APPRÉCIATION DE L'ÉTAT DE TIÉDEUR
Ce serait peu de nous rendre un compte exact de l'état de tiédeur, si nous n'en concevions pas la gravité et si nous n'en redoutions pas les suites désastreuses. — Qu'est la tiédeur
Et respondens dixit illi Dominus : Martha, Martha, sollicita es, et turbaris erga plurima.
Porro unum est necessarium. Maria optimam partem elegit, qu8e non auferetur ab ea. (Luc. X.)
(1) Scribo vobis, filioli, quoniam remittuntur vobis peccata propter nomen ejus.
Scribo vobis, patres, quoniam cognovistis eum qui ab initio est. Scribo vobis, adolescentes, quoniam vicistis malignum.
Scribo vobis, infantes, quoniam cognovistis Patrem. Scribo vobis, juvenes, quoniam fortes estis, et verbum Dei manet in vobis, et vicistis malignum.
Nolite diligere mundum, neque ea quae in mundo sunt. Si quis diligit mundum, non est caritas Patris in eo ;
Quoniam omne quod est in mundo, concupiscentia carnis est, et concupiscentia oculorum, et superbia vitse; quse non est ex Pâtre, sed ex mundo est.
Et mundus transit, et concupiscentia ejus ; qui autem facit voluntatem Dei, manet in œternum. (I Joan. II.)
(2) Adolescentiores autem viduas devita, cum enim luxuriatse fuerint in Ghristo, nubere volunt.
Habentes damnationem, quia primam fidem irritam fecerunt.
par rapport à Dieu ? — Qu'est la tiédeur par rapport à l'âme elle-même ?
La tiédeur et Dieu. — Dieu la hait. Dieu nous donne les raisons de cette aversion profonde.
1° Dieu la hait, — Avec quelle énergie, sous quelle étrange formule, Dieu nous manifeste son aversion ! Dieu affirme qu'il préfère à l'âme tiède quelque grand pécheur capable de se reconnaître, de s'épouvanter, de se convertir, alors que l'âme tiède, ni ne voit, ni ne déplore, ni ne change son état.« Scio opéra tua ; quia neque frigidus es neque calidus. Utinam frigidus esses aut calidus; sed quia tepidus es et nec frigidus nec calidus incipiam te evomere ex ore meo. »
2"" Et quels sont les motifs de cette aversion de Dieu ? — Remarquons une entière opposition entre la nature de Dieu et la nature de l'âme tiède. — Dieu est tout activité, tout énergie, tout action : « Actus purus. » — Aussi déclare-t-il ne vouloir pour le servir que des êtres doués comme Lui d'activité et de force : « Qui facit angelos suos spiritus, et ministros suos ignem urentem (1).
Or l'âme tiède est essentiellement Tâme nonchalante, paresseuse, inerte; l'âme sourde aux commandements, plus fermée encore à l'expression d'un désir de Dieu. L'âme égoïste, se recherchant elle-même n'entend plus rien aux élans passionnés de l'amour. De Dieu il est dit : « Exultàvit ut gigas ad currendam viam. » De l'âme tiède il est dit : « Dormiet somnum suum (2). »
Simul autem et otiosse discunt circuire domos; non solum otiosse, sed et verbosse, et curiosse, loquentes quse non opertet.
Volo ergo juniores nubere, filios procreare,matres familias esse, nuUum occasionem dare adversario maledicti gratia.
Jam enim guaedam conversse sunt rétro Satanam.
(1 Tim. V.)
(1) Deus deorum Dominus locutus est, et vocavit terram.
A solis ortu usque ad occasum : ex Sion species decoris ejus. Deus manifeste veniet : Deus noster, et non silebit. Ignis in conspectu ejus exardescet : et in circuitu ejus tempestas valida. (PsaL XLVL)
(2) Tune simile erit regnum cœlorum decem virginibus, quae accipientes lampades suas, exierunt obviam sponso et sponsae.
Quinque autem ex eis erant fatuse, et quinque prudentes.
Sed quinque fatuse, acceptislampadibus,non sumpserunt oleum secum :
Prudentes vero acceperunt oleum in vasis suis cum lampadibus.
La tiédeur et Pâme. — Aucun état peut-être n'est aussi dangereux pour une âme que l'état de tiédeur.
1° C'est un état plein de dangereuses illusions. — Un malade, dont les douleurs sont vives et les crises alarmantes, appellera le médecin et suivra avec soin ses prescriptions. — Mais si, à un mal précis et violent, se substitue un vague malaise, aucune précaution ne sera plus gardée, aucune consultation ne sera plus provoquée. Le mal ira grandissant sans que le malade s'en inquiète. Telle est l'âme tiède. Ne soupçonnant rien de la maladie dont elle est victime, elle ne tient compte d'aucun avertissement, ni de sa conscience au dedans, ni de la parole sainte au dehors. < Dicis quia dives sum et locupletatus et nuUius egeo, et nescis quia tu es miser et miserabilis et pauper et caecus et nudus. »
2° C'est un état de désolante stérilité. — Comme l'âme tiède fait en apparence tout ce que font les autres, nous pourrions prendre le change et voir la richesse où il n'y a que pauvreté et dénuement. — C'est au jugement de Dieu, sous le feu du regard divin qu'apparaîtront manifestement les immuables trésors de la vie fervente et la stérilité de la vie imparfaite et tiède. Ecoutons l'Apôtre. « Si quis autem supersedificat super fundamentum aurum, argentum, lapides pretiosos, ligna, fœnum, stipulam : uniuscujusque opus manifestum erit : dies enim Domini declarabit, quia in igné re-
velabitur et uniuscujusque opus, quale sit, ignis probabit
Si cujus opus arserit detrimentum patietur. » — Ainsi, vivre d'une vie d'imperfection et de tiédeur, c'est prétendre construire la demeure de son éternité avec le « bois, le foin, la paille, » alors que la vie fervente a bâti « avec l'or, l'argent, les pierres précieuses. » Survient le feu du Jugement, qui fait étinceler « l'or » et qui dévore « la paille » « Nihil invenerunt in manibus! )>
3° C'est un état de privation et de tristesse. — Aucun milieu n'est possible ni raisonnable entre les joies du monde et les mystérieuses joies de la piété. — Sans doute les joies du
Moram autem faciente sponso, dormitaverunt omnes et dormieruiit.
Media autem nocte, clamor factus est : Ecce sponsus venit : exite obviam ei. (Matth. XXV.)
mondain sont fausses et surtout fugitives (1), mais encore sont-elles des joies. Et, ne fût-ce qu'un moment, le mondain goûte rillusion du bonheur. — De son côté la vie chrétienne, quand elle est généreuse, complète, fervente, se voit inondée des mystérieuses joies qui viennent de Dieu : « Torrente voluptatis potabis eos, Doomine. »
Qu'arrive-t-il à l'âme tiède qui ne veut ni d'une vie mondaine ni d'une vie fervente et qui se traîne entre le bien et le mal, sans se donner complètement ni à l'un ni à l'autre ? Elle vit délaissée et solitaire, chassée à la fois des milieux mondains où Ton s'amuse, des phalanges saintes où Dieu verse à flots ses consolations.
4° C'est un état d'inquiétudes pour l'avenir, — L'illusion désastreuse de l'âme tiède est qu'elle croit se maintenir dans cette situation flottante et indécise. Or, ni Dieu, ni le démon, ni sa nature elle-même, ne permettront cette immutabilité. Dieu dit par son Prophète : « Venit finis, fac conclusionem » (2).
(1) Dixerunt enim cogitantes apud se non recte : Exiguum et cum taedio est tempus vitœ nostrae ; et non est refrigerium in fine hominis, et non est qui agnitus sit reversus ab inferis.
Quia ex nihilo nati sumus, et post hoc erimus tanquam non fueriraus. Quoniam fumus flatus est in naribus nostris, et sermo scintilla ad commovendum cor nostrum.
Qua exstincta, cinis erit corpus nostrum ; et spiritus diffundetur tanquam mollis aer ; et transibit vita nostra tanquam vestigium nubis, et sicut nebula dissolvetur quse fugata est a radiis solis, et a calore illius aggravata.
Et nomen nostrum oblivionem accipiet per tempus, et nemo memoriam habebit operum nostroruni.
Umbrse enim transitus est tempus nostrum, et non est reversio finis nostri; quoniam consignata et, et nemo revertitur.
Venite ergo, et fruamur bonis qase sunt, et utamur creatura tanquam in juventute celeriter.
Vino pretioso et unguentis nos impleamus ; et non prsetereat nos flos temporis.
Goronemus nos rosis antequam marcescant ; nullum pratum sit quod non pertranseat luxuria nostra.
Nemo nostrum exsors sit luxurise nostrse. Ubique relinquamus signa Isetitise, quoniam hsec est pars nostra, et hsec est sors.
(Sap. IL)
(2) Et factus est sermo Domini ad me, dicens :
Et tu, fili hominis, hsec dicit Dominus, Deus terrse Israël : Finis venit, venit finis super quatuor plagas terrae. ^
Nunc finis super te, et immittam furorem meum in te; etjudicabo te juxta vias tuas, et ponam contra te omnes abominationes tuas.
Le démon gagne peu à peu le terrain qu'abandonne la ferveur. — L'âme elle-même, dont les passions grandissent et dont la force se perd, l'âme qui s'aveugle sur le bord même du précipice, l'âme finira par y tomber. « Qui amat periculum in periculo peribit. »