‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 111 sur 138 · DESCRIPTION DE L'ETAT DE TIEDEUR · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L'ETAT DE TIEDEUR

Il est un premier aspect de Pétat de tiédeur. Un second coup d'œil, plus attentif, nous en fera découvrir les traits spéciaux. Puis enfin les causes mêmes du mal nous apparaîtront.

Aspect général d'une âme tiède. — Qu'est-ce qu'une âme tiède? Le prophète Elie s'adressant au peuple d'Israël leur disait: « Usquequo claudicatis in duas partes? Si Dominus

est Deus, sequimiûi eum; si auteai Baal, sequimini illum. Et non respondit ei populus verbum. » Saint Jean, dans l'Apocalypse, fait à l'âme le reproche de n'être : « Nec frigidus nec calidus. » L'état d'une âme tiède sera donc un état déloyal, dans lequel l'âme se partage entre le bien et le mal, entre Dieu et le démon, refusant d'être complètement ou à l'un ou à l'autre. — C'est l'état le plus ingrat et le plus rebelle au diagnostic de la science. La maladie ne se déclare pas, et, d'autre part, un indéfinissable malaise trahit un état morbide inquiétant. — L'arbre est encore debout et ferme sur ses racines, mais son feuillage desséché, ses fruits maigres et rares n'annoncent que trop bien le mal qui le dévore (1). — Ce navire vogue encore et sa carène semble robuste, mais, à sa marche alourdie, on pressent une voie d'eau et des dangers prochains.

Etude plus particulière d'une âme tiède. — A ces traits généraux ajoutons l'étude des détails.

1° Suivons rame tiède dans ses exercices spirituels. — Elle prie encore, mais sans attention ni recueillement, sans ponctualité, sans cœur et sans âme (2). Au moindre caprice, sous le plus futile prétexte, elle abandonnera ses pratiques de dévotion. — Elle s'approche encore des Sacrements, mais que ses confessions sont légères, inattentives, déloyales ! Quelle affaire de routine et d'habitude que ses Communions ! C'est d'elle qu'a parlé le Prophète : « Ils m'honorent des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. »

2^ Suivons- la dans ses œuvres. — A ne considérer que le dehors, les devoirs d'état, les œuvres mêmes de surérogation et de bienfaisance, sont remplis. — Mais, dans ces œu~

(i)Mane autem revertens in civatatem, esuriit.

Et videns fici arborem unam secus viam, venit ad eam : et nihil invenit in ea nisi folia tantum, et ait illi : Numquam ex te fructus nascatur in sempiternum. Et arefecta est continue ficulnea.

Et videntes discipuli, mirati sunt, dicentes : Quomodo continuo aruit ?

Respondens autem Jésus, ait eis : Amen dico vobis, si habueritis fidem, et non hsesitaveritis, non solum de ficulnea facietis, sed et si monti huic dixeritis : Toile, et jacta te in mare, fiet.

Et omnia quaecumque petieritis in oratione credentes, accipietis.

(Matth. XXL)

(2) Prophetavit de vobis Isaias dicens : populus hic labiis me honorât : cor autem eorum longe est a me. (Matth. XV.)

vres, quelle absence d'espit de foi î quelle recherche de soimême 1 quelles lacunes ! quel désastreux à peu près! quel soin de laisser dans chacun des devoirs la partie déplaisante, pour s'attacher à ce qui flatte et agrée! (1).

3° Suivons-la dans ses fautes. — L'âme tiède c'est l'âme d'un calcul sordide. Incapable d'aucune délicatesse envers Dieu, elle n'évitera que ce qui lui fait redouter l'enfer: pour le reste, que lui importe de déplaire à Dieu ? — De là prend naissance une vie tout immortifiée, où pullulent des défauts de toutes sortes : orgueil, colère, aigreur, médisance, dissipation, etc, dont elle ne songe ni à se repentir ni à se corriger (2).

(1) Ne dederis soninum oculis tuis, nec dormitent palpebrse tuse. Eruere quasi damula de manu, et quasi avis de manu aucupis. Vade ad formicam, o piger, et considéra vias ejus, et disce sa-

pientiam ;

Qu9B cum non habeat ducem, nec prajceptorem, nec principem.

Parât in aestate cibum sibi, et congregat in messe quod comedat.

Usquequo, piger, dormies? quando consurges e somnotuo?

Paululum dormies, paululun dormitabis; paululum conseres manus ut dormias;

Et veniet tibi quasi viator egestas, et pauperies quasi vir armatus. (Prov. VI.)

(2) Vos enim in libertatem vocati estis, fratres ; tantum ne 11bertatem in occasionem detis carnis, sed per caritatem Spiritus servite invicem.

Omnis enim lex in uno sermone impletur : Diliges proximum tuum sicut teipsum.

Quod si invicem mordetls, et comeditis, videte ne ab invicem consumamini.

Dico autem : Spiritu ambulate, et desideria carnis non perficietis.

Garo enim concupiscit adversus spiritum; spiritus autem adversus carnem ; hsec enim sibi invicem adversantur, ut non, qusecumque vultis, illa faciatis.

Quod si spiritu ducimini, non estis sub lege.

Manifesta sunt autem opéra carnis, quae sunt, fornicatio, immunditia, impudicitia, luxuria,

Idolorum servitus, veneficia, inimicitise, contentiones, semulationes, irse, rixse, dissensiones, sectse.

Invidise, homicidia, ebrietates, comessationes, et his similia; qu8e praedico vobis, sicut prsedixi, quoniam qui talia agunt, regnum Dei non consequentur.

Fructus autem Spiritus est : caritas, gaudium, pax, patientia, benignitas, bonitas, longanimitas.

Mansuetudo, fides, modestia, continentia, castitas. Adversus hujusmodi non est lex.

Formation en Pâme de l'état de tiédeur. — Comment se forme et s'accentue dans une âme ce dangereux état de tiédeur?

1° C'est d'abord V abandon des ressowxes surnaturelles. — — (( Nisi, dit le Prophète, Dominus œdificaverit domum, in vanum laboraverunt qui sedificant eam. » Encore : « Aruit virtus mea quia oblitus sum comedere panem meum. » Dieu est la source unique de la ferveur (1), comme le soleil est le foyer de la chaleur et de la lumière, comme la rosée est l'essentielle nourriture de la fleur... Ame chrétienne, vous êtes dégénérée, attiédie, exténuée et mourante? Rappelez-vous vos longues négligences et votre interminable oubli des plus essentiels devoirs de la piété.

2<* C'est le mépris des peites choses. — Les oracles divins sont formels. « Qui spernit modica paulatim decidet. » « Qui in modico iniquus est, in majori iniquus erit »... Ecoutons Saint Bernard. « Primum, quid importabile tibi videbitur; paulo post non tam importabile; progressu temporis et levé senties; paulo post nec senties. » — Décisive est encore notre expérience propre. Un mal léger d'abord, mais négligé, se fait mortel. Une brèche de peu d'importance fera peu à peu s'écrouler l'édifice. De partielles négligences dans les comptes amèneront progressivement quelque vaste ruine.

3° C'est souvent aussi V activité exagérée. — Cette âme chrétienne, violemment emportée dans le tourbillon de la vie active, se dépensant tout entière au dehors sans se réserver aucune part d'elle-même, en arrive à songer à tout sauf à Dieu, à servir les créatures au mépris de ce qu'elle doit au Créateur (2).

Qui autem sunt Ghristi, carnem suam crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis.

Si spiritu vivimus, spiritu et ambulemus.

Non efficiamur inanis gloriae cupidi, invicem provocantes, invicem invidentes. (Galat. V.)

(4) Suadeo tibi a me emere aurum ignitum. (Apoc. III.)

(2) Factum est autem, dum irent, et ipse intravit in quoddam castellum, et mulier qusedam, Martha nomine, excepit illum in domum suam.

Et huic erat soror nomine Maria, quae etiam sedens secus pedes Domini, audiebat verbum illius.

Martha autem satagebat circa frequens ministerium ; quse stetit et ait : Domine, non est tibi curse, quod soror mea reliquit me solam ministrare ? die ergo illi, ut me adjuvet.

4" Cest encore t esprit du ynonde (1). — Rien d'opposé à Dieu comme le monde. Dès lors, chaque pas qu'elle fait vers le monde, éloigne l'âme chrétienne de son Dieu. Si l'éternelle dissipation du monde l'envahit, si les pensées et le langage du monde lui deviennent familiers, si la triple concupiscence du monde la corrompt, si les fêtes, les spectacles, les lectures, les entretiens du monde l'amollissent et la déforment (2), tout en elle devient incapable de comprendre, de goûter, de servir Dieu.

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