DIEU DONNE
Dieu nous donne Vêtre, Dieu nous donne les splendeurs de l'être, Dieu nous donne Vi7nmortalité de l'être.
Dieu nous donne l'être. — Osons prêter à ce qui n'est pas, à ce qui ne peut être, une figure et un corps. Nous voici enfermés dans l'abîme morne et sombre du néant. Au-dessus de nous, par delà l'immensité, est l'Etre, la Vie substantielle, l'Etre suprême, Dieu. — Ah I gémissons éternellement dans l'impuissance de notre néant. Jamais, de nous-même, nous n'en franchirons l'abîme !
1° Dieu était. — Il était de toute éternité; il était toute gloire, toute félicité, toute vie, toute splendeur. « En lui sont enfermés tous les trésors » d'une activité infinie. En lui coule, large et profond, le fleuve du bonheur (1).
(1) Ait Moyses ad Deum : Ecce ego vadam ad filios Israël, et dicam eis : Deus patrum vestrorum misit me ad vos. Si dixerint mihi: Quod est nomen ejus? quid dicam eis ?
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2^ Mais nous? Mais le néant? — Le néant est l'absolu opposé de Dieu. C'est l'absence de toute vie, la désespérance de tout bonheur; c'est la tombe, c'est l'éternel silence, c'est l'insensibilité absolue, c'est le rien. — Or si nous sommes ainsi, qui nous donnera l'être (1)? Qui nous tirera du sépulcre? Qui nous élèvera à la lumière et à la vie?
3° Que fut Vacte créateur'^. — Quelle en fut l'origine ? Quel en fut le résultat? Dieu, bonté infinie, se résout à répandre en dehors de lui le trésor de l'être. Des créatures jouiront du bien immense qui est lui-même; elles seront, à l'instar de ce qu'il est, vie et activité: « Faciamus hominem. » Ainsi fùmes-
Dixit Deus ad Moysen : EGO SUM QUI SUM. Ait: Sic dices ûliis Israël : QUI EST, misit me ad vos. (Exod. III.)
(1) Accinge sicut vir lumbos tuos: interrogabo te, et responde mihi.
Ubi eras quarido ponebam fundamenta terrae? Indica mihi, si habes iiiteliigentiam.
Quis posuit mensuras ejus, si nomôn? vel quis tetendit super eam lineam?
Super quo bases illius solidatae sunt aut quis dimisit lapidem angularem ejus.
Gum me laudarent simul astra matutina, et jubilarent omnes filiiDei?
Quis conclusit ostiis mare, quando erumpebat quasi de vulva procedens.
Gum ponerem nubem vestimentum ejus, et caligine illud quasi pannis mfantise obvolverem?
Gircumdedi illud terminis meis, et posui vectem et ostia,
Et dixi : Usque hue venies, et non procèdes amplius, et hic confringes tumentes fluctus tuos.
Numquid post ortum tuum prsecepisti diluculo, et ostendisti aurorse locum suum?
Et tenuisti concutiens extrema terrae, et excussisti impios ex ea?
Restituetur ut lutum signaculum et stabit sicut vestimentum.
Auferetur ab impiis lux sua, et brachium excelsum confringetur.
Numquid ingressus es profunda maris ? et in novissimis abyssi deambulasti ?
Numquid apertse sunt tibi portse mortis, et ostia tenebrosa vidisti f
Numquid considerasti latitudinem terrœ? Indica mihi, si nosti, omnia;
In qua via lux habitet, et tenebrarum quis locus sit ?
Ut ducas unumquodque ad terminos suos, et intelligas semitas domus ejus.
Sciebas tune quod nasciturus esses, et numerum dierum tuorum noveras? (Job. XXXVIII.)
BONTÉ DE DIEU ENVERS l'hOMME 511
nous créés; ainsi nous fûmes par un immense bienfait de Dieu tirés de l'abîme, où, sans Dieu, nous serions demeurés éternellement. Nous surgissons à la vie, nous nous enivrons de lumière, nous savourons le charme infini d'exister (1).
Dieu nous donne les splendeurs de Têtre. — 1° Au jjremier bienfait, celui de nous retirer du néant. Dieu pouvait borner sa munificence. Nous pouvions être par lui laissés dans les rangs inférieurs, parmi ces créatures qui, bien que tout empreintes des beautés de l'être, sont privées néanmoins d'une intelligence qui plane, d'un cœur qui palpite, d'une volonté qui choisit. La vie limitée nous était déjà un riche patri moine; mais Dieu pouvait y donner pour bornes le tombeau.
2° A quelle dignité Dieu nous élève. — Au lieu d'un rang inférieur, c'est au trône, à la domination, à l'excellence, que Dieu nous appelle. Il fait de nous les rois de la création (2). Notre corps est une merveille de sa sagesse et de sa puissance. Notre âme est un vivant reflet de sa nature et de ses perfections. Ainsi, à ne considérer en nous que les dons naturels, un seul homme l'emporte à lui seul sur les splendeurs réunies de l'univers entier.
(0 Manus tuse fecerunt me, et plasmaverunt me totum in circuita; et sic repente prsecipitas me?
Mémento, quaeso, quod sicut lutum feceris me, et in pulverem reduces me.
Nonne sicut lac mulsisti me, et sicut caseum me coagulasti ?
Pelle et carnibus vestisti me; ossibus et nervis compegisti me.
Vitam et misericordiam tribuisti mihi, et visitatio tua custodivit spiritum meum. (Job. X.)
(2) Domine, Dominus noster, quam admirabile est nomen tuum in universa terra !
Quoniam elevata est magnificentia tua super ca^los.
Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem propter inimicos tuos, ut destruas inimicum et ultorem.
Quoniam videbo caelos tuos, opéra digitorum tuorum, lunam et stellas quse tu fundasti,
Quid est homo, quod memor es ejus? aut filius hominis quoniam visitas eum?
Minuisti eum paulo minus ab angelis; gloria et honore coronasti eum;
Et constituisti eum super opéra manuum tuarum.
Omnia subjecisti sub pedibus ejus, oves et boves universa insuper et pecora campi,
Volucres caeli, et pisces maris qui perambulant semitas maris.
Domine, Dominus noster, quam admirabile est nomen tuum in universa terra! (Psal. VIII.)
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Mais que jsera notre être naturel en regard de l'être surnaturel et divin que Dieu daigne y surajouter? Dieu, dans un incompréhensible dessein de miséricorde, nous fait franchir l'abîme infini qui sépare de Lui tout être créé. Lui-même, prenant possession de nous, entrant en nous, faisant en nous sa demeure, « mansionem apud eum faciemus, » nous transfigure, nous divinise: « Qui adhgeret Domino unus spiritus est. »
Devenus divins, tout en nous acquiert une splendeur et une efficacité div^ines; paroles, pensées, actes, mérites, tout est divin (1).
Dieu nous donne l'immortalité de Pêtre. — Créature divine, l'homme, par l'extension du même bienfait, deviendra unecréature immortelle. « Deus fecithomineminexterminabilem. » Venus à l'existence, échappés au néant, jamais plus nous n'y retournerons. A nous désormais les années même de Dieu; à nous son éternité immuable, à nous 1' a immobile royaume, » à nous de savourer ces délicieuses paroles : « Non moriar sed vivam. » Les siècles passeront sur notre êlre immortel, sans l'atteindre. L'éternité se déroulera sans l'amoindrir. Notre vie s'étendra comme ces océans infinis, où l'on n'aperçoit ni horizon ni rivages.