‹ Guide du visiteur. Histoire archéologique et descriptive des églises de Paris ... Notre DameChapitre 5 sur 38 · ORIENTATION — GRAND PORTAIL · texte numérisé non relu

ORIENTATION — GRAND PORTAIL

Nos pères attachaient une grande importance à l'orientation ♦le leurs églises. Cet intérêt avait son principe dans les souvenirs les plus respectables de la religion. Les Juifs, lorsqu'ils priaient, tournaient leur visage vers le temple de Jérusalem ; Daniel ouvrait les portes de sa maison afin qu'elle fût purifiée par les premiers rayons du soleil; c'est dans l'Orient que l'on vit paraître l'étoile miraculeuse qui annonçait le Messie; c'est là que Jésus- Christ a trouvé son berceau, c'est là aussi qu'il est mort pour le salut des hommes.

Ces traditions inspirèrent aux premiers chrétiens la pensée de placer à l'orient l'autel de leur sacrifice. Cette coutume s'est perl>étuée d'âge en âge, et quoique les sciences physiques n'eussent pas atteint le degré de perfection qu'elles ont acquis de nos jours, les temples chrétiens furent orientés avec une étonnante précision. Cette règle établie par les constitutions apostoliques offre cependant quelques exceptions, notamment à Rome. Parmi les ltasiliques de la capitale du monde chrétien, il n'y a guère en effet que celles de Sainte-Maric-Majeure et du Vatican qui présentent cette disposition hiératique.

On peut diviser la façade de l'Eglise métropolitaine en trois zones superposées, partagées elles-mêmes en trois parties par quatre contre-forts décorés de niches. A la zone inférieure, se trouvent trois portiques à ogive qui forment porche par le retrait des portes en arrière de la masse de la façade, qui s'évasent de dedans en dehors et qui sont couverts de sculptures en bas-reliefs et en ronde bosse. Sur le tympan du portique central le jugement dernier est représenté avec toute la naïveté des idées artistiques du moyen âge. Les justes sont d'un côté, les réprouvés sont de l'autre, un ange tient au milieu d'eux la balance de la Justice divine. Vis-à-vis de lui rampe le père du mensonge qui pose le doigt sur un des bords de la balance pour essayer de la faire pencher de son côté. A ses pieds grimace un diablotin armé d'un crochet

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dont il se sert pour attirer la balance à lui, mais ses efforts sont vains, la balance reste juste du côté de l'ange du ciel. Plus bas, et comme placés aux extrémités du globe, deux anges au son de la trompette font lever les morts de leurs tombeaux : rois, prêtres et pasteurs secouent la |>oudre de leurs linceuls, prêts à comparaître devant le Juge suprême qu'on voit assis sur son trône, accompagné de deux anges dont l'un tient la croix, et l'autre la lance et les clous, instruments de la passion de Jésus-Cbrist. Plus loin, la Vierge divine, Marie, est à genoux, et du côté opposé, saint Jean l'Kv mgeliste se trouve dans la même attitude. Vient ensuite une longue file de réprouvés, enchnînés et conduits par les démons; sur la droite est le tableau de l'enfer et des supplices des damnés dont les uns, culbutés par les diables armés de fourches, sont près de disparaître dans des chaudières ardentes, tandis que d'autres fouettés, embrochés, foulés aux pieds, provoquent le rire de toute cette légion infernale, de tous ces démons à figures monstrueuses et bizarres. Dans les compartiments correspondants du côté opi>osé sont représentés le paradis et cette glorieuse milice d'anges, de prophètes, de martyrs, de vierges et de confesseurs qui ont mérité la possession du royaume préparé pour les justes depuis la constitution du monde.

Sur les profondes voussures des arcades se détachent des consoles superposées qui servent de dais et qui supportent des bustes divers. Les portes sont divisées en deux baies par un pilier central contre lequel s'adosse une statue. Au pilier du portique du milieu est celle de Notre-Seigneur, tenant d une main le livre de la vérité, et de l'autre donnant sa bénédiction . Les grandes figures de pierre qui se dressent dans les niches représentent les Apôtres foulant sous leurs pieds les rois du paganisme. Ces statues sont au nombre de douze. Quelques autres décorations de ce portail central offrent différents faits tirés de la Bible, de l'Evangile et des Vies des Saints.

Le portique à droite du grand portail (côté de PHôtel-Dieu) se nomme la porte de Sainte- Anne. Contre le pilier du milieu est adossée la statue de saint Marcel, neuvième évêque de Paris, terrassant avec sa crosse un dragon effrayant, personnification de l'Idolâtrie vaincue par les premiers évêques qui vinrent prêcher la doctrine chrétienne. Le tympan représente quelques épisodes du Nouveau-Testament, entre autres, le mariage de la Vierge avec saint Joseph^ son voyage de Galilée à Bethléem, la naissance de Jésus-Christ, la visite des anges et des bergers, l'adoration des

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mages, la fuite en Egypte. Dans un compartiment supérieur, la Vierge est assise tenant son divin Fils sur ses genoux. A ses côtés sont debout deux anges ayant chacun un encensoir à la main, et deux rois que l'on présume être David et Salomon. Dans le contour des arcades, on voit le Père éternel dans sa gloire entouré des prophètes, plus bas l'Agneau pascal, et au-dessous, le Christ environné d'anges et de saints.

Le portique à gauche (côté de la rue du Cloître) se nomme le portail de la Vierge. C'est sur ce portique que les artistes du moyen âge, dans leur zèle pieux, se sont attachés à prodiguer toutes les ressources de leur ciseau. Le tympan représente six prophètes de la loi ancienne; au-dessus, on voit la mort de la Vierge en présence des apôtres; plus haut encore, son couronnement par un ange. Son Fils est assis auprès d'elle; de chaque côté est un ange tenant à la main un flambeau garni d'un cierge allumé. On retrouve sculptées sur ce portique toutes sortes de flgures religieuses : des anges, des saints, des martyrs, etc. Sur les faces perpendiculaires de ce portail, est un zodiaque. Les signes adoptés pour désigner les diverses saisons de l'année et la succession des mois s'y montrent disposés avec assez d'art, mais pas toujours suivant les exigences d'une science rigoureuse. Ce zodiaque offre cela de particulier que onze signes seulement sont sculptés tout autour de la voussure du portique. Le douzième, celui de la Vierge, est isolé et adossé au trumeau du milieu. Dessiné sur de plus larges proportions et avec une amoureuse perfection, il était un hommage du sculpteur à la glorieuse patronne de la basilique. Cette figure avait été détruite par les vandales de 1793, elle fut rétablie en 1818 et a encore été restaurée en ces derniers temps. Un élégant piédestal la soutient. Des représentations semblables existent sur d'autres cathédrales, mais elles atteignent rarement à l'importance de la composition qui se déroule sur la porte de la Vierge à Notre-Dame de Paris.

Parmi les autres sculptures de ce portail, nous ne saurions passer sous silence huit bas-reliefs placés au-dessous des niches qui, avant 4 793, contenaient huit statues aujourd'hui détruites, mais que d'autres sont venues remplacer. Ces bas-reliefs représentent non une Tentation du démon et les symboles des quatre évangélistes, ainsi que le prétendent certains écrivains, mais huit sujets allégoriques, historiques ou symboliques destinés à faire reconnaître les personnages aux pieds desquels ils étaient placés. On remarque sur la droite : 1° un personnage vêtu d'une

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longue robe, et dont la tète est brisée. La statue de saint Jean- Baptiste surmontait autrefois ce bas-relief, dans lequel il faut assurément voir le roi Hérode, auteur du martyre de ce précurseur du Christ. -—2° Un jeune homme, le corps courbé, ramenant d une main le pan de son manteau vers sa poitrine, et de l'autre paraissant occupé à ramasser quelque chose. N'est-ce point là un juif persécuteur de saint Etienne dont la statue était audessus? — 3° Un personnage nu, ailé, le corps couvert de petites toulTcs de poil : ses pieds et sa léte ont disparu. (Test sans aucun doute le diable placé au-dessous de la slatue de sainte Geneviève qui en avait triomphé, ainsi que le raconte sa légende. — 3" Une ville entourée de remparts flanqués de tours; une porte à plein cintre, munie d une fente comme pour laisser tomber une herse, et accostée de deux tourelles encorbellées, donne entrée dans cette ville dont le principal édifice est une église. Ce bas-relief était autrefois surmonté de la statue d'un évéque qui n'était autre que saint Germain. La ville est la personnification d'Auxerre, et pour distinguer l'évèque de Paris de son homonyme, il élait tout simple que le sculpteur du moyen âge aidât la mémoire du peuple en figurant au bas de la slatue destinée à représenter le saint, la ville où il avait pris naissance. Les quatre bas-reliefs à gauche sont : 1" Un aigle, les ailes seini-déployées. Cet animal symbolique nous révèle l'existence de la statue de saint Jean l'K\angélisle,qui déjà avait disparu du temps de l'abbé Lebeuf. — 2" Un homme armé d'une hache; resté longtemps mutilé. Ce |»ersonnage, que surmontait la slatue de Saint-Denis, rappelle comment périt le premier évéque des Parisiens. — 3° Un lion. L'abbé Lebeuf nomme, mais sans en indiquer la place, la statue d'un roi qui se trouvait an-dessus de l'un des bas-reliefs que nous décrivons. Il est à préMimcr que cette statue élait celle de David, qui du reste a son analogue sur la grande porle latérale du nord à la cathédrale de Chartres. — 4° Enfin, un chien sur le dos duquel un oiseau de proie est perché. Ce symbole indique, à n'en pas douter, la présenced'un des martyrs le plus fréquem ment représenté au moyen âge, de saint Vincent. Le rapprochement de plusieurs de ces statues nous parait avoir été fait avec intention. Notre- Dame a remplacé deux églises dédiées à saint Etienne et à saint Vincent; et avant la révolution, auprès de la métropole étaient deux autres églises dédiées à saint Jean et à saint Denis.

Ces portiques latéraux ont des portes remarquables par leurs ornements en fonte de fer. Elle b vmt l'œuvre d'un serrurier lia-

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bile appelé Biscornet et présentent des enroulements multipliés et travaillés avec délicatesse. Cet ouvrage parut alors si merveilleux que l'on crut que le diable y avait coopéré, et à cet égard, la tradition nous a transmis la légende suivante :

Un garçon serrurier, qui se présentait pour obtenir maîtrise, fut chargé de ferrer les portes de Notre-Dame. Regardant ce travail comme au-dessus de ses forces, il était en proie au plus violent désespoir, lorsqu'un homme lui apparaît qui s'offre de remplir cette tâche, à condition que l'ouvrier se donnera à lui, corps et âme. Le pacte est signé, et dès le lendemain, les deux j>ortes latérales du portail sont ferrées. Cet homme n'était autre (jue le diable, et voilà pourquoi il ne ferra que les deux portes de côté. Quant à celle du milieu, c'était par là que passait le Saint- Sacrement, et Satan n'osa s'aventurer. Et ce qui prouve bien, ajoute la légende naïve, que cette ferrure estl'ouvragedu démon, c'est qu'il a mis son portrait sur plusieurs des bandes de fer qui ornent ces portes. On y remarque en effet plusieurs tètes ornées de cornes. Moins crédules que nos pères, nous présumons que Biscornet, pour conserver à la postérité la mémoire de son nom dans son propre ouvrage, aura mis dans les ornements plusieurs tètes d'animaux ayant des cornes,comme armes parlantes, ce qui a été en usage chez quelques autres artistes. L'œuvre de Biscornet a eu à supporter de bien nombreuses restaurations; la serrurerie est sortie des ateliers de MM. Duffner et Forestier, et les peintures ornementées de la porte centrale et qui sont un véritable chef-d'œuvre de forge ont pour auteur M. Boulanger.

Au-dessus des trois voussures de la façade, se déploie une galerie à arcades trilobées, appelée la galerie des Rois. Vingt-huit statues en font l'ornement et représentent treize rois de la première race, huit de la seconde et sept de la troisième, depuis Childebert ["jusqu'à Philippe Auguste. Un arrêté du conseil général de la commune de Paris, en date du 23 octobre 1793, ordonna la destruction de ces vénérables modèles de sculpture du moyen Age qui, après être restés longtemps entassés et recouverts des plus sales immondices, finirent, pour le plus grand nombre, par être trausformés en matériaux de construction. Ces statues sont aujourd'hui replacées. Leurs auteurs sont MM. Geoffroy-Dcchaume, Toussaint, Pascal, Chenillon, Emeric, Prinsay, Fromanger,qui ont aussi sculpté les statues des trois portes avec MM. Cavelier et Talhuet. {

La seconde zone de la façade comprend deux arcades géminées

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qui correspondent aux portes latérales, et une de ces roses rayonnantes qui dev iennent un des plus l>caux ornements des églises gothiques. C'est ce qu'on appelle la galerie delà Vierge. Sur l'appui même se trouvent fusées, à gauche la statue d'Adam, à droite celle d'Eve, et au milieu la figure de la Vierge servie par deux anges.

Enfin, la troisième zone est formée par une élégante galerie à jour dont les arcades sont portées par trente-quatre colonnettes très-déliées et très-3veltes, et qui rattachent la façade avec les deux tours carrées qui la couronnent. La largeur totale de la façade de Notre-Dame de Paris est de io* 20.

Au commencement du xvr siècle, il fallait monter treize marches pour arriver à cette aïeule de nos églises. Le degré, le temps Ta fait disparaître en élevant d'un progrès irrésistible et lent le niveau du sol de la cité, mais tout en faisant dévorer une a une par cette marée montante du pavé de Paris, les marches qui ajoutaient à la hauteur majestueuse de l'édifice, le temps a rendu h l'église plus peut-être qu'il ne lui a ôté,car c'est le temps qui a répandu sur la façade cette sombre couleur des siècles, qui fait de la vieillesse des monuments lïige de leur beauté.

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