‹ Guide du planteur d'EucalyptusChapitre 29 sur 42 · ENDROIT DE LA PLANTATION · texte numérisé non relu

ENDROIT DE LA PLANTATION

12 ans

Coteau du Jardin d'Essai.

Id.

Banquette de la route du Jardin

d'Essai.

Campagne Trottier, à Hussein-Dey.

Maison-Carrée.

Ces développements ont été obtenus sur des terrains à sous-sol de terre rouge que M. Trottier ne considère pas comme étant des plus favorables à l'Eucalyptus. Avec des terres d'alluvions profondes et fraîches, dit-il, il n'est pas douteux qu'on arriverait facilement à des résultats merveilleux et il ajoute avec raison : On voit quelle rapidité merveilleuse de croissance possède l'Eucalyptus.

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Voici quelques exemples de croissance de l'Eucalyptus eu Algérie, cités dans l'enquête de la Société de climatologie :

Oued-el-Aneb. — « Dans cette localité, à 6 ou 8 kilomètres du lac Felzara, dont elle reçoit aussi les émanations, la Compagnie Besson plante des Eucalyptus avec entrain, « J'ai reconnu l'heureuse influence de cet arbre, me disait M. Besson, à mon dernier voyage à Paris; j'en fais planter un millier chaque année. » C'est chez lui que j'ai vu les plus gros Eucalyptus, et même les plus gros de l'Algérie : l'un mesurait 2*16 à un mètre au-dessus du sol. » — (Note de M. Ramel, 1876).

Lac Fetzara. — « En 4869, 60,000 pieds d'Eucalyptus globulns ont été plantés sur les bords du lac Fetzara ; aujourd'hui (1876) ils ont déjà presque tous atteint 7 et 8 mètres de hauteur. Le développement de ces arbres a déjà produit un effet très-marqué sur cette localité. »

Oued-el-Aleug. — D'après une lettre de M. Yagerschmidt, les premiers spécimens qui parurent dans la commune d'Oued-el-Aleug furent, en 1864, six chétifs petits Eucalyptus que le Père Quénot, jésuite de Boufarik, voulut bien lui donner comme un très-grand cadeau à cette époque, et qu'il planta près de son habitation avec tout le soin possible, mais aussi avec toute l'inexpérience qu'on y mettait au début. Trois de ces sujets ont résisté, ce sont de grands et beaux arbres aujourd'hui, qui mesurent 1 m. 70 à 1 m. 85 de circonférence à m. 40 du sol, et dont il évalue l'altitude de 25 à 30 mètres.

Mezoubia. — « Tous les voyageurs qui ont fait Je trajet d'Alger à Aumalepar l'Arba, Sakamody, Tablât, etc., connaissent l'ancienne ferme Pichon, au lieu dit « Mezoubia » appartenant actuellement à M. Legout : cetle ferme est située au 88 e kiï. d'Alger et au 35 e kilom. d'Aumale, entre deux collines, et sur un plateau à l'altitude de 450 mètres environ, occupant la rive droite de l'Oued-Zerhouat, au confluent de cette rivière avec le Chabet-Mezoubia.

Depuis 1872, il a été planté par le propriétaire de cet établissement 500 pieds d'Eucalyptus globulus ; tous ont une force et une vigueur que cette essence n'a souvent pas dans les localités placées à pareille altitude ; 50 sujets, plantés pendant la première année, atteignent tous aujourd'hui,

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une hauteur de 6 à 1 mitres, et 0,70 centimètres environ de circonférence à la. base; 100 sujets, plantés en 1873, ont une élévation moyenne de 5 mètres ; pareil nombre a été planté Tannée suivante, ainsi qu'en 1875. La partie complantée se trouve située au bord de la route et sur la rive droite de TOued-Zerliouat ; d'autres Eucalyptus forment des allées ou des limites de culture. *

Tuggurt. — « J'ai l'honneur de vous faire- connaître les résultats obtenus des divers essais et plantations d'Eucalyptus, que j'ai fait opérera Tuggurth. E. colossça, glohulus, rostrata, resinifera, piperita, capitellata. Les semences ont été mises en terre en décembre 1874 ; les dimensions actuelles de ces ambres sont : hauteur des tiges, 2 m. 50 à 3 m.; grosseur du tronc, environ m. 11 de diamètre ; leur âge est d'un an. — D'autres graines ont été mises en terre le 1 er décembre 1875 ; la hauteur des tiges est actuellement de 12 à 15 centimètres, et la grosseur du tronc peut avoir environ 7 millimètres. Les Eucalyptus du premier semis forment un groupe assez important d'environ 20 mètres carrés ; ils n'ont pas été repiqués. Quelques jeunes arbustes ont passablement souffert des grands vents S.-Ô.; mais j'ai fait remédier à cet inconvénient en faisant former des haies en branches de palmiers d'environ 2 m. 50 de hauteur, -r Le nombre actuel d'arbustes du second semis est de 645, repiqués en ligne et occupant une surface de terrain de 3 hectares; ce mode de plantation paraît vouloir parfaitement réusir. » Mohamed ren Pris, aghade Tuggurth, 18 janvier 1876.

Oued-Kerma. — Il y a actuellement — écrivait le 29 février 1876, M. Xav. Bordet — 7 à 800 Eucalyptus de 48- à 22 mètres de hauteur.

Cette dernière citation, à elle seule, aurait pu suffire pour démontrer la prodigieuse croissance de l'Eucalyptus en Algérie ; ces arbres, en effet, n'ont guère qu'une dizaine d'années.

Croissance phénoménale d'un Eucalyptus près d'Alger. — Ce qui précède sur la croissance des Eucalyptus en Algérie venait d'être imprimé quand j'ai eu la bonne fortune de découvrir prés de la Fontaine-Bleue, à Mustapha-inférieur, un spécimen qui est déjà, un véritable phénomème pour son âge Cet arbre, qui paraît être un Globulus, mesure, en circonférence:

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Au ras du sol 3 m. 25 c.

A 20 c. env 2 m. 38 c.

A i mètre 2 m. 02 c.

A 4 mètres environ, au-dessus du sol, le fût doit mesurer de 1 m. 75 à 1 m. 80. Un peu plus haut le sujet, dont la cime a dû être coupée volontairement ou par accident, se divise en deux grosses branches, dont une énorme ; ces deux branches en portent un certain nombre d'autres, de sorte que l'envergure est considérable et que l'ombre doit s'étendre sur un circuit étendu.

La hauteur, en regardant au sommet de la plus haute branche, paraît être de 25 à 30 mètres.

Ce remarquable Eucalyptus est situé près d'une maison, dans une cour qu'il abrite entièrement. Le nouveau propriétaire a mis la plus grande complaisance à me le laisser mesurer, mais il n'a pu me renseigner sur la date de la plantation.

Tout porte à croire que cet arbre n'a pas plus de M ans, en tout cas il ne peut en avoir plus de 13.

On peut se demander qu'elles seront ses dimensions quand il aura 80 ans, terme de croissance en hauteur attribué en Australie aux Eucalyptus.

En attendant, c'est un fait qui paraît démontrer que l'Algérie pourra s'enorgueillir un jour de posséder des géants qui ne le céderont en rien à ceux d'Australie.

Un conseil en terminant : on fera bien de soigner cet Eucalyptus et d'observer sa croissance.

Aclioo des racines et des feuilles dans la croissance rapide de l'Eucalyptus

Le Journal officiel de la République française, constatant les mérites de l'Eucalyptus, disait, il y a quelque temps : « l'Eucalyptus a une puissance considérable d'absorption par ses feuilles et ses racines et d'assimilation, en même temps que d'élimination. Des expériences décisives ont été faites à ce sujet par plusieurs savants. Cette faculté est une des plus importantes, même la plus précieuse des qualités de l'Eucalyptus, et c'est à elle qu'il doit ce pouvoir d'assainissement des lieux humides et malsains qui ne fait plus question pour personne. »

Je ne puis mieux faire, pour démontrer cette action des

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feuilles et des racines, que de citer les passages du rapport de M. le D r E.-L. Bertherand, au sujet de l'enquête sur l'Eucalyptus, au point de vue de l'hygiène en Algérie.

Racines. — Les racines pivotantes et traçantes de l'Eucalyptus, s'implantent profondément dans le sol, auquel, à l'instar des drains, elles enlèvent de grandes quantités d'eau. D'après les expériences rapportées par le Journal officiel de la République française, cet arbre absorberait le dixième de son poids en eau, provenant des terrains et rendrait cette eau en vapeurs chargées de camphre. — On s'explique, dèslors, comment, avec une telle puissance d'absorption, le gommier bleu peut, sous l'influence d'une croissance rapide, dessécher, en peu de temps, des terres marécageuses.

M. Trottier(l) avait déjà remarqué en 1867, qu'en mettant une branche d'Eucalyptus dans un vase plein d'eau et abrité par une pièce voûtée, le vase était complètement vide cinq jours après. Il a, de plus, constaté qu'une branche de cet arbre, pesant 800 grammes, absorbait, — par un maximum de 43° C. en juillet, — et versait dans l'atmosphère, une quantité d'eau s'élevant à trois fois son poids. Il appert d'autres expérimentations, que ce fait s'accomplirait en douze heures.

La rapidité de croissance, dont il vient d'être question, entre, pour une grande part, dans cette énergie d'absorption, M. Hardy a vu ces arbres croître de six mètres dans une saison. La hauteur moyenne des Eucalyptus centenaires, est de 60 à 70 mètres ; leur grosseur moyenne, de 9 à 10 mètres de diamètre ; et c'est en forêts que la végétation de ces myrtacées, présente son summum d'activité régulière. M le D r Cosson (2) estime qn'un gommier bleu de sept ans, planté dans des conditions favorables, peut atteindre 20 mètres de hauteur et dépasser un mètre de tour. Il est généralement admis que la croissance du gommier bleu est de près d'un mètre par mois, dans les premières années.

« C'est donc par l'action puissante de ses racines et de son développement, que l'Eucalyptus pompe l'humidité du sol, s'oppose aux fermentatious putrides, fait disparaître les produits infects et dangereux, tels que les miasmes, surtout

(1) Boisement dans le désert et colonisation, page 8.

(2) Société de géographie de Paris, séance depuis 1875,

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£ans les terrains argileux, qui maintiennent à la surface du sol, des amas d'eaux stagnantes.

« M. Ingram (<) a émis l'idée que « l'eau de certains puits pourrait être garantie contre les infiltrations infectes, en plantant des arbres autour de ces puits. » — L'Eucalyptus ne se présente-t-il pas en première ligne, pour assurer ce bienfait, bienfait dont il convient d'apprécier toute l'importance algérienne, au point de vue, notamment, des épidémies cholériques, par exemple, car l'histoire en montre le développement de prédilection dans les lieux humides, imprégnés, plus ou moins profondément, de liquides contaminés.

Feuillage. — Le feuillage de l'Eucalyptus subit une transformation fort curieuse : dans les trois premières années, l'organe appendiculaire est ovale, large, horizontal ; puis, il affecte le type falciforme, prend une direction oblique ou verticale, aux ramuscules et à l'extrémité de pétioles allongés. La feuille, est, en même temps, devenue épaisse, coriace, susceptible de résister aux intempéries, (siroco, grêle, bourrasques, tempêtes, etc.). La longueur de cet organe atteint parfois, \ï et 15 centimètres, et sa largeur de 5 à 7 centimètres, dans la portion renflée près de l'insertion.

« Le cône de verdure appendiculaire de l'Eucalyptus glpbulus donne donc, tout d'abord, un ombrage peu intense dans son jeune âge, mais qui devient assez épais après la 3 e année. Deux variétés, l'Eucalyptus populifolia et l'Eucalyptus calophylla, en diffèrent, le premier, par une disposition constante des feuilles, le second, par les grandes dimensions de celles-ci qui sont fort larges en tous sens.

« L'ombrage que fournit le gommier-bleu et dont les avantages sont proportionnés à la rapidité et à l'extension du développement de l'arbre, fournit un écran satisfaisant pour empêcher l'activité solaire de se combiner avec l'humidité du sol et d'engendrer ainsi des émanations malfaisantes. Il a, de plus, pour résultat non moins précieux, de s'opposer à la facilité du rayonnement nocturne si abondant sur les terrains dénudés, par exemple dans le désert où, au mois de juin, l'eau se congèle la nuit dans les vases. À ce point de

(1) Dans une récente conférence au Musée de Leicester. (Journal of the Society of Arts.)

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vue, l'ombrage eucalyptique est un modificateur puissant de la température locale.

V Eucalyptus excellent abri pour les animaux en été. — On pourrait utiliser la superficie étendue de ces mêmes ombrages au bénéfice des troupeaux, en plantant, à peu de distance des fermes, des allées d'Eucalyptus assez espacées pour y mettre, dans le milieu du jour, les animaux à. l'abri des rayons solaires, et leur éviter aussi les tourments causés par les mouches qui pullulent dans les écuries. Cette stabulation en plein air serait d'ailleurs avantageuse à leur état sanitaire.

« Lia feuille de l'Eucalyptus, dont la surface est résineuse, en quelque sorte poisseuse, par suite de l'exudation permanente de son camphre, ne retient presque pas l'eau des pluies ou des rosées. J'ai lait souvent cette observation ; et, pendant la pluie, le gommier-bleu est un mauvais abri. Cet arbre conduit donc au sol la plus grande partie des liquides atmosphériques qui tombent sur son cône feuillu.

« Considéré en masses, le feuillage de l'Eucalytus projette une ombre qui s'oppose au- dessèchement du sol ; il forme, en outre, un écran contre la violence des vents chargés de poussière fine, comme ceux du siroco surtout. Il en résulte une protection efficace pour l'organe visuel, et Ton sait que Tôphthalmie est, depuis bien longtemps, une des sept plaies du nord de l'Afrique.

« Toutefois les bienfaits de cet ombrage ne doivent point faire perdre de vue les inconvénients de son voisinage excessif des maisons. Trop rapproché des ouvertures des pièces habitées, il intercepte la lumière, la quantité convenable de chaleur, et favorise l'humidité. M. le D r Jeannel (I) estime que tout arbre doit être éloigné, des 2/3 de sa hauteur, des murs de l'appartement. Cette règle pourrait être appliquée à l'Eucalyptus, en se basant sur la moyenne des dimensions que l'on désire lui laisser acquérir.

Tige. - Il a été, plus haut, question de l'influence de la tige au point de vue de son élévation prodigieusement rapide, de son développement promptement considérable en

(1) Des plantations d'arbres au point de vue de l'hygiène publi qûB. — Paris, 187*2.

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épaisseur, puisqu'en dix ans l'Eucalyptus atteint en moyvtone 15 métrés de hauteur et un mètre de circonférence à la base, à un mètre au-dessus du sol. On comprend tous les avantages d'une tige aussi flexible, continuant à répandre des émanations camphrées, et offrant aux vents une résistance imposante, quand ces myrtacées sont plantées en massifs.

EcoftCE. — Déjà fort original par les types opposés que prend son feuillage, l'Eucalyptus présente une singularité dans son écorce. Lisse et verte dans son âge tendre, elle devient vers la 3 e année, rugueuse et jaune-grisâtre, se crevasse et s'enlève par plaques, laissant le tronc luisant et comme verni. A ce moment, elle conduit le long des rameaux et surtout de la tige, toutes les. eaux pluviales jusqu'au sol. »

Croissance de l'Eucalyptus eu Australie.

La Revue maritime el coloniale a publié dans son numéro du mois de Décembre 1861, un article de M. Rame! sur rEucalyptusGlobulusde" Tasmanie (Tasmaniam blue gum) dont j'extrais le passage suivant relatif à la croissance de cet arbre en Australie. J'ai pensé que les sylviculteurs algériens seraient bien aise de trouver ce renseignement à côté des expériences déjà faites dans notre colonie et en vue de celles qu'ils tenteront.

« S'il n'est plus contrarié dans son développement, ce jeune arbre va croître avec une grâce et une rapidité sans égales, au très grand bénéfice des mains qui l'ont planté, ou seulement de ceux qui vivent dans son voisinage. 11 va embaumer l'air d'un parfum vivifiant, dont la base est l'essence de térébenline avec un composé qui le rend aussi attrayant que durable.

» Les arts en retireront certainement un très grand profit: et (qu'on me pardonne ces déductions, qui me sont toutes personnelles,) Jes médecins trouveront peut-être, dans ce beau végétal, un puissant aide pour combattre en germe l'affreuse maladie qu'on appelle la phthisie.

» Je le crois également capable, jusqu'à un certain point, de contre-oalancer l'influence des émanations du sol qui donnent lieu à la fièvre paludéenne.

» Après 4 ou 5 ans, l'arbre atteint vingt-cinq à trente

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mètres de hauteur, quelquefois davantage, suivant le Heu où il est placé. C'est le moment où il se couvre de fleurs et où son feuillage mue. Ses nouvelles feuilles affecteront les proportions effilées de notre Saule européen.

» Le sujet étant d'importation récente au jardin botanique de Melbourne, mes observations n'ont pu le suivre dans sa croissance jusqu'à un âge plus avancé ; mais je sais, qu'en quatre-vingts ans, il peut atteindre le maximum de sa taille c'est-à-dire trois cents pieds environ. Après ce temps, ce qu'il gagne, est en grosseur.

» Voici, à l'appui de mon assertion, l'exemple d'un patriarche coupé dans une vallée de la Tasmanie, prés du mont Wellington. (1).

Circonférence à la base 90 » pieds anglais ;

— à 5 pieds au-dessus du sol. 65.6 —

» Sa hauteur était de 300 pieds environ, et l'on estimait que son tronc présentait 800 anneaux concentriques « concenlric-rings. »

» Si à de telles proportions, que l'eucalyptus acquiert en un temps relativement fort court, on ajoute que son bois est des plus durs et des plus résistants à l'eau, à l'air, à l'humidité, aux insectes, on aura le complément le plus étendu qu'on puisse réclamer d'un semblable végétal. »

Les exemples suivants sont cités par M. Leingre dans sa notice sur V Eucalyptus globulus ( Extrait de la Reçue maritime et coloniale) :

« On a mesuré, dit M. Mueller, un Eucalyptus colossea (ou Karry des indigènes) de près de 122 mètres de hauteur ; des Eucalyptus amygdalina de 128 et même de 145 mètres. La taille d'un autre individu de Ja même espèce a été estimée à 500 pieds anglais (152 mètres). Comme terme de comparaison, on peut citer le dôme des Invalides, haut de 105 mètres la flèche de la cathédrale de Strasbourg, haute de 142 mètres enfin la pyramide de Chéops, la plus haute construction qui existe, dont la hauteur est de 146 mètres. Ainsi V Eucalyptus amygdalina jetterait encore son ombre sur le sommet de la grande pyramide. »

(1) Ressources of Victoria, p. 22.

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Le diamètre de ces titans du monde végétal est proportionnel à leur hauteur. Un Eucalyptus mesuré en Tasmanie n avait pas moins de 9 m , 15 de diamètre pTès du sol et de S^eô à la naissance de la première branche, c'est-à-dire à plus de 70 mètres au-dessus du sol ; la hauteur totale était de91 m 50. Par une estimation approximative, on suppose qu'un tel arbre aurait pu fournir un poids total de H6,886 kilogrammes de bois. (1)

Ces dimensions dépassent celles du fameux Séquoia ou Wellingtonia giganlea de la Sierra-Nevada de Californie, dont les plus gros n'avaient que 98 mètres de hauteur, sur 8 DI ,86 de diamètre.

Si ces exemples peuvent, à bon droit, être considérés comme de splendides exceptions*, ils ne sont pas moins les meilleures preuves de la puissance végétative, vraiment prodigieuses, de cette essence, puissance d autant plus remarquable que l'arbre atteint généralement sa hauteur vers 80 ans, âge après lequel il ne s'accroît plus qu'en diamètre . »

S'il ne faut à l'Eucalyptus que 80 ans pour atteindre tout son développement en hauteur, on peut à bon droit espérer que ceux que nous possédons et qui, à dix ans, mesurent 30 mètres de hauteur, atteindront, dans le môme laps de temps, des dimensions égales à celles des colosses de l'Australie.

Qnlitf du terrain— Nature du sol.— Profondeur. Exposition. — Altitude.

Il ne suffit pas de connaître, comme je l'ai indiqué, si telle espèce ne prospère qu'en terrain humide, si telle autre préfère les terres sèches, et s'il en est qui végètent également bien dans les terrains secs ou humides ; il convient aussi de se rendre compte de la profondeur de la couche végétale et de reconnaître la nature de la terre.

Les renseignements que j'ai pu me procurer sur la composition géologique des sols dans lesquels les Eucalyptus ont été plantés sont peu nombreux ; aussi, les nouvelles obser valions devront-elles porter sur ce point important.

UEucalyptvs est peu difficile sur la qualité du terrain, mais, s'il végète à peu près partout, étant don né un climat con-

(1) Voir la Revue de décembre 1861, page 516.

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venabte, ce serait une erreut de croire qu'il ne lui feilte pas des conditions particulièrement favorables pour qu'il produise tout ce qu'il peut donner. « Rien ne vient de rien> et les plantes même à tempérament de chameau ne s'accommodent de l'aridité du désert qu'à la condition d aller puiser profondément l'eau dont elles ont besoin pour végéter ; ce qu'on peut dire à cet égard de V Eucalyptus, c'est qu'il résiste aux sécheresses de l'été et profite des pluies d'automne, d'hiver et du printemps* partout où la douceur du climat lui permet de végéter sans interruption durant cette période. C'est cette admirable continuité de végétation qui fait Comprendre la fabuleuse rapidité de croissance de V Eucalyptus.

« Lorsque les racines plongent dans un terrain frais et fertile, comme au Hamma* près d'Alger, dit M. Leingre, la croissance en hauteur des jeunes sujets peut atteindre, en moyenne, IU 50 par mois. »

« A Gannes, un semis d'un an, mis en placé en mai, atteint environ 6 mètres au mois de décembre suivant ; Tannée d'après, même pousse de 6 mètres environ ; à partir de la troisième année seulement, cette impulsion commence à se ralentir, mais elle demeure assez forte pour qu'un sujet comme celui des frères Huber, à Hyères, planté en 1857, fût, en 1872, un arbre de plus de 25 mètres de hauteur (1).»

Au Fondouck, où les plantations de M. Trottier, faites de 1867 à 1870, couvrent 28 hectares, la régularité de végétation et l'aspect de bonne venue des fied-Gums sont remarquables dans toutes les parties où le sol, composé d'une terre rouge, graveleuse et sèche, ne convient pas à l'Eucalyptus globulus.

Il en est de même sur un terrain alluvionnaire d'excellente qualité, mais peu profond et reposant sur une couche de galets. Des Globulus, qui sont splendides là où cette couche n'existe pas, ont succombé partout où ils l'ont rencontrée, et devront être remplacés par des Red-Gums, qui peuvent, dit M. Trottier, perforer facilement cet obstacle, infranchissable aux racines du Globulus.

A Hussein-Dey, chez ce même sylvicuteur, le sol de la plantation qui a 3 hectares d'étendue, est argilô-siliceux et

(i) Planchon : L'Eucalyptus globulus, au point de vue botanique et médical.

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peu humide ; il ne contient que l'humidité capillaire et pas de couche aquifère jusqu'à l'argile bleue : aussi le développement des Eucalyptus en massif ne trouvant pas l'humidité nécessaire, s'arrête-t-il en été. Il y a malgré cela des sujels énormes et de toute beauté.

A Oued-el-Aleug, dans la partie haute du Domaine des Sources, là où se trouvent les plantations les mieux réussies et les plus prospères, le terrain se compose d'une bonne couche arable de terre franche argilo-calcaire d'une épaisseur de 30 centimètres à un mètre, reposant sur des schistes terreux d'une grande épaisseur et ne contenant pas- d'humidité.

Dans la partie basse, les terres sont plus argileuses ; l'eau est à peu de profondeur, et, l'argile, plus ou moins rapprochée de la surface, rend les résultats très-variables.

Les principales variétés cultivées dans cette magnifique propriété sont : le Globulus, le Bed-Gum, le Red-Gum dit Tenter field, le Colosvca ; quelques spécimens des variétés : Occidentales, Roslrata, Flooled-tium, Megacarpa et Yiminali* ont très-bien végété En tout, 49,000 Eucalyptus en massifs, couvrant 19 hectares ; 1,000 en bordure sur les chemins ; total : 20,000 arbres.

A Aïn-Temouchent, la première plantation d'Eucalyptus remonte à 1867 ; elle a été faite par M. Dandoy, riche propriétaire de la ville. Elle est située dans sou jardin et constituée par un groupe de U sujets, plantés à 1 mètre de distance les uns des autres, et sur le bord du petit cuisseau, appelé Oued-Temouchent, lequel traverse ce jardin du S. au N. Le sol est une terre volcanique, noire, argileuse, remplie de rapilli en pierres noires volcaniques. La couche arable peut avoir deux mètres de profondeur, infiltrée par les eaux du ruisseau, dont l'écoulement est constant. Ce jardin est situé dans un bas-fond, abrité des vents du S. et du N.-O., mais recevant les atteintes du N. et de l'E. La température est celle des lieitx qui sont à 20 kilom. de la mer, aune altitude de 280 mètres au-dessus du littoral.

Cette plantation a fort bien réussi ; les arbres ont de 15 à 18 mètres de hauteur, sont très droits, portent fleurs et graines qui sont reproducthes ; leur circonférence au niveau du sol est de 1 m. 20 en moyenne, et de 1 m. 05 à hauteur d'un mètre.

En 1869, M. Dandoy a fait encore planter un massif

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d'Eucalyptus contenant environ 300 sujets, à une petite distance des premiers, et dans les mêmes conditions de sol et d'emplacement. Ils forment aujourd'hui un petit bois trèsombragé. Leur développement est dans la même proportion que les précédents.

Depuis cette époque, le même propriétaire a fait exécuter des plantations de cette essence dans ses jardins, soit sur le bord de TOued-Temouchent, soit sur le bord de l'Oued-Senam, soit sur le talus de la conduite d'eau de son moulin, soit encore sur un versant E. de la rivière O.-Senam, en un lieu sec et pierreux. La totalité de ces plantations approche de 1,000 arbres. Tous sont de belle venue et paraissent devoir prospérer.

A Rio-Salado, quelques sujets ont été plantés sur le bord de la route ; ils sont assez bien développés, mais ils souffrent des vents de mer et ne sont pas soignés Le sol de ce village est sablonneux-calcaire.

M. le D r Gaucher, qui a fourni ces renseignements à l'enquête de la Société de climatologie algérienne, (Sciences physiques et naturelles), écrit, depuis lors, dans une étude sur la région d'Aïn-Temouchent : « La composition du sol est extrêmement variable à cause des bouleversements terrestres qui ont eu lieu à des époques très-reculées (époques préhistoriques), bien avant l'occupation Romaine. Sur le littoral proprement dit, on trouve des terres sablonneuses, rouges et jaunes, plus ou moins profondes, reposant sur des tufs calcaires, tantôt compactes, tantôt graveleux. Lorsque l'on s'éloigne de la mer d'environ dix kilomètres, on rencontre une ligne de cratères, de volcans éteints s'étendant de l'est à l'ouest, sur une longueur de plus de 20 kilomètres, et d'une largeur variant entre quelques kilomètres et plus de douze kilomètres. C'est cette partie du territoire qui est la plus fertile ; les terres sont noires, argilo-calcaires, profondes et remplies de rapilli en quantité parfois telle qu'elles sont fort difficiles à cultiver. On peut facilement étudier, dans cette zone, tous les produits des volcans, depuis la pouzzolane grise et rougeâtre la plus pure jusqu'aux coulées puissantes de trachytes, de basaltes, etc.; etc. Enfin, le dernier groupe de terres est constitué par des glaises plus ou moins pures, renfermant des grès de toutes les qualités, soit à l'état d'agglomérats puissants, soit à l'état de bancs isolés. On rencontre en grande abondance, et mêlées à tous les terrains, les marnes, calcaires et argilo-calcaires, »

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J'ai fait cette citation parce qu'elle peut se rapporter à toute l'étendue du littoral algérien et qu'elle prouve que le droit de végétation est acquis à l'Eucalyptus dans la portion basse de la Colonie.

Il importe aujourd'hui de s'occuper de l'acclimatation de la Myrtacée australienne dans les régions montagneuses et aux diverses altitudes qui s'étendent jusqu'à la région des hauts plateaux. Ces essais pourront être facilités par la division des espèces qu'on a vue dans la première partie de ce travail, et les indications détaillées qu'on trouvera dans le catalogue, pour chacune des variétés connues jusqu'à ce jour.

Comme corollaire de mon raisonnement, je relève dans le rapport à la Société climatologique ce passage : « Si la zone montagneuse semble, en raison de sa température assez basse, refuser au gommier-bleu le droit à la croissance, il convient d'en appeler aux expérimentations avant de se prononcer définitivement. « Quand il n'a plus la forme herbacée sous laquelle nous le voyons dans les squares de Paris, et qu'il prend la forme ligneuse, il peut supporter des froids de 2 et 3 degrés au-dessous de zéro. » Cette appréciation, que nous extrayons du Journal officiel de la République française, doit encourager les planteurs à renouveler leurs essais sous ce rapport comme sous celui des variétés qui se plaisent dans tel ou tel sol, à telle ou telle hauteur, dans les sables du littoral ou du Sahara, etc.' M Gastinel-Bey penseque l'air trèshumide du littoral suffit au développement de l'Eucalyptus planté dans les sols sablonneux de la zone marine égyptienne. M. de Marafl affirme aussi que sa puissance en végétation ne laisse rien à désirer dans « les terres salines. » (1).

En résumé, on peut dire que l'Eucalyptus, en général, prospère particulièrement dans les terrains argilo-siliceux ouargilo-calcaires, frais et profonds; mais on comprend qu'il doit y avoir encore, selon les espèces, des tâtonnements sur le choix des terrains, des situations ou expositions, et surtout des altitudes. Il convient, en un mot, de faire, en Algérie, pour l'Eucalyptus, ce qu'il est si souvent indispensable de faire, en tous pays, pour tant d'autres essences, qui, bien qu'originaires du sol, ne sauraient y prospérer qu'à ces conditionslà.

(1) Egypte agricole, n° de juin 1870.

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