LES CONDITIONS DE L'ŒUVRE
Elle exige le dévouement, elle exige la piété, car elle a la religion pour base essentielle.
Elle exige le dévouement. — i^ Le dévouement maternel doit tout d'abord dispenser largement le temps à l'œuvre de Véducation. Tout est changé pour la jeune mère ; ses loisirs de jeune fille, ses longues heures de liberté, ont pris fin. Le monde n'a plus pour elle l'attrait de ses fêtes, elle ne lui
(1) Mulierem fortem quis inveniet? Procul et de ultimis finibus pretium ejus. Gonfidit in ea cor viri sui, et spoliis non indigebit. Reddet ei bonum, et non malum, omnibus diebus vitse suae. Qusesivit lanam et linum, et operata est consilio manuum suarum. Facta est quasi navis institoris, de longe portans panem suum. Et de nocte sarrexit, deditque praedam domesticis suis, et cibaria ancillis suis. Gonsideravitagrum, et émit eum : de fructu manuum suarum plantavit vineam. Accinxit fortitudine lumbos suos, et roboravit brachium suum. (Prov. XII.)
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doit plus que de rapides et fugitives sorties. Son intérieur la captive, la séduction de son cœur comme l'emploi de ses jours c'est l'éducation de ses enfants. — Malheur à ces mondaines, assez oublieuses du plus sacré des devoirs pour déserter le foyer domestique, se répandre dans le monde, donner à ses plaisirs des heures sacrilègement arrachées à leur famille et abandonnant à des mains mercenaires et à des sollicitudes suspectes le corps et l'âme de leurs enfants (1) !
2° L'action doitremplir et faire fructifier le temps. — Cette action doit être énergiqne autant que persévérante. L'œuvre à accomplir est immense : c'est une intelligence à illuminer, un cœur à façonner au bien, une conscience à diriger, un caractère à perfectionner.
3° Le temps lui-même et V action réclament la patience. — Si l'œuvre de l'éducation est à la fois la plus essentielle et la plus glorieuse, elle est aussi la plus difficile et la plus ardue. Quatre différents exercices de patience sont nécessaires. — L'enfant apporte en naissant tous les défauts d'une nature que la chute originelle a déformée et viciée. Ces défauts disparaîtront ou du moins seront atténués par une habile culture, mais en attendant de quelles épines ils meurtriront la main qui les redresse ! A quelles véritables exaspérations ne pousseront pas les instincts pervers d'un enfant î — Et, qu'on le remarque bien, supporter ce petit être n'est que la première exigence de la patience. Il faudra de plus traiter ce petit être, si délicat et si fragile, avec toutes sortes déménagements. Nulle part mieux qu'icine s'appliquent ces paroles d'Isaïe : « Il ne froissera pas le roseau
(1) Gustavit et vidit quia bona est negotiatio ejus : non extinguetur in nocte lucerna ejus. Manum suam misit ad fortia, et digiti ejus apprehenderunt fusum. Manum suam aperuit inopi, et palmas suas extendit ad pauperem. Non timebit doraui suse a frigoribus nivis : omnes enim domestici ejus vestiti sunt duplicibus. Stragulatam vestem fecit sibi : byssus et purpura indumentum ejus. Nobilis in portis vir ejus, quando sederit cum senatoribus terrse. Sindonem fecit, et vendidit, et cingulum tradidit Ghananseo.
Fortitudo et décor indumentum ejus, et ridebit in die novissimo. Os suum aperuit sapientise, et lex clementiae in lingua ejus. Gonsideravit semitas domus suse, et panem otiosa non comedit. Surrexerunt filii ejus, et beatissimam praidicaverunt : vir ejus, et laudavit eam. Multae filiae congregaverunt divitias : tu supergressa es universas. Fallax gratia, et vana est pulchritudo : mulier timens Dominum, ipsa laudabitur. Date ei de fructu manuum suarum, et laudent eam in portis opéra ejus. (Prov. XIL)
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déjà brisé, il ne soufflera pas violemment sur la mèche qui fume encore (1). » Qu'elle prenne donc bien garde aux saillies de la colère et aux imprudences de l'irritation la mère qui réprime des défauts naissants et corrige de premières fautes (2). — Troisième exercice de la patience : Attendre et souvent longtemps cette moisson dont on a jeté si péniblement les germes. Pas plus dans l'âme de l'enfant que dans le sein de la terre la semence ne lève vite, et vite se dore la moisson (3). — Quatrième et plus pénible encore exercice de la patience : Cent fois l'œuvre est à reprendre, V édifice à relever. On croyait ces défauts vaincus, ces habitudes détruites, ces leçons écoutées et comprises, le règne des vertus enfantines solidement établi : il n'en est rien. La floraison maudite de la ronce et de l'épine reparaît, le sol est à défricher et à ensemencer de nouveau (4).
(1) Discite a me quia mitis sum et humilis corde.
(Matth. XI.)
(2) Filii, obedite parentibus vestris in Domino : hoc enim justum est.
Honora patrem tuum et matremtuam; quod est mandatum primum in promissione :
Ut bene sit tibi, et sis longaevus super terram.
Et vos, patres, nolite ad iracundiam provocare filios vestros : sed educate illos in disciplina et correptione Domini.
(Ephes. VI.)
(3) Dicebat autem et banc similitudinem : Arborem fici habebat quidam plantatam in vinea sua, et venit quaerens fructum in illa, et non invenit.
Dixit autem ad cultorem vinese : Ecce anni très sunt ex quo venio quaerens fructum in ficulnea bac, et non invenio; succide ergo illam; ut quid etiam terram occupât?
At ille respondens, dicit illi : Domine, dimitte illam et hoc anno, usquedum fodiam circa illam et mittam stercora.
Et si quidem fecerit fructum; sin autem, in futurum succides. eam. (Luc. XIIL)
(4) Aliam parabolam proposuit illis dicens : Simile factum est regnum cœlorum homini qui seminavit bonum semen in agro suo.
Quum autem dormirent homines, venit inimicus ejus, et superseminavit zizania in medio tritici, et abiit.
Quum autem crevisset herba et fructum fecisset, tune apparuerunt et zizania.
Accedentes autem servi patrisfamilias, dixerunt ei : Domine, nonne bonum semen seminasii in agro tuo? Unde ergo habet zizania?
Et ait illis : Inimicus homo hoc fecit. Servi autem dixerunt ei : Vis : imus, et colligimus ea?
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Elle a pour base essentielle la Religion. — Qu'est-ce qu'une éducation sans religion et sans Dieu? C'est un éditico sans base, un vaisseau sans gouvernail, un corps sans âme.
1*^ Une éducation sans religion et sans Dieu prépare une vie sans but. — Sans but durant les années mortelles. Cette âme sans croyance flottera au sein des choses, dans une nuit épaisse, comme une barque désemparée sur l'océan désert. Son origine, sa fin dernière, ses devoirs essentiels, l'accomplissement de sa destinée, elle ignore tout. Elle vit dans l'oubli désastreux de la seule chose qu'il eût fallu savoir. — Sans but en face de l'éternité. Cette âme créée pour Dieu n'avait d'autre fin, en recevant l'existence, que de retourner à Dieu. Ce terme lui étant voilé par une éducation irréligieuse, elle n'aura plus ni la possibilité, ni même le désir, de l'atteindre, et pour elle tout sera perdu (1).
2° Une éducation sans religion est privée par là même de presque tous ses moyens d'action. — Quel frein restera-t-il aux passions naissantes quand l'autorité de Dieu ne soutiendra pas la conscience ? — Quelle élévation restera à l'âme si on la confine dans les bas-fonds, de la vie matérielle? — Quelle direction sera donnée au cœur qu'un amour supérieur n'aura pas purifié ?
Et ait : Non, ne forte colligentes zizania, eradicetis simul cum eis et triticum.
Sinite utraque crescere usque ad messem, et in tempore messis dicam messoribus : Golligite primum zizania, et alligate ea in fasciculos ad comburendum : triticum autem congregate in horreum meum.
(1) Hoc igitur dico et testificor in Domino, ut jam non ambuletis sicut et gentes ambulant in vanitate sensus sui.
Tenebris obscuratum habentes intellectum, alienati a vita Dei per ignorantiam quae est in illis, propter csecitatem cordis ipsorum;
Qui desperantes semetipsos tradiderunt impudicitiae, in operationem immunditise omnis, in avaritiam. (Ephes. IV.)