V. — Lésions anatomiques
Ce sont surtout les recherches modernes qui ont éclairé l’anatomie pathologique des hémorrhoïdes. Il ne faut pas croire néanmoins que ce sujet ait été négligé avant ces derniers temps, car un bon nombre d’auteurs, Stahl, Alberti, Morgagni et Lassus, ont fixé leur attention sur ce point, et sont arrivés à ce résultat, que les hémorrhoïdes sont de véritables varices des veines hémorrhoïdales. Aujourd’hui on s’est rangé à cette opinion. A l’intérieur du rectum, on trouve des tumeurs formant bourrelet, parfois pédiculées, et parsemées de renflements veineux apparents. A l’extérieur, elles ont l’aspect précédemment indiqué. Quelquefois, suivant la remarque de B. Brodie(l), il faut pousser une injection dans les veines pour rendre apparentes leurs dilatations, et par conséquent la tuméfaction; mais ordinairement il est facile de reconnaître les tumeurs après la mort. Parfois formées de veines dilatées dans tous les points de leur circonférence, et semblables aux varices des membres inférieurs, elles se présentent, dans les autres cas, sous forme d’ampoules ou de cellules communiquant avec les veines, ou plutôt elles ne sont autre chose que des points dilatés de ces veines, puisque, dans tous les cas, on^a pu reconnaître la paroi du vaisseau (Jobcrt). Comme, par suite de l’inflammation dont la tumeur peut être le siège, il survient fréquemment une phlébite adhésivc, cette disposition est parfois difficile à saisir, parce que le vaisseau est oblitéré avant d’ar-
river à la tumeur. L’hypertrophie et l’endurcissement des parois veineuses et de la muqueuse, 1 adhérence de celle-ci, l’infiltration du tissu sous-muqueux, son induration, 1 extravasation du sang dans le tissu cellulaire environnant, sa collection en foyer enkysté, sont autant de lésions qui rendent la dissection difficile. On trouve dans 1 intérieur des petites cavités, surtout lorsque les sujets ont succombé pendant une attaque ou peu de temps après, soit du sang noir ou liquide, soit des caillots plus ou moins fermes et plus ou moins décolorés.
Assez souvent un grand nombre de petits vaisseaux veineux rampent dans les tumeurs hémorrhoïdales : c’est, ainsi que le fait remarquer P. Bérard (2), ce qui
(1) lï. Brodie, Lcet. on hæmorrh. ( London med. Gazette , 1835).
(2) P. Bérard, Dictionnaire de médecine , en 30 vol., art. Hémorrhoïdes, t. XV, p. 180.
a fait croire à Laennec et à Béclard, etc., que les hémorrhoïdes peuvent être formées par un véritable tissu érectile. La ressemblance est surtout fort grande lorsqu’il existe en même temps une extravasation sanguine dans le tissu cellulaire. Parfois, dans les cas d’hémorrboïdes anciennes, le lacis des veines dilatées est si considérable, qu’il enveloppe complètement la partie inférieure du rectum.
Nous admettrons trois formes d’hémorrhoïdes : Ja première est la forme variqueuse; la seconde est la forme érectile , ce qui ne veut pas dire que les tumeurs soient formées d’un tissu entièrement semblable à celui qu’on a désigné sous ce nom ; enfin, dans la troisième forme, les tumeurs sont dures, ne contiennent pas de sang, et on les désigne sous le nom de marisques. C’est à l’inflammation adhésive dont il a été parlé plus haut qu’il faut attribuer ce dernier état des tumeurs qui a donné lieu à des erreurs de diagnostic.
Dans les hémorrhoïdes anciennes, on peut trouver un épaississement de la muqueuse rectale se prolongeant au delà de la limite des tumeurs; des traces de fissure, d’ulcération, d’abcès; des cicatrices résultant de la rupture des sacs variqueux.
Quant aux autres organes, ils ne présentent souvent rien de particulier, si ce n’est les lésions propres à la maladie qui a causé la mort, et qui est ordinairement étrangère aux hémorrhoïdes. Les affections organiques du foie, les tumeurs abdominales gênant la circulation veineuse, qu’on trouve quelquefois, ont un rapport direct avec la maladie. Si la constipation a été très-opiniâtre, il peut y avoir une dilatation du rectum au-dessus du point occupé par les hémorrhoïdes.
Nous n’avons pas parlé des dégénérescences cancéreuses, squirrheuses, qu’on a cru pouvoir quelquefois se produire dans les hémorrhoïdes. Nous ne nierons pas certainement que le cancer ne puisse s’emparer de la partie du rectum occupée par les tumeurs ; mais que l’existence de celles-ci ait eu une influence réelle sur la production du cancer, voilà ce qui n’est nullement prouvé.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic des hémorrhoïdes ne présente, dans le plus grand nombre des cas, aucune difficulté sérieuse. Pour l’établir avec précision, il faut avoir égard au flux hémorrhoïdal aussi bien qu’aux tumeurs.
Le flux hémorrhoïdal pourrait être confondu avec une hémorrhagie d'une portion plus élevée de l'intestin , et s’il n’y a encore que simple congestion rectale, sans dilatation veineuse bien apparente, sans tumeur appréciable, ce diagnostic mérite une certaine attention. La tension de la partie inférieure du rectum, la tuméfaction de l’anus, les circonstances dans lesquelles se produit l’hémorrhagie, c’est-à-dire après une constipation plus ou moins longue; l’absence de toute tumeur dans l’abdomen et des signes du cancer, d’une affection typhoïde, du scorbut, etc., mettront promptement sur la voie. Si les tumeurs caractéristiques existent, il n’y a plus aucune difficulté, et l’on ne peut pas confondre les hémorrhoïdes avec Y entérorrhagie. Quant à la couleur noire du sang rendu dans cette dernière affection, elle n’est pas un signe suffisant pour se prononcer.
Lorsque le sang a sa source dans un ulcère du rectum, il est plus ou moins sanieux ou mêlé de pus, et le doigt introduit dans l’anus en est retiré couveit