ÉTAT CR VS DU FOIE
[Le foie à l’état normal contient de la graisse; celle-ci, par suite d’influences physiologiques diverses, peut même exister dans l’organe en quantité notable, sans que pour cela la santé soit compromise, sans qu’il y ait maladie. Cependant lorsque, sous l’action de circonstances que nous énumérerons plus bas, la matière grasse s’amasse en proportions considérables, cette accumulation donne naissance à des troubles organiques, elle change et altère la structure du foie; en un mot, elle devient une cause de maladie.
§ I. — Causes.
Certains individus, chez lesquels le mouvement de transformation organique est plus lent que chez les autres, montrent une prédisposition à cette affection. Chez eux la graisse s’accumule dans les organes avec une grande facilité et la sécrétion biliaire est facile. Cette disposition constitutionnelle se transmet par l’hérédité ; elle fait que certaines familles paraissent être des hôtes prédestinés pour les eaux alcalines de Vichy, Karlsbad, etc. (2).
L’âge moyen de la vie, le sexe féminin, un climat tempéré humide, marécageux, semblent encore agir comme causes prédisposantes. Il en est de même d’un régime trop succulent et trop riche en matières grasses. Parmi les causes qui paraissent le plus contribuer au développement de l’état adipeux, il en est une trèsfréquente dans nos pays, c’est l’ivrognerie.
L’état gras du foie coïncide avec la tuberculisation pulmonaire; il est moins constant, mais peut cependant exister en même temps que certaines affections intestinales. Brighton rapporte plusieurs cas liés à la dysenterie chronique. Budd l’a vu accompagner le squirrhe. Frerichs l’a observé à un degré très-prononcé avec la
(1) Frerichs, Traité pratique des maladies du foie et des voies biliaires, 2e édition. Paris, 1866, chap. XII.
(2) Durand-Fardel, Le Bret, Dictionnaire des eaux minérales et d'hydrologie médicale.
Paris, 1860.
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compression de la moelle suivie de ses diverses conséquences, telles que décubitus I prolongé, marasme, gangrène.
L’état gras du foie paraît provenir de la surabondance de la graisse dans le sang. lEn effet, chez les gens qui ont un régime trop copieux, chez les phthisiques, chez Iles ivrognes, le sang est remarquable par la quantité de matière grasse qu’il confient. L’accumulation de la graisse dans le foie est ordinairement plus considérable avec la tuberculisation pulmonaire qu’avec les autres affections, parce que l’absorption de l'oxygène est dans ce cas très-diminuée./
§ II. — Symptômes.
On peut distinguer deux espèces d’état gras du foie. Dans la première espèce, la a graisse remplit les cellules hépatiques, gène l’exercice de leurs fonctions, mais m’altère en rien leur structure. L'altération organique est alors souvent transitoire, i c’est elle qui ordinairement existe chez les individus adonnés à un régime trop 'succulent, ou qui faisaient une consommation exagérée de matières huileuses et ageasses. A cette espèce on peut donner le nom d 'infiltration graisseuse.
Dans la seconde espèce, celle qui accompagne les tubercules pulmonaires et les .tautres affections consomptives, les cellules hépatiques, imprégnées d’un plasma aanormalement concentré et atteintes dans leur nutrition, perdent toute leur activité ftfonctionnelle.
La première action qu’exerce l’accumulation exagérée de la graisse, c’est d’entitraver le mouvement du sang dans le foie et la sécrétion de la bile.
De là résulte un état hypérémique chronique delà muqueuse gastro-intestinale, et par suite une disposition très-grande aux catarrhes intestinaux, aux troubles ildigestifs, à la diarrhée, aux congestions hémorrhoïdaires, etc. La bile est sécrétée
• et excrétée difficilement. Toutefois la peau ne prend jamais une teinte ictérique iprononcée. Rarement l’anémie et l’hÿdrémie sont portées très-loin, cependant les iiindividus atteints d’un état gras du foie supportent difficilement les évacuations ssanguines et les influences débilitantes.
D’après Addison, la bile, traitée par les acides, prendrait une odeur particulière '■excessivement fétide; Frerichs n’a pas pu constater ce caractère. Addison dit ' encore que dans ce cas la peau prend une teinte blafarde, couleur de cire, et donne au toucher une sensation analogue à celle du satin. Chez les ivrognes atteints d’un
• état gras du foie, la peau est huileuse et poisseuse; toutes leurs sécrétions cut.tanées sont surchargées de matières grasses, et il se passe chez eux quelque chose '^l’analogue a ce qui se produit chez les individus qui absorbent journellement de Mortes quantités d’huile de morue.
Dans certains cas la sécrétion biliaire diminue de plus en plus, il se déclare une anémie intense, et, sous l’influence de l’acholie et d’un affaiblissement progressif, l . a mort arrive. C’est là un cas exceptionnel pour l’infiltration, plus fréquent avec a dégénérescence graisseuse qui accompagne les affections colloïdes ou lardacées diu foie.
Dans ces cas, l’organe, d’abord hypertrophié, diminue ensuite de volume, quelquefois devient plus petit qu’il ne doit l’être normalement ; sa surface reste lisse ou "St légèrement granuleuse; la couleur bilieuse des selles s’efface, et le malade revêt
• le plus en plus une apparence cachectique.
MALADIES DES ANNEXES DES VOIES .DJOESTIVES
§ III. ~ Diagnostic, pronostic.
L’infiltration graisseuse ne donne naissance qu’à, des troubles vagues qui d’ailleurs entraînent bien rarement un certain danger pour l’organisme. Quand elle est isolée, elle est ordinairement le produit d’un régime vicieux, d’une disposition constitutionnelle, et ces circonstances étiologiques peuvent alors faciliter le diagnostic.
La dégénérescence graisseuse sera reconnue à l’aide de la percussion, qui montrera que l’organe, d’abord hypertrophié, a diminué peu à peu de volume, par l’existence d’un état cachectique progressif, par l’état lisse de la surface de la glande, la diminution de la sécrétion biliaire, enfin par l’ensemble des troubles qu’entraîne après elle une gène de la circulation dans la veine porte. Le diagnostic sera encore facilité parla coexistence delà tuberculisation pulmonaire, de l’ivrognerie habituelle, etc., etc.
§ IV. — Anatomie pathologique.
Il n’est pas toujours facile de reconnaître, à la vue simple, que le foie contient de la graisse. Cependant Frerichs indique certaines formes de l’état gras du foie que l’on pourra distinguer de prime abord. Par exemple, celle qui est caractérisée par un foie volumineux, aplati, d’un jaune mat, à bords lisses et obtus, présentant une consistance pâteuse et dont la coupe exsangue est d’une teinte feuille morte.
Fui. 96. — Cellules du foie, elle* un animal nourri avec l'huile de morue. — A et B, changements subis après trois et huit jours d'une semblable alimentation par les cellules hépatiques : \ , état où commence i'oxperience j 2, les cellules pou do temps uprès ; 3, les mômes cellules plus tard.
(Frerichs, fig. 78.)
Fie. 27. — Cellules d’un foie adipeux — a, a, noyaux.
(Frerichs, fig. 79.)
Lorsque l’accumulation de la graisse est énorme, le foie prend une couleur d’un jaune pâle; de petites taches ou des lignes d’un jaune intense ressortent ça et la, sur un fond d’une teinte uniforme. On observe aussi des places jaunes, éparses et isolées dans le parenchyme; c’est dans ces endroits que la stase de la bile est le j plus considérable. Enfin, la consistance de l’organe diminue, et cela d’autant plus que l’accumulation graisseuse fait plus de progrès; l’organe devient mou, fiasque, friable, et, de même que les tissus œdématiés, conserve longtemps l’empreinte des doigts.
Tels sont les caractères les plus sensibles fournis par l’examen à l’œil nu du foie adipeux. Parfois ils sont assez peu marqués pour qu’on reste dans le doute. On est alors forcé de recourir au microscope, qui nous montre la graisse déposée sous forme de gouttelettes dans l’intérieur des cellules, an voisinage du noyau, comme
KYSTES DU l'Oit.
le représentent les ligures 26 cl 27, et nous permet ainsi de constater sa présence d’une manière indubitable.
§ V. — Traitement.
11 a pour but de diminuer la quantité de graisse contenue dans le foie. La première indication porte sur le- régime ; on évitera les aliments gtas ou féculents, et les boissons spiritucuses, tandis qu on pourra conseille! les ti uits et les légumes riches en pectine et en sels alcalins. On recommandera encore l’exercice en plein - air et tout ce qui peut activer le travail organique.
Dans les formes légères, outre le régime, on prescrira les extraits de chardonbénit, de pissenlit, de chélidoine, unis ou non aux carbonates alcalins. Si l’intestin est paresseux, on aura recours à la rhubarbe et même à l’aloès.
Enfin on sera souvent forcé d’envoyer le malade aux eaux de Vichy, de Karlsbad, de Marienbad. Cependant, s’il y a tendance à la diarrhée et si les individus commencent à devenir anémiques, les sources légèrement ferrugineuses, comme Spa, Ems, Scbwalbach (1), seront d’un bien meilleur effet.]