LA GRANDEUR DE L'ŒUVRE
Dans une de ses plus belles inspirations oratoires, saint Jean Ghrysostome compare l'éducateur de l'enfance à Dieu même, aux jours sublimes de la création: même voix puissante, même parole créatrice, même sagesse d'organisation, même fécondité merveilleuse.
La parole éducatrice est une parole de force. — Comme le Dieu créateur l'éducateur fait, à sa parole, jaillir un monde.
1° Contemplez le Dieu créateur. — « Dixit et facta sunt. » Une première parole et le néant s'entr'ouvre et le monde en jaillit. — Une seconde et cette première création, encore informe et chaotique, s'organise; les éléments se coordonnent, la lumière apparaît; une parure splendide recouvre la terre, qui se charge de mille fruits. — Une autre parole encore et les saillies désordonnées des astres comme des océans sont comprimées sous une indomptable force, et tout obéit désormais à d'harmonieuses et d'immuables lois (1).
(1) Dixit vero Deus : Gongregentur aquse, qu8B sub cœlo sunt, in locum unum : et appareat arida. Et factum est ita. Et vocavit Deus aridam, Terram, congregationesque aquarum appellavit Maria. Et vidit Deus quod esset bonum. Et ait : Germinet terra herbam virentem, et facientem semen, et lignum pomiferum faciens fructum juxta genus suum, cujus semen in semetipso sit super terram. Et factum est ita. Et protulit terra herbam virentem, et facientem semen juxta genus suum, lignumque faciens fructum, et habens unumquodque sementem secundum speciem suam. Et vidit Deus quod esset bonum. Et factum est vespere et mane, dies tertius. Dixit autem Deus : Fiant luminaria in firmamento cœli, et dividant diem ac noctem, et sint in signa et tempora, et dies et annos : ut luceant in firmamento cœli, et illuminent terram. Et factum est ita. Fecitque Deus duo luminaria magna : luminare majus, ut prseesset diei, et luminare minus, ut prseesset nocti : et
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2° Contemplez r éducateur de r enfance. — A sa parole se renouvellent les trois merveilles de la création. La parole éducatrice fait trois choses: elle crée, elle organise, elle refrène. — Que de choses à créer dans l'enfant, où tout se trouve en germe, mais où une parole extérieure doit tout évoquer ! Intelligence, cœur, volonté, conscience : c'est peu à peu et sous le coup d'excitations répétées que ces créations diverses s'accompliront. — De Tenfant nous pouvons dire : « ïerra erat inanis et vacua et tenebrge erant super faciem abyssi. » Tout est désordre encore et l'harmonieuse paix est troublée sans cesse par la lutte des éléments. Le caprice est la loi ; les saillies désordonnées des passions naissantes étouffent sans cesse l'action du vrai et du bien ; la raison est absente encore et dans l'humanité déchue l'instinct lui-même est faussé: (( Tenebrae erant super faciem abyssi (1). » C'est à la parole éducatrice à régler peu à peu ce désordre et à assigner à chaque faculté le rang et l'emploi qui lui conviennent. — Bientôt l'œuvre est plus ardue encore. Comme Dieu, aux premiers jours du monde, dut imposer une infranchissable barrière aux flots soulevés de l'océan : « Usque hue venies, » une mère attentive et ferme devra opposer à chacune des passions naissantes, à chacun des instincts pervers de l'enfant la remontrance et la répression (2).
stellas. Et posuit eas in firmamento cœli, ut lucerent super terrain, et prseessent diei ac nocti, et dividerent lucem ac tenebras. Et vidit Deus quod esset bonum. Et factum est vespere et mane, dies quartus. (Gènes. I.)
(i) Propterea sicut per unum hominem peccatum in hune mundum intravit, et per peccatum mors, et ita in omnes homines mors pertransiit, in quo omnes peccaverunt :
Usque ad legem enim peccatum erat in mundo; peccatum autem non imputabatur quum lex non esset. (Rom. IV.)
(2) In disciplina perseverate. Tanquam filiis vobis offert se Deus : quis enim filius quem non corripit pater?
Quod si extra disciplinam estis, cujus participes facti sunt omnes : ergo adulteri, et non filii estis.
Deinde patres quidem carnis nostrse, eruditores habuimus,^ et reverebamur eos : non multo niagis obtemperabimus Patri spirituum, et vivemus?
Et illi quidem in tempore paucorum dierum, secundum voluntatem suam erudiebant nos : hic autem ad id'quod utile est in recipiendo sanctificationem ejus.
Omnis autem disciplina in prsesenti quidem videtur non esse gaudii, sed mœroris; postea autem fructum pacatissimum exercitatis per eam reddet justitise. (Hsebr. XII.)
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La parole éducatrice est d'une force durable, perpétuelle. — Le grand caractère des œuvres divines c'est leur victorieuse durée. — Tel est aussi l'admirable privilège de l'œuvre de l'éducation.
1° Immuable est V œuvre du créateur. « Firmavit orbem terrae qui non commovebitur. » Ni le temps, ni la volonté humaine, ne peut rien sur la création. De siècle en siècle, sans connaître aucun aifaiblissement, les cieux roulent leurs astres, les océans leurs flots, la terre accomplit sa course et jamais ne connaît l'impuissance et la stérilité. — Les débris des œuvres humaines recouvrent son sol, les dynasties ont passé, les grands empires se sont écroulés les uns sur les autres : la terre, jeune, vigoureuse et féconde comme au premier jour, dispense avec une égale profusion ses fleurs et ses fruits (1).
2^ Immuable est l'œuvre de l'éducation. — L'homme vieillira entouré tristement des ruines de son passé. Les tumultes de sa vie active se sont éteints, ses joies comme ses douleurs ne sont plus qu'un souvenir. Hélas 1 peut-être qu'au sein de ces débris la foi en Dieu et l'espérance en l'éternité sont plus mortes que tout le reste... Or à cet instant même se dresse devant lui, vivante et printanière, l'œuvre de sa première éducation. Sous les débris amoncelés une végétation religieuse se fait jour, la vision d'une mère pieuse passe sous son regard, et les paroles entendues, autrefois résonnent avec un victorieux éclat. — Jamais l'œuvre d'une éducation sérieuse, solide, croyante, ne sera perdue.
La parole éducatrice est d'une merveilleuse fécondité. —
Loin de nous de nier l'étonnante fécondité qui fait la gloire de l'Eglise.
1^ Elle est admirable assurément cette fécondité {2). Voyez
(1) Domine Dominas noster, quam admirabile est nomen tuum in universa terrai
Quoniam elevata est magnificentia tua super cœlos.
Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem propter inimicos tuos, ut destruas inimicum et ultorem.
Quoniam videbo cœlos tuos, opéra digitorum tuorum, lunam et stellas, quae te fundasti. (Psal. VIII.)
(2) Divisiones vero gratiarum sunt : idem autem Spiritus; Et divisiones ministrationum sunt : idem autem Dominus;
Et divisiones operationum sunt : idem vero Deus qui operatur omnia in omnibus.
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le Sacerdoce répandant dans toutes les classes la lumière de la foi et l'onction de la sainteté, parfois s'illustrant de Téclat de la science, choisissant parfois l'ombre glorieuse d'un ministère de pauvres et d'ignorants, s'immobilisant ici au sein des populations chrétiennes, là prenant son essor, traversant les mers, s'en allant dans les régions lointaines apporter l'évangile et la civilisation aux peuplades les plus barbares. — Que dirons-nous de nos ordres religieux qui, sous tous les noms et sous toutes les bures, organisent, avec une indicible puissance, tous les services de la charité, appelant à eux toutes les misères, prenant pour eux toutes les détresses, et, sous l'habit de la fille de charité ou du frère de Saint-Jean de Dieu, prodiguant à tout ce qui souffre des trésors d'inépuisable tendresse ? — Que dire encore de nos œuvres catholiques nées en plein cœur du monde, et dont les simples fidèles savent porter seuls le glorieux fardeau? — Qu'elle est belle notre Eglise catholique sous ses parures variées, sous l'éclat de ses innombrables dévouements, dans la fécondité inépuisable de ses héroïsmes : « Astitit Regina in vestitu deaurato, circumdata varietate. » Cependant, ne craignons pas de le dire, il est un apostolat qui surpasse tous les autres, il est une œuvre sans laquelle toute œuvre catholique serait bientôt réduite à l'impuissance : c'est l'éducation de l'enfance.
2^ Fécondité plus merveilleuse encore de V œuvre de r éducation. — Prodigieux phénomène ! Pour peu que l'on y réfléchisse, on découvre que l'éducation de l'enfance est la base sur laquelle tout repose, le centre où tout vient aboutir.
C'est l'éducation qui fait Vhoinine. Ce que sera sa vie entière, ou noble, ou sainte, ou stérile, ou perverse, c'est son
Unicuigue autem datur manifestatio Spiritus ad utilitatem.
Alii quidem per Spiritum datur sermo sapientiœ; aiii autem sermo scientiae secundum eumdein Spiritum :
Alteri fides in eodem Spiritu; alii gratia sanitatum in uno Spiritu;
Alii operatio virtutum, alii prophetia, alii discretio spirituum, alii gênera linguarum, alii interpretatio sermonum.
Hsec autem omnia operatur unus atque idem Spiritus, dividens singulis pro ut vult.
Sicut enim corpus unum est, et membra habet multa, omnia autem membra corporis quum sint multa, unum tamen corpus sunt : ita et Ghristus.
Etenim in uno Spiritu omnes nos in unum corpus baptizati sumus. (I Gorinth. XII.)
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éducation première qui en décidera. Son corps comme son âme sont tributaires de l'éducation. Si la vertu première garde pur ce sang et immaculée cette chair, la vie coulera large et puissante d'une source, que rien n'a corrompue ni tarie (1). Si ses facultés ont reçu, dès l'aube, leur développement et leur direction, rien ne fatiguera plus ni ne fera plus dévier leur magnifique essor. — Laissez tout au contraire l'enfant sans culture : cette terre désolée ne se couvrira que de plantes vénéneuses et de meurtrières épines.
Par une conséquence logique, l'éducation qui fait l'homme fait du même coup la famille. Si ce jeune homme est resté vertueux, s'est armé de force, que ses facultés soient viriles et sa foi restée vigoureuse, il sera digne de cette royauté paternelle dont il rehaussera la gloire et portera noblement le fardeau (2], Si l'éducation a formé la jeune fille au sérieux d'une vie d'épouse, aux héroïsmes douloureux de la fécondité, elle apportera au foyer domestique tous ses charmes, toute
(1) De cetero ergo, fratres, rogamus vos et obsecramus in Domino Jesu, ut quemadmodum accepistis a nobis quomodo oporteat vos ambulare, et placere Deo, sic et ambuletis, ut abundetis magis.
Scitis enim quae prabcepta dederim vobis per Dominum Jesum.
Hœc est enim voluntas Dei, sanctificatio vestra; ut abstineatis vos a fornicatione;
Ut sciât unusquisque vestrum vas suum possidere in sanctificatione, et honore;
Non in passione desiderii, sicut et gentes, quse ignorant Deum.
Et ne quis supergrediatur, neque circumveniat in negotio fratrem suum, quoniam vindex est Dominus de his omnibus, sicut prsediximus vobis, et testificati sumus.
Non enim vocavit vos Deus in immunditiam, sed in sanctificationem.
Itaque qui hsec spernit, non hominem spernit, sed Deum, qui etiam. dédit Spiritum suum sanctum in nobis.
(I Thessal. IV.)
(2) Nequando polluatur in virginitate sua, et in paternis suis gravida inveniatur; ne forte cum viro commorata transgrediatur, aut certe sterilis efficiatur.
Saper filiam luxuriosam confirma custodiam, nequando faciat te in opprobrium venire inimicis, a detractione in civitate, et objectione plebis, et confundat te in multitudine populi.
Omni liomini noli intendere in specie, et in medio mulierum noli commorari;
De vestimentis enim procedit tinea, et a muliere iniquitas viri.
Melior est enim iniquitas viri quam mulier benefaciens, et mulier confundens in opprobrium. (Eccli XLII.)