CHOLÉRA-MORDUS SPORADIQUE
On éprouve une assez grande difficulté à assigner au choléra-morbus sporadique une place exacte dans le cadre nosologique. Nous manquons, en effet, d’observations bien exactes de cette affection. Les faits qui ont été rapportés par les auteurs sont •en général exposés d’une manière très-laconique; et nous avons une multitude l’hypothèses et d’explications théoriques qui ne servent qu’à rendre la question plus obscure. Nous verrons plus loin que toutes les causes attribuées à l’indigestion sont aussi les causes assignées au choléra-morbus sporadique, et qu’en outre la maladie présente tous les phénomènes d’une digestion troublée. Cette espèce de choléra ne serait-elle donc qu’une simple indigestion? Il y a dans cette affection quelque chose de spécial. La supersécrétion qui se forme dans le tube digestif tient évidemment à un état inconnu qui ne se rencontre pas dans les indigestions 'ordinaires, et cette considération seule suffit pour faire accorder au choléra sporadique une description particulière.
§ I. — Historique.
Cette maladie a été connue et décrite dès la plus haute antiquité. Hippocrate (1) en a plusieurs fois parlé et tous les auteurs qui sont venus après lui en ont donné des descriptions plus ou moins étendues. Quand on examine attentivement ces 'descriptions, on voit qu’un certain nombre d’états morbides différents ont été exposés sous cette dénomination; car il suffisait de vomissements abondants avec déjections alvines fréquentes, pour que la plupart des auteurs des siècles passés ad-
(1) Œuvres d' Hippocrate, trad. par Littré, t. V. Des épidémies , p. 249.
missent I existence du choléra-morbus. D’où il résulte que de simples indigestions, 1 ellet exagéié des éméto-Cathar tiques, et même les résultats d’un empoisonnement, ont été décrits sous ce nom. Dans ces derniers temps, il n’a paru qu’un pelii nombre de travaux particuliers sur cette affection. Nous citerons principalement ceux de Ménard (1) et de Chauffard, d’Avignon (2).
§ II- — Définition, synonymie, fréquence.
On doit donner le nom de choiera sporadique à une maladie caractérisée par des vomissements violents, abondants, répétés, survenant brusquement ou après un coui t malaise, sans autre cause que celles qu’on attribue à l’indigestion, et
accompagnés ou promptement suivis de déjections alvines abondantes et persistantes.
Le mot choléra signifie flux de bile; cependant les vomissements sont loin d être toujours bilieux. On a encore donné à la maladie les noms de choiera nostras, de trousse- galant, de passio cholerica, de cholerrhogie (C haussier). Presque toutes ces dénominations se rapprochent de la plus ancienne, qui doit être conservée, quoique sa signification ne soit pas parfaitement exacte.
Le choléra sporadique n’est pas une maladie fréquente ; cependant il ne se passe pas d’année où l’on n’en observe quelques exemples.
§ III. — Causes.
Les auteurs n’ont pas indiqué d’une manière précise les causes du choléramorbus sporadique. Cette réflexion ne s’applique qu’en partie aux causes occasionnelles; dans le plus grand nombre des cas, il y a une liaison telle entre l’apparition des symptômes et la cause déterminante, qu’il ne peut rester de doute sur cette dernière.
1° Causes prédisposantes. — Suivant les auteurs, V enfance, la jeunesse, l 'âge mûr et le sexe masculin sont plus exposés h cette affection que les autres âges et que le sexe féminin. Presque tous ont admis l’existence de conditions atmosphériques particulières, comme favorisant la production du choléra sporadique. La fin de l’été , le commencement de l’automne, les chaleurs très-grandes, surtout dans les pays où la température est très-élevée pendant le jour et baisse pendant la nuit, sont les conditions dans lesquelles il est admis que se manifeste particulièrement cette affection.
Suivant Hippocrate, elle était fréquente en Grèce, et, suivant les auteurs modernes, on l’observe souvent en Italie et en Espagne.
Dans quelques circonstances, on l’a vue apparaître en même temps chez un nombre considérable d’individus, et alors l’affection, qui tendait à prendre le caractère épidémique, a été attribuée h des conditions atmosphériques particulières (3).
2° Causes occasionnelles. — Généralement le choléra sporadique se produit après l’ingestion de substances indigestes, [surtout pendant les chaleurs, telles que
(1) Ménard, Gazette médicale, 1832.
(2) Chauffard (d’Avignon), Mémoire sur le choléra-morbus ( Journal gèn. de méd., 1829),
(3) Sydenham, Opéra ornnia tnedica.