‹ Guide du médecin praticienChapitre 76 sur 305 · HÉPATITE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

HÉPATITE CHRONIQUE

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

[On donne le nom d’hépatite chronique à l’inflammation du foie, qui, parcourant lentement toutes ses périodes, ne détermine pas une fièvre violente. D’après cette • définition, on voit que cette forme de l’inflammation est fort rare, surtout dans nos climats, car les abcès du foie ne constituent nullement par eux-mêmes une hépatite chronique, mais sont, à proprement parler, une conséquence, une dernière phase de l’hépatite aiguë. Ce qui avait induit en erreur sur le degré de fréquence de cette forme morbide, c’est que bien souvent on avait attribué à l’hépatite chronique certaines affections connues naguère sous le nom d’obstructions, d’engorgements, de tuméfactions du foie, et que nous avons distinguées d’avec l’inflammation légitime, et décrites à part sous le nom d’hypérémie aiguë et chronique, d’état gras ou amyloïde du foie, d’hépatite syphilitique, etc. Cette source de confusion une fois écartée, on voit que l’hépatite affecte rarement la marche chronique, ce qui nous autorise à n’en donner qu’une description succincte, que nous baserons sur les faits observés par Andral, Pasquier, Dalmas, sous nos climats tempérés, et pai ticulièrement sur les observations recueillies par Dutroulau et Rouis dans les pays tropicaux.

§ II. — Causes.

Mlles sont les mêmes que celles de l’hépatite aiguë, et leur mode d’action, si l’on excepte le traumatisme, est tout aussi obscur. Rouis prétend que l’hépatite chronique s’attaque de préférence aux constitutions délicates et molles, aux individus

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

usés par les excès ou les fièvres. D’après le même auteur, elle serait, d’habitude, liée aux variations de la température qu’on observe en automne; quoiqu’elle puisse aussi éclater pendant l’été, revêtant alors un caractère bien plus actif.]

Au début , gène vers l’hypochondre, avec des troubles intestinaux très-variables.

Lorsque la maladie est confirmée, on observe ordinairement une douleur sourde et gravative (quatre fois sur six), quelquefois vive, mais seulement à des intervalles plus ou moins éloignés, et le plus souvent augmentée par la pression, qui se fait sentir vers l’épigastre, et plus tard vers l’hypochoudre droit. Dans quelques cas, cependant, l’hypochondre est tout d’abord envahi par la douleur. Rarement des irradiations ont lieu dans divers sens; lorsqu’elles existent, elles se dirigent vers l’épaule (ce qui a été établi à tort en règle générale), ou bien vers les lombes et l’abdomen. Dans deux cas que nous avons eus sous les yeux, il n’y a eu que de la (jêne et de la pesanteur à la région hépatique pendant tout le cours de la maladie.

V ictère est beaucoup plus rare que dans l’hépatite aiguë. Ainsi, six fois sur dix, la teinte ictérique n’existait pas. On ne peut pas trouver dans le siège de la lésion la cause positive de l’existence de la jaunisse ; car deux fois sur quatre cas d’ictère prononcé, les abcès occupaient la face convexe : une fois ils étaient disséminés dans plusieurs points, et une fois seulement ils étaient à la face inférieure.

L 'augmentation de volume du foie s’observe bien plus fréquemment ; une seule fois sur dix, en effet, le volume est resté normal ; et, dans ce cas, bien que la maladie ait eu une durée assez longue (plus de deux mois), il y avait quelques signes d’acuité; tandis que, dans les autres cas, on observait un développement notable de l’organe. Ce développement a surtout été noté du côté de l’abdomen. Le foie déborde les fausses côtes de deux, trois, quatre travers de doigt et plus. Quelquefois même son bord inférieur descend jusqu’aux environs de l’os des des

(Pepper) (1). .

La palpation fait reconnaître, outre ce développement parfois énorme, la conservation de la forme de l’organe, à moins qu’il n’y ait un abcès du foie accessible à l’exploration ; car alors il y a un changement dans la forme et une sensation particulière au toucher. (Voy. Abcès du foie.)

Par la percussion on constate surtout l’augmentation de volume du côté du thorax. Cette augmentation est quelquefois telle, que le poumon droit est refoulé, et que le cœur peut également être repoussé en haut et à gauche. Il résulte une gêne plus ou moins grande dans la respiration. Aussi les malades qui ont le foie xolumineux par suite de l’inflammation chronique, sont-ils facilement essoufflés et montent-ils difficilement un escalier, comme ceux qui ont une lésion du poumon. Le degré variable de l’oppression, ainsi que la douleur qui existe fréquemment, s’opposent à ce que les sujets portent des vêtements un peu serrés. Les femmes sont obligées de renoncer à l’usage du corset, et la plus légère pression des vêtements est désagréable.

L’augmentation de volume du foie et ses conséquences ont une grande valent dans l’histoire de l’hépatite chronique. Lorsque cette augmentation de volume

(1) Pepper, American. Journ. of mecl. sc., février 1838.

Page 1