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LA SOCIÉTÉ

Nous pourrions étendre encore cette question déjà si vaste de l'Ecole sans Dieu.

Mais, on le peut dire, les faits parlent si haut que le raisonnement est devenu inutile.

1° Une instruction sans Dieu est d'abord une chimère. — Dieu est tellement le fond de toute chose que le supprimer c'est détruire le fondement et l'édifice s'écroule.

2° Cette chimère est en même temps la destruction dune Société. — Dieu enlevé et avec Lui toute autorité, toute loi, toute sanction supérieure : que reste-t-il pour courber l'homme sous le joug onéreux du devoir?... Que reste-t-il pour donner à l'homme le courage dans l'épreuve?... Que reste-t-il au pauvre pour supporter sa misère?.... Au riche pour n'abuser point de sa prospérité?

La puissance paternelle, le foyer domestique : deux choses sacrées et inviolables entre toutes, car elles viennent immédiatement de Dieu. — L'Ecriture dit de Dieu : « A quo omnis paternitas. » — Du père de famille l'Ecriture dit : « Est gloria et imago Dei. »

La Société humaine est plus vaste, les trônes sont plus brillants, les dynasties nous apparaissent plus illustres, et néanmoins ces grandes choses prennent rang après la famille. La royauté domestique est la première, et si le fleuve, élargi, coule entre de vastes rives, ou bondit superbement dans son cours tourmenté, n'oublions pas que c'est la source qui fait le fleuve. C'est la famille qui fait la Société.

De la puissance paternelle nous avons à dire : qu'elle est une puissance déléguée, une puissance supérieure, une puissance i^esponsable.

PUISSANCE DELEGUEE

Le père de famille est le délégué et le mandataire de Dieu qui seul est à l'origine de toute paternité et de toute vie.

Dieu source de toute paternité. — Attachons-nous à faire ressortir les quatre actes de la paternité en Dieu, car ces quatre actes nous les retrouvons dans son mandataire et son délégué.

1° Dieu crée. — Dieu est possesseur et maître de la vie. OiJ il lui plaît il la répand, selon l'attrait de son cœur et la

mystérieuse invitation de sa munificence. 11 évoque le néant et le néant lui répond : « Dixit et facta sunt ; raandavit et creata sunt. » Et si cette grande parole s'applique à l'ensemble des choses, chaque être qui sort des mains de Dieu doit la prendre pour lui : « Non est occultatum os meum a te; quod fecisti in occulto, et substantia mea in inferioribus terrse; imperfectum meum viderunt oculi tui... » « Manus tuae plasmaverunt me totum in circuitu. »

2° Dieu sustente. — Dieu est providence. Après avoir été créateur, il n'abandonne pas les êtres au hasard de leur impuissance, mais, depuis l'herbe des champs jusqu'au cèdre allier, depuis l'imperceptible insecte jusqu'à l'aigle et au lion du désert, il donne à tous l'accroissement et la pâture : « Omnia a te expectant ut des illis escam in tempore. Dante te illis colligent, aperiente le manum tuam omnia implebuntur bonitate. » — Et si Dieu cessait un moment l'acte de sa prévoyance, la création entière retomberait dans son néant : « Avertente autem te faciem turbabuntur; auferes spiritum eorum et déficient et in pulverem suum revertentur. »

3° Dieu allume la pensée : « Illuminât, dit l'Ecriture, omnem hominern vcnientem in hoc mundo. » — Le même Dieu qui nous crée et nous sustente développe notre raison, élève magnifiquement nos pensées et se fait notre sublime éducateur : (( Erudiens nos Deus. » Enfants de Dieu, nous sommes par Dieu élevés au sommet d'une éducation toute divine.

4^ Dieu pourvoit à notre avenir. — Arrière l'impie et l'insensé qui prétendent ou que tout va au hasard, ou que Dieu nous laisse en proie au néant d'oii nous sortons. Non ! En nous créant Dieu nous a faits immortels et nous faisant immortels, il nous a ménagé près de lui, dans les cieux, une demeure, une fortune et une patrie.

Le père de famille associé, mandataire de Dieu. — Si le père de famille est, comme nous le disions, le mandataire de Dieu, nous retrouverons en lui les quatre grands actes qui signalent la divine paternité.

1° Comme Dieu le père de famille est créateur. — Dieu qui pouvait seul et directement tirer du néant chaque être à son tour, Dieu, pour honorer magnifiquement sa créature, a déposé en elle la puissance créatrice. Gomme Dieu, l'homme aura le tout extraordinaire pouvoir d'évoquer le néant et d'en faire jaillir la vie. — Comme Dieu il lui sera donné de se reproduire dans un fils semblable à lui-même. — Comme

Dieu, à sa volonté, au souffle de son désir, à l'impulsion de son amour, il multipliera les êtres qui tiendront de lui l'inappréciable bien de l'existence.

Qu'il est donc grandi qu'il est saint! qu'il est divin l'acte créateur! — Qu'il est grand dans son origine! cette vie qui passe par l'homme découle de Dieu môme, comme le fleuve qui descend dans la plaine jaillit des plus hauts sommets. — Qu'il est sacré dans son usage l'acte créateur! Dieu ne Tapas abandonné aux effervescences impures des passions (1), il Ta sacré de l'onction de sa grâce, il l'a déclaré saint et inviolable, il lui a ménagé le plus haut avenir. — Qu'il est grand dans ses œuvres l'acte créateur! C'est de lui que la famille prendra naissance, c'est lui de qui dépendra la force et la gloire de la Patrie. L'Eglise de Dieu lui demandera des fils. Le ciel s'enrichira de sa fécondité.

2^ Le père de famille est providence. — L'acte créateur n'est pas chez lui un acte rapide et furtif. La même puissance qui lui donne ses fils l'enchaîne à l'austère et rude labeur de leur quotidienne sustentation. Comme Dieu, le père de famille distribuera aux siens le pain de chaque jour; il donnera ses heures, il répandra la sueur de son front, il se consumera en sollicitudes et en angoisses, il donnera, s'il le faut sa vie, pour la vie de sa famille.

3° Le père de famille est éducateur. — Par un double travail, s'il fait grandir les corps, il doit développer les âmes. A lui d'évoquer l'intelligence, de diriger le cœur, de dompter les passions naissantes, de couvrir ce sol vierge de la floraison des vertus.

(1) Quis autem vestrum cogitando potest adjicere ad staturam suam cubitum unum ?

Si ergo neque quod minimun est potestis, quid de caeteris solliciti estis ?

Gonsiderate liliaquomodo crescunt: non laborant, neque nent: dico autem vobis : nec Salomon in omni gloria sua vestiebatur sicut unum ex istis.

Si autem fœnum, quod hodie est in agro, et cras in clibanum mittitur, Deus sic vestit : quanto magis vos, pusillse fidei ?

Et vos nolite quaerere quid manducetis, aut quid bibatis, et nolite in sublime tolli :

Hsec enim omnia gentes mundi quserunt. Pater autem vester scit quoniam his indigetis.

Nolite timere, pusillus grexquia placuit Patri vestro dare vobis regnum. (Luc. XIL)

i° Le père de famille est chargé enfin de V avenir de ses enfants. — Il est dit de Dieu: « Nolite timere pusillus grex, quia placuit Patri vestro dare vobis regnum. » Cette même sécurité, les enfants la doivent trouver dans leur père, qui par son labeur, sa prévoyance, les durs sacrifices qu'il saura s'imposer, procurera aux siens le bienfait d'un avenir.

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