HÉMORRHOÏDES. — SYMPTÔMES
particulière. Il est loin d’être démontré qu’il y ait toujours un certain degré à' inflammation dans les tumeurs hémorrhoïdales pendant l’attaque. La simple réplétion sanguine de la partie inférieure du rectum sullit, en effet, pour rendre compte de tous les phénomènes décrits plus haut; mais, dans quelques cas, cette inflammation survient d’une manière évidente, et parfois elle est très-violente. Alors la douleur est beaucoup plus vive, elle est insupportable chez quelques sujets ; les parties tuméfiées sont rouges, chaudes, et les organes voisins, tels que la vessie et les organes génitaux, participent d’une manière marquée à l’état de souffrance du rectum. De là les épreintes vésicales, la strangurie, les douleurs du périnée, du vagin, etc. On a vu cette inflammation se terminer par des abcès, soit dans l'intérieur même des tumeurs, soit dans le tissu cellulaire voisin.
On a, dans ces derniers temps, signalé un accident particulier des hémorrhoïdes, qui se lie au précédent : c’est la phlébite. Il est rare, ainsi que le fait remarquer J. Cruveilhier, que cette phlébite devienne purulente. Lorsqu’il en est ainsi, on voit survenir les symptômes graves que nous avons décrits (tome III) à l’article Phlébite. Dans les cas où la phlébite reste locale et est simplement adhésive, on n’observe pas d’autres phénomènes que ceux de l’inflammation : ils viennent d’être indiqués.
Lorsque les tumeurs hémorrhoïdales existent depuis longtemps, elles forment un bourrelet autour du rectum. Si elles ont été primitivement internes, les efforts de la défécation ont chaque fois tendu à les repousser au dehors, jusqu’à ce qu’enfin elles se soient montrées à l’anus. Celte espèce d’expulsion ne peut avoir lieu sans que l’intestin soit attiré plus ou moins en bas, bien que les tumeurs hémorrhoïdales s’allongent alors de manière à avoir un pédicule. Or, dans un assez bon nombre de cas, il en résulte une chute du rectum lorsque les malades vont à la garderobe, ce qui nécessite de leur part des manœuvres pour faire rentrer l’intestin et les tumeurs. Mais si la fluxion hémorrhoïdale a lieu avec une certaine activité, il peut en résulter qu’après la défécation les tumeurs restent trop gonflées pour pouvoir être repoussées dans le rectum. Les malades font de vains efforts, et si un certain temps s’écoule, le gonflement, augmenté encore par une constriction de l’anus qui survient en pareil cas, s'oppose irrésistiblement à la rentrée des hémorrhoïdes. De là des phénomènes graves. On voit alors au dehors de l’anus un bourrelet violacé ou noirâtre, extrêmement douloureux au toucher, étant également le siège de douleurs spontanées vives, et séparé en plusieurs parties par quelques sillons étroits et profonds. L’anxiété est vive; les malades sont obligés de se coucher sur le côté ou sur le ventre; en un mot, les symptômes généraux indiqués plus haut se produisent avec une intensité notable.
Si l’on ne peut pas parvenir à vaincre la résistance de l’anus et à faire rentrer les tumeurs, elles sont ordinairement envahies par la gangrène , car il est rare que les moyens ordinaires suffisent pour amener la détuméfaction de ces tumeurs ainsi étranglées. Cette gangrène est ordinairement peu profonde ; elle n’atteint que les parties les plus saillantes des tumeurs, qui se ramollissent, deviennent grisâtres, brunâtres ou d’un vert foncé, se détachent et permettent au reste du bourrelet de rentrer. Quelquefois cependant, la gangrène envahit toute la tumeur, gagne même le rectum, et, dans ce cas, occasionne des accidents mortels.
Fissures et ulcérations. — Ces lésions rendent les tumeurs fort douloureuses,
augmentent encore la difficulté de la défécation, et donnent lieu à un suintement purulent qui peut se continuer lorsque les tumeurs sont en partie flétries.
En l’absence de toute fissure et de toute ulcération, peut-il y avoir un écoulement purulent ou mu co-pu raient de l’anus chez les hémorrhoïdaires ? L’existence de ce flux, auquel on a donné le nom d 'hémorrhoïdes blanches ou de leucorrhée anale, ne paraît pas douteuse ; cependant il serait à désirer que le fait fut constaté avec plus de soin. Quelle qu’en soit, du reste, la cause, il est certain que chez des sujets affectés depuis longtemps d’héinorrhoïdes, on voit ces flux blancs se reproduira oïdinairement avant et après les attaques, et parfois même remplacer le flux sanguin.
La constipation, que nous avons vue (page 96) être la cause la plus fréquente des hémorrhoïdes, est ordinairement augmentée parcelles-ci : d'une part, la défécation est douloureuse, et, de l’autre, les tumeurs volumineuses obstruent plus ou moins l’intestin.
Loisque les pertes de sang sont abondantes et fréquemment répétées, on voit apparaître les signes de Y anémie, avec les troubles nerveux et fonctionnels qui la cai actéi isent et qui ne diffèrent pas de ceux qui ont été décrits à l’occasion de 1 anémie lentement survenue à la suite des hémorrhagies (1).
Formes particulières. — Les principales sont celles que nous avons signalées déjà, d’après quelques symptômes : ainsi, par exemple, les hémorrhoïdes flucnles ou sèches, les hémorrhoïdes blanches , les hémorrhoïdes internes ou ex-
ternes. 11 y a tant de variations chez le même individu, qu’on ne peut presque jamais ranger exclusivement les divers cas sous une de ces dénominations. Nous dirons plus loin quelques mots des hémorrhoïdes régulières et irrégulières.
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
La marche des hémorrhoïdes est, on peut le dire, essentiellement intermittente, dépendant, si, comme on l’a supposé, on fait une distinction entre le flux hémorrhoïdal et les tumeurs, on doit établir une exception a l’égard de celles-ci. Lorsqu’elles sont anciennes, volumineuses, et surtout ulcérées, elles donnent toujours lieu à quelques symptômes, tels que pesanteur à l’anus, difficulté de la défécation, flux blanc, etc.; mais alors même il survient, à des intervalles variables, une série d’accidents qui constituent les attaques. Ces attaques sont formées par la réunion des symptômes précédemment décrits, et dont les principaux constituent la fluxion liémorrhoïdale, le développement des tumeurs et le flux sanguin. Avant et après leur invasion, les malades sont dans un état de santé très-supportable, sinon parfait, et, après elles, les symptômes locaux se calment ou se dissipent complètement. Chez 'quelques sujets, ces attaques ont une périodicité marquée, et imitent ainsi les périodes menstruelles. Nous avons vu que ces hémorrhoïdes périodiques et régulières pouvaient remplacer les menstrues ; mais, en examinant les faits, on ne tarde pas à se convaincre qu’il y a beaucoup d’exagération dans ce que l’on a dit à cet. égard. Le plus souvent, les attaques sont irrégulières, et l’hygiène des sujets peut faire varier considérablement l’époque de leur apparition.
(1) Voyez art. Anémie, t. I, p. 438; Épistaxis, t. II, p. 247, etc.