‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 114 sur 138 · AVEC QUEL SOIN NOUS LA DEVONS GARDER · texte numérisé non relu

AVEC QUEL SOIN NOUS LA DEVONS GARDER

Si toute fleur rare et délicate réclame une plus vigilante culture, si le diamant de prix veut être richement enchâssé, disons que la vraie perle précieuse qui est en nous, c'est-àdire notre âme, doit concentrer en elle-même notre sollicitude et nos soins. — Que cette âme soit droite, loyale, consciencieuse: voilà qui importe avant toute chose. Cette droiture fait pour la terre le parfait honnête homme, elle fait surtout pour le ciel le parfait chrétien.

Quelle en est rexcellence. — Nous la comprendrons, nous saurons le prix de la conscience, si nous réfléchissons aux prérogatives suivantes.

i^ La coîiscience est merveilleuse dans sa ressemblance divine. — Cette ressemblance elle-même nous la trouvons dans la création et dans Vimitation. — Sans doute notre être entier vient de Dieu et porte sa ressemblance. Notre intelligence reflète sa pensée éternelle; notre cœur est une émanation de son amour; notre volonté, l'image de son indépendance.... Mais, au sein des merveilles de notre âme, il est une création plus profonde, plus belle et qui reflète plus distinctement le Bien Suprême: c'est la conscience. — Achevons d'exposer ce beau mystère. Si Dieu est lumière, lumière invincible, lumière universelle, lumière vivifiante; telle est en nous la conscience, qui illumine nos voies, dissipe nos ténèbres et chasse les fantômes décevants de la nuit.... Si Dieu est incorruptible Justice, s'il rend, au sein des iniquités

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de la terre, des arrêts toujours justes et droits: telle est aussi en nou^ la conscience. Nos passions ont beau frémir et menacer, elles ne troubleront pas la sereine équité de la conscience.... Si enfin Dieu est rémunérateur et vengeur: notre conscience à son tour dispose des récompenses et des châtiments (1).

(i) Propter quod inexcusabilis es, o homo omnis, qui judicas. la quo enim judicas alterum, te ipsum condemnas : eadem enim agis quse judicas.

Scimus enim quoniam jadicium Dei est secundum veritatem in eos qui talia agunt.

Existimas autem lioc, o homo qui judicas eos qui talia agunt et facis ea, quia tu effugies judicium Dei ?

An divitias bonitatis ejusetpatientise et longanimitatis contemnis? ignoras quoniam benignitas Dei ad pœnitentiam te adducit?

Secundum autem duritiam tuam et impœnitens cor, thesaurizas tibi iram in die iras et revelationis justi judicii Dei,

Qui reddet unicuique secundum opéra ejus.

lis quidem qui secundum patientiam boni operis, gloriam et honorem et incorruptionem quserunt, vitam seternam;

lis autem qui sunt ex contentione, et qui non acquiescunt veritati, credunt autem iniquitati, ira et indignatio.

Tribulatio et angustia in omnem animam hominis operantis malum, Judaei primum et Grseci ;

Gloria autem et honor et pax omni operanti bonum, Judaeo primum, et Grœco :

Non enim est acceptio personarum apud Deum ?

Quicumque enim sine lege peccaverunt, sine lege peribunt ; et quicumque in lege peccaverunt, per legem judicabuntur ;

Non enim auditores legis justi sunt apud Deum, sed factores legis justificabuntur.

Quum enim gentes quse legem non habent, naturaliter ea quae legis sunt faciunt, ejusmodi legem non habentes, ipsi sibi sunt lex :

Qui ostenduntopus legis scriptum in cordibus suis,testimonium reddentes illis conscientia ipsorum, et inter se invicem cogitationibus accusantibus, aut etiam defendentibus.

In die, quum judicabit Deus occulta hominum, secundum Evangelium meum per Jesum Ghristum.

Si autem tu Judseus cognominaris, et requiescis in lege, et gloriaris in Deo,

Et nosti voluntatem ejus, et probas utiliora, instructus per legem, .

Gonfidis te ipsum esse ducem cœcorum, lumen eorum qui in tenebris sunt,

Eruditorem insipientium, magistrum infantium, habentem formam scientise et veritatis in lege.

Qui ergo alium doces, te ipsum non doces; qui prsedicas non furandum, furaris;

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2° La conscience est merveilleuse dans sa force. — Tout le reste est en nous inconsistant et fragile; notre pensée peut s'éteindre; notre cœur, las de ses déceptions, se flétrir; notre volonté s'affaisser sous son poids; nos passions, notre intérêt, nos calculs, sont trompeurs et mobiles. — Seule, au milieu de ces décadences et de ces mouvantes révolutions, la conscience reste immobile, immuable, toujours jeune et forte, sans jamais connaître le ravage des années. Au vieillard, qui jette sur sa vie en ruine un mélancolique regard (1), il n'y a de jeune que l'appréciation qu'il en fait.

Qui dicis non mœchandum, mœcharis ; qui abominaris idola, sacrilegium facis ;

Qui in lege gloriaris, per praevaricationem legis Deum inhonoras.

(Nomen enim Dei per vosblasphematur inter gentes, sicut scriptum est).

Gircumcisio quidam prodest si legem observes ; si autem praevaricator legis sis, circumcisio tua prœputium facta est.

Si igitur prseputium justitias legis custodiat, nonne prseputium illius in circumcisio nem reputabitur ?

Et judicabit id quod ex natura est pr^eputium, legem consummans te, qui per litteram et oircumcisionem praevaricator legis es?

Non enim qui in mariifesto, Judseusest; neque quae in manifesto, in carne, est circumcisio. (Rom. IL)

(1) Mémento creatoris tui in diebus virtutis tuse, antequam veniat tempus afflictionis, et appropinquent anni de quibus dicas : Non mihi placent ;

Antequam tenebrescat sol, et lumen, et luna, et stellae, et revertantur nubes post pluviam;

Quando commovebuntur custodes domus, et nutabunt viri fortissimi, et otiosse erunt molentes in minuto numéro, ettenebrescent videntes per foramina ;

Et claudent ostia in platea, in humilitate vocis molentis, et consurgent ad vocemvolucris, et obsurdescent omnes filiaî carminis.

Excelsa quoque timebunt, et formidabunt in via. Florebit amygdalus, impinguabitur locusta, et dissipabitur capparis, quoniam ibit homo in domum aeternitatis suae, et circuibunt in platea plangentes.

Antequam rumpatur funiculus argenteus, et recurrat vitta aurea, et conteratur hydria super fontem, et confringatur rota super cisternam,

Et revertatur pulvis in terram suam unde erat, et spiritus redeat ad Deum, qui dédit illum.

Vanitas vanitatum, dixit Ecclesiastes, et omnia vanitas.

Gumque esset sapientissimus Ecclesiastes, docuit populum; et

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3<^ La conscience est merveilleuse dans sa fécondité. — C'est elle qui décide de la valeur de l'homme. Avec elle l'homme est toujours grand. Sans elle l'homme, quelque grand qu'il apparaisse, n'est jamais qu'un misérable.

0\\. est l'homme vraiment grand? Est-ce celui qui porte un grand nom et s'enorgueillit d'une longue lignée d'ancêtres? Non.... Est-ce l'homme dont le génie créateur a semé les merveilles? Non, car le génie peut se prostituer dans les bassesses du vice. Est-ce Thomme dont la fortune éblouit la foule? Non, ces dehors brillants peuvent ne recouvrir qu'un scélérat. Est-ce l'homme qui a gravi les degrés du pouvoir"^ Non, car les magistratures suprêmes n'ont été que trop souvent déshonorées par de grands coupables.

Où est l'homme vraiment grand? Cherchons-le parmi les âmes droites et les consciences saintes. — A l'homme dont la conscience est droite et pure confiez tous les postes, donnez toutes les magistratures, offrez tous les dévouements: il sera toujours à la hauteur des héroïsmes que vous réclamez de lui. — A cet homme demandez le sacrifice de l'intérêt au devoir, de son bien propre au bien commun: il est prêt, il sera martyr. — A cet homme demandez la justice, la bonté, la loyauté: il donnera, en quelque situation que vous le supposiez, tout ce que réclame le bien de ses semblables. Il sera un père dévoué, un maître juste et généreux, un patron qui jamais ne spéculera sur la sueur de l'ouvrier.

Par contre enlevons de l'homme la conscience, il ne nous reste plus qu'un misérable. Magistrat il vendra la justice. Chef de famille il sacrifiera les siens. Chef d'industrie il foulera l'ouvrier. Chef de nation il trahira sa propre patrie (1).

enarravit quae fecerat ; et investigans composuit parabolas multas.

Qusesivit verba utilia, et conscripsit sermones rectissimos ac veritate plenos.

Verba sapientium sicut stimuli, et quasi clavi in altum defixi, qu8e per magistrorum consilium data sunt a pastore uno.

Ilis amplius, fili mi, ne requiras. Faciendi plures libros nuUus est finis ; frequensque meditatio carnis afflictio est.

Finem loquendi pariter omnes audiamus : Deum time, et mandata ejus observa ; hoc est enim omnis homo ;

Et cuncta quse fiunt adducet Deus in judicium pro omni errato, sive bonum sive malum illud sit.. (Eccl. XI. XII.)

(1) Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus.

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Quelle en doit être la culture. — Etablir la valeur de la conscience, c'est, du môme coup, montrer combien soigneuse en doit être la culture.

1° Nous devons honorer la conscience. — Qu'une image nous éclaire. Dans un peuple resté fort, noble et pur, il est une institution que le respect de tous couronne d'un spécial honneur: c'est la magistrature. Son sanctuaire est saint; ses ministres se revêtent d'un caractère sacré; ses arrêts, qui font trembler le vice et rassérènent la vertu, trouvent le pays tout entier respectueux et reconnaissant. Et d'autre part malheur au peuple, au milieu duquel la justice est sans honneur^ la magistrature sans prestige. — A cette image reconnaissons de quel respect nous devons environner notre conscience; quelle crainte salutaire, quelle obéissance absolue, doivent susciter en nous ses arrêts.

2° Nous devons nous faire esclaves de la conscience. — Quels ennemis terribles rencontre en nous et hors de nous cette doctrine! — Que fait le monde? X quoi tendent tous ses etforts, sinon à briser le joug de la conscience? Ses fausses maximes, ses lâches atténuations, ses amnisties iniques, ses faveurs scandaleuses, n'ont pas d'autre but que d'émanciper le vice et d'écarter la vertu. Eteindre la conscience et ses verdicts vengeurs, le monde ne le peut. Au moins veut-il en amoindrir l'effet. De là d'inouïs efforts pour cacher, sous des

Gorrupti sunt, et abominabiles facti surit in studiis suis; îioîî est qui faciat bonum, non est usque ad unum.

Dominus de caelo prospexit super filios hominum, ut videat si est intelligens, aut requirens Deum.

Omnes declinaverunt, simul inutiles facti sunt. Non est qiiî faciat bonum, non est usque ad unum.

Sepulcrum patens est guttur eorum; linguis suis dolose agebant; venenum aspidum sub labiis eorum.

Quorum os maledictione et amaritudine plénum est; veiaces pedes eorum ad effundendum sanguinem.

Gontritio et infelicitas in viis eorum, et viam pacis non cognaverunt; non est timor Dei ante oculos eorum.

Nonne cognoscent omnes qui operantur iniquitatem, qui dévorant plebem meam sicut escam panis?

Dominum non invocaverunt; illic trepidaverunt timoré, ubi non erat timor.

Quoniam Dominus in generatione justa est, consilium inopis confudistis ; quoniam Dominus spes ejus est.

Quis dabit ex Sion salutare Israël? Gum averterit Dominus captivitatem plebis suse, exsultabit Jacob, et Isetabitur Israël.

(Psal. XIII.)

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dehors élégants, les laideurs du vice. — Hélas! celte perversion du dehors ne trouve en nous que trop d'échos. Que de fois aux prises avec la conscience un calcul sordide, quelque bas intérêt, une effervescence de passion, cherche à étouffer une voix vengeresse!

Echappons à ces lâchetés; rompons avec ces compromis honteux. Où la conscience prononce, acquiesçons; où elle commande, obéissons ; où elle défend, arrêtons-nous.

3° Nous devons rectifie?^ la conscience. — Comme toute chose humaine notre conscience est soumise à des défectuosités. Elle peut être ou trop étroite, ou trop large. D'autre part, si nous la cultivons avec soin, elle deviendra droite et s'élèvera même jusqu'aux délicatesses de la perfection.

Rectifions une conscience trop étroite, — Cette conscience n'entend rien à la samte liberté des enfants de Dieu. Elle se forge des terreurs, elle s'enferme dans des entraves, elle invente des obligations, elle recule devant des dangers, elle frémit sur des maux, elle déplore des chutes : .... Et tout cela est de pure fantaisie et de pure imagination (1). —

(1) Infirmum autem in fide assumite, non in disceptationibus cogitationum.

Alius enim crédit se manducare omnia : qui autem infirmus est, olus manducet.

Is qui manducat, non manducantem non spernat; et qui non manducat, manducantem non judicet : Deus enim illum assumpsit.

Tu quis es qui judicas alienum servum? Domino suo stat, aut cadit: stabit autem : potens est enim Deus statuere illum.

Nam alius judicat diem inter diem : alius autem judicat omnem diem ; unusquisque in suo sensu abundet.

Qui sapit diem. Domino sapit ; et qui manducat. Domino manducat : gratias enim agit Deo.

Et qui non manducat, Domino non manducat, et gratias agit Deo.

Nemo enim nostrum sibi vivit, et nemo sibi moritur.

Sive enim vivimus, Domino vivimus; sive morimur, Domino morimur. Sive ergo vivimus, sive morimur, Domini sumus.

In hoc enim Ghristus mortuus est et resurrexit, ut et mortuorum et vivorum dominetur.

Tu autem quid judicas fratrem tuum? aut tu quare spernis fratrem tuum? Omnes enim stabimus ante tribunal Christi.

Scriptum est enim : Vivo ego, dicit Dominus, quoniam mihi flectetur omne genu, et omnis lingua confitebitur Deo.

Itaque unusquisque nostrum pro se rationem reddet Deo.

Non ergo amplius invicem judicemus, sed hoc judicate magis ne ponatis offendiculum fratri, vel scandalum.

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