‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 58 sur 138 · LA FOI VIVIFIE LE TRAVAIL · texte numérisé non relu

LA FOI VIVIFIE LE TRAVAIL

Vivre, c'est travailler. Mais sous cette parole, qui semble si limpide et si simple de formidables secrets sont renfermés. Il est un travail maudit, il est un travail rempli de fécondes bénédictions. Or c'est la foi toute seule qui décide de ces deux labeurs si opposés.

La Foi est l'honneur qui le relève. — Que sera le travail sans la foi ? Avec la foi qu'est-il ?

1^ Le travail sans la foi. — Je le veux bien, quand le travail sera illuminé des splendeurs de la gloire, quand l'opulence et la fortune jailliront de lui à inépuisables flots^ quand il ouvrira toutes les issues du bien-être, quand il recueillera les adulations du monde, les acclamations de la foule, le travail alors, emporté au souffle des passions, nous sera facile.

Mais est-ce là la vraie condition du travailleur ? N'est-ce pas d'ordinaire le travail obscur et ingrat, le travail qui brise les membres, laissant au cœur, par son insuffisance, l'angoisse du lendemain? N'est-ce pas le travail sans terme, sans secours, sans allégement, qui est le vrai travail des fils de l'homme ? — Et qui ne voit ce que renferme d'humiliation et de souffrance un pareil labeur (1) ?

2° Le travail illuminé par la foi. — Mais voici que la foi se lève et qu'elle dore de ses rayons divins l'obscur et ingrat labeur de l'homme. 0 révélation magnifique 1 L'homme n'est pas isolé dans son travail ; il y a pour compagnon Dieu lui-même ! « Usque modo Pater operatur : ego quoque operor ». — A l'origine des choses la foi nous montre en Dieu l'artisan de l'univers, en composant lui-même pièce à pièce,

(1) Maledicta terra in opère tuo; in laboribus comedes ex ea cunctis diebus vitae tuae. Spiuas et tribulos germinabit tibi... In sudore vultus tui vesceris pane. (Gènes. III.)

partie par partie, le grandiose ensemble ; Dieu travaillant durant les six jours de la création et, par son repos, consacrant pour toute la durée des siècles le repos du septième jour (1). — (( Ego quoque operor. » C'est l'Homme-Dieu qui parle. Venu sur la terre, il pouvait choisir pour demeure le palais de l'opulence ; il choisit l'étroite masure du travailleur; et trente années de sa vie mortelle se consument en de durs et obscurs labeurs. — 0 travail de l'homme ! à quelle hauteur sublime t'élève donc la foi, lorsqu'elle te place à côté des travaux mêmes de ton Dieu ?

La Foi est la consolation qui le soutient. — Au paradis terrestre, durant les temps del'innocencejletravailde l'homme n'était qu'un doux amusement et un sublime honneur. — Quand vint la prévarication, le travail se changea pour l'homme en brisements et en douleurs. Eve subira sa peine dans les douleurs de ses enfantements ; Adam subira la sienne dans l'ingratitude de son quotidien travail. Ce n'est plus qu'à la sueur de son front et au brisement de ses membres qu'il devra son pain et le pain de ses enfants.

Que cette loi soit dure, que ce châtiment soit formidable, nous n'avons, pour l'apprendre, qu'à recueillir, là où la foi est éteinte, où la religion est morte, les hurlements, les plaintes, les revendications haineuses des travailleurs dans notre Société contemporaine. Ne travaillant plus à la bienfaisante lumière de la foi, leur travail est devenu pour eux sans but, sans honneur, sans justice.

(i) In principio creavit Deus cœlum et terram. (Gènes. I.)

Dixit enim in quodam loco de die septima sic : Et requievit Deus die septima ab omnibus operibus suis.

Et in isto rursum : Si introibunt in requiem meam.

Quoniam ergo superest introire quosdam in illam, et ii quibus prioribus annuntiatum est, non introierunt propter incredulitatem;

Iterum terminât diem quemdam, Hodie, in David dicendo, post tantum temporis, sicut supra dictum est : Hodie si vocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra.

Nam si eis Jésus requiem praestitisset, nunquam de alia loqueretur, posthac, die.

Itaque relinquitur sabbatismus populo Dei.

Qui enim ingressus est in requiem ejus, etiam ipse requievit ab operibus suis, sicut a suis Deus.

Festinemus ergo ingredi in illam requiem : ut ne in id ipsum quis incidat incredulitatis exemplum. (Hsebr. IV.)

Oh I comme il faut que la foi vienne nous ennoblir et nous féconder notre bcsoigneuse misère pour qu'une vie d'ingrat labeur s'adoucisse et s'élève !

La Foi est le but qui le féconde. — N'est-ce pas en effet la suprême malédiction du travail de l'homme, ici-bas, de s'agiter dans le néant ? « Nos années, s'écriait douloureusement le Psalmiste, se consument dans les labeurs de l'araigaée ! » « Anni nostri sicut aranea meditabuntur. »

Quoi 1 comme elle je tirerai de ma substance en m'épuisant une toile fragile qu'emportera le souffle le plus léger ; je travaillerai durant d'inter«iinables jours pour ne conquérir à la fin qu'un linceul et un tombeau (1) !

Mais non 1 Je suis chrétien, la foi qui se lève sur mon travail m'en découvre la glorieuse fécondité. Quand, sous l'œil de Dieu et pour lui obéir, j'aurai passé dans le travail ma vie terrestre, je verrai au delà du tombeau le splendide édifice, l'immortelle demeure, que je me serai bâtie dans les cieux.

{\) Quid habet amplius homo de labore sue? Vidi afflictionem quam dédit Deus filiis hominum, ut distendantur in ea. Guncta fecit bona in tempore suc, et mundum tradidit disputationi eorum, ut non inveniat homo opus, quod operatus est Deus ab initio usque ad finem. Et cognovi quod non esset melius, nisi laetari, et facere bene in vita sua. Omnis enim homo, qui comedit et bibit, et videt bonum de labore suo, hoc donum Dei est.

Si genuerit quispiam centum liberos, et vixerit mullos annos, et plures dies setatis habuerit, et anima illius non utatur bonis substantise suae, sepulturaque careat : de hoc ego pronuntio quod melior illo sit abortivus. Frustra enim venit, et pergit ad tenebras, et oblivione delebitur nomen ejus. Non vidit solem, neque cognovit distantiam boni et mali : etiam si duobus millibus annis vixerit, et non fuerit perfruitus bonis.

Nonne ad unum locum properant omnia? Omnis labor hominis in ore ejus : sed anima ejus non implebitur. Quid habet amplius sapiens a stulto? et quid pauper, nisi ut pergat illuc, ubi est vita? Melius est videre quod cupias, quam desiderare quod nescias. Sed et hoc vanitas est, et praesumptio spiritus. (Eccle.)

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