LA FOI VIVIFIE LA PRIERE
Sans rillumination de la foi comment prier? A quoi bon prier ? Pour prier. Dieu doit nous être connu. Pour prier nous devons nous connaître nous-mêmes.
Pour prier, il faut connaître Dieu. — Il faut le connaître comme accessible, comme souverain, comme souverainement présent, comme souverainement bon.
1° Comme accessible. — Gomment et pourquoi prieraient-ils ces tristes égarés qui, sans nier Dieu, en ont forgé un à leur fantaisie? Leur Dieu s'est totalement isolé du monde qu'il a créé. Relégué dans l'infini lointain de sa gloire, il n'a pour nous qu'indilFérence et oubli. Nos hommages ne sauraient l'atteindre et le cri de nos besoins n'arrive point à son oreille égoïste (1)
Olil combien différent est le Dieu du croyant! Ce Dieu-là aime la créature qu'il a daigné tirer du néant. Loin de l'abandonner, il l'enveloppe tout entière des sollicitudes de sa providence : « Dominus régit me et nihil mihi décrit » (2).
2° Comme souverain. — Lorsque la foi m'a montré Dieu dans l'éclat de sa puissance, dans la domination universelle de son règne (3) ; quand je pénètre aux cieux pour y entendre retentir l'éternel cantique de la louange (4); quand, par-
(1) Gogitaverunt et locati sunt nequitiam : iniquitatem in excelso locuti sunt.
Posuerunt in cœluni os suum : et lingua eorum transivit in terra.
Ideo convertetur populus meus hic : et dies pleni invenientur in eis.
Et dixerunt : Quomodo scit Deus, et si est scientia in exceiso?
Ecce ipsi peccatores, et abundantes in sseculo obtinuerunt divitias.
Et dixi : Ergo sine causa justificavi cor meum, et lavi inter innocentes manus meas :
Et fui flagellatus tota die, et castigatio mea in matutinis.
hi dicebain : Narrabo sic : ecce nationem filiorum tuorum reprobavi.
Existimabam ut cognoscerem hoc, labor est ante me :
Donec intrem in Sanctuarium Dei, et intelligam in novissimis eorum. (Psal. LXXIL)
(2) Nonne duo passeres asse veneunt? et unus ex illis non cadet super terram sine Pâtre vestro.
Vestri autem capilli capitis omnes numerati sunt. Nolite ergo timere, multis passeribus meliores estis vos.
(Matth. X.)
(3) Psal. XXIII.
(i) Et vidi, et ecce Agnus stabat supra montera Sion, et cum eo centum quadraginta quatuor millia, habentes nomen ejus, et nomen Patris ejus scriptum in frontibus suis.
Et audivi vocem de cselo, tanquam vocem aquarum multarum, et tanquam vocem tonitrui magni; et vocem, quam audivi, si^ut citharaidorum citharizantium in citharis suis.
Et cantabant quasi canticum novum ante sedem, et ante quatuor animalia, et seniores; et nemo poterat dicere canticum, nisi illa centum quadraginta quatuor millia, qui empti sunt de terra.
courant toutes les parties de la création, je vois tous les êtres chanter à leur manière l'Auteur et le Dominateur de leur
existence (1) Gomment moi seul resterai-je muet? De
quel droit m'exempterai-jo seul du plus impérieux comme du plus universel devoir: celui de la reconnaissance, de la louange, de l'adoration envers le Souverain Maître de toutes choses ?
3° Comme souverainement pi'ésent. — Je vis dans la demeure de Dieu. Cette création est son domaine (2), tout y est marqué de son sceau, tout y vit de sa puissance, tout me rappelle qu'il est présent devant moi : « quo ibo a spiritu tuo et quo a facie tua fugiam? » Comment rencontrer à chaque pas le Maître de ce beau domaine sans l'honorer de mon salut?....,
4<^ Comme souverainement bon. — Dieu n'eût-il fait de nous que des sujets et des serviteurs, le devoir de la prière nous serait impérieux encore; mais voici le suave et magnifique mystère que nous révèle la foi : Dieu nous est un père ; un père tendre qui réclame les hommages de respect et surtout d'amour de ses enfants. « Si Pater Ego sum, ubi honor meus? » — Que fera l'enfant d'un tel père? Son cœur débor-
Hi sunt, qui cum mulieribus non sunt coinquinati, virgines enim sunt. Hi sequuntur Agnum quocumque ierit : hi empti sunt ex hominibus primitise Dec, et Agno;
Et in ore eorum non est inventum mendacium, sine macula enim sunt ante thronum Dei.
Et vidi alterum angelum volantem per médium cseli, habentem Evangelium seternum, ut evangelizaret sedentibus super terram, et super omnem gentem, et tribum, et linguam, et populum;
Dicens magna voce : Timete Dominum, et date illi honorem, quia venit hora judicii ejus; et adorate eum qui fecit cselum, et terram, mare, et fontes aquarum. (Apoc. XIV.)
(t) Laudate Dominum de terra : dracones, et omnes abyssi.
Ignis, grando, nix, glacies, spiritus procellarum : quse faciunt verbum ejus :
Montes, et omnes colles : ligna fructifera, et omnes cedri :
Bestise, et universa pecora : serpentes, et volucre^ pennatse.
Reges terrse, et omnes populi : principes, et omnes judices terrae :
Juvenes et virgines, senes cum junioribus laudent nomen Domini : quia exaltatum est nomen ejus solius.
(Psal. GXLVIII.)
(2) Domini est terra, et plenitudo ejus : orbis terrarum et universi qui habitant in eo.
Quia ipse super maria fundavit eum : et super flumina prseparavit eum.
Ouis ascendet in montem Domini ? aut quis stabit in loco sancto ejus? (PsaL XXIII.)
dera et de ses lèvres la prière jaillira d'elle-même, « ô notre père qui êtes dans les cieiix... »
Pour prier il faut nous connaître nous-mêmes. — Dès que la foi nous aura révélé Dieu, la prière s'échappera facile et ardente. Cette prière jaillira plus impétueuse encore quand une seconde révélation nous aura fait connaître nous-mêmes à nous-mêmes.
1° Me connaître^ c'est connaître mon passé. — Hélas ! ce passé est renfermé tout entier dans cette navrante parole : (( Peccavi tradons sanguinem justi. » Mon passé, c'est d'avoir méconnu Dieu.... Oublié Dieu.... Outragé Dieu. — Et quand, à la lumière de la foi, j'ai vu cela, je me lève, je veux aller à Dieu, me jeter à ses pieds, épancher dans de continuelles prières mon regret et mon espérance (1).
2° Me connaître, cesi connaître mon présent. — C'est me rendre compte de ma faiblesse, de mon indigence, des dangers qui m'entourent, des ennemis qui me circonviennent... Et quand la foi m'a donné cette lumière, sans cesse, sans fin, dans une débordante prière je m'écrie : « Pater, da panem.... dimitte débita.... libéra a malo. »
S*' Me connaître, c'est connaître mon avenir. — C'est en savoir la brillante issue ; c'est m'assurer que si le ciel est ma Patrie, il me faut l'aile de la prière pour m'y élever: « Petite et dabitur vobis. »
(1) Rogabat autem illum quidam de Pharisaeis ut manducaret cum illo. YA ingressus domum Pharisaei discubuit.
Et ecce mulier, quse erat in civitate peccatrix, ut cognovit quod accubuisset in domo Pharisaei attulit alabastrum ungaenti;
Et stans rétro secus pedes ejus, lacrymis cœpit rigare pedes ejus, et capillis capitis sui tergebat, et osculabatur pedes ejus, et unguento ungebat.
Propter quod dico tibi : Remittuntur ei peccata multa, quoniam dilexit multum. Gui autem minus dimittitur, minus diligit.
Dixit autem ad illam : Remittuntur tibi peccata.
(Luc. VII.)