‹ Guide du planteur d'EucalyptusChapitre 38 sur 42 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

A la fin d'un article sur la « nécessité pour les colons de planter des arbres », publié Tannée dernière par le Journal de V Agriculture algérienne, je disais :

Que chacun se mette à l'œuvre, que tous ceux qui portent intérêt à ce pays, prêchent une croisade en faveur des arbres ; et, je le répèle, avant quelques années, nous pourrons compter les quinze millions d Eucalyptus ; nous pourrons, qui sait ! posséder en plus, peut-être, quinze autres millions d'arbres de tontes sortes, forestiers ou fruitiers. — il suffirait même pour atteindre ce résultat de quelques imitateurs de la Compagnie des Chemins de fer algériens. — Alors l'Algérie achèvera de se coloniser sans effort.

Les plantations exécutées, par les particuliers, près des centres de population, seront faciles à.garder> à surveiller. Ainsi disséminées, elles auront peu à redouter le danger des incendies et l'on viendra de la sorte en aide à l'Etat qui se préoccupe avec une si grande grande sollicitude de la conservation des forêts et du repeuplement de celles qui ont été brûlées. Pendant que le Gouverneur général, armé comme il est aujourd'hui avec la loi du 17 juillet 1874, relative à la responsabilité collective des tribus, arrêtera la destruction barbare ou inconsciente à laquelle s'adonnaient les indigènes, des millions d'arbres plantés par le travail incessant des colons et des indigènes progressifs, surgiront sur tous les points des trois départements. L'Algérie redeviendra alors aussi florissante, aussi boisée qu'à l'époque où elle était le grenier d'abondance des Romains.

Certaines Administrations particulières pourraient aussi concourir à l'œuvre du reboisement' de l'Algérie ; je veux parler des Sociétés qui construisent en ce moment des lignes ferrées (2) et qui pourraient imiter la Compagnie Paris-Lyon- Méditerranée en bordant d'arbres les voies et en établissant de loin en loin des quinconces. Les uns auraient l'avantage de fixer les talus, les autres procureraient, dans un certain

(1) Journal de l'Agriculture algérienne, n° 4. — l rc an née (1876.)

(2) Il y a actuellement en Algérie : 3 lignes ferrées en exploitation, 544 kiloru. ; 6 lignes concédées 640 kilom ; 2 lignes aux enquêtes 175 kilom. ; 4 lignes à l'étude, 219 kilom. ; 7 lignes à l'état de prévision 365 kilom. Total 22 lignes ferrées, et,1.943 kilomètres.

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temps, des traverses, des poteaux et un appoint de combustible.

Un décret d'autant meilleur qu'on sait que le phylloxéra étend toujours ses ravages, un excellent décret prohibe l'introduction en Algérie des ceps de \ ignés et plants d'arbres. Si les pépiniéristes de la colonie ont été. intelligents, Ils ont dû profiter largement des dispositions de ce décret en lançant des voyageurs dans les trois provinces, ainsi que faisaient les maisons de France. Eh bien ! qu'ils secondent l'œuvre de la colonisatioa en stimulant l'ardeur de leurs courtiers; que ceux-ci parcourent les campagnes, qu'ils excitent l'amour-propre des colons, et, tout en augmentant leurs bénéfices, MM. les pépiniéristes auront bien mérité de l'Algérie (1).

En ce qui concerne les communes, il en est qui pourraient s'assurer des ressources dans l'avenir, soit en plantant des bouquets de bois sur leurs communaux (2), soit en

(1) M, Suire, horticulteur à Philippeville, dont on a admiré les produits à l'Exposition d'Alger, fait voyager maintenant dans toute l'Algérie pour vendre les sujets des espèces de plantes les plus variées, dont il prépare la venue dans la jolie pépinière qu'il a créée.

(2) Les bois communaux. — Sous ce titre, on Ut dans le Mobacher du'22 mars 1877, n° 1635 : « Une tentative qui mérite d'être signalée, vient d'être faite dans le, département d'Oran, par la population du village d'Inkermann, obéissant à l'intelligente impulsion donnée par l'Administrateur de la commune, M. Barrère.

« Ce village, situé à 42 kil de Relizane, sur les bords de l'Oued-Rir, et complètement privé de bois, a distrait de son communal quinze à, vingt hectares qu'il est en train de planter à l'aide des essences forestières tirées d'une pépinière créée, il y a deux ans environ. H

« Il y a là un excellent exemple donné à tous les villages tfe la plaine du Chéliff qui, comme Inkermann, ne possèdent pas de bois et qui, en consacrant quinze ou vingt hectares à des plantations, se créeront des ressources importantes pour Pavenir, tout en améliorant, dans de notables proportions, leurs conditions hygiéniques. L'Administration supérieure est toute disposée à. seconder, par des subventions, toutes les tentatives de ce genre. Quant au communes de plein exercice eUes doivent comprendre que leur devoir est de s'évertuer à trouver les moyens d'améliorer leur situation physique et financière, et qu'aujourd'hui, où l'Algérie a enfin un mouvement propre et caractérisé, la mission de l'Administration consiste plutôt à aider et à favoriser les tentatives qui se produisent spontanément qu'à les provoquer. »

(Correspondance générale algérienne).

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demandant des terrains domaniaux pour créer des forêts. Des emprunts pour ces créations seraient certainement couverts par les habitants des villes, soucieux de coopérer à l'œuvre du reboisement de la colonie.

Enfin, que dira'i-je ? Colons, plantez des arbres (1), c'est la dot de vos enfants que vous préparerez, c'est une caisse de retraites de la vieillesse que vous vous créerez, et c'est, par dessus tout, ne l'oubliez pas, une assurance pour la vie.

J'ai peu de chose à ajouter, mais je dois tout d'abord réparer l'oubli que j'avais commis à l'égard du Service des Ponts- et-Chaussées, en omettant de mentionner ses travaux de plantations. M. Trottier rend ainsi hommage à*ce Service, dans sa dernière brochure : « Nos Ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, chargés de l'établissement des nouveaux villages, commencent à appliquer une idée dont on ne saurait trop les féliciter: ils les enveloppent d'un boulevard uniformément large de 50 mètres. C'est là le point de départ d'une œuvre utile. Chaque centre se trouvera ainsi au milieu d'un véritable parc qui lui donnera d'abord l'assainissement, en tamisant l'air extérieur qui arrivera dans l'enceinte purifié et carbonisé, puis l'ombre, et enfin le bois un peu plus tard. N'oublions pas l'influence moralisante de cet enveloppement de verdure remplaçant la triste dénudation. » Cette Administration faitaussi, dans la mesuredu possible, des plantations d'arbres au bord des routes. A tous les points de vue, ces plantations sont très utiles ; il serait à souhaiter que les 7,267 kilomètres (2) actuels de nos routes et chemins fussent bordés ; les communications entre les centres de population n'en seraient rendues que plus faciles et plus agréables.

Administrations, communes et particuliers, créeraient ainsi d'ombreuses promenades : les massifs, les quinconces, les arbres isolés même, briseraient et rafraîchiraient le sojiffle brûlant du Sud ; ils arrêteraient en partie la violence des fortes brises de mer, ainsi que le sable et les vapeurs salines

(1) M. Suire, a pris pour titre des avis qu'il fait insérer dans les journaux pour publier le prix-courant de ses plantes, ces mômes mots : « Colons, plantez des arbres ! »

(2) Les 5 routes nationales ont ensemble 1,770 kilomètres ; les 20 routes départementales 1,591 kilom.; les chemins vicinaux, ensemble, 2,754 kilom.: ceux de colonisation, 342 kil.; non classés, 810 kil. Total m 7,267 kilomètres,

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qui nuisent à la végétation des cultures herbacées. Enfin, ils auraient l'avantage de créer ou d'alimenter les sources, de fixer les sables mobiles, de les rendre fertiles et d'arrêter le rayonnement sous un voile de verdure.

Au point de vue hygiénique et médical, on a vu combien les émanations parfumées et aromatiques de l'Eucalyptus étaient favorables à la santé ; et, si les feuilles de celte plante peuvent remplacer le quinquina, il est facile de calculer quel bienfait ce sera pour les pauvres. Les pharmaciens eux-mêmes trouveraient une compensation à la vente de la quinine par la vente des feuilles et la fabrication de l'essence. D'autre part, les Gouvernements réaliseraient une grande économie par l'emploi de l'Eucalyptus dans les hôpitaux.

En présence de toutes ces considérations, Gouvernements, Académies des Sciences et de Médecine, Médecins en général et de colonisation en particulier, Sociétés d'agriculture et d'acclimatation, etc., feront bien d'étudier encore plus sérieusemenfr-Je précieux végétal qui présente des propriétés d'une si grande valeur pour l'humanité, et de favoriser de tout leur pouvoir la propagation (I) de

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