l’application de la chaleur à l’aide de flanelles fortement chauffées, du sable presque
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MALADIES DES A OIES DIGESTIVES
brûlant, etc., réussissent parfois à faire disparaître les gaz intestinaux. Depuis très-longtemps on a fait usage de la glace administrée par la bouche, ou bien de lavements froids, afin de donner à l’intestin l’énergie nécessaire pour se débarrasser des gaz. Les boissons acidulés ont également triomphé de cette affection. Il <'u est de même des affusions froides sur l’abdomen qui déterminent des contractions énergiques.
On a employé des moyens mécaniques qui consistent dans la compression de l'abdomen et dans l’introduction d’une longue sonde de gomme élastique à laquelle on adapte une seringue que l’on fait jouer de manière à extraire l’air de l’intestin, (les moyens sont bien loin de réussir toujours. Si les premières tentatives restaient sans résultat, on ne devrait pas insister, ou l’on ne devrait le faire qu’avec beaucoup de ménagements ; il pourrait survenir des accidents dont on comprendra facilement la gravité.
Un moyen extrême et sur lequel on est loin d’être d’accord, est la ponction de l’intestin. Labric (1) cite trois cas dans lesquels celte opération fut pratiquée ; les malades succombèrent. Dusseau (2) a pratiqué cette opération avec succès, et Levrat a vu guérir promptement une malade après la ponction intestinale ; mais, dans un nombre beaucoup plus considérable de cas, cette opération n’a paru que hâter la mort. Aussi beaucoup d’auteurs la repoussent-ils. Dans tous les cas, si l’on devait avoir recours à la paracentèse abdominale, ne le faire qu’au moment où la mort deviendrait imminente, et avec un trocart très-fin.
ARTICLE XVII