SALLES PS
Les Momies Royales.
Dès les premiers temps de la XX" dynastie, la police tlii'baine dut protéger, non seulement les toml>eau>L des
particuliers, mais ceiix-memes des souverains et de leurs îamiJles, contre les entreprises des voleurs qui exploitaient la ne'cropole tliébaine. Des bandes s'étaient formées en effet , parmi la population avoisinant les temples de la ville de Médinet-Habou , au village de Gournah , qui souvent , avec la complicité des gardiens et des fonctionnaires locaux, pénétraient dans les hypogées les mieux fermés, ouvraient les cercueils, brisaient les momies et enlevaient tout ce qu elles rencontraient de bijoux en or ou en argent et d'objets précieux. De temps à autre les plaintes des familles attiraient Tattention des autorités sur ces rapines : le Pharaon régnant décidait Tenvoi d'une commission qui compre nait parfois de très hauts personnages, le grand-prètre d'Amon, le comte de Thèbes, les chefs de la police thébaine, les supérieurs des temples. On saisissait quelques individus suspects à qui la torture arrachait bientôt des aveux •. on opérait des descentes judiciaires dans les tombeaux qui étaient signalés comme en mauvais point, et on y dressait procès-verbal de Tétat des lieux. Quelquefois, les gardiens, craignant dVire englobés dans la ])oursuiie contre les malfaiteurs, avaient l'éparé les dégâts tant ])ien cpie mal et refait les momies avec des débris ramassés péleméle ; le plus souvent , la commission trouvait les chambres funéraires telles que les voleurs les avaient laissées, les momies éparses siu* le sol , les cercueils en moireaux , le mobilier brisé. Ils ordonnaient alors la restauration, et quelcpies condamnations prononcées contre les coupables arrêtaient les déprédations j^our quelques jours. Elles recommençaient bientôt de plus belle : le rèp;ne des Ramessides de la XX* dynastie fut occupé presque en entier à les combattre , mais avec si peu de succès qu'après la mort du dernier d'ejitre eux, les grands-prètres d'Amon , demeurés maîtres de Thèbes. résolurent de dérober les momies les
plus vénérées, celles des Pharaons et des hauts personnages sacerdotaux, aux profanations dont elles étaient l'objet. Ils les firent extraire de leurs tombes, et ils les réunirent en groupes qu'ils cachèrent dans plusieurs endroits de la nécropole thébaine. Les opérations se firent en si grand secret qu'elles échapjièrent à l'altention des voleiu*s : les cachettes furent oubliées bientôt de ceux mêmes qui les avaient choisies, et les Pharaons qu'elles renfermaient dormirent en paix jusqu'à nos jours.
Ce fut seulement jiendant l'été de 1876 qu'un fouilleur de Cheikh Abd-el-Gournah découvrit l'une d'elles. La masse d'objets qu'elle contenait était telle et de maniement si didicile qu'il ne put profiter que de la moindre jiartie de sa trouvaille, celle qui était le plus facile à transporter et à dissimuler. Dès le printemps de 1876, un oflicier général anglais, du nom de Campbell, montrait à M. Maspero le rituel hiératique du grand-prétre Pinotmou. En 1877, M. de Saulcy Aiisait entrer au Louvre les dernières pages d'un long papyrus ayant appartenu à la reine Notmit, mère de Hrihorou, et dont le commencement est aujourd'hui en Angleterre; Mai'iette avait lui-même acheté à Suez deux autres pa])\rus, écrits au nom d'une reine Tiouhaloi' Honîttaoui. Vers le même temps, les statuettes funérailles du roi Pinotmou apparaissaient sur le marché, les unes fines, les autres grossières. Bref, le fait d'une découverte devint tellement évident, qu'en 1 879 , M. Maspero affirmait déjcà d'une taljlette, appartenant alors à Rogers bey, acquise plus tard par le Musée du Louvre, qu'elle provenait d'un tombeau avoisinant le groupe encore incoiniu des tombes de la famille tle Hrihorou : en réalité elle j)rovenait de la cachette de Deir-el-Bahari, où la momie à laquelle elle appartenait s'est retrouvée.
Uechercher l'emplacement de ces hypogées royaux était
donc l'un (Tes principaux objets du voyage que M. Ma^pero entreprit dans la Haute-Egypte aux mois de mars et d'avril 1881. Lu seul point était acquis, le nom des personnag-es qui avaient vendu les objets déjà connus. AI}d-er-Hassoul Ahmed, de Sheikh Abd-el-Gournah , et Moustapha aga Ayad. vice-consul d'Angleterre et de Belg-i(}ue à J^ouxor. Ce dernier, couvert de l'immunité diplomatique . échappait aux poursuites. Le k avril. Abd-er-Rassoul Ahmed fut arrêté, et naturellement, il nia tous les faits que le témoignage des voyageurs européens mettait à sa charge : le 6 avril, il fut expédié à Qéneh. où le moudir. Daoud pacha, instruisit le procès de la famille. Les interrogatiitns et les débats eurent pour unique résultat de provocpier de nombreux témoignages favorables à faccusé. Les notiibles et les maires de Gournah déclarèrent , sous la foi du serment, qu" Abd-er-Rassoul Ahmed n'avait jamais fouillé et ne fouillerait jamais, qu'il était incapable de détourner !«• moindre objet d'antiquité, à ])lus forte raison de violei* une tombe royale. Pour le moment, le Service n'avait rien à opposer que le témoignage d'étrangers aljsents : Abd-er- Rassoul Ahmed fut mis en liberté provisoii'e. sous la garantie de deux de ses complices. Mais son arrestation . les deux mois d'emprisonnement qu'il avait subis, la vigueur avec laquelle l'enquête avait été conduite par S. E. Daoud pacha, la conviction où l'on était (pie l'aflain^ ]-eprendrait. lui avaient donné fort à réfléchir. La discord»* se mit entre lui et ses quatre frères. Après un mois de discussions et de querelles, f aine d'entre eux. Mohannued Ahmed Abd-er-Rassoul. se résolut brusquement à tout révéler. Il se rendit secrètement à Qéneh et lit sa déclaration au moudir. Celui-ci en référa aussitôt au Ministre de l'Intérieur qui transmit la dépêche à S. A. le Khédive Tevviik . qui décida d'envoyer un des employés du Musée à Thèl)es.
M.EmileBrugsch conservateiir-adjoinl, fut délégué d'urgence : il partit le samedi i "juillet, accompagné de MM. Ahmed effendi Kamal, secrétaire-interprète du Musée, et ïadros Moutafian , inspecteur de la circonscription des Pyramides. Le mercredi 5, ils furent conduits par Mohammed Ahmed Abd-er-Uassoui au caveau funéraire : jamais cachette ne fut mieux dissimulée. La chaîne de collines qui sépare le Bab-el-Molouk de la plaine théhaine forme , entre TAssassif et la vallée des Heines, une série de cirques Jiatui'els, dont le plus connu était jusqu'à présent celui où s'élève le monument de Deir-el-Bahari. Dans la nuu'aille de rochers qui sépare Deir-el-Bahari du cirque suivant, juste derrière la butte de Sheikh Abd-el-Gournah , à soixante mètres environ au-dessus du niveau des terres cultivées, on creusa un puits de 11 m. 5o cent, de profondeur sur a mètres de largeur. On y pratiqua au fond, dans la paroi ouest, l'entrée d'un couloir qui mesure i m. ho cent, de large sur i m. 8o cent, de haut. Après un parcours de 7 m. ho cent., il tourne l)rusc[uement vers le nord et se prolonge sur une étendue d'environ 60 mètres, sajis garder ])artout les mêmes dimensions : en certains endroits, il atteint 9 mètres de large, en d'autres, il n'a plus que 1 m. 00 cent. Vers le miheu, cinq à six marches grossièrement taillées accusent un changement de niveau assez sensible, et, sur le coté droit, une sorte de niche inachevée montre qu'on a songé ta changer une fois de plus la direction de la galerie. Celleci débouche enfin dans une sorte de chambre oblongue. irrégulière, d'environ huit mètres de longueur. Le premieiobjet qui frappa les yeux de M. Brugsch fut un cercueil blanc et jaune au nom de iNibsonou. Il était dans le couloir à o m. 60 cent, environ de l'entrée ; un peu plus loin, un cercueil dont la forme rappelait le style de la XV IP dynastie, puis la reine ïiouhathor Honittaoui, puis
Sëti ï". A coté des cercueiis et jonchant le soi , des boites à statuettes funéraires, des canopes, des vases à libations en bronze, et, tout au fond, dans Tangle que forme le couloir en se redressant vers le nord, la tente funèbre de la reine Isimkhabiou , pliée et chiffonnée comme un objet sans valeur, qu'un prêtre trop pressé de sortir aurait jeté négligemment dans un coin. Le long du grand couloir, même encombrement et même désordre : il Jallait s'avance!' en rampant, sans savoir où l'on mettait les mains et les pieds. Les cercueils et les momies , entrevus rapidement à la lueur d'une bougie, portaient des noms historiques, Aménôthès V\ Thoutmosis II ; dans la niche près de Tescalier . Ahmôsis 1"^ et son fils Siamanou , Saqnounri . la reine Ahhotpou, Ahmasi iNofritari et d'autres. Dans la chambre du fond, le péle-méle était au comble, mais on reconnaissait à première vue la prédominance du style propre à la XX" dynastie : les arabes avaient déterré un plein hypogée de Pharaons. Le bateau du Musée, mandé en liate. n'était pas encore là : mais on avait sous la main l'un des pilotes, réis Mohammed, sur lequel on pouvait compter. 11 descendit au fond du puits et se chargea d'en extraire le contenu : MM. Brugsch. Ahmed effendi Kamal et Tadros Moutafian recevaient les objets au fur et à mesure (pi'ils sortaient de terre, les transportaient au pied de la colline et les rangeaient côte à côte, sans ralentir un instant leur surveillance. Quarante-huit heures d'un labeniénergique sulhrent à tout exhumer, mais il falhiit mener le convoi à travers la plaine de Thèbes et au delà de la rivière jusqu'à Louxor. Plusieurs des cercueils, soulevés h grand'peine par douze ou seize hommes, mirent de sept à huit heures pour aller de la montagne à la rive , et l'on se figurera aisément ce que dut être ce voyage, par la poussière et la chaleur de juillet.
Enfin .le 1 1 au soir, momies et cercueils étaient tous à Louxor, dûment enveloppés de nattes et de toiles. Trois jours après, le vapeur du Musée arrivait; le temps de charger, et aussitôt il repartait pour IJoulaq avec son fret de rois. Chose curieuse ! de Louxor à Qoui't, sur les deux i'ives du l^il, les fenmies fellahs échevelées suivirent le bateau en poussant des hurlements et les hommes tirèrent des coups de fusils, comme ils font aux funérailles. L'ensemble de la trouvaille, rendu à Boulaq vers le 20 juillet, lut d'abord exposé pèle-mèle. sans classification aulre cjue celle qui résultait des dimensions et de la nature des objets. Il fallut quatre ans d'étude pour parvenir à savoir ce qu'on possédait. Le déroulement des corps commença au mois de mai 188G, et se continua jusque dans les derniers jours de juin : ils furent mesurés, inspectés, décrits minutieusement et toutes les précautions prises pour eu assurer la conservation. Néanmoins, ils se sont endommagés gravement depuis la découverte, et quelque soin qu'on ait mis à les entourer de substances préservatrices, les insectes se sont attaijués à la plupart d'entre eux : on peut prévoir le jour où ils disparaîtront sous leurs atteintes. 0|)endant, ils ne représentaient qu'une partie, la moindre , (les momies mises à l'abri par les prêtres, et Ton était certain que d'autres cachettes existaient encore dans la nécropole. Llle furent cherchées en vain par M. Maspei'o. au sud de Deîr-el-lJahari , avec plus de bonheur, à l'est de la même localité, par M. Grébaut qui nut au jour l'un des souterrains où l'on avait entassé les corps des prêtres et des pnUresses d'Amon thébain, qui sont exposés dans la galerie méridionale. En i898, M. Loret, s'inspirant des rapports de quelques arabes . reprit la piste, mais dans le Bab- ♦*l-.\lolouk lui-même. Les fouilles, menées avec une ténacité remai-quable, furent couronnées de succès et aboutirent, le
19 février i898, à la découverte de Thypogée de Tlioulmosis HT, violé dès la XX'' dynastiie et dont la momie avait été cachée dans le trou de Deir-el-Baliari par les grandsprétres d'Amon lliéhain. M. Loret y récolta divers objets curieux, entre autres des panthères et des statuetles en bois bituminé, et deux momies de femme c]ui sont aujourd'hui dans nos collections (v. salle R, mur sud). Encouragé par ce résultat, il pratiqua des sondages sur un autre point de la vallée, entre les tombeaux n°' iç» et lo, prescpie en face de Thypogée de Ramsès 111 : le 8 mars , il mit au jour l'entrée d'un souterrain nouveau Cjuil reconmit avoir été celui d'Aménôthès II, fils de Thoutmosis 111. Le sol de rantichaml^re était jonché d'ol)jets biisés , vases et statuettes en bois et en albâtre, barques fragmentées. Celui de la chambre funéraire disparaissait sous une litière véritable de débris analogues, statuettes en bois du roi et de plusieurs divinités , Répondants au nom d'Aménôthès II et d'un prince royal Ouabkliousenou, croix ansées ■¥• et dadou f en bois et en émail bleu, et les mille objets intacts ou brisés qu'on verra plus loin dans les vitrines de la salle R. La momie du Pharaon était encore dans son sarco]>hage , couverte de fleurs et de feuilles desséchées, et trois des quatre réduits qui ouvi-ent sur la salle funéraire contenaient des amas d'objets d'offrandes , jarres éventrées , paquets d'étoffes, viandes emmaillotées, vases en terre émaillée verte ou bleue. Répondants enfermés dans de petils cercueils; on voyait en outre, dans l'un d'eux, trois momies entièrement dépouillées de bandelettes, un enfant d'une quinzaine d'années, coiffé de la grosse tresse des princes royaux, une femme, un homme. Le quatrième l'éduit. creusé dans la paroi droite, était à demi fermé par une mui'aille de moellons; lorstfue M. Loret y pénétra, il y aperçut neuf" cercueils étendus sur le sol, six au fond,
trois en avant, qui laissaient sur la droite un petit intervalle liln'e : cin([ avaient des couvercles, quatre en étaient dépourvus. Al. Loret pensa d'abord que c'étaient seulement des mend)res secondaires de la famille d'Aménotliès , frères ou fils n'ayant pas régné, mais bientôt, examinant les noms tracés sur les couvercles des cercueils ou sur les linceuls , il reconnut une série de Pharaons des trois grandes dynasties tliébaines , le complément de la première trouvaille deDeir-el-Bahari , Ramsès IV , Sij)htah , Séti II . Aménôthès III, Thoutmosis IV, Setnakhili, liamsès V, Ramsès Vl, plus un personnage qu'il identifia avec Khouniatonou, le roi hérétique de la XVII l' dynastie.
M. Loret avait déjà empaqueté et end)arqu(3 ses momies , lorsqu'à la suite de divers incidents d'ordre administratif, il reçut l'injonction d'avoir à les réintégrer dans leur cachelte ; il ne transporta à Gizéh que les restes du mobilier funéraire et les oftrandes, qui furent exposés dans deux salles spéciales. Les momies demeurèrent sur place près de deux années : ce fut seulement en janvier 1900 que , d'accord avec Sir AVilliam Garstin, sous-secrétaire d'Etat au Ministère des Tj-avaux Publics , M. Maspero put donner suite aux intentions de transport de M. Loret. Le tombeau d' Aménôthès II fut aménagé pour recevoir le public. On laissa dans rantichandjre, sous la ])rotection d'une barrière et d'un grillage , la momie étendue sur la barque funéraire : on recoucha les trois momies nues de femme, d'enfant et d'homme, dans le réduit qu'elles occupaient au moment de la trouvaille ; on remit le cercueil entrouvert d' Aménôthès II dans son sarcophage , et l'on réussit ainsi à donner en partie aux visiteurs la sensation de Taspect que le tombeau d'un Pharaon pouvait présenter, loi^sque le Pharaon reposait dans son tombeau. J'ajoute qu'en novembre i9oi, un habitant du village de Sheikh Abd-el-Gournah , croyant
que la momie était couverte de bijoux précieux, força l'entrée de Thypog-ée, arracha les bandelettes. Désappointé de ne rien trouver, il emporta la barque d«' l'antichambre qui, étant plus d'à moitié pourrie, dut ne pas arriver intacte chez lui : la momie quelle portait l'ut brisée à ce moment, mais la momie du Pharaon et les trois momies du réduit sont demeurées intactes. Les neuf momies transférées à Gizéli n'y furent point exposées : comme le déménagement du Musée était prochain, on pensa qu'il valait mieux leur éviter le séjour de salles tro}) humides ou trop surchaulfées, et on les enferma tout emballées dans une pièce inaccessible aux touristes. Toutefois, M. Groff avait, dès le premier jour, déclaré que M. Loret avait lu trop vite le nom de Khouniatonou sur la poitrine de l'une d'elles ; il croyait qu'une étude moins rapide donnerait le nom de Ménephtah. Au mois de mars i9oo. la caisse qui renfermait la momie indécise fut ouverte en présence de MM. Scljiifer. Borchardt. de Bissinp-, Brugsch, Daressy, Groff. Maspero, et l'aspect de l'inscription originale donna raison à M. GrolT. Il reste donc acquis que nous possédons la momie du fils et successeur de Bamsès II, ce Ménephtah que la tradition reçue g-énéralement avait identifié au Pharaon de l'Exode noyé dans la Mer Bouge.
L'ensemble de cette série rovale est contenu dans les salles P.O. B et S.
SALLE P
La salle P contient les plus célèbres des Pharaons retrouvés en 1881 et en i898, dans la cachette de Deîr-el-Bahari et dans le tombeau d'Aménothès IL
Centre de la Salle.
1174. — Long, de la momie i m. 85 cent.
Saqnounri TiouAken est un des derniers rois de h WII" dynastie. Son cercueil est trapu, lourd, recouvert d'une couche de stuc blanc , jadis doré : la tête et la coiffure sont peintes en jaune, Turaîus est au front. Une bande verticale dliiérogiyphes descend de la poitrine aux pieds et se termine sous le talun. Les caractères, d'abord tracés liardiment à l'encre, ont été maladroitement retouchés à la pointe après la dorure, et sont déformés dans plus d'un endroit, si bien qu'on serait tenté de lire Satnouni-i ou Rà-slenen-Tiouaten , si l'on ne connaissait point, d'autre part, la forme réelle du nom. La momie était enveloppée d'une étoffe grossière et ne portait aucune inscription apparente. Elle a été ouverte le 9 juin i880. Saqnounri a été assassiné par des conjurés, ou bien il a trouvé la mort dans une bataille, au cours de la guerre contre les Pasteurs. Ln coup de hache lui a enlevé la joue droite et brisé la mâchoire inférieure, mettant les "dents à découvert. Un autre coup de hache a entamé le crùne et |3iatiqué une fente par laquelle une partie de la cervelle a dû s'échapper. Enfin, un trou produit par une lance ou par un poignard, est béant près de l'orbite droit. Le corps entier est en mauvais état de conservation. avant dû être embaumé à la hâte.
Vitrine A.
1175. — Long, de la momie i m. O7 cent.
Cercueil en bois, reproduisant les contours généraux du corps. Le fond est jaune: la chevelure, les ornements
et les traits du visage sont relevés de bleu. Sur la poitrine, un pectoral montre les cartouches du roi ^il)palntilî Ahniôsis I" et la iigure d'Amon-Rù. Le maillot de la momie porte sur la poitrine le nom du roi tracé à l'encre en hiératique. La momie a été ouvei'te le 9 juin 1886.
Derrière le cei-cueil, dans Tarmoire B, est le couvercle du cercueil d'Ahraôsis 1".
Vitrine G.
1176. — - Long, de la moniie 1 ni. 69 cent.
Cercueil à fond blanc, qiu appartient à Aménôthès V\ lils d'Ahmôsis et de Xofritari. La momie est revêtue du ne toile orange maintenue par des bandes de toile ordinaii-e. Elle ])orte un masque en bois et en carton peint, identicjue au masque du couvercle. Elle est enveloppée, des pieds à la tète, de longues guirlandes. Une guêpe, attirée par les llems, était entrée dans le cercueil au moment de Tenlerrement : elle s'y est conservée intacte et nous a fourni un exenq)le probablement unique d'une momie de guêpe.
RMOir.E
Couvercle du cercueil du roi Aménôthès 1". Les inscriplions à fencre, tracées sur la poitrine, nous ont conservé deux procès-verbaux de visites de la momie par les ins])ecleurs chargés dVn vérifier l'état et d'en assurer Tentretien. La première raconte que "fan VI, le 7 du ti'oisième mois de Pirit , le premier prophète d" Amon-Rà , roi des dieux . Pinotmou l", fils de Piànkhi , envoya restaurer l'appareil funèbre du roi Sorkerî Aménôthès v ; la seconde dit plus solennellement que, rrfan X\I, le 22 du quatrième mois
(|p Pirit, le premier prophète d'Amon-Kà, roi des dieux. Masahirti, lils du roi Piiiotmou, envoya renouveler Tappareil l'uneraire de ce dieuv, c'est-à-dire d'Aménothès , qui, en effet, était adoré et recevait un culte régulier. — XVHl' et XXI* dynasties.
Vitrine E.
1179. — Long, de la inoniie i m. 77 cent.
Cercueil à fond blanc dont Tinscription est au nom de Aklipirniri Tlioutmosis Hikouasit, c'est-à-dire de Tlioutmosis II , petit-fils du précédent. La momie , recouverte de toile blanche , porte , tracée sur la poitrine , une inscription où il est dit que, ^^l'an VI, le 7 du troisième mois de Pirit , le premier prophète d'Amon-Hà, Pinotmou, fds du premier prophèle d'Amon-Rà, Piânkhi, envoya restaurer l'appareil iunèbre du roi Aùniri v (sic), ce qui est une étourderie «hi scribe, pom^ Akhpirniri.
Le couvercle du cercueil de Tlioutmosis II (n" 1179 bis) est dans l'armoire F.
Vitrine G.
1181. — Long, de la momie 1 m. 60 cent.
Cercueil jadis peint et doré, aujourd'hui défiguré par les voleurs : l'intériein- est enduit d'une couche de bitume qui rend les légendes presque entièrement illisibles. La momie portait, attachées au corps, deux petites rames et une poignée de joncs qui avaient servi de support aux fleurs d'un grand bouc{uet monté. Elle avait été fouillée par les arabes , et elle était en si mauvais état qu'il fallut l'ouvrira son arrivée au Musée. Le corps avait été brisé en trois encboits ,
dès l'antiquité, et les morceaux, réunis tant bien que mal, étaient enveloppés d'une toile aussi fine que la plus fine batiste.
Par-dessus se trouvait une sorte de suaire, malheureusement déchiré en plusieurs morceaux : il est chargé de longs textes hiéroglyphiques , tracés à l'encre et empruntés pour la plupart au Livre des Morts. Lue sorte d'introduction nous apprend que cet exemplaire sacré a été tracé paiordre spécial du roi Aménôthès 11 pour son père et prédécesseur Thoutmosis III , fils de la leine Isis, dont le nom nous apparaît ici pour la première fois. Cette mention . à laquelle le scribe égyptien attachait probablement peu d'importance, nous donne pourtant la solution d'un des problèmes les plus obscurs de l'hisloire d'Egypte : en nous montrant que Thoutmosis III, fils de Thoutmosis II, était né d'une concubine, elle nous explique poui-quoi la reine Hatshopsouitou , fille de Thoutmosis 1" et de la reine Ahmasi, avait pour elle le droit héréditaire, et, par suite, la préséance sur son demi-frère Thoutmosis 11 et sur son neveu Thoutmosis 111 ; ils lui durent de régner, Thoutjnosis II. après son mariage avec la princesse héritière. Thoutmosis III, après son mariage avec la fille d'Halshopsouîlou et de Thoutmosis II.
Le couvercle du cercueil de Thoutmosis 111 est dans l'armoire H.
Vitrine I.
1180. — Long, de la momie i m. 70 cent.
Grand cercueil blanc, dont les pieds ont été brisés anciennement ; les traits sont relevés de noir, les veux
sont en email. Sur la poitrine , au-dessous des cai'touches . Manmaitri Séti iMcncphtali . de Séti 1" , on lit trois procèsverbaux en hiératique de longueur différente. D'après le premier, rfan VI, le 7 du deuxième mois de Shaît, le premier prophète d'Amon, Hrihorou, envoya restaurer l'appareil funéraire du roi Séti I"fl: le second déclare que, ffTan XVI, le 7 du quatrième mois de Pirit, sous le roi Siamanou Hrihorou , on retira le roi Séti I" de son tombeau pour le déposer dans la tombe de la princesse Anhapoufl, I/opéralion faite, le prêtre chargé du culte royal témoigna devant le Pharaon de la condition de la momie, et déclai-a (jue le corps n'avait souffert aucun dommage dans le transfert. Enfin rren Tan X, le 11 du quatrième mois de Pirit. sous le grand-prétre Pinotmou I", le roi Séti 1" fut transporté dans le tombeau d'Aménôthès {"'n; en foi de quoi on écrivit le troisième et dernier procès-verbal. La momie était enveloppée d'une forte toile jaunâtre et ne portail aucune inscription apparente.
Vitrine J.
4177. — Long, de la momie 1 m. 80 cent.
Cercueil en l)ois, non peint , en forme d'Osiris;îes yeux et les traits sont rehaussés de noir, les mains tienlnent encore un sceptre. Sur la poitrine sont tracés à Tencre les cartouches Ousirmari Sotpenri. Ramsès II Mariamanou . et trois inscriptions, dont Tune, effacée à Péponge, a été surchargée, mais reste encore lisible en partie. Elle a pouiobjet de constater que l'an VI, le grand-prétre Hrihorou fil restaurer la momie de Piamsès IL Des deux inscriptions restantes, Pune raconte que l'an XVII, le 7 du quatrième mois de Pirit , le grand-prétre fit retirer le corps de Ham-
ses II du tombeau de Séti I" où on Tavait dépose: 1* autre, tracée rajîidement au sommet de la tète, nous apprend que l'an X du grand-prètre Pinotmou, on transporta liamsès II dans le tondjeau d'Ame'nôtliès, en même temps que son père Séti 1".
Le style du monument et certains détails d" orthographe nous reportaient à la XX' dynastie plutôt quàla XIX'. Pour savoir si la momie était bien celle de Ramsès II . connue le prétendent les inscriptions du couvercle. M. Maspero lit enlever une ])artie des bandages qui ])araissaient être mal attachés, et il trouva, sur la poitrine du maillot original, une inscription à Tencre en hiératique, dont la teneur ne laisse subsister aucun doute ; h grand-prètre Pinotmou I" y déclare qu'il a fait réparer l'appareil funéraire de Ramsès II en l'an XVI. Le cercueil dans lec[uel le conquérant était enfermé primitivement avait été détruit et dut être remplacé: c'est là ce qui explique et Taspect du monument et les particularités orthographiques des cartouches. La momie a été mise au jour le i" juin i885 . devant S. A. le Khédive Tewlik.