‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 77 sur 138 · PUISSANCE SUPÉRIEURE · texte numérisé non relu

PUISSANCE SUPÉRIEURE

La puissance paternelle revendique pour elle un rang à part, une royauté réservée, d'inviolables droits.

La puissance paternelle est supérieure à tout. — Le foyer domestique est inviolable et nulle puissance au monde n'en peut forcer le seuil.

1° Ses droits sacrés, la classe riche les maintient aisément. — Le prestige de son opulence, les égards que lui vaut son rang, garantiront toujours l'inviolabilité du foyer domestique pour la classe riche et élevée. Elle n'a guère qu'à se prémunir contre elle-même. Le père de famille, que sa fortune a fait libre et indépendant, n'a plus à songer qu'aux vices et aux désastres qui surgiraient spontanément de son intérieur (1).

(1) Servus sensatus sit tibi dilectus quasi anima tua ; non defraudes illum libertate, neque inopem derelinquas illum.

Pecora tibi sunt, attende illis ; et si sunt utilia, persévèrent apud te.

Filii tibi sunt, erudi illos, et curva illos a puoritia illorum.

Filise tibi sunt, serva corpus illarum, et non ostendas hilarem faciem tuam ad illas.

Trade filiam, et grande opus feceris ; et homini sensato da illam.

Mulier si est tibi secundum animam tuam, non projicias illam ; et odibili non credas te.

In toto corde tuo honora patrem tuum, et gemitus matris tuse ne obliviscaris ;

2^ Quant au pauvre et à V ouvrier^ il faut protéger sa puissance paternelle. — Une triple tyrannie pèse sur le foyer domestique du pauvre. — La tyrannie du travail ; travail exagéré, qui épuise ses forces; travail trop continu qui l'éloigné de ses enfants; travail insuffisamment rémunéré, qui l'empeclie de les nourrir. — La tyrannie de l'irréligion. Si le père de famille opulent peut choisir ses maîtres et ouvrir à ses fils l'asile éducateur qui lui convient, il n'en est pas ainsi des autres. Dénonçons avec force cette intolérable tyrannie, qui arrache au père ses propres enfants, pour les élever à rencontre de ses idées, de ses volontés, de ses croyances. Flétrissons cette autre tyrannie, qui ne lui assurera les secours de la bienfaisance officielle qu'à la condition que ses enfants seront empoisonnés par un enseignement irréligieux. — La tyrannie de l'orgueil et du vice. Elle mérite une condamnanation sanglante la Société, qui, oublieuse de la dignité des petits et des faibles, multiplie pour eux sans mesure 4e facilités de l'ivrognerie et les tentations du vice.

Quand nous voyons s'ouvrir, innombrables, les lieux oùl'ouvrier perd dans l'orgie sa santé comme sa raison, sa vie comme le pain de sa famille; quand nous voyons la jeune ouvrière livrée sans protection et sans défense à la séduction des plus forts et aux tentatives des plus riches, disons qu'un tel peuple est mûr pour la décadence et qu'il est marqué au signe de la condamnation \ (1)

La puissance paternelle dans ses rapports avec TEtat. —

Ne prétendons pas fermer à l'Etat le foyer domestique, mais restreignons ses droits aux limites qu'il convient.

1° Quels sont les droits de l Etat sur les familles'^. — Avant toul, sera développé au sein de la famille un amour sincère et profond de la Patrie. — Et cet amour se traduira par les services multiples et variés que la famille saura rendre à^l'E-

Memento quoniam nisi per illos natus non fuisses ; et rétribue illis, quomodo et illi tibi.

In tota anima tua time Dominura, et sacerdotes illius sanctifica. (Eccli. VIL)

(i) Tune oblati sunt ei parvuli, ut manus eis imponeret, et oraret. Discipuli autem increpabant eos.

Jésus vero ait eis : Sinite parvulos, et nolite eos prohibere ad me venire ; talium est enim regnum caelorum.

Et cum imposuisset eis manus, abiit inde.

(Matth. XVIII.)

tal. C'est du sein de la famille que sortira le soldat valeureux, le magistrat intègre, le prêtre homme de tous les dévouements. Si la famille est riche elle donnera à la Patrie une classe dirigeante ornée du double prestige de l'intelligence et de la vertu. Si elle est pauvre, elle fera surgir l'hoîinête et noble artisan. — L'Etat pourra même demander à la famille son sang le plus pur pour la défense de sa frontière et la sauve garde de sa dignité. — Et si le sang lui est dû, l'or, dispensé dans des impôts légitimes, ne lui sera jamais refusé « Gui vectigal vectigal » (1).

2° Quelle est la limite de ces droits? — L'Etat ne peut annihiler la puissance paternelle, comme il le fît, durant des siècles si longs, dans le paganisme. — L'Etat ne peut se substituer au père de famille dans l'éducation de ses enfants. — L'Etat ne peut opprimer le père de famille dans ses croyances religieuses, ni, sous aucun prétexte, lui arracher ses enfants pour les élever contre ses expresses volontés.

{\) Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit ; non est enim potestas nisi a Deo ; quse autem sunt, a Deo ordinatae sunt.

Itaque quiresistit potestati, Dei ordination! resistit; qui autem resistunt, ipsi sibi damnationem acquirunt.

Nam principes non sunt fimori boni operis,sed mali. Vis autem non timere potestatem ? bonum fac, et habebis laudem ex illa.

Dei enim minister est tibi in bonum. Si autem malum feceris, time ; non enim sine causa gladium portât. Dei enim minister est, vindex in iram ei qui malum agit.

Ideo necessitate subditi estote, non solum propter iram, sed etiam propter conscientiam.

Ideo enim et tributa prsestatis ; ministri enim Dei sunt, in hoc ipsum servientes.

Reddite ergo omnibus débita : cui tributum, tributum ; cui vectigal, vestigal ; cui timorem, timorem ; cui honorem, honorem.

(Rom. Xm.)

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