IL FAUT AU PERE LA VALEUR MORALE
Ne parlons pas ici de l'instruction proprement dite de l'enfant. Dans la plupart des cas cette culture intellectuelle cette longue et difficile préparation aux carrières, ne peuvent être dévolues au père de famille. Des maîtres étrangers suppléeront ici, ou à son insuffisance, ou aux obstacles de tous genres qui entravent sa vie.
Toute autre est la question d'éducation. Dans la formation morale de l'enfant, l'éducateur par excellence, celui que nul autre ne remplace et qui assume seul la responsabilité de cette grande œuvre, c'est le père de famille.
Or l'éducation de l'enfance repose sur ce double fondement : la croyance religieuse, les vertus morales. Ce qui forme l'enfant doit se retrouver, comme à sa source, dans le père éducateur.
Il lui faut la religion. — De fortes croyances religieuse»
et une fidèle pratique des devoirs que la religion impose sont demandées au père de famille.
1° Voyons-en l'obligation. — Cette obligation repose tout d'abord sur l'idée de Dieu. Dieu n'est plus ici seulement le maître souverain, le créateur universel, la majesté dominatrice, devant laquelle tous les êtresrendent également le triple hommage de la dépendance, de la reconnaissance et de l'adoration (1). Des liens tout spéciaux ont été créés pour l'homme par l'acte même de la paternité. L'homme est devenu l'associé de Dieu dans l'eilusion de la vie, le représentant et le mandataire de Dieu dans le gouvernement d'une famille. A ce titre le devoir de la religion lui demeure plus sacré. — Cette obligation repose ensuite sur la mission confiée au père, mission grande entre toutes. Le père a la garde de l'àme immortelle de ses fils; il est chargé de conduire à leur destinée ces autres lui-même. — Cette obligation repose enfin sur le bonheur même de la famille. Elevé avec le frein religieux l'enfant grandira dans la tradition du devoir; ses passions seront aisément domptées; la floraison des vertus se fera opulente. Le bonheur de la famille reposera ainsi sur les vertus de ses membres (2).
(1) Et locutus ait : Sit nomen Domini benedictum a seculo et usque in seculum, quia sapientia et fortitudo ejus sunt !
Et ipse mutât tempora, et aetates ; transfert régna, atque constituit ; dat sapientiam sapientibus, et scientiain intelligentibus disciplinam.
Ipse révélât profunda et abscondita, et novit in tenebrisconstituta ; et lux cum eo est.
Tibi, Deu3 patrum nostrorum, confiteor, teque laudo, quia sapientiam et fortitudinem dedisti mihi, et nunc ostendisti mihi quse rogavimus te, quiasermonem régis aperuisti nobis.
(Dan. IL)
(2) Goncupiscentia itaque sapientise deducit ad regnum perpetuum.
Si ergo delectamini sedibus et sceptris, o reges populi, diligite sapientiam, ut in perpetuum regnetis.
Diligite lumen sapientiae, omnes qui prseestis populis.
Quicï est autem sapientia et quemadmodum facta sit referam, et non abscondam a vobis sacramenta Dei ; sed ab initio nativitatis investigabo ; etponam in lucem scientiam illius, et non prseteribo veritatem.
Nequecum invldia tabescente iter habebo, quoniam talis homo non erit particeps sapientise.
Multitudo autem sapientium sanitas est orbis terrarum ; et rex sapiens stabilimentum populi est.
2° Voyons en les conditions. — On peut tenir compte à un père sans croyance ni pratique religieuse du respect qu'il saura garder pour les choses saintes, de la liberté qu'il donnera aux siens de servir et d'honorer Dieu : cependant cette sorte de neutralité bienveillante est loin d'accomplir la plus haute des obligations. Si le général d'armée doit marcher au combat pour entraîner ses troupes, si le pilote a tout le premier le maniement du gouvernail et la science de la manœuvre, un père qui a le devoir de rendre ses lils chrétiens, ne doit-il pas être chrétien lui-même ? — S'il veut remplir sa charge, il le sera; et comme la croyance n'est pas aveugle, il lui faudra posséder lui-même la science religieuse qu'il veut voir dans ses enfants. — De plus, comme la croyance est illogique quand elle ne conclut pas à la pratique, un père vraiment digne de ce nom donnera le signal de la prière, sera vu dans le temple, au milieu des siens, et les grâces sacramentelles répandues dans son foyer domestique devront l'inonder lui-même tout le premier. — A la foi et à la pratique le père chrétien joindra la sollicitude; son regard pénétrant suivra dans ses fils le progrès ou la décadence de la piété et, scrutant ces jeunes âmes, il se rendra compte, dan.^ ses fils, des premiers symptômes d'indifférence, de dégoût, de révolte (1).
Ergo accipite disciplinam per sermones meos, et proderit voLis.
Iiitrans in domam meam, conquiescam cum illa; non enim habet amaritudinem conversatio illius, nec tsedium convictus illius, sed laetiLiam et gaudium.
Haec cogitans apud me, et commemoransin corde meo, quoniam immortalitas est in cognatione sapientiye.
Et in amicitia illius delectatio bona, et in operibus manuum illis honestas sine defectione, et in certamine loquelse illius sapientia ; et praeclaritas in communicatione sermonum ipsius, circuibam quserens, ut mihi illain assumerem.
Puer autem eram ingeniosus, et sortitus sum animam bonam.
Et cum essem magis bonus, veni ad corpus incoiquinatum.
Et ut scivi quoniam aliter non possem esse continens, nisi Deus det ; et hoc ipsuni erat sapientise, scire cujus esset hoc donum ; adii Dominum, et deprecatus sum illum. (Sap. VIII.)
(i) Tobias vocavit ad se Tobiam filium suum.
Dixitque ei : Audi, fili mi,verba oris mei, et ea in corde tuo quasi fundamentum construe.
Gum acceperit Deus animam meam, corpus meum sepeli ; et honorem habebis matri tuse omnibus diebus vitœ ejus ;
Memor enim esse debes quse et quanta pericula passa sit propter te in utero suo.
Il lui faut les vertus morales. — Il s'agit de faire de l'enfant l'homme honnête, l'homme fort, l'homme généreux : grande œuvre qui reste avant tout confiée au père de famille.
1° L'homme honnête. — Le père, dès les plus jeunes années de ses enfants, cultivera leur conscience; il les formera aux obligations de la justice ; il les habituera à se faire les esclaves de la vérité, les victimes du devoir, et, s'il le faut, les martyrs. — Qui nous dira les désastres causés dans notre Société contemporaine par ce défaut d'honnêteté, de droiture, de justice (1)?
2° L'homme fort. — Cet enfant, comme le marin destiné aux lointains et périlleux voyages, affrontera, lui aussi, la haute mer ! Les séductions du monde l'enlaceront ; les occasions du vice obstrueront sa route. Si, dans l'enfant, son père
Gum autem et ipsa compleverit tempus vitse suie, sepelies ema circa me.
Omnibus autem diebus vitœ in mente habeto Deum, et cave ne aliquando peccato consentias, et prsetermittas praecepta Domini Dei nostri.
Ex substantia tua fac eleemosynam, et noli avertere faciem tuam ab ullo paupere ; ita enim fiet, ut nec a te avertatur faciès Domini.
Quomodo potueris, ita esto misericors.
Si multum tibi fuerit, abundanter tribue; si exiguumtibi fuerit, etiam exiguum libenler impertiri stude.
Prsemium enim bonum tibi thesaurizas in die necessitatis ;
Quoniam eleemosyna ab omni peccato et a morte libérât, et non patietur animam ire in tenebras ;
Fiducia magna erit coram summo Deo eleemosyna, omnibus facientibus eam.
Attende tibi, lili mi, ab omni fornicatione; et, praeter uxorem tuam, nunquam patiaris crimen scire.
Superbiam nunquam in tuo sensu, aut in tuo verbo, dominari permittas; in ipsa enim initium sumpsit omnis perditio.
Quicumque tibi aliquid operatus fuerit, statim ei mercedem restitue, et merces mercenarii tui apud te omnino non remaneat.
Quod ab alio oderis lieri tibi, vide ne tu aliquando alteri facias.
Panem tuum cum esurientibus et egeniscomede, et de vestimentis tuis nudos tege. (Tob. IV.)
(1) Non negabis mercedem indigentis, et pauperis fratris tui, sive advenae, quitecum moratur in terra, et intra portas tuas est ;
Sed eadem die reddes ei pretium laboris sui ante solis occasum, quia pauper est, et ex eo sustentât animam suam ; ne clamet contra te ad Dominum, et reputetur tibi in peccatum.
(Deut. XIV.)
n'a pas formé une àme vigoureuse, devenu l'homme mûr il connaîtra les lâchetés de l'égoïsme, les trahisons du calcul, les honteuses compromissions de l'intérêt.
2° Lhomme cjénéreiix. — Si la Providence a départi an foyer domestique le prestige du nom et l'opulence de l'or, l'enfant doit être formé à tous les services de la fraternité chrétienne, connaître le chemin du pauvre et frayer avec l'humble artisan (i).