QUALITÉS ANTI - PUTRIDES ; APPLICATIONS A L'HYGIÈNE DB LA TOILETTE
* L'Eucalyptus, dont nous avons vu plus haut l'action avantageuse des émanations possède également la propriété d'empêcher les substances organiques d'entrer en fermentation, et de donner naissance à des produits infects, septiques. Ce n'est certes point une des applications les moins importantes de son usage, au poin, de vue de la salubrité publique et de l'hygiène individuelle, car la désinfection constitue un moyen préventif de bon nombre de maladies méphitiques, L'essence d'Eucalyptus a déjà subi, à ce sujet, de nombreuses applications. Quelques gouttes répandues dans les appartements, détruisent les miasmes putrides et inhérents à l'haleine et aux crachats fétides dans la gangrène pulmonaire, ou bien aux. sécrétions intestinales des dyssentériques, soit encore aux matières sanieuses de la pourriture d'hôpital, etc.
» L'écorce non caduque est imputrescible : « J'en ai conservé dans l'eau pendant près d'un an, écrit le D r Miergues, en la soumettant à des battages fréquents, sans qu'elle ait pu se corrompre.
» De l'huile de foie de morue brune, aromatisée avec 1 OiO d'essence d'Eucalytus, est ingurgitée sans répugnance et sans éructations désagréables.
» Ces propriétés désinfectantes ont bien vite fait accepter le gommier bleu dans la cosmétique. La variété E. Amygdalina, la plus riche en huile essentielle, en donne jusqu'à 4 0\Ù du poids de feuilles fraîches, soit le double des autres Eucalyptus, La par*
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fumerie a déjà multiplié toutes l^s.fqnnes jcLb ? c^s .çrép^r^gns pour la toilette : aïcoolature* yïpfiigse, eau dentifrice, lotions, injections, savons de toilette, pornniades à cheveux, etc. C'est en Angleterre, surtout, que cette industrie a pris qn développement considérable.
») À propos de ces propriétés cosmétiques, je dois signaler une application précieuse — • si toutefois elle vient à être confirmée par d'autres observateurs, — car il s'agit de la préservation d'unp iacommode affection propre aux pays chauds, c'est-à-dire çte la « bourbouille » ou « gale bédouine. » Ayant remarqué que jes personnes, habituées à se lotionner chaque jour le vissage et les mains avec de l'eau aromatisée de quelques gouttes d'essence eucaiyptique, n'avaient plus ou que fort peu d'irruptions papuleuses ou de rougeurs, il me vint, il y a déjà assez longtemps, l'idée d'en faire une appropriation préventive du Lichen simple (gaie bédouine). Je constatai, en effet, que les individus habituellement martyrisés par cette affection échappaient à son invasion si elles avaient soin de prendre dès rapproche des chaleurs, des bains entiers, une ou deux fois par semaine, parfumés soit avec une infusion de 200 grammes de feuilles d'eucalyptus, soit avec un 1/2 savon de toilette, soit avec un 1/3 de vinaigre de la même plante, additions certainement peu dispendieuses (60 à 75 centimes). Ces applications sur toute la périphérie du corps agissent-elles en facilitant la circulation capillaire, ou plutôt en débarrassant plus complètement Tépiderme de tous lès produits irritants et fermçntescibles d'une transpiration constante et peu abondante, toujours est-il que l'immunité des papules et de l'atroce démangeaison qui les accompagne me paraît bien acquise et suffisamment c$montrée.
» On a été plus loin dans cette intéressante propriété de neutraliser le travail des fermentations putrides. Le D r Brunel avance que les feuilles et les débris d'écorce d'Eucalyptus tombant dans les eaux stagnantes qui baignent le pied de ces arbres, assainissent ces liquides au point que les voyageurs peuvent en boire impu?', nément.
» Une espèce, l'E. Rostrata, a une écorce précieuse à ce même point de vue, puisqu'elle a été utilisée pour faire d'excellents papiers à filtre.
» La variété, TE. Oiéosa, qui n'atteint jamais plus de 4 mètres de hauteur, est très ramifiée à la base, et ses massifs constituent des fourrés impénétrables : elle émet des racines horizontales qui renferment une eau limpide et parfaitement saine. On les coupe par tronçons et on les laisse égoutter Cette variété vient dans les mauvais terrains et résiste parfaitement à la sécheresse. Sa propagation n'est-elle pas indiquée dans nos régions désertiques ou, elle mériterait à merveille le nom « d'arbre de la iw>if ? »
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» On est d'ailleurs rassuré sur la qualité salubre des liquides provenant de telles racines, par les déclarations de M. Cloez (1) : « L'eau chargée d'une petite quantité d'huile essentielle (d'eucalyptus) a une saveur fraîche, amère et camphrée assez agréable : on peut l'avaler impunément, elle ne renferme aucun principe • toxique. »
» M. le D r Miergues estimait que la quantité de tannin contenue dans les feuilles est assez considérable pour faire utiliser ces dernières au tannage des cuirs, auxquels elles concéderaient en permanence une odeur agréable, avantages précieux pour les personnes sujettes à des transpirations fétides.
Hygiène oculaire
« La réflexion brutale de la lumière solaire rendue plus éblouissante par l'état d'un sol dénudé et pailleté de particules salines brillantes, est, en Algérie, une cause permanente de fatigue et d'affections oculaires. L'héméralopie, l'amaurose, toutes les altérations nerveuses et organiques des milieux de l'œil, ne sont-ils pas le triste privilège de la terre africaine ? Ces désordres sensoriels seront singulièrement atténués quand ces terrains à couleur blanchâtre, grisâtre et brillante, à peu près stériles, se couvriront de vastes massifs d'une verdure permanente, sur laquelle la vue se reposera.
« On sait que les couleurs les moins fatigantes pour l'organe oculaire sont le bleu et le vert. N'est-il pas remarquable que ces deux reflets se trouvent précisément réunis dans le feuillage de l'Eucalyptus, vert-bleu dans le jeune âge, vert-jaune au bout de quelques années ? Nul doute que ces tapis, ces rideaux de végétation permanente ne constituent de véritables écrans modérateurs de l'énergie des radiations solaires, et ne procurent d'aussi précieux avantages que les conserves de mômes teintes, dont les immigrants utilisent les bons effets de protection.
Hygiène morale
a L'action prolongée d'un soleil ardent n'affecte pas seulement l'organe de la vision : le système nerveux en 1 est profondément troublé ; de là ces insomnies, vertiges, agitations qui tourmentent les habitants des pays chauds, et vont môme jusqu'à provoquer
(I) toftéit (UcclimâUoB de P«ri*, fétiw deieptomto im.
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l'irritabilité du caractère. Que les variétés d'Eucalyptus qui prospèrent sur les sols secs, sablonneux, pierreux, les Sideroxylôn, Longifolia, Fasciculosa, Corymbosa, Robusta, Rostrata, Coriacea, etc., remplacent sur nos cotoaux arides les oliviers rabougris, les jujubiers clairsemés, et le pays perdra son aspect si triste, si monotone: Le feuillage persistant des Gommiers bleus égayera la vue et jettOTa dans l'existence des colons une de ces impressions favorables dont on ne tient pas assez compte. M. Trottier dit, avec raison : « Surtout dans les pays chauds, les forêts donnent la placidité et le calme à l'esprit ; par conséquent, leur influence pousse aux choses de raison. La dénudation, au contraire, rend l'esprit excitable, l'énervé par moment et nous fait gens d'imagination. Où trouve-t-on l'exaltation plus développée que dans les pays d'aridité? » Or, l'Algérie n'a que 1/li* de son territoire boisé, alors que la Saxe et la Bavière en ont le l/8 e !
a Le déboisement d'un pays est donc la cause la plus active de son dépeuplement. On doit encore considérer que l'économie forestière a une grande influence sur l'état physique et moral des populations : les faits historiques et ceux actuels l'établissent. Ainsi, le docteur Mueller a parfaitement raison, quand il dit : a La bonne santé, la longue existence semblent ne point être faites pour les régions arides, et le travail de l'homme y est tristement augmenté Le terrain qui, dans les contrées dépourvues d'arbres, est occupé par une famille nomade suffirait à la prospérité d'un village, s'il était partiellement boisé- . »
a Si nous voulons le peuplement et la colonisation de ce pays, ajoute M. Trottier, la conservation et l'extension des forêts est une question capitale. »
« Et il n'y a réellement rien d'exagéré dans cette perspective de l'influence des Eucalyptus sur les fonctions cérébrales, sur les dispositions et manifestations morales. La rapidité de leur croissance, la hauteur gigantesque â laquelle ils parviennent, la persistance du feuillage, leur donnent ici une supériorité incontestable sur les massifs de toute autre essence.»
Correctif de l'action du tabac.
« M. Ramel, l'ardent propagateur de l'Eucalyptus, ayant proposé de fumer des cigarettes et cigares confectionnés avec les feuilles de cette myrtacée, M. Cloez fit des expériences importantes à ce sujet, et dont voici le résumé textuel :
«r J'ai fait brûler lentement une quantité de ces feuilles dans une pipe de tôle communiquant, au moyen de tubes de verre et de caoutchouc, avec un aspirateur rempli d'eau , l'appareil est disposé de telle sorte que la fumée est obligée de traverser plusieurs
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flacons oit «lie. abandonne les produits pyrogénés condensaMes qu'elle entjœJne. On .recueille* après l'opération, une assez .forte quantité de liquide, aqueux, brunâtre» avec, quelques gouttelettes huilepses et goudronneuse^ : le HquWe aqueux est faiblement alcalin, il n'exerce aucune action nuisible sur l'économie. Quant au produit goudronneux, il ressemble à tous ceux qu'on obtient par l'action de la chaleur sur les plantes : à la dose de 5 déeigrammes ita été sans action sur un chien détailla moyenne*
«Après avoir essayé sur les animaux les produits volatils et goudronneux fournis par ces feuilles et avoir constaté leur complète innocuité, j'ai pu sa n s crainte fumer cssleuilles, soit dans une pipe ordinaire, soit sous la forme de cigares et de cigarettes' I>a fumée produite dans ces trois modes de combustion possède les mêmes propriétés ; elle exerce sur l'économie une, action inverse de celle du tabac, c'est-à-dire qu'elle est plutôt excitante que narcotique. On s'y habitue d'ailleurs très-rapidement, et, en général, elle finit par paraître/agréable»
» Quand ces feuilles sont saines et qu'elles ont été desséchées avec soin, elles brûlent facilement : si la combustion est complète, la cendre est tout-à-fait blanche.Cette cendre est assez abondante^ elle s'élève au 1 / i e du poids de la feuille; elle est formée, en gra&de : partie, de sels calcaires, avec une, petite quantité de sels alcalins.
« Il résulte, en résumé, de mes expériences, que les feuilles d'Eucalytus Globulus ne contiennent aucun principe toxique pour les animaux ; on peut les brûler et respirer par la bouche la fumée, sans éprouver aucun aceiden t.
« Les faits, ainsi bien établis, la proposition de M. Rame! de substituer les préparations d'Eucalyptus aux similaires du tabac, doit être également accueillie : « Ce serait un grand bien pour l'humanité, qui s'empoisonne par la nicotine, .» s'écrie: le D r Brunel. — Ce n'est pas le lieu, san»; doute, de résumer ie pour et le contre; sou levés dans cette question, où la plante du Nouveau- Monde n'a peutr-être mérité d'être attaquée que pour . son emploi abusif : il importe bien plutôt de faire remarquer que l'action de l'Eucalyptus, fumé, est excitante, stimulante, tandis que celle du tabac est narcotique, stupéfiante. L'hygiène ne saurait donc, qu'applaudir à la possibilité de mettre, entre les mains des fumeurs enragés et incorrigibles, une plante qui modifie puissamment les mauvais* effets de la nicotine. A ce seul point de vue, ce serait déjà une précieuse acquisition.
« M. le Dr Miergues, qui s'est beaucoup. occupé das utilisation^ de l'Eucalyptus, faisait un grand éloge de ces cigarettes comme moyen préventif des douleurs de gorge, des oppressions, de l'asthme etc. I/éeoree même qui se détache des/jeunes branches, dit-il, se roule facilement en cigarettes qui brûlent tfùs bien et ont été très-utiles dans les bronchorrhées (pituites). •
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« N'y a-t-il pas un rapprochement logique entre cette action topique des cigarettes et celle des bonbons pectoraux à l'Eucalyptus ? a l'action tonique et fortifiante que ce bonbon exerce sur les organes vocaux et respiratoires Ta rapidement fait considérer comme le Vadc-Mccv m de l'orateur, de l'avocat, du professeur, du conférencier et de toutes personnes qui, par leur profession, sont appelées à parler en public. » (1). — Les propriétés réellement hygiéniques du gommier-bleu sur les organes vocaux sont donc suffisamment établies. »
On aura de la peine à croire que l'Eucalyptus, qui ne possède que des qualités précieuses, ait déjà trouvé des détracteurs. Cela est pourtant et c'est en partie à cause du « dénigrement presque systématique » qui, parti on ne sait d'où, menaçait de nuire à l'extension de la culture de cet arbre mrveïllêuœ (2), que M. le D r Bertherand a en l'heureuse idée de proposer à la Société de climatologie de faire une enqtiéte.
Je ne puis mieux faire pour apprécier le résultat de cette enquête, que de citer les paroles prononcées par M. le Gouverneur général, à l'ouverture de la dernière session du Conseil supérieur de l'Algérie (le 14 novembre 1876) :
« Il résulte d'une enquête faite par les soins de la Société » de Climatologie d'Alger, et publiée par le Mobacher, que » Ton «peut considérer dès à présent comme un fait acquis » l'influence hygiénique de l'Eucalyptus. Partout où cette » essence a été plantée en massifs d'une certaine impor- » tance comme à Baïnen, au lac Fetzara, à Biskra, dans les » plaines de la Macta et de l'Habra, à Aïri-Mokra, etc., les » fièvres intermittentes ont très-sensiblement diminué en » fréquence et en gravité. Ces bienfaits, joints à la rapidité » avec laquelle se développe l'Eucalyptus, et aux produits » industriels et médicaux que Ton peut en tirer, doivent en » courager à la propagation de cet arbre remarquable.
« Je dois rappeler ici que c'est aux efforts persévérants de » M. Rame! que l'Algérie doit l'acclimatation de l'Eucalyp- » tus, et que les résultats pratiques les plus récents ont ètè- » obtenus par les travaux de MM. Cordier et ïrottier, et » surtout par la puissante initiative du général Farre. »
(1 ) « Toutes ces splendides promenés 4e rKucaJyptus an double polol de vue de la lnbrité, de la météorologie et de l'hygiène privée sont déjà appréciées à leur juste leur dans notre colonie.»
(2) Sous ce* titre le Bulletin français vient de publie? nn article résumant quelies-unes des propriétés de rKuç§jvj>tu& article qui a été reproduit par un geand
nmhn» d« intimait*
ques-unes
nombre de journaux
Assainissement des marais an moyen de l'Eucalyptus
Pendant longtemps on ne connaissait d'antre moyen pour combattre les influences pernicieuses des marais que le dessèchement : opération difficile, dangereuse et coûteuse. Aujourd'hui, grâce aux Eucalyptus, on peut centraliser l'action des gaz méphitiques que dégagent les marais en entourant ceux-ci d'un épais rideau de ces arbres qui, grâce à leur puissance végétative, ont la propriété d'absorber bien mieux que les autres essences l'hydrogène et particulièrement le carbone.
« C'est grâce aux propriétés absorbantes dont jouit l'Euca- * lyptus, dit M. Pasquier, et aux émanations aromatiques qu'il répand autour de lui qu'on peut facilement comprendre le rôle salutaire qu'il joue dans les pays marécageux. L'Eucalyptus plus que tout autre arbre absorbe l'humidité du sol, émet des vapeurs antiseptiques, qui, en se répandant dans l'atmosphère, produisent un assainissement véritable. 11 est très intéressant de remarquer, à tous les points de vue, que, dans le pays où croit cet arbre, le climat est très salubre. Les voyageurs attribuent la salubrité de l'Australie à la diffusion des principes de l'Eucalyptus sur le sol de cette île immense. M. Frémy, dans son rapport de la Société d'Agriculculture d'Alger, dit que cet arbre exerce une influence très heureuse sur la salubrité des pays où on le multiplie. Il y détruit les fièvres intermittentes en empêchant le développe-, ment et la production des miasmes paludéens. La propriété simultanée d'absorber et d'éliminer ses principes balsamiques et oxygènes, nous est prouvée par la prodigieuse puissance d'absorption dont jouissent les feuilles et les racines de cet arbre. »
L'assainissement des endroits marécageux au moyen de l'Eucalyptus est déjà suffisamment démontré pojur l'Algérie ; on a pu le remarquer à la lecture des passages de l'enquête de la Société Climatologique que j'ai cités. Je ne m'étendrai donc pas sur ce sujet que j'ai tenu seulement à consigner sous un titre spécial ; au surplus les détails qui sont contetenus sous la rubrique « Action assainissante des Eucalyptus par les émanations » peuvent se rapporter au présent article.
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Thérapeutique
Considérations générales
Les qualités de l'Eucalyptus suffiraient pour lui assigner déjà la première place, au double point de vue forestier et économique. Cependant la nature, qui s'est plu à le combler de ses faveurs, Ta doué, en outre, de propriétés d'un tout autre genre plus précieuses encore. Nous voulons parler de ses vertus médicinales et hygiéniques.
Dans le cours de ces dernières années, les analyses de divers chimistes et notamment de M. Cloez, professeur au Muséum de Paris, ont démontré l'existence de plusieurs principes médicamenteux dans les feuilles et dans l'écorce de l'Eucalyptus.
M. Leingre ayant publié Tannée dernière dans la Revue maritime et coloniale quelques données générales sur l'Kucalyptus considéré au poirjt de vue thérapeutique « données puisées à des sources d'une haute compétence » je commencerai par reproduire les notes de cet auteur.
« L'analyse des feuilles de V Eucalyptus globufus, faite par M. Cloez, y a révélé la présence d'une petite quantité de résine, d'uue forte proportion d'une huile essentielle particulière, de tannin et d'environ 10 p. 100 de cendres blanches renfermant des sels calcaires et des carbonates alcalins. La proportion de ce tannin, selon le docteur Miergues, de Boufarik, est même assez considérable pour faire servir les feuilles de V Eucalyptus au tannage des cuirs, lesquels, ditil, conservent toujours une odeur agréable. On pourrait en faire une sorte de cuir de Russie (1).
» Les divers produits extraits de Y Eucalyptus par l'analyse chimique ont été essayés sur des animaux et n'ont donné lieu à aucun accident fâcheux. On peut donc établir, comme point de départ basé sur l'expérimentation, que la plante ne renferme nul principe nuisible à l'économie.
(1) Sur ^Eucalyptus globulus et son emploi thérapeutique, par M. le D r Gubler ; leçons professées à la Faculté de médecine, en 1871, et publiées dans le Bulletin général de thérapeutique du D r Bricheteau (C'est de ces leçons qu'a été extraite ou analysée la partie technique.) * ;
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>i UEucalyptus globulus peut être employé m médecine sous diverses formes : infusion, décoction, poudre de feuilles, feuilles appliquées en nature, teinture, extrait, essence, alcoolat. Enfin, M. Cloez, en cherchant à fixer les principes immédiats de cette plante, a extrait de l'huite essentielle iV Eucalyptus rectifié, un liquide très-fluide, incolore, bouillant régulièrement à 175°, d'une odeur analogue à celle de là rose et qu'il a désigné sous le nom d'Evcalyptol
» Comme désinfectant, les produits de VEuàalyptus peuvent être utilement employés au pansement des grandes 'plaies.
L'alcoolat d'Eucalyptus est préférable à l'ean-de-vie camphrée ou à l'acide thymique, en raison dé s& double qualité aromatique et astringente, et, à cause de l'excellence de son parfum, à l'acide phénique, dont l'odeur est si désagréable.
» Les jeunes feuilles fraîches peuvent être appliquées à titre de stimulant local sur les petites plaies peu disposées à se cicatriser. La décoction et la teinture alcoolique, d'un effet plus efficace encore, pourraient môçie être employées contre la gangrène et la pourriture d'hôpital.
» Comme asiringent et hémostatique, il rend les mêmes services que les autres médicaments chargés d'essence et de tahniû II est donc d'un usage excellent sur toutes les muqueuses enflammées, ulcérées, saignantes et affectées de lésions spécifiques contagieuses, ce qui ouvre le champ à une multitude d'applications.
» M. Ramel, dés 186tt, présentait une note à l'Académie de médecine sur les propriétés toniques, apéritives et digestives des feuilles d'Eucalyptus Ces qualités ont été également reconnues depuis par M. le professeur Gubler. « Nul doute, dit-il, ne peut surgir touchant l'aide que doit apporter au travail de la digestion, l'action astringente et stimulante soit de la poudre de feuilles, soit de l'infusion ou décoction, dans les cas de dyspepsie atonique, ainsi que dans l'état pituiteux ou câtarrhal da l'estomac, quand toutefois il est exempt d'inflammation et de tout signe d'irritation vive de la muqueuse gastrique. »
» Mâchées, les feuilles parfument l'haleine, donnent du ton aux gencives ainsi qu'au reste de la muqueuse buccale.
» UEucalyptus glabûlm a été employé avec succès daus les cas de choléra, notamment pour combattre lefroid et les vomissements. En 1866, lors de l'épidémie qui sévit à Alger, le docteur Camille Gros, qui avait établi une ambulantes au
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H anima, obtint de très-heureux résultats de t'infifôion de feuilles d'Eucalyptus.
» Dans ce cas, ainsi que dans les diverses maladies des voies digestives où tes produits de Y Eucalyptus ont été utilement employés, leur efficacité doit probablement étire attribuée, parait-il, aux effets toxiques qu'ils produisent sur les parasites.
» Ce médicament, ainsi que plusieurs autres balsamiques est principalement un agent de traitement anticatarrhal ; il agit, ainsi qne ses congénères, en diminuant ou mêtoe en supprimant la matière de l'expectoration, mais il est applicable d'une manière toute spéciale aux maladies des voies respiratoires. M. le professeur Gubler l'explique âïnsi : « Si les effets des balsamiques, dit-il, ne se réalisent ^u'au contact, il est de toute évidence que l'action thérapetithique de chacun de ces agents ne peut s'exercer que sur les Organes qui lui servent de voie d'élimination, et qu'elles proportionnelle à la quantité de substance éliminée L'expérience nous a appris que parmi les substances auxquelles le thérapeutiste peut appliquer le nom de balsamiques, il en est qui s'échappent principalement par la* respiration et d'autres de préférence par les urines. »
« Or, les voies respiratoires servent de principal émonctoire aux préparations & Eucalyptus absorbées ; elles doivent donc être impressionnées très-directement par le contact des produits rejetés de l'économie pendant l'acte delà respiration:
» Il a été constaté que « l'usage interne des préparations de feuilles d'Eucalyptus globutus, ou de leur essence, a procuré des succès vraiment remarquables dans un certain nombre d'affections pulmonaires ou bronchiques. »
» Ajoutons, pour ne rien omettre, a ces divers modes d'emploi de Y Eucalyptus, l'usage des feuilles desséchées, fumées à la manière du labac. L'odeur qui s'en dégage est assez agréable, et la fumée produite par leur combustion aurait amené, parfois, de bons effets dans certaines maladies des organes de la voix.
» V Eucalyptus ylobulus possède enfin l'admirable propriété, aujourd'hui consacrée par de nombreux exemples, non-seulement de guérir les fièvres intermittentes palustres par l'emploi thérapeutique de ses feuilles, d'être, en un mot, un succédané du quinquina, souvent préférable au quinquina lui-même; mais encore d'assainir les contrées les plus tristement partagées sous ce rapport, grâce aux émanations bal-
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samiques que dégage son feuillage. C'est là, peut-être, la qualité dominante de ce végétal éminemment utile et bienfaisant, celle qui semble lui donner un caractère en quelque sorte providentiel.
» M. Ramel eut, le premier, l'idée d'attribuer l'immunité dont jouissent, quant à la fièvre intermittente, les pays couverts de forêts A 1 Eucalyptus, aux émanations térébenthinées de ce myrtacé. En continuant ses études et ses remarques, il fut logiquement amené à attribuer également à son feuillage des vertus thérapeutiques auxquelles nul n'avait songé avant lui.
» Voici, du reste, la déclaration d'un homme considérable de l'Australie, M Robert Blackett, chimiste de Melbourne.
» Je soussigné Robert Blackett, chimiste à Melbourne, déclare qu'avant d'avoir reçu les communications de M. Ramel sur l'emploi thérapeutique des feuilles de V Eucalyptus globulus, je n'avais jamais entendu parler de leur application dans la colonie de Victoria, ni ailleurs, et je peux garantir, ' grâce à mes rappprts avec tous nos médecins, que rien de semblable n'a été pratiqué. La seule substance, employée v thérapeutiquement, des plantes dé cette famille, était l'huile essentielle de V Eucalyptus amygdalina. comme succédané de l'huile de Cajéput. — Londres, 27 mai 1869, — Signé : Cuthbert-Robert Blackett (1). »
» De ces faits, résulte nettement qu'à M. Ramel revient non-seulement l'honneur d'avoir introduit et ardemment propagé Y Eucalyptus globulus eu Europe, où il en envoya les premières graines dès 1856, mais encore celui d'avoir annoncé, pour ainsi dire d'inspiration, ses remarquables vertus hygiéniques et médicinales.
» Relativement aux propriétés fébribuges de Y Eucalyptus les exemples abondent, et nous n'avons que l'embarras du choix. Cependant les fièvres intermittentes étant assez rares à Paris, ce n'est point dans les leçons du. savant professeur, où nous avons puisé jusqu'ici, que nous trouverons le plus de cas de guérison par Y Eucalyptus. En 1871, M. Gubler a'avait encore eu qu'une seule fois occasion d'employer ce remède dans son service d'hôpital ; mais, pour être unique, l'expérience, il est vrai, n'en fut pas moins décisive.
» Bien avant cela, en 1865, M. le D p Tristany, médecin
(1) Moniteur scientifique du D r Qwesneville ; juillet 1372, page 560. [
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espagnol, dans le pays duquel le globulus a depuis été baptisé par le peuple du nom caractéristique d'arbre à la fièvre, publiait, dans VEl compilador medico, de très-utiles renseignements sur la question. Dés cette époque, il préconisait les infusions d'Eucalyptus comme un excellent fébrifuge, II annonçait qu'on en plantait partout en Espagne, et qu'à Cordoue notamment pas un cas de fièvre n'avait résisté à l'emploi de ce médicament (1).
» En 1867, M. Ahumada, directeur du haras d'Aranjuez, écrivait : « Je puis vous assurer que l'infusion des feuilles de V Eucalyptus globulus dans le traitement des fièvres intermittentes produit des résultats merveilleux ; si vous pouviez voir la grande aflluence de gens qui viennent chez moi chercher ce remède et le désespoir de ceux à qui je ne puis donner des feuilles parce que mes arbres sont déjà complètement dépouillés, vos doutes se dissiperaient bien vite
» De la Corse, où les fièvres intermittentes sont si fréquentes, le D r Regulus Carlotti, qui habite Ajaccio, corroborant ses propres expériences de celle faites à Corte par son confrère le D r Tedeschi, publiait sur cette importante question « un travail empreint, dit le professeur Gùbler, d'un caractère vraiment scientifique et propre à amener la conviction dans les esprits les plus sérieux (2).
» Enfin, un médecin français distingué établi à Montevi^deo, le D r Brunel, après avoir eu connaissance de l'emploi fait en Espagne des feuilles de \Y Eucalyptus, résolut d'élucider la question à son tour et d'en faire l'objet d'une expérimentation approfondie. C'est dans l'hôpital de la Charité, à Montevideo, dont il était médecin, que le D r Brunel a étudié cliniquement les effets du nouveau fébrifuge, pendant les années 1868, 1869 et 1870. Il ne s'est décidé à consigner ses observations dans un opuscule (3) qu'à la suite de nombreux et brillants succès.
» Dans le service de M. Brunel le succès fut pour ainsi
(1) Ce témoignage a été confirmé par MM» les docteurs Carvallo, Malingre et Ahmuda.
(2) Mémoire sur l'action thérapeutique et la composition élémentaire de Vécorce et de la feuille de TFucaiyptus globulus
(3) Observations cliniques sur /'Eucalyptus globulus, par Ad. Brunel, ...
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dire la 'règle . Il na pu citer tous les malades qu'il eut à traiter, et s'est borné à Caire l'historique médical de 16 cas qui lui ont paru les plus caractéristiques.
» La France, comme il le fait remarquer, s'est laissée cfevaocer, à ce point de vue, par d'autres Dations, dans la pharmacopée desquelles V Eucalyptus a déjà acquis droit de cité.
» En Allemagne, sur 53 fiévreux auxquels le D r Loriuier a donné de VEwcalyptus, 43 ont été guéris radicalement; sur ces 43, onze avaient été inutilement soumis au quinquina.
» A Leipzig, dans plusieurs villes d'Autriche et dans la Roumanie, des expériences analogues ont été. suivies de résultats aussi satisfaisants.
» Quant à l'assainissement des contrées où régnent les lièvres intermittentes, au moyen de plantations de gommiers bleus de Tasmanie, c'est un fait qui n'a pas encore son explication scientifique définitive, mais qui n'.en est pas moins hors de doute aujourd'hui. Si intéressant, d'ailleurs, que puisse être le pourquoi cherché, ce qui, pour nous, domine la question, c'est le fait hii-méme constaté par mille exemples.
» Il est, en effet, de notoriété, dit M Gubter, que les lièvres intermittentes ne se montrent pas dans les régions privilégiées où s'étendent des forêts d'Eucalyptus, tandis qu'elles éprouvent les populations australiennes, dans les localités humides et chaudes où cette précieuse essence est rare. On* peut donc admettre, sans trop s'éloigner du domaine des faits, que les émanations aromatiques des groupes ftEmalynlus neutralisent les effluves des marais avoisinants ; mais il est également probable que les dépouilles de leur feuillage et de leur écorce, toujours en desquammation comme celle du platane, assainissent les eaux où baignent leurs pieds. »
? Le Medtcal 7Y'* es, dans un article consacré à V Eucalyptus , dit qu'il a la singulière propriété d'absorber dix fois son poids de l'humidité du sol, et que, semé dans un terrain marécageux, il le draine en peu de temps. '
» A Cuba, grâce à l'emploi de ce moyen, on s'est débarrassé, dans certaines localités, de fièvres paludéennes Le D r Cosson, dans une lecture à la Société de géographie, raconte ce fait digne de la plus grande attention. Avant que des Eucalyptus globulus n'aient été plantés sur le terrain des mines de la MacklQ, prés Bône, chaque soir, tes ingénieurs étaient obligés de transporter leur personnel à Bône pour ie sa»s-
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traire à l'influence morbide du lac Fetzara. Depuis que ces arbres salutaires couvrent le soi, les ouvriers peuvent impunément y passer la nuit.
» Il ne faut pas oublier non plus, qu'une station du chemin de fer de Paris- Lyon-Méditerranée, tellement malsaine que les employés n'y pouvaient rester plus d'une année, a été complètement assainie par la plantation d'un certain nombre d'Eucalyptus globulvs.
» De son côté, le Ceylan Times publie, sur la même question, d'intéressants détails. Dans la colonie de Victoria, partie du continent australien, abondamment pourvue d'/tacalypXm, la fièvre n'existe pas d'ordinaire ; mais, pendant un été où la chaleur exceptionnelle et, par suite, la sécheresse extrême, avaient détruit toute végétation et dépouillé complètement les arbres de leur feuillage, la fièvre devint une maladie générale. On en conclut facilement que l'apparition de la fièvre était due à l'absence des émanations volatiles qui se dégagent des gommiers, ces arbres, qui sont à feuitles persistantes, les ayant perdues cette année-là par une circonstance extraordinaire. Ce même journal raconte également qu'en 1863, lorsqu'on ouvrit les carrières aurifères de Wataki (Nouvelle-Zélande), où il n'y avait pas d'Eucalyptus^ la fièvre y régnait avec intensité ; mais que beaucoup de ces arbres, ayant été plantés dans, le but d*oppo*er un obstacle au vent, un an ou dix-huit mois après il était rare d'entendre parler d'un cas de cette maladie:
» Nous reproduisons enfin une lettre écrite l'année dernière (1874) à M. Ramel par l'abbé Charmetant, prêtre-missionnaire de l'orphelinat de la Maison -Carrée, créé par Mgr de Lavigerie:
» Je tiens à vous donner quelques renseignements sur nos plantations d' Eucalyptus à la Maison-Carrée, auxquelles vous voulez bien vous intéresser.
» Cette propriété, qui est devenue aujourd'hui notre maison-mère, était, vous le savez, il y a six ans, un territoire couvert de broussailles, de palmiers nains, et que le voisinage des eaux croupissantes de l'Arrach rendait des pins malsains.
» En 4869 et 1870, à mesure que les broussailles s'arrachaient, nous y avons planté une quantité considérable tVEucalyptus, en massifs et en allées, le long de nos champs et de nos vastes jardins, ce qui donne à cette propriété l'aspect d'un vieux domaine aux arbres et aux forêts séculaires, ainsi que vous avez pu le constater de visu.
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» Mais, le résultat le plus merveilleux, c'est que laéèvre intermittente, qui venait si souvent arrêter nos orphelins dans leurs travaux agricoles, a disparu peu à peu, en sorte qu'aujourd'hui cette propriété est une des plus saines des environs d'Alger, après avoir été la plus fiévreuse. De plus, nous avons complètement cessé l'usage du sulfate de quinine pour combattre les rares accès de fièvre intermittente qui persiste encore à se montrer de temps à autre chez quelquesuns de nos enfants. Depuis plusieurs années, nous ne faisons plus usage que de la tisane de feuilles d' Eucalyptus prises à de jeunes plantes, et nous avons pu remarquer, — ce que, du reste, ont constaté beaucoup de médecins en Algérie, — que ce remède conservait toute son efficacité, même dans certains cas où le sulfate de quinine restait impuissant, et surtout qu'il n'avait pas, comme lui, l'inconvénient de dé labrer l'estomac et de ne guérir quelquefois de la fièvre intermittente que pour laisser après elle la maladie que nos colons appellent fièvre quinine, si connue en Algérie.
» Les services que nous a rendus et nous rend encore V Eucalyptus vous ont été, vous vous en souvenez, affirmés par Mgr. l'Archevêque d'Alger lui-même, il y aquelques deux ou trois ans »
« Multiplier les citations semble inutile, celles qui précèdent doivent suffire pour convaincre les plus incrédules. Les faits relatés sont trop éloquents pour qu'il soit besoin d'y rien ajouter ; ils plaident avec une invincible éloquence en faveur de la plantation et de la propagation de l'arbre australien partout où le climat lui sera clément.
» En Australie, les indigènes et les jeunes anglais qui, pendant leurs longs et pénibles voyages, ont souffert d'affections pulmonaires se trouvent soulagés en respirant l'air embaumé de ce bienfaisant végétal. (D r Miergues, deBoufarik. La Science pour tausj 5 janvier 1870).
» Mais où les effets de l'Eucalyptus ont été vraiment merveilleux, pour le traitement des fièvres intermittentes, c'est en Espagne, dans les provinces de Séville, de Cordova et de Valence, où les fièvres sont endémiques et à Montevideo. Voici comment le D r Brunel s'exprimait dans l'introduction de la brochure qu'il a publiée pour faire connaître les excellents résultats qu'il a obtenus par l'emploi des feuilles d'Eucalyptus.
» Ayant lu dans la Revue agricole de l'année 1867 que quelques paysans de la province de Valence (Espagne) avaient
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dépouillé de ses feuilles ['Eucalyptus globulus, pous s'en servir dans les fièvres, je crus' devoir essayer l'emploi de ce remède, que je n'avais vu recommandé par aucun médecin dans le traitement d$> lièvres intermittentes.
» Je me mis à l'œuvre dans la salle de médecine de l'hôpital de Montevideo que je dirigeais alors. Les résultats que j'obtins me parurent tellement satisfaisants, que je me fis un devoir de les porter à la connaissance de mes confrères ; je préconisai donc le nouveau végétal pour la thérapeutique médicale dans les journaux de Montevideo de l'année 1869.
» Après T insertion d'un grand nombre d'observations à ce sujet, des malades atteints de fièvres intermittentes m'arrivèrent des côtes du Brésil, du Paraguay, et de la partie occidentale de l'Afrique. En même temps, je reçus plusieurs lettres de mes confrères de la Confédération Argentine, du Brésil, qui me demandaient des feuilles de V Eucalyptus. J'en expédiai en grande quantité, surtout à l'armée bFésil» tienne et orientale, qui avait envahi le Paraguay.
» Parti de Montevideo à la fin de l'année 1870, j'ai été retenu à Lisbonne par les déplorables événements qui ont attristé le monde entier, et aujourd'hui, désireux de faire profiter mon pays de mes études et de mes observations cliniques, je m'empresse de signaler aux savants les effets sérieux d'une médication essayée pendant plusieurs années dans l'hôpital que je dirigeais. On verra dans cet opuscule le résultat de mes recherches appuyé sur l'observation quotidienne de chaque malade.
» J'ai cru devoir profiter de cette occasion pour rappeler les mérites divers de cet arbre précieux, dont un Français, M. P. Ramel, a le premier doté l'Europe en 1856.
> Vorci maintenant l'extrait d'une lettre écrite par le D r Brune! à M. Ramel :
« Mon cher ami,
« J'ai peu de nouvelles à vous communiquer ; mais je vous parlerai d'une seule qui est très-importaûte : c'est le succès que vient d'avoir votre arbre chéri, YEucalyptus, en Espagne et principalement dans les provinces de Cadix, de Cordova, de Séville.
« Je ne vous parlerai pas seulement de son développement extraordinaire ; mais je vous dirai que quatre feuilles de votre végétal, mises en infusion, constituent un fébrifuge excellent, Les mar lades, dès qu'ils sont atteints de la fièvre, s'empressent d'aller à la recherche de ces feuilles, et il ne s'est pas présenté un seul essai
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qui ira»* été couronné de succès. Vous savez qu'il n'en est pfis de même pour Iè quinquina; non-seulement il manque parfois son effet, mais après une apparente guérison Ton voit revenir la fièvre.* « C'est au jardin public, à Cordova, que se trouve l'Eucalyptus, et pour en obtenir quelques feuilles, il faut la permission du maire. Quelques-uns de mes amis d'Aranjuez me disent que les habitants de cette ville ont dépouillé un de ces arbres de telle manière qu'il s'est desséché : tel est l'enthousiasme pour votre protégé. Je m'empresse de vous donner ces nouvelles pour que vous puissiez les porter à la connaissance de la Société d'acclimatation. »
M. le docteur Brunel, ancien chirurgien de la marine française, et président du Tribunal (?) de Médecine de Montevideo, ayant été désigné comme médecin de l'hôpital de la Charité cte la capitale de l'Uruguay, s'est livré à de nomlieuses observations, et, à la suite des résultats merveilleux qu'il a obtenus, il n'a pas hésité à préconiser l'emploi de F Eucalyptus comme remplaçant avec avantage le sulfate de quinine.
« Si, dans la salle de médecine de l'hôpital de la Charité de Montevideo, dit le savant docteur, je ne me fusse livré à des observations quotidiennes ; si je n'avais étudié l'application de VEucahjpiui au traitement des fièvres intermittentes; si je n'avais écrit l'histoire clinique de mes malades au chevet même de leur lit ; si je n'avais constaté l'exactitude des brillants résultats que j'obtenais, j'aurais hésité à livrer mes appréciations au jugement du public; mais, telle est i'éloquence des faits, que je croirais manquer à un devoir si, après ce que j'ai observé dans ma pratique, je ne publiais ces observations ; elles pourront être mises à profit et fournir l'occasion de nouvelles expériences qui enrichiront la thérapeutique. La France me semble, sur cette question, bien en retard sur le reste de l'Ecrope, puisque l'emploi de Y Eucalyptus comme fébrifuge est déjà répandu en Espagne, en Autriche et dans les provinces roumaines du Danube. »
M. Malingre écrivait de Séville à là Société d'acclimatation : « C'est surtout dans les cas rebelles à la quinine que les feuilles à' Eucalyptus globulu* produisent des effets merveilleux et vraiment incroyables. J'ai vu des personnes atteintes de fièvres intermittentes depuis plusieurs années, et dont la vie paraissait comme menacée ; grâce à ce traitement, elles ont repris toutes les apparences de la santé, de la force et de la vigueur. »
Pendant l'été et l'automne de 18G8, M. le docteur ïtégtUus
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Carlotti, d'ÀjaccîQ* a fait en Corse des expériences qui lui ont détoontré l'efficacité de Y Eucalyptus dans les cas rebelles au sulfate de quinine : if lui accorde donc la supériorité sur ce médicament. {Mémoire lu à la Société d'affirieuliure d'Alger, 1869;. Son opinion est partagée par son ami, M. le docteur Tedeschi, de Corte, qui lui a écrit : « Vous savez que je ne suis point enthousiaste. . . J'ai voulu faire de nombreux essais avant de me prononcer. Les résultats ont été des phis manifestes. Remarquez que je n'ai administré le nouveau remède que contre des cas presque toujours rebelles, et alors que le sulfate de quinine n'avait pas réussi à faire disparaître les accès. »
tes résultats obtenus par ces divers docteurs ne sontils pas suffisants pour prouver l'efficacité des feuilles d'/facalyptus pour la guérison des lièvres, même les plus rebelles ?
Il n'est pas nécessaire d'être médecin pour comprendre que si l'infusion de feuilles d'Eucalyptus peut produire les mêmes effets que le sulfate de quinine, l'avantage de l'emploi des feuilles est incontestable sous tous les rapports. On connaît les inconvénients du sulfate de quinine et les résuJU tats fâcheux produits par l'usage répété de ce médicament ; pour ma part je les ai ressentis longtemps. .
On doit aussi redouter la fraude qui, dans ces derniers temps, a fait entrer dans la consommation un sulfate.de quinine mélangé de corps étrangers n'ayant aucune vertu fébrir fuge. — M. le D r Jaillard a su le premier découvrir la falsification et prémunir le public contre les dangers qui pouvaient en résulter. — Est-ce par suite de la découverte de cette fraude que le prix du sulfate de quinine a doublé ? Les pharmaciens payaient dernièrement le sulfate de quinine 300 fr. lekilogr., ils le paient aujourd'hui 600 fr.
Si l'efficacité des feuilles d'Eucalyptus vient à être prouvée en Algérie comme elle l'a été ens différents pays et notamment en Espagne, les cofôns seront heureux de trouver à leur portée et sans bourse délier, un médicament végétal non sujet aux falsifications.
Cela dit, je passe aux citations :
« C'est donc un devoir d'observer ce précieux végétal qui semble un des d*ms les plus merveilleux de la Providence, » a dit M» le D r Brunel. — Et l'intelligent docteur s'est rois à prêcher d'exemple.
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Observations eliniquea du W Brunel*
Voici quelques-unes des principales observations cliniques faites à l'hospice de ia Cbarité de Montevideo, dans la salle de médecine (Larranaga) ; elles se rapportent à l'administration de Y Eucalyptus dans les fièvres intermittentes.
Don Miguel Beuzo, italien, âgé de 27 ans, cultivateur. Il eut la fièvre qui commença*. le V avril, avec diarrhée ; huit jours après, la diarrhée fut coupée, mais la fièvre continua de 5 à 7 heures du soir.
Il entra à l'hôpital le 1 8 du même mois, très faible et sans avoir suivi aucun traitement. Le 19, il prit l'infusion de l'Eucalyptus ; il continua pendant quatre jours, et la fièvre disparut complètement.
Angel Barrofi, Italien, maçon. Il travaillait à la ville Union ; il entra à l'hôpital le 7 avril ; il avait eu pendant quinze jours la lièvre quotidienne, laquelle durait quatre heures. Quand il entra à l'hôpital, il était très-faible et n'avait fait aucun traitement ; le 9, il prit l'infusion de l' Eucalyptus ; le 10, la fièvre diminua ; il continua le médicament le 11 et le 12 ; le 13, ia fièvre le quitta. Il sortit le 17 de l'hôpital, complètement guéri.
Joseph Galeano, Italien, 27 ans, cultivateur, entra à l'hôpital le 11 avril ; il y avait déjà un mois qu'il était atteint de ia fièvre quotidienne; elle lui durait toute la nuit: frisson et chaleur ; il n'avait fait aucun traitement ; il était dans un état de faiblesse ex-* trême.
Le 13, il prit l'infusion d'Eucalyptus et n'eut pas de fièvre; il continua le 14 et le 15 ; ce jour, l'accès ne dura qu'une heure sans frisson ; il continua à prendre le médicament le 16 et le 17 ; ce jour, l'accès vint de onze à six heures du soir ; le 18, la fièvre ne dura qu'une heure. Du 19 au 24, il continua à prendre le médicament, malgré la suspension de la fièvre Le 25, il eut la fièvre de trois à cinq heures du soir. Depuis, la fièvre ne reparut plus ; j'ai continué le traitement les 26, 27, 28 et le 29 l'infusion de l'Eucalyptus ; il sortit guéri le 31.
Basilio Prarisi, 27 ans, cultivateur. Il avait la fièvre tous les deux jours depuis sept jours, quand il entra à l'hôpital le 28 avril ; le froid et la chaleur duraient de six à sept heures ; il n'avait fait aucun traitement avant son entrée à l'hôpital. Le 29, il commença â prendre l'infusion ; la fièvre dura le 30 et le 1*' mai ; il continua à prendre l'infusion le 2 et le 3 jusqu'au 5, et la fièvre ne reparut plus,
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Juaquin de Almeira Rego, Brésilien, entra à l'hôpital le 6 mai ; iï avait habité auparavant au Paraguay et à Corrientes, où il avait été atteint de fièvres intermittentes. Pendant le trajet de ces ports à Montevideo, la quinine suspendit les accès ; mais, à son arrivée à Montevideo, Il fut attaqué de nouveau de la fièvre, et fut envoyé à l'hôpital, où je commençai, le 7, à lui donner ïEucalyptus ; au bout de trois jours, la fièvre cessa ; il resta encore quatre jours à l'hôpital, en surveillance, et sortit complètement guéri.
Celestino Gonzalez, Espagnol, 22 ans. Il y avait huit ans qu'il avait quitté son pays, dans un état de parfaite santé. Trois mois après qu'il fut arrivé au Paraguay, il contracta les fièvres intermittentes ; le frisson commençait à neuf heures, durait vingt minutes, et la chaleur finissait à onze heures et demie. Il prit quelques purgatifs sans le conseil des médecins, et, comme la fièvre continuait, se trouvant à Montevideo, il entra à l'hôpital le 14 juillet de l'année 1868. Quand il vint dans ma salle, il y avait déjà vingtcinq jours qu'il était atteint de la fièvre. J'avais, à cette époque, fait faire l'analyse des feuilles de ÏEucalyptus par le chimiste allemand qui a découvert l'Eucalyptine ; je l'administrai à ce malade en pilules de quatre grains ; ce fut le premier qui prit l'Eucalyptine ; il continua les 16, 17, 18 et 19 ; voyant que l'état du malade ne s'améliorait pas avec ce nouveau mode d'administration, je revins à l'infusion, et le 21 la fièvre céda ; l'amélioration continua, et le 27 il sortit guéri de l'hôpital.
Frédéric Ekeimer, Russe. Il prit la fièvre intermittente au Paraguay, où il était resté quatre ans. On la lui coupa sept fois avec le sulfate de quinine ; mais elle revenait tous les quinze jours. Il vint à Montevideo, poursuivi par la fièvre ; mais n'ayant pas pu la couper, il se résolut à entrer à l'hôpital de la Charité, le 11 août; ce jour môme, je lui administrai l'Eucalyptine, qu'il continua à prendre pendant dix jours, bien que la fièvre eût été coupée à la seconde prise ; le 20, on suspendit l'infusion, et le malade sortit le lendemain guéri complètement.
Antonio Pertuse, 25 ans, cultivateur. Il y avait quatre'mois qu'il était arrivé d'Italie quand la fièvre le prit ; il resta dans cet état pendant douze jours. Avant d'entrer à l'hôpital, la fièvre lui venait toutes les nuits ; le froid durait jusqu'à onze heures, et la chaleur durait jusqu'au matin. Il entra à l'hôpital de la Charité le 21 ; le 22, il prit quatre grains d'Eucalyptine, et dès le deuxième jour, le froid fut suspendu ; il ne restait plus que la chaleur qui dura trois heures : il ne sentit pas de. fièvre le 23 ; cependant on continua la médication jusqu'au 27 ; on la suspendit pendant quatre jours, après lesquels il sortit de l'hôpital,
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Augustin Canete, officier paraguayo, 23 ans. Il eut la fièvre intermittente le 3 août, à Humaità, et quand il vint à Montevideo, le 15 août, il entra à l'hôpital. Le docteur Fleury, médecin de la Charité, commença à lui donner ses soins ; il lui administra l'infusion d'Eucalyptus , le froid et la chaleur lui venaient tous les jours d'une heure du soir jusqu'à minuit. Dès qu'il prit la première dose d'infusion, il avoua qu'il avait senti une grande amélioration, enfin, au bout de quatre jours, il fut complètement débarrassé de la fièvre.
Pierre Bertone, Italien, 17 ans. Il y avait environ neuf mois qu'il était arrivé à Montevideo ; il alla travailler comme maçon à Paudo ; depuis plus d'un mois il était attaqué de la fièvre intermittente; pendant tout ce temps, il n'avait fait aucun remède, quand il se décida à entrer à l'hôpital le 11 ; il prit le même jour deux grains d'Eucalyptine en pilules ; il continua les deux jours suivants, prenant quatre pilules par jour; le 13, il devait avoir la fièvre : il n'a eu qu'une légère chaleur ; il se mit à prendre les pilules, et le 15, où il devait avoir la fièvre, il n'a presque rien ressenti. On suspendit la médication le 19, le malade se trouvant tout à fait rétabli.
Thomas Pascal, Français, âgé de dix-huit ans. Il y a un mois qu'il est à Montevideo, venant de l'île Maurice, qui est une possession anglaise ; il y avait contracté la fièvre, il y a plus de trois mois ; pendant tout ce temps, elle le prenait tous les jours et durait quatre heures. Il vit la fièvre diminuer de deux heures dès qu'il s'éloigna de cette localité ; néanmoins elle le reprenait tous les jours. Il dit avoir pris un grand nombre de médecines, et la quinine, qui était un de ces médicaments, ne lui avait apporté aucun soulagement. Il entra dans ma salle ; je lui fis administrer quatre grains d'Eucalyptine, et à la première dose, je vis diminuer sensiblement la fièvre. Après cinq jours de traitement, il fut complètement débarrassé de la fièvre et sortit de l'hôpital complètement guéri.
François Gomez, Portugais. Il y avait deux mois qu'il était à Montevideo: il fut embarqué sur le vapeur Yi , il a fait plusieurs voyages au Paraguay, pendant lesquels il a joui d'une parfaite santé. Dans son dernier voyage, après son arrivée à Montevideo, il fut atteint de la fièvre intermittente quotidienne, qui commençait à quatre heures et durait jusqu'à onze heures de la nuit. Avant son arrivée à l'hôpital, qui eut lieu le 13 octobre, il n'avait pris aucun remède; le 14,. je lui donnai quatre grains d'Eucalyptine ; je suivis la môme médication pendant cinq jours, et la fièvre disparut complètement ; il sprtit de l'hôpital le 7, daps un état parfait de aanté,
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Une jeune fille de dix-huit ans, de Pernambuco, y fat atteinte pour la première fois de fièvre intermittente, le 8 février de Tannée 4868 ; le frisson commençait alors à huit heures du matin et finissait à mîdi ; venait ensuite la chaleur, qui durait jusqu'à la nuit ; elle restait deux heures sans fièvre ; mais le frisson revenait à neuf heures et durait jusqu'à minuit, puis succédait la chaleur, qui se prolongeait jusqu'au matin Pendant les huit jours que durèrent ces accès, ils furent combattus par le sulfate de quinine à haute dose.
La fièvre coupée, elle fut atteinte d'une dyssenterie qui dura près de trois mois, à laquelle succéda la fièvre typhoïde qui dura plus de vingt jours. Après une courte convalescence, elle revint à la santé. Peu de temps après, elle quitte Pernambuco et vient à Montevideo, où elle arrive le 1 er juin. Elle était dans un état de parfaite santé, quand le 15 août elle fut de nouveau attaquée dune fièvre intermittente qui ne dura que cinq jours ; la fièvre reparut de nouveau à la fin du mois ; le froid commençait à dix heures du matin et durait jusqu'à deux heures ; alors commençait la chaleur qui durait jusqu'à la nuit. Malgré de fortes doses de quinine, la fièvre continua de la même manière jusqu'au commencement d'octobre, époque où je fus appelé pour lui donner mes soins.
Le 2 octobre, je commençai à lui administrer l'infusion de VEucalyptus globulus, matin et soir. Trois jours après avoir pris ce médicament, la fièvre changea ; le frisson, au lieu de commencer à huit heures du matin pour durer jusqu'à deux heures, commença à onze heures et demie, dura jusqu'à deux heures, et la chaleur finit à quatre heures. Je continuai pendant six jours la même médication ; mais voyant que le temps de la fièvre ne changeait pas, j'administrai l'Eucalyptine, deux grains en pilules, matin et soir, pendant quatre jours, et la fièvre diminua. Le 12, elle prit la même quantité d'Eucalyptine, et elle n'eut pas de fièvre ; le 13, elle prit les quatre pilules. Le frisson, deux jours auparavant, durait une heure, et la chaleur deux heures ; cet accident fut remplacé ce jour-là par un peu de chaleur, pendant une demi-heure. A dater du 14, la fièvre disparut pour ne plus reparaître. La malade continua les pilules jusqu'au 20 ; à dater de ce jour, l'alimentation devint plus abondante ; l'estomac, qui avait été détérioré par la quinine, fonctionna plus facilement ; les forces reprirent, et Fétat d'anémie disparut.
D r Brunbl,
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Voici une intéressante lettre du docteur Ruisinol, médecin de l'hôpital de la Charité de Montevideo, sur le résultat qu'il a obtenu par l'application de Y Eucalyptus globulus :
a Montevideo, le 20 janvier 1869, hôpital de la Charité, salle de Saint- Vincent de Paul.
« A Monsieur le docteur Brunbl.
« Mon cher et honoré confrère,
« Puisque vous désirez savoir le résultat de YEucalyptus globulus, comme antifébrifuge, dans les fièvres intermittentes, et mon opinion à cet égard, je vais vous parler avec ma franchise accou tumée, et chercher en même temps à vous satisfaire. Il est certain que j'ai eu une seule occasion d'assister un malade qui est au h° 7; mais il est certain aussi que la guértson fut radicale.
« Geronimo-Fernandez Oriental, cordonnier, depuis plus de huit mois était atteint de fièvre3 intermittentes, sans que l'usage de la. quinine eût pu couper les accès ; c'est à peine si le malade avait pu obtenir quelque soulagement ; celui-ci était si court, qu'en peu de temps la fièvre revenait avec plus d'intensité ; c'est dans cet état qu'il se présenta à l'hôpital le 1 er janvier 1869.
« Je lui administrai TEucalyptine en pilules, trois le matin et trois le soir, d'un grain chaque pilule. Le troisième jour, il eut un accès presque imperceptible ; le cinquième, il eut un léger frisson» mais sans chaleur ; le septième jour, il ne sentit plus rien, et dans cet état il a continué, reprenant ses forces jusqu'à une guérison totale qui arriva après dix-huit jours.
* C'est ce que je vous fais connaître, comme je vous l'avais promis.
a Juan Ruisinol. »
« En Allemagne, on a fait plusieurs expériences avec la teinture des feuilles de cet arbre, et elles ont obtenu de bons résultats.
« Le docteur Lonhtfier l'a donnée à cinquante-trois malades atteints de fièvre intermittente, parmi lesquels quarante-trois ont guéri complètement. Sur onze de ces malades, sur lesquels la quinine n'avait donné aucun résultat, neuf furent radicalement guéris par la teinture de YEucalyptus.
« Enfin,, à Leipzig, dans plusieurs villes d'Autriche, sur les bords malsains de l'embouchure du Danube, dans la Roumanie, les mômes tentatives ont été couronnées du môme succès. »
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I/Eueulyptuft au point 4e vue 4e rfcjgléme et 4e la tftftérapeu tique
par M* le D» Bftontx.
M. le D r Brunel s'exprimait dans les termes suivants à la On de son étude :
« Il est impossible de terminer cette étude sans rappeler, ne fût-ce que pour mémoire, les divers emplois aux- • quels l'Eucalyptus semble pouvoir se prêter, et quels bienfaits on peut attendre de ce merveilleux 1 végétal.
« Au point de vue de l'hygiène et de la thérapeutique :
1° Les émanations aromatiques de l'Eucalyptus neutralisent les effluves des marais ;
2° Les dépouilles» de leur feuillage et de leur écorce assainissent les eaux où baignent leurs pieds, et les voyageurs peuvent boire cette eau impunément ;
3* Cet arbre serait appelé à supprimer les marécages par une énergique absorption de Peau. (M. le professeur Gùbler, bulletin général de thérapeutique, 15 septembre 1871, loc. cit., p. 157).
4° Comme désinfectant, l'Eucalyptus peut être appliqué au pansement des grandes plaies récentes ;
5° Comme stimulant local, on peut, à l'examen de M. le docteur Mares, appliquer de jeunes feuilles fraîches et souples sur les petites plaies ;
6° M. le professeur Gûbler le recommande également comme, devant apporter un précieux secours au travail de la digestion, comme propre à débarrasser l'estomac et le tube digestif de tout parasite, et en particulier des ascarides loinbricoïdes ;
7° Il le juge utile pour combattre Talgidité, particulièrement dans le choléra, où il aurait de plus le double avantage de diminuer le vomissement et de neutraliser faction des infusoires si nombreux, dont différents observateurs ont constaté la présence dans les déjections des cholériques ;
8° Il lui reconnaît une importance capitale pour toutes les affections des muqueuses, et particulièrement des voies respiratoires ; il le recommande vivement comme agent de la médication anti-catarrhale. (Professeur Gùbler, loc. cit , p. 195).
9° M. le docteur Miergues, de Boufarik, en conseille l'em-
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ploi en cigarettes, qui brûlent très bien, dit-il, et qui ont été très Utiles dans les bronchorrées.
» Au point de vue hygiénique, cette dernière application pourrait être généralisée, et ce serait rendre un service inappréciable que de substituer à l'empoisonnement par le tabac, la fumée saine et bienfaisante de l'Eucalyptus, »
Emplois divers en médecine de l'Eucalyptus
indiqués par le D' Bhunbl.
« En médecine, on peut employer l'Eucalyptus de neuf
différentes manières, qui sont :
1° Sirop; 2° cigares; 3° pipes; 4° infusion; 5° teinture; 6° huile essentielle ; 7 extrait en pilules ; 8° eucalypline en pilules ; 9° euculyptol en capsules.
» J'administre à mes malades l'Eucalyptus, en infusion édulcorée avec du sirop de sucre. Chaque dose est de 8 grammes de feuilles dans une infusion de 120 grammes d'eau bouillante, matin et soir ; on peut aussi augmenter la dose suivant l'intensité de la fièvre. Ce médicament est pris sans répugnance ; et même après un long usage, il n'excite jamais de dégoût ; on ne trouve donc aucune difficulté dans ce mode d'administration.
» Quand j'administre l'eucalyptine, c'est un grain pour chaque pilule que je donne aux malades.
» L'Eucalyptus, donné de cette manière, ne détermine aucun accident, aucune congestion, en particulier, aucun trouble nerveux, comme le fait si facilement le sulfate de quinine.
» Le sirop d'Eucalyptus est déjà très répandu ; les uns le prennent dans des affections nerveuses, d'autres par goût.
» Ce serait un grand bien pour l'humanité, qui s'empoisonne par la nicotine, si l'on pouvait remplacer les cigares et les pipes de tabac, par des cigares et des pipes d'Eucalyptus^ M. P. Ramel m'a fait essayer des cigares qui se fument parfaitement. — D r Brunel. »
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Empl*l* divers en Médeelne ëe l'Etiealyptua
Indiqués par le D* Mineras.
< La médecine trouvera dans cette plante ane source journal ière d'applications.
» Nous allons les passer sommairement en retue.
» La fameuse eau sédative a été détrônée par les employés du chemin de fer d'Alger à Oran dans les cas de migraine, car celte eau merveilleuse est remplacée par l'application d'une feuille d'Eucalyptus.
» La décoction de cette feuille m'a donné d'excellents résultats dans les crachements de sang, la dyssenterie, la bronchorrée ; c'est un bon collyre contre la conjonctivite purulente.
» Les bains à l'Eucalyptus sont très stimulants, utiles dans la cachexie fiévreuse, et la chloro-anémie, ils ne conviennent pas aux tempéraments sanguins ; j'ai vu ces bains leur produire des ecchymoses, de la sclérotique. L'huile dans laquelle a bouilli la feuille d'eucalyptus ramène la chaleur des membres engourdis par faiblesse, elle m'a été utile dans un cas d'hémiplégie, et dans le cas suivant :
» M. S... portait des genouillères de flanelle à cause d'une sensation de froid qu'il éprouvait aux genoux; les chaleurs de I été l'ayant forcé de quitter ses genouillères, il fut pris de douleurs gravatives profondes sur le point jadis occupé par les genouillères, ses douleurs s'aggravaient par le repos et le réveillaient pendant la nuit ; il eu a été débarrassé dans la huitaine par les frictions de décoction huileuse d eucalyptus.
» La teinture alcoolique des feuilles est un hémostatique et un vulnéraire puissant, car les plaies, même très graves, guérissent sans suppuration ; c'est un bon topique contre la brûlure.
» Ce serait une boisson propre à ramener la chaleur dans les cas de choléra algide et à diminuer ou supprimer les vomissements. (Voir l'Algérie médicale, 45 juillet 4870 et 20 septembre).
» Lorsqu'on évapore ou distille l'alcoolature d'eucalyptus, on obtient une térébenthine flui pourrait bien être un succédané du baume de copahu, car elle est très astringente et noircit par le sel de fer, peut-être l'emploierait-on avec
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avantage en fumigations dans la chambre des phthisiques, ou des enfants atteints de coqueluche.
r> Son huile essentielle dissout l'iode en toute proportion, cette solution employée en frictions est promptement absorbée par la peau, elle ne la colore pas, et n'agit pas comme caustique, ce qui doit la rendre utile dans les cas d'engorgement strumeux, tumeurs froides, etc.
» L'écorce qui se détache annuellement, brûle en répandant une fumée d'un parfum beaucoup plus doux que celui de la feuille, et n'irrite pas les bronches, comme la fumée de la feuille, les phthisiques à qui j'en *ai fait fumer s'en sont bien trouvés. » — D r Miergues.
Préparations pharmaceutiques
indiquées par M. Pasquieb, pharmacien à Château-Gontier.
« Les préparations les plus usitées, dit M. Pasquier, sont les suivantes :
1° V essence, qui s'administre à la dose de quelques gouttes, et sous forme de globules, appelées globules d'Eucalyptol ;
2° Les feuilles en poudre, qui contiennent tous les principes actifs de la plante (essence, tannin et principe amer) et qui peuvent être prescrites aux doses de 4, 6 et 8 grammes par jour ;
3° L'infusion et la décoction des feuilles ; avec une feuille, on peut aromatiser 3 et 4 tasses d'infusion, pouvant remplacer le thé ou servant comme boisson stimulante ;
4° L'eau disiiUée des fewlles, qui constitue un véhicule très-avanlageux pour les boissons stimulantes ;
5° L'extrait aqueux et l'extrait alcoolique d' Eucalyptus, employé comme fébrifuge et succédané du diascordium;
6° La teinture et l'a } coolature, possédant les propriétés stimulantes, anti-septiques, favorables aux pansements des plaies. En frictions et applications sur les contusions et les foulures, l'alcoolature d'Eucalyptus est de beaucoup supérieure à la teinture d'arnica et aux autres vulnéraires ;
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7° Une ligueur stomachique et un ein tonique, facilitant la digestion, calmant les crampes d'estomac, et combattant les fièvres intermittentes rebelles. Succédané du vin de quinquina, le vin d'Eucalyptus peut être supporté par les estomacs les plus délicats, et détermine la guérison complète des fièvres paludéennes résistant aux autres médications ;
8° Des cigares et des cigarettes, rendant les plus grands services dans toutes les affections des organes respiratoires et ne provoquant jamais les ètourdissements et les maux de cœur inévitables chez les personnes qui ne sont pas habituées à I l'usage du tabac ;
9° Enfin un bonbon et un sirop d* Eucalyptu* , véritables spécifiques contre les affections de poitrine aiguës et chroniques.
« Tous ces produits sont fabriqués à Paris, sur les indications de M. Ramel, et les succès qu'ils ont eus attestent de leur efficacité. — Pasquier.
Action bienfaisante des feuilles d'Eucalyptus dans les eas de migraine on maux de tète
L'usage est assez généralement répandu aujourd'hui de mettre dans son chapeau des feuilles d'Eucalyptus lorsqu'on â mal à la tête ; mais si, parfois, ce système agit, il est pratiqué, on peut bien le dire, sans méthode, les uns prennent des feuilles tendres, les autres des feuilles caduques et l'effet ne saurait être semblable.
Voici un moyen qui m'a parfaitement réussi : .L'été dernier, à la campagne, je fus pris un soir d'un fort accès de migraine ; j'allai cueillir chez un voisin quelques feuilles tçndres aux basses branches d'un jeune Eucalyptus et je m'en appliquai deux ou trois sur le sommet du crâne, puis m'étant enveloppé la tête je me couchai en m'apprêtant à supporter le plus patiemment possible les battements des nerfs occipitaux. Quel ne fut pas mon étonnement de ressentir au bout de quelques instants une chaleur bienfaisante avec un vagué bourdonnement. D'ordinaire je souffrais au moins toute la nuit, cette fois, je me relevai au bout d'une heure et je pus encore jouir au jardin du reste de la soirée.
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Il y a évidemment une étude sérieuse à faire relativement à l'application des feuilles fraîches sur la peau dans certains cas. En attendant, les pharmaciens et les herboristes feraient bien de faire entrer dans leur commerce le plus tôt possible la vente des feuilles d'Eucalyptus,
Emploi de l'Euealyptiig pour le traite nient du
Cancer et de la Fièvre typhoïde.
Par le Docteur Luton, de Reims.
Nous recevons du capitaine Henry, la lettre suivante dont on comprendra assez toule l'importance. 11 s'agit des remarquables résultats que vient d'obtenir M. le D r Luton, de Reims, en traitant le cancer et la fièvre thyphovle par les feuilles d'Eucalyptus, traitement qui a amené la guérison dans des cas de la plus sérieuse gravité.
Mustapha, 11 mars 1877.
« Monsieur,
» Je m'empresse de vous transmettre les renseignements suivants qui présentent, au point de vue médical, le plus sérieux intérêt.
» Depuis deux ans, M. le docteur Luton, de Reims, poursuit avec autant de persévérance que de succès, l'application médicale de l'Eucalyptus. Les résultats de ses précieuses observations, ont été successivement consignés dans le Mouvement médical (journal international de médecine, de chirurgie et de pharmacie), sous les titres suivants :
» 1° La fièvre typhoïde et PEucalyptus globulus ; 16 janvier 1875 ; n° 3.
» 2° Cancer et Eucalyptus ; 6 novembre 1875 ; n° 45.
» 3° Eucalyptus et Cancer ; mars 1876 ; n° 10.
» 4° Simples réflexions à propos du traitement de la fièvre tyhoïde, par les bains froids.
» L'honorable docteur, après de nombreux essais, a reconnu que les préparations d'Eucalyptus qui donnent les meilleurs résultats, ne sont pas l'essence ou l'Eucalyptol, mais la teinture, l'alcoolature et surtout la simple infusion de
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feuilles givrées (il désigne sons ce nom, les feuilles fraîches qui sont encore recouvertes d'une poussière résineuse sur la face inférieure.)
» Les diverses observations auxquelles s'est livré M. Luton lui ont permis de formuler ses conclusions dans les termes suivants : (1).
a 1° L'efficacité de l'infusion de feuilles givrées d'Euca- » lyptus globulus, ou d'alcoolature de cette même feuille, » n'est plus à nier contre le cancer, pourvu que l'affection » soit encore récente, ne soit pas ulcérée et n'ait pas porté » une atteinte trop profonde à l'état général du malade. H » ne faut ni fortes doses, ni un temps très long pour démon- » trer £ette efficacité. L'espèce du cancer et son siège pa- » raissent indifférents. Le remède est, en général, très bien » supporté, comme par un besoin vraiment instinctif.
» 2° Contre la fièvre typhoïde, le même remède, sous la » même forme, est d'un secours merveilleux. C'est dans les » cas graves surtout, dans les formes vraiment adynamiques » que cette efficacité se révèle avec toute son énergie Je me » suis fait une régie de n'employer l'Eucalyptus que dans la » catégorie des formes les plus fâcheuses, afin qu'on ne » puisse pas mettre sur le compte d'une guérison spontanée » ce qui est bien et dûment attribuable à l'Eucalyptus. Au- » cune médication connue n'approche de celle-là, pas même » le traitement par les bains froids, dit, méthode de Brandt.
» En présence d'un secours d*un effet aussi certain, les » désastres occasionnés par les épidémies de fièvre typhoïde » pourront être à peu près conjurés, et on peut conseiller » officiellement l'emploi de ce traitement sans craindre de » se compromettre.
» Je ne puis donc, aujourd'hui, que confirmer hautement » ce que j'ai dit dans mes travaux publiés par le Mouvement » médical. Depuis lors, en effet, soit à l'hôpital de Reims., » soit dans la ville, j'ai recueilli des preuves d'efficacité de » ce remède dans maintes circonstances, et plusieurs ma- » lades doivent certainement la vie à l'usage de ce merveil- » -leux agent.
» Jamais on ne vantera trop les bienfaits de l'Eucalyptus ; » on ne cultivera jamais cet arbre bienfaisant sur une trop » large échelle. Il faut pouvoir fournir en abondance les
(1) Extrait d'une lettre du docteur Lùtoa au capitaine Henry. (5 mars 1877).
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» feuilles à la consommation. Il sera toujours nécessaire » de faire la distinction entre les feuilles givrées et non. péri tiolées et celles qui ne portent pas de poussière et qui sont » pétiolées.
» Vous remarquerez que cette poudre résineuse se
» retrouve en abondance sur les pousses florifères, sur les
» urnes florales et sur les coques fructifères. On l'isolera
» sans doute tôt ou tard et on possédera ainsi le véritable
« principe actif de ce précieux végétal. »
« Telle est l'importante communication du D r Luton. Parmi les cures remarquables qu'il a obtenues par l'emploi des infusions d'Eucalyptus, je puis citer celle d'un de mes parents, atteint d'une paralysie des intestins et arrivé à un état désespéré. En trois jours, le traitement à l'Eucalyptus a produit une amélioration aussi rapide que sensible et les fonctions digestives qui étaient interrompues se sont rétablies complètement.
» L'arbre qui porte dans son feuillage l'assainissement de l'air et la guérison dii cancer et de la fièvre typhoïde, est une conquête plus précieuse encore que celle du quinquina. L'homme modeste et désintéressé qui, par sa persévérance, a importé cet arbre en Algérie et en a fait connaître les propriétés, mérite à juste titre, d'être compté au nombre des bienfaiteurs de l'humanité.
Alger, le 11 mars 1877.
Le Capitaine du Génie,
R. Henry.
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Examen chimique et pharmaceutique de l'Eucalyptus.
C'est seulement eu 1870 qu'à paru l'analyse complète de l'Eucalyptus ; elleestdue àM. Cloez, professeur du Muséum de Paris. M. le D r Gimbert a examiné depuis l'essence d'Eucalyptus, au point de vue physiologique, il en a retiré, comme on le verra, des conclusions relatives à l'emploi thérapeutique de la plante.
D'après M. Cloez, l'Eucalyptus est composé de : Chlorophylle — Cellulose — Huile essentielle — Résine — Tannin Se s calcaires el alcalins. — La chlorophylle et la cellulose sont renfermées dans toutes les feuilles et toujours avtc les mêmes propriétés.
M. Cloez s'est attaché d'une manière spéciale à l'examen des feuilles d'Eucalyptus, il a voulu constater les effets physiologiques des produits complexes extraits de ces feuilles, par l'eau, l'alcool et l'éther ; il a aussi observé la nature du liquide fourni par la combustion de ces feuilles dans une pipe. — C'est le résultat de ces observations que je vais transcrire.
Examen chimique des featllea «TEuealyptug globulng
Par M. Clobz, professeur du Muséqm.
a L'Eucalyptus est un arbre précieux, cultivable dans le midi de la France. Les feuilles sont épaisses et résistantes ; leur parenchyme présente une quantité de petites vésicules transparentes, contenant une huile essentielle, volatile, d'une odeur aromatique fort agréable.
» En plaçant une certaine quantité de feuilles sèches dans la cucurbite d'un alambic à double fond, et soumettant à la distillation dans un courant de vapeur d'eau, on obtient environ 2 pour 100 d'huile essentielle, incolore, plus légère que l'eau. Cette essence possède au plus haut degré l'odeur de la plante. L'eau, chargée d'une petite quantité d'huile essentielle, a une saveur fraîche, amère et camphrée, assez agréable ; on peut l'avaler impunément, elle ne renferme aucun principe toxique. L'essence elle-même a été
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administrée à la dose de dix gouttes à un chien de forte taille sans occasionner le moindre accident.
» Je me suis principalement attaché, dans cet examen des feuilles, à constater les effets physiologiques des produits complexes qui ont été extraits de ces feuilles, par Veau, l'alcool et l'éther. J'ai examiné, en outre, la nature du liquide fourni par la combustion de ces feuilles dans une pipe .
» Le traitement des feuilles par l'eau chaude produit une infusion faiblement colorée, d'une saveur amère, astringente, d'une odeur forte due à l'essence mise en liberté par l'élévation de la température et la rupture des cellules.
» La liqueur précipite en noir les persels de fer, elle trouble la dissolution de gélatine, elle contient, par conséquent, du tannin. Soumise à l'évaporation, elle laisse un extrait brunâtre qui a été essayé sur un chien de petite taille à la dose de 2 grammes ; l'animal n'a éprouvé aucun accident, nfais son appétit a augmenté d'une manière remarquable, effet facile à comprendre par l'action excitante du produit ingéré.
» Une portion de l'extrait aqueux a été détruite par incinération ; on a trouvé dans le résidu une certaine quantité de sels de potasàe avec des traces de sels calcaires. •
» Après le traitement par l'eau, on a fait, avec l'alcool, les mômes essais sur une autre portion cb feuilles. La solution se trouble par l'eau ; elle contient de l'essence, de la résine, du tannin, et, par l'évaporation au bain-marie, elle a laissé un extrait brunâtre, en partie soluble dans l'eau .
» 2 grammes de cet extrait, donnés de force à un jeune chien, . ont produit à peu près les mômes effets que l'extrait aqueux . Pas d'accident manifeste, seulement une excitation passagère qui empêche l'animal de rester en place.
L'éther sulfurique a servi, comme l'eau et l'alcool, à préparer un produit extractif dont l'action a été également essayée sur un chien, et de plus sur un lapin. Il n'y a pas eu d'effet n lisible, pas plus que dans les cas précédents.
» En vue de l'usage spécial, pour lequel M. Ramel propose ces feuilles, j'en ai fait brûler lentement une quantité dans une pipe de tôle communiquant, au moyen de tubes de verre et de caoutchouc, avec un aspirateur rempli d'eau ; l'appareil est disposé de telle sorte que la fumée est obligée de traverser plusieurs flacons où. elle abandonne les produits pyrogénés condensables qu'elle entraîne.
» On recueille, après l'opération, une quantité assez forte d'un liquide aqueux, brunâtre, avec quelques gouttelettes huileuses et goudronneuses. Le liquide aqueux est faiblement alcalin, il n'exerce aucune action nuisible sur l'économie. Quant au produit* goudronneux, il ressemble â tous ceux qu'on obtient par l'action de la
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chaleur sur les plantes ; à la dose de 5 dëcigrammes il a été sans action sur un chien de taille moyenne.
« Après avoir essayé, sur les animaux, les produits volatils et goudronneux fournis par ces feuilles et avoir constaté leur complète innocuité, j'ai pu, sans crainte, fumer ces feuilles, soit dans une pipe ordinaire, soit sous la forme de cigares et de cigarettes.
« La fumée produite dans ces trois modes de combustion possède les mêmes propriétés ; elle exerce sur l'économie une action inverse de celle du Tabac, c'est-à-dire qu'elle est plutôt excitante que narcotique. On s'y habitue d'ailleurs très-rapidement, et, en général, elle finit par paraître agréable.
« Quand ces feuilles sont saines et qu'elles ont été desséchées avec soin, elles brûlent facilement ; si la combustion est couplète, la cendre est tout-à-fait blanche. Cette cendre est assez abondante; elle s'élève au dixième du poids de la feuille. Elle est formée, en grande partie, de sels calcaires avec une petite quantité de sels alcalins.
c II résulte, en résumé, de mes expériences, que les feuilles (XEvcalyptus globulus ne contiennent aucun principe toxique pour les animaux. On peut les brûler et respirer par la bouche la fumée sans éprouver aucun accident
c II serait intéressant d'essayer ses effets thérapeutiques, et je suis convaincu que, dans certains cas, elle pourrait donner d'excellents résultats. C'est là un point sur lequel je ne suis pas tout à fait apte à prononcer. »
AaalyftM elliptiques et tmméem 4'«Mpl*i de l'Euealyptiia.
Par H. Camille Wsm, chimiste.
En praticien consciencieux, M. le D r Brun,! a voulu, avant d'adopter l'Eucalyptus comme médicament usuel, en connaître exactement la composition chimique ; il explique ainsi sa conduite :
« Avant de faire entrer les infusions d'Eucalyptus dans ma pratique médicale, je demandai une analyse chimique très attentive de cette plante à un chimiste trés-babile de Montevideo, et il n'est pas sans intérêt de rapprocher les résultats qu'il a obtenus de ceux auxquels sont arrivés à Paris M. le professeur Cloez, et en Corse MM. les professeurs Vanquelin et Lucianî,
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« Voici la lettre que m'a écrite M. Camille Weber, quand il m'a remis les substances obtenues par l'analyse :
« Mpntefideo, 26 septembre 1868.
« Monsieur le docteur Brunel,
a A l'appui des expériences que vous avez faites et publiées sur les feuilles de l'Eucalyptus globulus, plante de la famille des Myrlacées, très-répandue dans ce pays, j'ai fait une analyse de ses feuilles, que je vais vous exposer brièvement. «Je continue mon travail pour pouvoir obtenir un résultat plus complet, et dès qu'il sera achevé, je vous en ferai part.
« L'odeur forte et aromatique de ces feuilles fait aussitôt reconnaître qu'elles contiennent une essence volatile; aussi j'ai cherché à la séparer en faisant passer 10 kilogrammes de feuilles par huit distillations successives, et j'ai obtenu, après la rectification par le chlorure de chaux, 250 grammes d'essence d'un pois spécifique de 0,968 à la température de 90 degrés, d'une couleur jaune clair, entièrement volatile, d'une saveur et d'une odeur semblables à celles d'une essence de cajeput forte et piquante; elle n'attaque pas le papier de tournesol et dissout l'iode «anfe explosion; elle a une couleur obscure semblable à la teinture d'iode.
« Traitée avec partie égale d'acide azoïque, l'essence présente une couleur noirâtre et ne perd pas son odeur. Ce mélange une fois chauffé, l'acide nitrique s'en sépare; l'essence se décompose avec explosion et donne pour résidus une résine blanche ayant une forte odeur.
« Traité par l'acide sulfurique concentré, ce mélange produit une forte chaleur et devient d'une couleur jaune orange; en même temps il se dégage du gaz acide sulfureux, et il se forme peu à peu un baume noir châtaigne.
» ^ y ajoutant parties égales d'acide chiorhydrique, l'acide s'en sépare ; il acquiert une couleur améthyste, et tout le mélange s'échauffe. L'essence reparaît avec une teinte verte ; il s'en dégage un gaz fort piquant et l'essence de l'Eucalyptus.
» L'ammoniaque n'a aucune action sur cette essence ; il en est de même du prussiate de potasse.
» Le sublimé corrosif est dissous facilement, sans changer de couleur et sans dôcomposttion du sel mercuriel!
» Cette essence se dissout bien dans l'éther et dans l'alcool.
» Quand on la laisse en digestion avec l'oxyde de cuivre, celuici se dissout dans l'essence et lui fait prendre une belle couleur verte.
» Les feuilles privées de leur essence ont été traitées par l'eau bouillante jusqu'à leur enlever leur goût amer. Les liquides ont été évaporés jusqu'à présenter la consistance d'extrait,
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» Je traitai cet extrait avec deux parties d'éther ; alors il prit la couleur jaune ; il était d'un goût très-amer.
» Après avoir séparé le liquide éthéré du précipité gommeux et sucré, je distillai Péther ; et le résidu concentré et évaporé à l'air libre m'a donné, après quelques jours, des cristaux en formes d'aiguilles blanches, mêlées à une matière incristallisable, résineuse ; les deux matières avec réaction acide. Pour séparer les cristaux de la partie résineuse, j'employai l'eau froide ; les cristaux furent dissous avec une petite partie de matière colorante.
» Le liquide, pendant ces diverses opérations, a conservé une odeur forte, narcotique.
» La résine séparée du liquide est acide, d'un goût amer, d'une couleur jaune ; en digestion avec l'oxyde de plomb, elle précipite la plus grande partie de la matière colorante.
» La solution aqueuse fut ensuite séparée du principe amer par le moyen de la filtration et évaporée au bain marie.
Pendant l'évaporation il se fit un précipité d'un biauc jaunâtre, lequel, séparé une autre fois par filtration, fut reconnu pour une combinaison de l'oxyde de plomb avec un acide organique.
o Cet acide, avec l'oxyde de fer, ne produit pas la réaction du tannin ; je crois donc que c'est un acide propre de l'Eucalyptus qui a formé un Eucalyptat de plomb, lequel est soluble dans une plus grande quantité d'eau.
» Plus tard, quand j'aurai un plus grand nombre de feuilles de l'arbre, j'étudierai plus minutieusement ce corps.
» Le liquide séparé de TEucalyptat de plomb, soumis à l'évaporation, m'a donné une masse jaunâtre, laquelle, après quelques jours, s'est présentée en masse cristalline, soluble dans l'éther, l'alcool, et en partie dans l'eau, d'un goût très-amer, de réaction neutre.
» Cette masse, dissoute dans des acides et neutralisée par un alcalin, ne donne aucun précipité ; elle ne neutralise pas les acides, de sorte que de toutes ces réactions, je conclus que cette substance est un précipité actif, amer, neutre, comme ceux que nous rencontrons dans l'absinthe, dans la germandrée, etc.
d Ces cristaux, traités par l'acide sulfurique, prennent une couleur rouge ; jaune, avec l'acide nitrique ; jaune clair, avec l'acide chlorydrique ; VeiJ obscur, avec l'ammoniaque. Brûlés sur une lame de platine, ils s'enflamment et laissent un charbon luisant.
» Tels sont mes travaux sur cette intéressante plante, qui peut devenir d'une grande importance pour la médecine.
» Il me reste encore à obtenir et à étudier l'acide et le principe amer dans leur état de pureté.
» Camille Wbber, » PbarmAcieB-cbimlrte.»
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L'essence d'Eucalyptus.
Etude chimique die l'Eue*lyptol
Par M. Clobz.
« L'huile essentielle de l'Eucalyptus est un liquide très-fluide, à peine coloré, doué d'une odeur aromatique analogue à celle du camphre. Ce liquide, chauffé dans un appareil distillatoire, commence à bouillir vers 170 degrés ; le thermomètre monte rapidement à 175 degrés, où il reste stationnaire jusqu'à ce que la moitié environ du produit ait passé à la distillation : une autre portion de l'essence passe entre 188 et 190 degrés, c'est un mélange de plusieurs produits ; enfin, en continuant à chauffer, on obtient une petite quantité de liquide volatil à une température supérieure à 200 degrés.
» Le liquide distillé en premier lieu, entre 170 et 178 degrés, n'est pas un produit chimiquement pur ; il est nécessaire, pour le purifier, de le mettre en contact d'abord avec de la potasse en morceaux, puis avec du chlorure de calcium fondu ; en le distillant de nouveau, on obtient un liquide très-fluide, incolore, bouillant régulièrement à 175 degrés ; ce produit peut être considéré comme un principe immédiat, pur, distinct par ses propriétés et par sa composition des espèces chimiques connues. Je le désigne sous le nom d'Eucalyptol.
» C'est un liquide plus léger que l'eau ; sa densité, à 8 degrés, est égale à 0,905 ; il dévie à droite le plan de polarisation de la lumière ; son pouvoir rotatoire moléculaire [a] = -f- 10°, 42 pour une longueur de 100 millimètres. L'Eucalyptol reste liquide après une exposition de trois heures à un froid de 18 degrés, obtenu par un mélange de neige et de sel. Aspiré par la bouche à l'état de vapeur en mélange avec de l'air, TEucalyptoJi a une saveur fraîche, agréable ; on l'a déjà employé avec succès en thérapeutique sous cette forme ; il est peu soluble dans l'eau, mais il se dissout complètement dans l'alcool ; cette solution, très-diluée, possède une odeur analogue à celle de la rose.
» La composition de l'Eucalyptol est représentée par la formule C^HSKD* > déduite de l'analyse concordante de divers échantillons de provenances différentes, et contrôlée par la détermination de la densité de vapeur trouvée égale à 5,92 , la densité théorique
pour la formule ■? est 6,22.
» L'acide azotique ordinaire attaque lentement l'Eucalyptol ; on trouve parmi les produits de la réaction un acide cristallisable, non azoté, pfetenu en trop petite quantité pour en faire une étude
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Complète ; c'est probablement un composé analogue à l'acide camphorique.
» Avec l'acide suif uriqne concentré, l'essence d'Eucalypte se colore en noir ; le mélange abandonné à lui-même, puis traité par l'eau, laissa déposer une matière de consistance goudronneuse, d'où l'on sépare un hydrocarbure volatil par distillation.
» En mettant en contact, dans une cornue tubulée munie d'un récipient, des poids égaux d'Eucalyptol et d'acide phosphorique anhydre, il n'y a pas d'action immédiate ; mais, au bout de cinq minutes,* le mélange s'échauffe, une portion du liquide distille, l'acide phosphorîque se colore en brun, et se change en une masse poisseuse, en môme temps que la portion non distillée vient surnager. En réunissant les liquides et les chauffant en présence de l'excès d'acide phosphorique contenu daus la cornue, on obtient un composé fluide, incolore, bouillant régulièrement à 165 degrés ; c'est un hydrogène carboné d'une densité 0,836, à 12 degrés Sa composttion diffère de celle de l'Eucalyptol par 2 équivalents d'eau en moins ; il a pour formule C2*HW ; la densité de sa vapeur a été trouvée égale à 5,3. Je désigne ce produit sous le nom d'Eucalyptène ; il correspond au cymène.
» L'action de l'acide phosphorique anhydre donne, en outre, un liquide bouillant à une température supérieure à 300 degrés, et dont la composition centésimale est exactement la même que celle de l'Eucalyptène. J'ai essayé de prendre la densité de vapeur de ce produit à la température de 445 degrés dans la vapeur de soufre ; mais il y a un commencement de décomposition, et il m'est impossible d'établir avec certitude l'équivalent de ce nouvel hydrocarbure condensé. Je propose de le désigner sous le nom d'Eucalyptolène, pour le distinguer du précédent.
» En faisaut arriver, dans l'Eucalyptol, refroidi à zéro, de l'acide chlorhydrique gazeux et sec, le gaz est absorbé en grande quantité ; le produit finit par se prendre en une masse cristalline, empâtée dans une portion du liquide, qui a pris une couleur bleue violacée très-belle ; mais cette apparence change bientôt. Le mélange laisse dégager d'abondantes vapeurs acides ; les cristaux se se fluidifient, le liquide bleu devient brun, puis peu à peu il se décolore, et il s'en sépare de petites goutelettes d'eau, contenant la presque totalité de l'acide chlorhydrique absorbé, le résultat final de la réaction est encore un hydrocarbure, bouillant vers 168 degrés et paraissant identique avec l'Eucalyptène.
« En résumé, d'après la composition et les propriétés chimiques de l'Eucalyptol, on devrait le placer à côté du camphre, dont il est un homologue. Ses dérivés peuvent être aussi comparés à ceux du camphre, mais si l'on considère les propriétés physiques des termes correspondants dans les denx séries, on trouve une anomalie qui n'existe pas pour les composés réellement homologues,
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» Théoriquement, l'Eucalyptol placé à deux échelons au-dessus du camphre, devrait avoir un point d'ébullition plus élevé, de 38 degrés environ : c'est le contraire qu'on observe. En effet, le camphre, solide au-dessous de 175 degrés, bout régulièrement à 204 degrés ; en admettant l'hômologie, le point d'ébullition de l'Eucalyptol devrait être égal à 242 degrés : nous avons vu qu'il est inférieur de 67 degrés à cette température, Il y a là, à notre avis, un point intéressant à étudier; la science possède déjà, il est vrai, des anomalies semblables, dans un grand nombre de cas d'isomérie, mais la difficulté n'en subsiste pas moins; il appartient aux chimistes de la surmonter. » — 28 mars 1870 — Cloez.
M. le D r Brunel, après avoir cité dans sa brochure l'ana- • lyse de M, Cloez, ajoute :
« Déjà, vers la fin de l'année 1868, sur la prière du docteur Régulus Carlotti, M. le principal Vauquelin et M. le professeur Luciani, d'Ajaccio, avaient analysé l'Eucalyptus et étaient parvenus à des résultats bien remarquables ; ils avaient obtenu un résidu offrant les caractères suivants : « saveur amère assez franche et « aspect noirâtre rappelant l'un et l'autre ceux de la quinine mêlée a de résine de quinquina. Ce résidu,' traité par l'acide sulfurïque, « donna des cristaux affectant une disposition analogue à ceux du « sulfate de quinine. »
Voici l'extrait d'une lettre adressée par le même docteur à M. Ramel :
t Les jeunes rameaux d'Eucalyptus que vous avez eu la bonté de me procurer ont fourni à la distillation un peu plus d'un demi pour 100 d'essence rectifiée d'une odeur assez agréable. Les feuilles fraîches, séparées des tiges, donnent environ 2 pour 100 de la même essence. Nous ne connaissons aucune plante indigène qui en fournisse une aussi grande quantité. Cette essence a la même composition que l'essence de térébenthine ; c'est un nouvel exemple d'isomérie. Sa densité est égale à 0,896, et elle entre en ébullition à 175 degrés. Sa formule chimique est représentée par C20 H16 pour quatre volumes de vapeur. Il me semble qu'on pourrait l'extraire économiquement et la substituer avee avantage à l'huile volatile de térébenthine, r- Cloez. »
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Propriétés p*ysUl**lque* ûm remmee d'Eucalyptus
D'iprès M. le D' Gimbbit.
a Au point de vue physiologique, dit M. Pasquier, l'essence seule a été étudiée avec attention et présente des phénomènes particuliers. C'est M. le docteur G imbert qui en a fait une étude sérieuse, et dont nous reproduisons quelques-unes de ses expériences^).
« L'essence, appliquée en petite quantité sur les membranes muqueuses, provoque une congestion légère et de peu de durée. A forte dose, elle détermine une irritation considérable. Quelques bouffées'd'une cigarette de feuilles d'Eucalyptus calment la toux et l'oppression. Au contraire, l'inhalation d'une grande quantité de vapeurs de cette essence provoque la toux.
« Par l'influence qu'elle exerce sur les urines, elle p8ut être comparée à la térébenthine, mais, par ses effets calmants, on peut la rapprocher des antispasmodiques. L'action qu'elle exerce sur le grand sympathique la fait classer parmi les stimulants diffusibles comme l'ammoniaque, la menthe, etc. . . .
« L'essence d'Eucalyptus est donc un corps spécial qu'on ne peut pas rapprocher de l'essence de térébenthine, puisqu'elle en a quelques propriétés toutes différentes.
o Sur les animaux qui ont absorbé une certaine quantité d'essence, on observe des troubles nerveux. Dix minutes après l'absorption de la substance, l'animal vient à se calmer ; il ne cherche plus à fuir, ses mouvements sont plus lents, sa respiration se ralentit et devient plus profonde. S'il a des convulsions, elles sont de courte durée. On observe quelquefois de la titubation, l'animal parait ivre, sa sensibilité est émoussée. Cet état d'hyposténie nerveuse peut durer de une à deux heures, suivant la force de l'animal et l'intensité de la dose administrée.
« Lorsque la dose est suffisante pour amener la mort (20 gouttes pour un lapin, 40 gouttes pour un chien de moyenne taille, 5 gouttes pour une grenouille), l'animal passe rapidement par las phases que je viens d'indiquer, et la mort arrive par l'arrêt complet de la respiration.
» Si on injecte à deux lapins de même grosseur une même quantité, à l'un d'essence de térébenthine, et à l'autre d'essence d'euca-
vl) Eucalyptus globulus. Son importance en agriculture, en hygiène et en mèdedecine. — A. Delabaye, 1870.
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lyptue, l'essence des conifères produit un effetexcitant, tandis que celle des myrtacées produit un effet calmant tout opposé.
» Quand on entre dans deux chambres, contenant chacune des vapeurs de ces corps, dans celle qui renferme de l'essence de térébenthine les urines ont une odeur de violettes; on pourrait rester toute la journée dans l'autre que les urines n'éprouveraient aucun changement. Et pourtant, une goutte ingérée dans l'estomac produirait sur * la sécrétion urinaire une action analogue à celle de l'essence de. térébenthine.
» M. Gimbert a voulu essayer sur lui-môme les effets de l'essence d'Eucalyptus. Il en a absorbé diverses doses et s'est observé avec soin aux doses de dix à vingt gouttes. Il a constaté que cette substance jouit des propriétés calmantes les plus nettes. L'urine sent la violette. A une dose plus forte, elle produit une excitation passagère, des maux de tête et de la fatigue. M. Gimbert ajoute que, dans toutes ses expériences, il exhalait et répandait partout l'odeur d'Eucalyptus.
» Reste à savoir comment l'essence s'élimine. Il est bien certain qu'une bonne partie de l'essence est absorbée paroles urines, puisque celles-ci acquièrent au bout d'une heure l'odeur de violettes, qui ne provient que de la transformation de l'huile essentielle d'Eucalyptus.
» Après l'ingestion de doses modérées, l'haleine n'exhale pas d'odeur, mais si la quantité absobée est un peu considérable, l'air expiré a un parfum d'Eucalyptus. Quant à l'élimination par la peau, M . G imbert est dans le doute, bien que, dans certains cas, la peau sente l'Eucalyptus.
» En analysant les urines recueillies avec soin pendant vingtquatre heures, 10 grammes ont donné à l'analyse, par le procédé Lecompte, 160 centigr. cubes d'azote.
» M. Gimbert a répété ses expériences bien des fois sur des lapins, des oiseaux et des rats, et toutes ont donné les mêmes résultats, et quand la mort est survenue, c'est avec les phases que nous avons indiquées plus haut.
» Mais comment la mort survient-elle sous l'influence de l'essence ? C'est ce que le savant docteur a encore essayé de résoudre en répétant ses expériences physiologiques, qui lui ont révélé des faits très-intéressants. .
» Les animaux empoisonnés ne présentent aucune altération ni des globules ni du plasmo 'sanguin. La mort n'arrive pas par asphyxie, car on ne trouve dans le poumon aucune trace de trouble mécanique. La mort survient par suite d'une lésion d'une certaine partie des centres nerveux. L'essence d'Eucalyptus détruit les propriétés réflexes de la moelle épinièreen altérant surtout les cellules postérieures du cordon central. Comme ces pro-
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priétés tiennent sous leur dépendance les fonctions de la respiration et de la circulation, on conçoit le trouble provoqué par cette essence, trouble qui est consécutif de l'action initiale sur la moelle.
» M. Gimbert tire des expériences délicates qu'il a faites à ce sujet la conclusion que le grand sypmpathique est au contraire excité, ce qui explique l'anémie et le refroidissement des organes : car s'il y avait paralysie du grand sympathique, il y aurait au contraire congestion et élévation de température, * — Pasquier.
]%•*© *ur réagence 4'Euealyptu»
Pir M. le capitaine do Génie Hbnhy.
« L'essence d'Eucalyptus et l'Eucalyptol ont été préparés jusqu'à présent avec des feuilles d'Eucalyptus plus ou moins mélangées et appartenant à la période secondaire de développement de l'arbre. Nous pensons que pour le traitement médical surtout, il y aurait grand intérêt à préparer une essence plus pure et plus concentrée en soumettant à la distillation les feuilles des jeûnes pousses du printemps, recueillies au mois de mai. Ces petites feuilles non péliolées, sont beaucoup plus tendres, plus souples et plus chargées d'essence que les feuilles allongées ordinaires. Elles sont d'une teinte rosée, recouvertes d'un fard bleuâtre de consistance résineuse, leur aspect est tout-à-fait caractéristique. Ces jeunes feuilles infusées dans l'alcool ou dans de bonne eau de vie, fournissent une liqueur antiseptique excellente pour le pansement des cancers et des plaies de mauvaise nature. Traitées par l'eau bouillante, elles fournissent une infusion qui prise en tisane ou en potion a donné les plus remarquables résultats dans le traitement de certaines fièvres paludéennes et surtout de la fièvre thyphoïde.
» L'action médicale de ces jeunes feuilles semble provenir exclusivement de l'agent antiseptique contenu dans la matière visqueuse et résineuse dont elles sont imprégnées. C'est donc ce principe actif qu'il nous parait important d'isoler complètement par un traitement chimique convenable et par un choix très sévère des jeunes feuilles soumises à la distillation. »
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J'ai tenu à citer tout ce qui a été dit au sujet de l'essence parce que le moment est arrivé où l'industrie algérienne doit commencer l'exploitation de ce nouveau produit. Au lieu de jeter au fumier le feuillage des arbres abattus pour éclaircir les plantations, faire des poteaux télégraphiques ou servir aux usages de la ferme, au lieu, dis-je, d'abandonner ce feuillage, on en distillera l'essence qui rapportera un bon profit. — Et que M. le capitaine Henry me permette de lui exprimer ici tous mes remerciements, car c'est grâce à lui, qu'au cours de l'impression, j'ai pu ajouter au présent Guide, des observations du plus grand intérêt, particulièrement en ce qui concerne l'essence.
Tannin.
« Il suffit de mâcher des feuilles d'Eucalyptus pour se convaincre de leur astringence et, par conséquent, de la présence d'une certaine quantité d'acide tannique. Les diverses parties de l'arbre en contiennent des quantités fort différentes. L'écorce qui en contient ordinairement le plus dans les autres végétaux, fait ici exception à la règle. Ce sont les feuilles qui doivent être employées de préférence.
» On peut en retirer le tannin par le procédé ordinaire, c'est-àdire par celui de la noix de galle. J'ai mis dans un appareil à déplacement 100 grammes de poudre demUgrossière (feuilles), sur laquelle j'ai versé de l'éther aqueux. Après un temps assez pourt, j'ai obtenu deux couches distinctes, dont l'inférieure contient une forte proportion de tannin; la couche surnageante, l'éther, n'en contient presque pas. Par êvaporation à siccitô, j'ai obtenu un corps foncé, qui, repris par de l'éther et évaporé de nouveau, présentait tous les «caractères du tannin.
Les proportions sont les suivantes :
Feuilles sèches 45 0/o
Feuilles vertes 17 0/o
» Ce corps précipite les sels ferriques en noir et doit être placé à côté du tannin de la noix de galle. » — M.Pasquier, pharmacien à Château-Gontier.
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Ii» Résine
<r La résine est surtout fournie par l'Eucalyptus resinifera. C'est le kino-botany-bay des Anglais. On l'obtient en pratiquant des incisions à l'écorce de l'arbre. Elle nous arrive dans des boites ressemblant par sa forme et par sa cassure à la gomme du Sénégal. Les morceaux sont vitreux, transparents, d'une belle couleur rouge rubis. Les gros morceaux sont souvent souillés par des morceaux de bois et autres impuretés.
» Lorsqu'on mâche cette résine, elle s'attache aux dents. Son goût est amer et astringent. Elle se gonfle dans l'eau, prend l'apparence et la consistance d'une gelée d'une coloration rouge. Elle se trouble par les réactifs suivants :
Eau de chaux, précipité gélatineux.
Perchlorure de fer, —
Acétate de plomb,
» Si l'on traite cette résine par l'eau, elle y est en partie soluble. Par l'évaporation, le liquide se concentre et donne par la calcination un charbon léger. Les feuilles de certains eucalyptus sont recouvertes d'une substance résineuse qui n'est autre que celle qui nous occupe en ce moment, M. le docteur Sicard. dit en avoir retiré de l'eau mère qui baigne les feuilles d'eucalyptus desquelles on a retiré l'essence. Il en a obtenu par dessication une gomme de couleur jaune, d'une saveur aromatique, mais amère au bout d'un instant. Ce ne sont pas les feuilles qui renferment le plus de résine ; le tronc et les jeunes branches en renferment de bien plus grandes quantités. C'est la présence de cette résine, associée à un peu d'essence, qui augmente les propriétés du bois de l'eucalyptus. Ces principes en se condensant donnent au bois une dureté et une force qui le rendent imputrescible et inattaquable par les insectes.
» Nous avons tout à l'heure mentionné l'eucalyptus mannifera C'est cette espèce qui donne par incision la manne d'Australie.
» M. Berthelot en extrait le mélitose (1) en traitant par l'eau et en évaporant jusqu'à cristallisation.
» Le mélitose se présente sous forme ^'aiguilles entrelacées, d'une grande ténuité, qu'on ne distingue bien qu'au microscope. Les réactions sont analogues à celles du saccharose. M. Berthelot l'a du reste rangé dans la même série.
(1) Berthelot, Éléments de chimie organique W%.
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» Traité par les acides minéraux, le mélitose se change en glu* cose et en eucalyne :
C * H « « +H . 08 = G i 8H « u +C u H ti »
» Le mélitose traité par l'acide nitrique et étendu de son volume d'eau se change en acide mucique et en acide oxalique. Cette formation d'acide mucique rapprocherait le mélitose des gommes et du sucre de lait. *
» Mis en contact avec la levure de bière, à une douce- chaleur, le mélitose fermente avec production d'alcool, d'acide carbonique et d'eucalyne :
C u h »î Qî* + H * Q* = g C 4 H « 2 + 2 C* 4 + C la H'» 0"
(Extrait de la brochure de M. Pasquiar, pharmacien à Château- Gontier.)
En Australie, les indigènes sont friands de la résine d'Eucalyptus qui les nourrit, et, faute d'eau potable, sert à désaltérer. Ils creusent à l'endroit même où le tronc se perd dans le sol, un trou profond, et c'est par cet ulcère factice que s'écoule la sève gommeuse. Ils se couchent à plat ventre et boivent à l'arbre comme à un ruisseau. Mais si elle n'est pas bouchée au bout d'un certain temps on voit par cette entaille profonde la vie de l'arbre s'échapper peu à peu.
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