Saile funéraire
4479. — Bronze. — H. o™ 1 9 ; larg. o™ 3 73 ; long, o^ 085.
Armature en bronze d'une porte de temple, au nom de la reine Shapenap, fille du roi Piônkhi et femme de Psamitik 1er. __ XXVIe dyn. Karnak,
Armoire AC,
Elle contient des meubles, des ustensiles, des vases, des provisions, tout le matériel de la vie journalière en Egypte. La plupart de ces objets avaient été déposés exprès dans les tombes pour servir de mobilier au mort; quelques-uns cependant, les outils de maçon par exemple, ont été oubliés par les ouvriers qui travaillaient à la décoration de Thypogée, et n'avaient aucune valeur mystique ou religieuse.
4484. — Joncs tressés. — H. o™ 14; diam.
Panier avec son couvercle, identique à ceux qu'on fabrique aujourd'hui encore dans la Haute Egypte (cfr. Salle du centre. Armoire U, no 3195, p. 115). — XI® dyn. Drah abou 7 neggah.
Les grains et les fruits, ainsi que la plupart des substances alimentaires, proviennent des tombes de la XI*' dynastie, à Drah abou '1 neggah. Nous avons (nos 4485 et 4622) une masse de grains de blé et d'avoine, concassés grossièrement et mêlés à leur balle; (no 4487) de l'avoine; des fèves (no 4488); des prunelles sèches (nos 4489, 4607, 4624), du dourah (no 4620), des olives (no 4621), du froment (no 4625),
Armoire AC. 247
un pavot et des grains de millet a^lutinés (n^ 4628) ; les œufs de poule, de canne et d*ibis {n9^ 4630, 4643) viennent de Saqqarah, et sont postérieurs à la XX® dynastie. Les graines que possède le Musée avaient toutes été desséchées au feu avant d'être déposées avec le mort : elles ne pouvaient donc pas avoir, comme on l'a dit, le pouvoir de germer. J'ajouterai que toutes les expériences tentées sur les semences que nous avons recueillies dans les tombeaux n'ont jamais amené de résultat satisfaisant. Il ne faut pas oublier que les Arabes ne se gênent nullement pour vendre, comme blé ancien, du blé qu'ils ont produit eux-mêmes, ou pour mêler des graines modernes aux graines qu'ils ont pu ramasser dans les hypogées : cette fraude est plus que suffisante à expliquer tous les récits, qu'on fait encore de temps en temps, sur les récoltes obtenues en semant du blé de momie.
4491. — Os humain. — Long, o"' 38.
C'est un fémur provenant d'une momie de la XI* dynastie. L'individu, auquel il appartenait, s'était cassé la jambe, longtemps avant la mort : la fracture n'avait pas été réduite et les deux parties ont chevauché l'une sur l'autre. Le fait n'est pas isolé, mais il ne faudrait pas en conclure, comme le voulait Mariette, que la chirurgie égyptienne était peu avancée. Aujourd'hui encore, où les chirurgiens ont pourtant un renom d*habileté bien mérité, nos cimetières fournissent, quand on les explore, bien des exemples de fractures non réduites et de chevauchements analogues à celui de notre momie. Quelques os mal remis ne prouvent rien; l'individu à qui
248 Salle funéraire.
appartenait le fémur n© 4491 a pu ne recevoir aucun soin ou tomber entre les mains d'un praticien maladroit, sans qu'on ait le droit de condamner en son nom tous les chirurgiens de l'Egypte. — XI® dyn.
Drah abou 7 neggah.
4493* — Bois. — H. o"* 82.
Chaise à pieds de lion, à dossier, sans bras. — XI® dyn. Drah abou 7 neggah,
4494. — Bois. — H. o"^ 14; long, o"^ 33.
Tabouret bas, à quatre pieds, canné (cfr. Armoire AC, nos 4616 et 4646). — XI® dyn.
Drah abou 7 neggah,
4495- — Bois. — H. o"^ 75.
Autre chaise, de même époque que le no 4493, mais sans les pieds de lion. Les tombes de la XI® dynastie, qui renfermaient des meubles, ont presque toutes été pillées au commencement du siècle : ce n'est donc pas à Boulaq qu'il faut chercher les plus beaux modèles de chaises ég)'ptiennes, mais au British Muséum, à Leyden et surtout au Louvre. — XI® dyn. Drah abou 7 neggah.
Pièce de grosse toile, mesurant environ quatre mètres de long. Le fond de l'armoire est tendu d'étoffes plus ou moins fines enlevées aux momies : une sorte de linceul est garni de franges (no 4600), une longue bande mince a conservé sa blancheur malgré les siècles (no 4601). Sur le tabouret no 4646 sont jetés de paquets d'étoffes et des échevaux de
Armoire AC. 249
fil noir et blanc (no 4647). On verra, dans la Salle de momies royales, la fine baptiste dont était enveloppée la momie de Thoutmos III : c'est la seule étoffe de prix que nous possédions. Le Musée de Boulaq n*a point de collection de tissus comparable à celles des principaux musées de TEurope.
4497. — Bois. — Long, du manche, o"^ 68.
Pioche en bois, identique pour la forme à celle
dont on se sert encore dans plusieurs cantons de la
Haute Egypte, y^. La corde médiale, qui réunit les deux
parties en bois, manque ici : on la verra au no 46 1 5 (Long, du manche, 0^ 56). Dans le no 4651 (Long, du manche, om 42), cette partie médiale est en bois, comme le reste de l'instrument.
Rouleau de corde grossière. Après avoir mis le
cercueil en place, les ouvriers oubliaient souvent d'emporter les cordes qui leur avaient servi à le descendre dans l'hypogée : c'est grâce à leur négligence que nous avons les pièces exposées dans cette armoire. Les unes sont de véritables câbles (nP 4499), les autres sont d'épaisseur moyenne (no 4500). La plupart sont en fibres de palmier, comme les cordes employées aujourd'hui par les Arabes; un rouleau (no 4613) paraît être en jonc tressé.
4603. — Bois. — Long, i^ 51.
Bâton de commandement, telle qu'on le voit à la main des gens de distinction, dans les cérémonies publiques (cfr. Petit Vestibule, no 21, p. 27) : l'ar-
250 Salle fanéraire.
moire ÂC en renferme deux bons spécimens (nos 4604 et 461 1), ce dernier fort orné. — XI* et XX* dyn.
Drah abou 7 neggah,
4612. — Terre cuite. — H. o"^ 185; diam.
Vase de forme singulière sur son plateau. — XI* dyn. Assassif,
4614. — Bois. H. o™ 275.
Maillet de sculpteur ou de maçon, en bois de palmier , trouvé dans la maçonnerie du Mastabat el Faraoun. Cfr. deux maillets de forme un peu différente, no 4648 (H. G™ 2ç) et no 4649 (H. o" 25), qui proviennent d'Abydos. — V* dyn.
Saqqarah»
4619. — Terre cuite. — H. o™ 23.
Poupée d'enfant : elle représente une jeune femme, serrant un vase contre sa poitrine. Une autre poupée (no 4632), en bois (H. ora 156), a les bras rapportés et mobiles ; une troisième (no 4633), en ivoire, a les pieds cassés. Toutes ont été retouchées, et certains détails marqués à Tencre avec beaucoup de liberté. — XI* dyn. Sheîkh Abd-el Goumah,
4650. — Bois. — H. o^ 25 ; larg. à Touverture, O™ 50.
Niveau de maçon. — XIX* dyn. Saqqarah.
4652. — Jonc. — Long, o^ 40.
Balais en jonc. — XI* dyn.
Drah abou 7 neggah.
Tombeau d^Horbotpou. 251
4653. — Jonc. — Diam. o™ 12.
Rond en corde de jonc que les porteurs d*eau se mettent sur la tête pour caler leurs cruches. — XI* dyn. Drah abou 7 neggah.
Tombeau d*Horhotpou,
4599* — L^ P^tît édifice qui s*élève à côté de Y Armoire AC, entre le pilier et le mur, est un tombeau de la XI* dynastie, que j'ai rapporté de Thèbes, au mois d'avril 1883. Il a été découvert en février 1883, à mi-côte de la montagne qui borne vers le Nord la vallée de Déir el-Baharî, presque au débouché de la route qui conduit de la plaine thébaine aux tombeaux des Rois. La chapelle extérieure, s'il y en eut jamais une, a été complètement détruite. Un couloir fort raide, grossièrement taillé dans le roc, mène, par une pente d'environ trente mètres, à une sorte de vestibule, d'où il ressort, sur la droite, pour aller tomber dans la chambre où s'élevait l'édicule aujourd'hui conservé au musée. Le corps de la montagne est formé, en cet endroit, d'une sorte de roche brune, très friable, dans laquelle sont infiltrés par milliers des filons de calcaire blanc : je ne saurais mieux la comparer qu'à une pâte feuilletée, tant certains des filons sont minces. Comme cette matière ne se prêtait nullement à la taille et à la décoration, l'architecte, après y avoir creusé un trou de dimensions convenables, y construisit, en blocs de calcaire blanc bien parés, le sarcophage et l'édicule que nous voyons. Ces blocs, enlevés un à un et dûment empaquetés, ont été transportés
252 Salle funéraire.
par eau de Thèbes à Boulaq, puis remontés dans Tordre même où ils étaient à l'origine. C'est un spécimen, unique dans les musées, de ce qu'étaient les tombeaux thébains sous la XI® et la XII*> dynastie.
Il nous est facile de nous représenter la façon dont s'y sont pris les ouvriers pour l'édifier. Le mur du fond et les deux murs de droite et de gauche furent élevés et décorés tout d'abord, puis les blocs introduits et ornés au moyen desquels on b&tit le sarcophage. C'est, en effet, une des particularités du Moyen-Empire, de substituer fréquemment, aux grands sarcophages monolithes, des sarcophages formés de blocs réunis par un peu de ciment et par des queues d'aronde. Le procédé était économique : il a été employé même pour des souverains, comme le prouve la découverte que nous avons faite, au Sud du temple d'Hâtshopsitou , à Déir el-Baharî, du tombeau de la reine Tmoum, femme de Monthotpou IV. Le sarcophage en place, on a bâti le mur de face, en n'y réservant, comme porte, qu'une sorte de baie juste assez large pour laisser passer la momie. Combien de temps le mort reposa -t-il en paix dans son caveau? Le voisinage d'une laure, établie à quelques mètres de la porte, ne lui permit guères d'échapper au fanatisme des moines, à supposer qu'il eût été épargné par l'avidité des voleurs païens. En tout cas, il fut ouvert et pillé pendant la première moitié de notre siècle, car M. Wilbour a reconnu dans la collection Abbott, à New- York, un bloc qui porte le nom du propriétaire et qui provient soit du sarcophage, soit d'une des parois. Le cercueil de bois fut brisé en petits mor-
Tombeau d'Horhotpou. 253
ceaux, tous les menus objets furent volés ou détruits : j'ai retrouvé dans les décombres un bras de statuette en bois d'un travail admirable, les rames et une partie de l'équipage d'une barque également en bois, et d'autres débris, qui prouvent l'existence d'un mobilier funéraire, analogue au mobilier découvert par Passalacqua et déposé aujourd'hui au Musée de Berlin.' Les voleurs défoncèrent les deux bouts du sarcophage, cassèrent, à coups de pic, deux pierres du mur de droite et une pierre du mur de gauche, afin de voir si l'épaisseur des blocs ne contenait pas de l'or ou quelque trésor caché. Tous ces fragments furent laissés à terre, à l'exception du morceau qu'a signalé M. Wilbour. Us m'ont servi à reconstituer presque entièrement la muraille : les parties manquantes ont été refaites au plâtre, et peintes dans le ton des parties originales par MM. Vassalli-Bey et Emile Brugsch-Bey, conservateurs du Musée.
Le tombeau a été construit en l'honneur d'Horhotpou, fils de la dame Sonit-she : les inscriptions ne nous en disent pas davantage. Les visiteurs qui ont déjà vu le tombeau de Ti à Saqqarah, ceux même qui ont examiné seulement les bas-reliefs exposés dans la Salle de r Ancien-Empire (nos 881, 887 — 891, 908, 958—960, 1046, 1051) reconnaîtront sur le champ quelles différences profondes il y a entre le style de ces monuments et celui du tombeau no 4599. Au lieu d'être sculptées et peintes, les parois sont peintes seulement; au lieu de scènss variées, entremêlées de rares hiéroglyphes, on ne voit qu'une maigre série d'objets d'offrande, accom-
254 Sftll^ funéraire.
pagnes d'interminables inscriptions. Le sarcophage, au lieu de présenter une masse presque nue ou décorée de dessins géométriques, comme les sarcophages no 964 — 970 (cfr. p. 223 — 224), contient autant de textes que les murailles : il est même garni d'une corniche multicolore que je n'ai retrouvée nulle part ailleurs. Ces différences, souvent observées sur d'autres tombeaux, avaient fait croire à Mariette qu'il y avait eu, entre la VI* et la XI® dynasties, rupture des traditions artistiques, et que les monuments thébains étaient le produit d'un art local, indépendant à l'origine de l'art memphite des anciennes dynasties. Cette théorie, qui a été adoptée généralement par les historiens de l'art, n'a pas été justifiée par les faits. J'ai ouvert (1882 — 1883) dans la plaine de Saqqarah, autour du Mastabat el-Faraoun, des mastabas en briques, dont la chambre sépulcrale est décorée de la même manière que la chambre de Horhotpou, mais avec une moindre profusion de légendes. Ils portent les cartouches de Nofirkerî Papi II et appartiennent par conséquent aux derniers temps de la VI*^ dynastie. Si peu nombreux qu'ils soient encore, ils n'en suffisent pas moins à prouver que cet art soi-disant thébain du Moyen-Empire avait son prototype dans l'art memphite de l'Ancien.
Chacune des parois a l'un des côtés occupé par un panneau de dessins géométriques, dont l'ensemble représente une porte. Les détails en sont curieux à étudier pour des architectes, car ils nous rendent assez exactement l'aspect qu'avaient les portes décorées dans les maisons particulières. Leur présence
Tombeau d'Horhotpou. 255
s'explique par les idées religieuses de T Egypte. Chaque paroi du tombeau était, comme le tombeau lui-même, une véritable maison, où étaient déposés les objets dessinés ou énumérés dans les textes qui couvraient la paroi : la porte peinte à chaque coin livre au mort Taccès de la maison. La décoration de 'chacune des parois est fort simple. Sur la face de la porte, au . dessus de la baie, des armes sOnt peintes, arcs, flèches, casse -têtes, etc. : c*est Tarsenal du mort auquel donnent accès les deux panneaux, en figure de porte, placés à droite et à gauchp de la porte réelle. La paroi de droite, est à la fois un magasin d^étoffes, de bijoux et d^armes, où
sont entassés des coupons de linge blanc [V des colliers ^^ 1 des miroirs V en or et en argent , des sachets de parfums et de poudre noire et verte pour les yeux ^, des bracelets en verroterie, des sandales des arcs, des casse -têtes, des boucliers, etc.
La paroi du fond est la salle à manger : elle ne porte aucune figure, mais l'espèce de tableau quadrillé qui en recouvre la partie supérieure, nous donne la liste des denrées nécessaires à la table du mort, vins, bières, liqueurs, viandes de boucherie, gibier, volailles, légumes, laitages, gâteaux de toute espèce. La paroi de gauche est comme une officine de parfumeur : on y voit, dans de grands vases peints de manière à imiter le jaspe, le granit, la poterie fine, les sept essences et les deux fards noir et vert, dont le mort avait besoin pour se parfumer dans Vautre monde et pour assurer à ses membres
256 Salle funéraire.
une jeunesse éternelle. C'est en résumé, sous une forme nouvelle, Texpression des mêmes idées qui avaient présidé à la décoration des mastabas de TAncien-Empire. Les prières sont en partie des extraits du Livre des Morts, en partie des chapitres de ce Rituel des Funérailles, dont les pyramides d'Ounas, de Teti, des deux Papi, de Sokarimsaf, nous ont livré la plus ancienne édition, et quelques papyrus de Tépoque romaine Tédition la plus récente. Les vertus magiques dont elles sont douées transforment en offirandes réelles les simulacres d*offrandes peints sur la muraille.
Le sarcophage est un résumé de la tombe entière, ou plutôt une seconde tombe enfermée dans la première. Il n'avait point de couvercle, selon un usage assez fréquent pendant la durée du Moyen-empire, et la momie n'y avait d'autre défense que ses bandelettes et son cercueil en bois. Celui-ci a disparu, sauf un éclat encore, couvert d'une écriture hiératique aussi fine d'aspect que l'écriture de la XXVI*' dynastie; quant au cadavre, il a dû être emporté au moment de la violation première (cfr. Salle du centre. Vitrine H, p. 77), car je n'en ai découvert aucune trace ni dans la chambre funéraire, ni dans le couloir. Les parois intérieures du sarcophage sont décorées de portes et d'ofirandes comme la chambre elle-même : elles ont été brisées en partie par les voleurs et restaurées par M. Emile Brugsch-Bey, d'après les peintures analogues du sarcophage de Tagi (Salle de V Ancien empire, no 1053, p. 224). Les textes de l'extérieur sont tracés d'une écriture beaucoup plus fine que celle des parois : ce sont
Vitrine AG.
encore des chapitres du Livre des Morts ou du Rituel des Funérailles, le Chapitre d*amener la barque afin que le mort passe à TOrient du ciel, le Chapitre de se rappeler les charmes magiques nécessaires dans l'autre monde , le Chapitre de ne pas manger d'excréments et, comme corollaire, celui de manger du pain d'offrandes. Sur la face qui est tournée vers l'intérieur de la chambre, à hauteur de tête, deux grands ou:(as (cfr. Vitrine AI, p. 267) s'ouvrent comme sur le sarcophage de Tagi.
Tel est cet hypogée curieux, le mieux conservé peut-être des tombeaux du Moyen empire thébain que l'on connaisse aujourd'hui. J'espère pouvoir transporter bientôt au Musée plusieurs autres tombeaux, choisis parmi les spécimens les plus complets que nous possédions de ce genre de monuments : le visiteur aura ainsi l'occasion de se familiariser avec les caractères propres à chaque époque.
A gauche de la porte, se trouve un meuble octogone, tout pareil au meuble décrit p. 225 — 240, et au centre duquel est placée une jolie statuette de l'Ancien empire.
Vitrine AG.
La vitrine AG renferme un choix de coiffures divines et d'emblèmes que l'on posait sur la tête ou sur les coiffures ordinaires des dieux et des rois divinisés. La plupart d'entre elles sont en bronze et proviennent de statues ou de statuettes aujourd'hui détruites : les Égyptiens avaient en effet l'habitude de rapporter les accessoires de leurs statues, lorsque
258 Salle funéraire.
celles-ci dépassaient certaines dimensions assez petites. Quelques-unes cependant sont complètement indépendantes de toute statue, et doivent être considérées comme des pièces votives ou comme des modèles.
4026. — Bronze. — H. o"* 15; long, o™ 18.
Une corne ondulée, avec une uraeus lovée et coiffée
du disque solaire. Provient de plusieurs espèces de coiffures dont les principales sont, le diadème AteJ
^JFh, et le diadème Hotsou jQ^L (cfr. d'autres morceaux analogues, nos 4034, 4049, et Salle du centre, Armoire E). — Ep. saïte. Saqqarah.
4027. — Terre émaillée bleu-verdâtre.
— H. moy. de o"* 029 à o"* 04.
La couronne. blanche, emblème de la souveraineté
sur la Haute Egypte, /y. — Ep. saïte.
Saqqarah et Abydos*
4028. — Bronze. — H. o"* 085.
Corne et plume d'autruche flanquée d'une uraeus lovée, coiffée du disque : provient d'un diadème Atef <cfr. nos 4073, 4074, 4075, 4077, 4078). — Ep. saïte.
Saqqarah,
4029. — Bronze. — Long, o"* i.
Corne de bélier provenant d'une coiffure de Khnoum (cfr. Armoire G, no 1904, p. 167) ou d'Ammon-Râ à tête de bélier (cfr. Armoire G, no 2009, p. 170). D'autres cornes analogues sous les nos 4035, 4044. — Ep. saïte. Saqqarah,
Vitrine AG. 259
4030. — Bronze. — H. o™ 095.
Le disque entre les deux cornes de vache en forme de lyre XP^ coiffure d'Isis, d'Hathor et, en général, de toutes les déesses -mères. Cfr. d'autres coiffures analogues, nos 4048, 4052, 4059, 4060, 4066, etc. — Ep. saïte. Saqqarah,
4032. — Bronze. — Terre émaillée verdàtre. — H. moy. de o™ 044 à o"^ 029.
La couronne rouge, emblème de la souveraineté
sur la Basse-Egypte, \/ . La réunion de la couronne
blanche Q (cfr. p. 258, no 4027) et de la couronne
rouge forme le Pskhent Yf y ^^^ les rois posaient
sur leur tête, pour montrer qu'ils régnaient sur les deux parties de l'Egypte et tenaient le Pays Entier dans leurs mains. — Ep. saïte.
Saqqarah et Abydos.
4033. — Bronze. — Long, o™ 043.
Les Ég}'ptiens avaient l'habitude de couper court ou même de raser les cheveux des enfants et des adolescents, sauf une grosse tresse qu'ils laissaient subsister et qui pendait sur l'oreille droite 9. La momie du roi Sokarimsaf de la VI' dynastie, conservée dans la Salle des momies royales, a encore aujourd'hui cette tresse. Passé l'adolescence, elle n'était plus portée que par des prêtres de haut rang, tels que le Sam ou grand-prêtre de Phtah, VAnmoutf, etc., ou par certains dieux, tels que Phtah, Khonsou, Thot-ioh ou Thot-Lune, Hor enfant, etc. Le no 4033
26o Salle funéraire.
provient probablement d'une statue d'Hor enfant (cfr. Salle du centre, Armoire D, p. 174, no 221 1), comme les nos 4037, 4046. — Ep. saïte. Saqqarah.
4036. — Bronze. — Long, o"^ 10.
De même qu'ils se rasaient les cheveux, les Egyptiens se rasaient ordinairement la barbe. Toutefois, le rituel et l'étiquette exigeaient qu'ils ne parussent pas dans certaines cérémonies civiles et religieuses le menton dégarni. Ils employaient en pareil cas des barbes postiches, faites de cheveux ou de crins tressés y, et qu'ils attachaient à la coiffure ou à la per-^ ruque, au moyen de deux mentonnières en toile ou en cuir peint courant sur les joues. En regardant attentivement une des statues de rois du Musée, celle du Pharaon Harmhabi, par exemple, on reconnaîtra sans peine la manière dont on agençait cet appendice bizarre. La plupart des cercueils de momie à tête humaine ont au menton la barbe postiche en bois sculpté. (Cfr. d'autres objets analogues, nos 4045, 4053» 4056, 4057, 4063.) — Ep. saïte, Saqqarah.
4038. — Bronze. — H. o"^ 05.
Coiffure formée de longues plumes piquées sur une sorte de bourrelet bordé d'urseus lovées, coififées du disque solaire. Elle appartient d'ordinaire au dieu Bîs (cfr. Armoire /, no 1709, p. 155). — Ep. saïte.
Saqqarah.
4039. — Bronze. — H. o™ 047.
Coiffure formée des trois paquets de joncs liés, hotsou, surmontés du disque solaire, posés sur les
Vitrine AG. 261
deux cornes et flanqués de deux plumes d*autruche et de deux uraeus JjntL* Cette coiffure appartient, de
préférence, vers l'époque ptolémaïque, aux dieux enfants, Harpokhrate, Ahi de Dendérah, Khonsou, etc., ou aux rois officiant devant les dieux : on la trouve aussi sur la tête d'Osiris, de Shou, de Thot, etc. (cfr. no 4064). — Ep. saïte. Saqqarah,
4040. — Bronze. — H. o™ 062.
Fleur de lotus épanouie. Tantôt c'est la coifïîire du dieu Nofîrtoum (cfr. Armoire I, no 1714, p. 156), tantôt c'est la fleur d'où Hor enfant sort tous les matins au lever du Soleil. Plus rarement, elle sert de piédestal à d'autres dieux, à Bîs {Armoire /, no 1784, p. 162), à Thot, taureau dans la ville de Mendès {Armoire /, no 1831, p. 163), à Khnoum {Armoire G, no 2016, p. 170), etc. — Ep. saïte. Saqqarah,
4041. — Bronze. — H. o™ 069.
La coiffure d'Ammon-Thébain, les deux plumes
d'autruche sur le disque solaire /In (cfr. même
vitrine, n» 40 54). Souvent, elle pose sur les cornes
Lu (nos 4043, 4050, 4051, 4061), ou sur une sorte
de mortier M/. — Ep. saïte. Saqqarah.
4042. — Bronze. — H. o"^ 054.
La coiffure de plumes du dieu Bîs (cfr. no 4038). — Ep. saïte. Saqqarah,
4055. — Bronze. — H. o"* 13.
Coiffure des dieux-lune Osiris (Armoire D, no 2212,
202 Salle fanéraire.
p. 174), Thot {Armoire F, no 2068, p. 272), etc. Elle est composée du disque lunaire, sur lequel est perché un diadème Atef : Vœ'û lunaire est gravé à la pointe sur le corps du diadème. — Ep. saïte.
Saqqarah,
4065. — Bronze. — H. o™ 04.
Uraeus provenant d'une coiffure royale ou divine (cfr. Armoire I, no 1742, p. 159). Ep. saïte.
Saqqarah.
Vitrine AH.
Les objets exposés dans cette vitrine et dans les suivantes, sont presque tous des amulettes trouvés dans les cercueils et sur les momies même. Ils avaient chacun une vertu spéciale, qu'on leur communiquait en récitant sur eux une prière au moment de Temmaillotage ou de l'enterrement, et protégaient qui la tête, qui le tronc, les bras ou les jambes, comme les pièces d'une armure magique. J'ai déjà montré plus haut quelles idées se rattachaient à quelques-uns d'entre eux, au Tôt {Armoire Af, no 1261, p. 143), à la grenouille {Armoire K, nos 1420 — 1429, p. 146), au collier {Armoire J/, p. 141, no 1204) : les autres seront expliqués au fur et à mesure qu'ils se présenteront.
La plupart des morceaux de ce genre, que j'ai à décrire, sont le produit d'une industrie spéciale, dont les musées égyptiens de l'Europe ne possèdent que de très rares échantillons. En 1862, M. Vassalli- Bey, alors inspecteur des fouilles, fut chargé par Mariette d'explorer le Fayoum et principalement les
Vitrine AH. 263
grandes ruines où Lepsius a cru reconnaître les restes du Labyrinthe célébré par Hérodote. Quel qu*ait été Tusage primitif des édifices situés en cet endroit, il est certain que, vers l'époque gréco-romaine, ils servirent de nécropole à la grande ville d'Ârsinoé : en déblayant les chambres, M. Vassalli y trouva nombre de momies, avec leur accompagnement ordinaire de lampes sépulcrales, de vases en terre cuite et en verre, de figurines. Par malheur, les pluies et la chute des murs avaient détruit presque entièrement les cercueils : au moindre effort qu'on faisait pour les déplacer, ils tombaient en poussière. Les plus beaux appartenaient à une même \ famille, dont les huit membres avaient été ensevelis Tun après l'autre dans une seule chambre. Les caisses étaient enduites d'une couche épaisse de plâtre doré, sur lequel des pierres fines et des pâtes de verre taillées étaient incrustées, de manière à produire par leur combinaison les ornements et les hiéroglyphes ordinaires. Deux de ces momies étaient décorées avec un soin tout particulier : c'étaient celles de deux enfants, à qui leurs parents avaient voulu donner sans doute des marques d'une affection peu commune. Les bagues qu'elles avaient au doigt portaient sur le chaton l'image du crocodile qu'on adorait dans le Fayoum : les quelques débris de légendes que M. Vassalli put copier renfermaient une dédicace au dieu crocodile Sobkou. Tout mutilés qu'ils sont, les fragments que M. Vassalli a rapportés de son exploration forment la collection la plus complète qui existe de verreries égyptiennes (cfr. Armoire Y, p. 103—104).
264 Salle funéraire.
4085. — Pâtes de couleurs. — H. moy.
Dix petites plaques sur lesquelles sont tracés des scarabées en relief : ces plaques remplaçaient à l'occasion le scarabée lui-même (cfr. p. 228 — 229). Voir des plaques analogues, no 4092.
Médinet eUFayoum.
4086. — Or. — H. moy. 0°^ 15 à o"^ 48.
Petites plaques d'or travaillées au repoussé et à
la pointe. Les unes représentent des uraeus, des vautours, des barques, des serpents; le plus grand nombre sont taillées en forme de ceintures oblongues. Elles étaient perdues dans l'épaisseur des bandelettes et avaient les mêmes vertus qu'on attribuait à l'amulette dont elles portaient l'image. — Ep. grecque.
Médinet el-Fayoum.
4087. — Jaspe rouge et vert. — Long.
Oï" II.
Bras et main de la déesse Isis; il appartenait à la figure de la déesse, placée, selon l'usage, sur la poitrine d'une des huit momies du fond Vassalli.
Médinet el-Fàyoum,
4088. — Emaux et pierres fines. — H.
moy. o"^ 049 à o™ 06.
Quelques-uns des hiéroglyphes incrustés sur les momies du fond Vassalli : un hibou, ^v , deux vautours, ^^, un aigle, jg^, une plume, I].
Médinet el-Fayoum.
Vitrine AH. 265
4089. — Pâte de verre bleu verdâtre.
— Long, o™ 41 à o"^ 55.
Trois têtes de vautour '^. Les yeux de la plus grande sont en pâte rouge et curieusement étudiés : les deux autres ont perdu les yeux.
Médinet el-Fayount.
4090. — Obsidienne. — H. o"* 09 ; long. o"^ 20.
Deux chacals accroupis et tournés Tun à droite, l'autre à gauche. Ils représentent les deux chacals guides des voies célestes du Nord et du Sud, Ambis sous son nom d'Ouopmatonou ou d'Ouopouaïtou (ck. Armoire D,'n9 2217, p. 174). Saqqarah,
4091. — Email bleu. — H. moy. o"^ 014 à o™ 07.
Quatre têtes de femme en émail bleu clair, provenant des momies du fond Vassalli. Les trois plus petites représentent la partie de la tête que ne couvre point la coiffure; la plus grande a, de plus que les autres, sa coiffure en émail vert noir (cfr. nos 4096, 4101, 4102, 4139). Médinet eUFayoum,
4093. — Email rouge et jaune. — Long, de o"^ 023 à o™ 034.
Sept vaches accroupies, avec les deux plumes et le disque solaire entre les cornes. C'est l'image d'Isis et surtout d'Hathor, la déesse de l'Occident, protectrice des morts (cfr. Vitrine A, no 2580, p. 183).
— Ep. saïte. Abydos»
266 Salle funéraire.
4095. — Emaux de couleurs diverses.
Anubis, le dieu chacal, avait entre autres fonctions, le privilège de veiller sur la conservation des bandelettes et des cercueils : d*où son titre de Amout, Celui qui est dans Tembaumement. Quatre des cinq plaques réunies sous le no 4095, le montrent occupé à déposer la momie sur le lit funéraire.
Saqqarah.
4096. — Emaux colorés.
La plus grande des trois figures réunies sous ce numéro (H, o™ 115) représente la déesse Ma accroupie, la plume sur la tête. La face est bleu-clair comme au no 4091, ainsi que les mains, la coiffure est bleu sombre, la plume est jaune et vert, le corps brun rouge; quant au collier, c'est une sorte de mosaïque multicolore, formée de longs fîls de verre agglutinés par la cuisson.
Les deux autres (H. o" 062 et 0™ 06) sont moins complètes, mais composées de la même manière : elles viennent des momies découvertes par M. Vassalli. — Ep. grecque. Médinet el-Fayoum,
4098. — Pâtes de verre de couleur variée. — H. de G™ 025 à o™ 033.
Petites figurines de divinité du même type que précédentes. Ma, Râ, et le cynocéphale de Thot. — Ep. saïte et grecque.
Abydos, Saqqarah, Médinet eUFayoum,
4099 — 4100. — Or.
On a d'abord tracé à Tencre, puis gravé à la pointe
Vitrine AI. 267
sur ces deux plaquettes, les différents amulettes qu'on avait rhabitude de déposer sur la momie, le bonnet 1^, et trois serpents ^^, "^ , *^-'*— , (no 4099)» l'œil
^^^, la colonne en forme de lotus ft , le collier Jly
le serpent (/', le sceptre i>t>— , le Tat W, le coupon
d'étoffe, f\ et le nœud de ceinture ff (no 4100); sur
la seconde feuille était écrit à Tencre le nom du mort et une petite formule, malheureusement peu lisible. Les plaques de ce genre étaient des phylactères, destinés à combiner les vertus des différents amulettes représentés et à les remplacer au besoin. Ils étaient cousus sur le maillot des momies au moyen de petits anneaux soudés par derrière. — Ep. saïte ou grecque. Saqqarah,
Vitrine AL
Elle renferme une collection d'yeux mystiques, de colonnes en forme de lotus, et de chevets, de la forme et de la grandeur le plus variée.
Les yeux mystiques, en égyptien ou\a ^^^» sont, à proprement parler, les yeux du dieu Râ, considéré comme dieu suprême : l'œil droit est le soleil, l'œil gauche est la lune. L'œil, isolé de la figure divine à laquelle il appartenait, devenait une divinité ou:{a Hor, l'œil d'Hor, qui avait son existence indépendante, et jouait un certain rôle dans la légende osirienne : il avait pleuré en différentes occasions, et ses pleurs avaient donné naissance à toutes les substances utiles, au vin, à l'huile, etc. Menacé par Sit, il n'échappait à un danger que pour retomber dans
268 Salle funéraire.
un autre, mais sortait toujours victorieux de chaque épreuvift : aussi les vivants et les morts avaient-ils l'habitude de se mettre sous sa protection et d'opposer sa puissance à tous leurs ennemis. On le consacrait en récitant sur lui certaines prières, le chapitre CXL du Livre des Morts par exemple, puis on l'attachait au poignet de l'individu (cfr. Armoire Y, no 3279, p. 108), à son cou, sur sa poitrine, ou bien on le mettait avec d'autres amulettes dans la cavité du ventre, après l'extraction des intestins. On le fabriquait en toutes matières, en lapis, en cornaline rouge, en feldspath vert, en agathe, en bois, en pâtes émaillées etc., et on en, variait la forme et la grandeur à l'infini.
4118. — Matières diverses.
Les plus curieux des ous[as que nous possédons sont réunis sous ce numéro. Plusieurs d'entre eux, en pâte bleue, se composent de quatre yeux accouplés. Plusieurs ont le sourcil surmonté d'une lionne accroupie : il est dit, en effet, au chap. CXXXII du Livre des Morts, que le lion est l'œil d'Hor. Les ouj^as de ce type ont généralement l'espace entre la paupière et le sourcil occupé par une rangée de trois ouj^as plus petits : l'un d'eux en pâte verte (H. o"^ 045) a une figure de Bast à tête de lionne tracée sur la paupière inférieure. Au centre, s*étale une paire d'yeux (H. o™ 024), d'où pendent sept luths T emblèmes de toutes les bonnes choses qui
découlent de l'œil d'Hor. A côté de celui-ci, un œil est pourvu d'une aile pendante et d'un bras qui tient
Vitrine AI. 269
la croix ansée, signe d^ vie (H. 0" 025). — Ep. grecque. SaqqSrah,
Les colonnettes jC sont l'image exacte du signe
qui veut dire être vert, florissant. On les plaçait au cou du défunt, et le Livre des Morts ne nous donne pas moins de deux formules différentes pour les consacrer (Chap. CLIX et CLX). Régulièrement elles devaient être en feldspath vert : la couleur répondait alors au sens du mot. On en a cependant en toute sorte de substances, bleues, jaunes ou rouges.
4117. — Matières diverses.
Les quatre colonnettes, réunies, sous ce numéro, à une dizaine d'yeux mystiques, offrent un bon spécimen de ce genre d'amulette. L'inscription que porte l'une d'elles (pâte bleue, H. cm 057), ne renferme que le nom du défunt : notre musée n'en possède aucune où soit gravée la formule de consécration du chapitre CLIX. — Ep. grecque. Saqqarah,
J'ai déjà expliqué ailleurs {Vitrine O, no 1591, p. 1 30) ce qu'était le chevet pour les Égyptiens. Souvent, au lieu des chevets réels en bois ou en pierre, on mettait avec la momie des chevets en miniature, qui lui rendaient dans l'autre monde le même service que les autres. Les chevets amulettes sont presque toujours en hématite, ou en calcaire noirci de manière à paraître l'hématite, probablement à cause de la vieille croyance populaire, d'après laquelle la pierre en question a la vertu de procurer un sommeil paisible. La plupart des chevets de ce genre
270 Salle funéraire.
sont enregistrés sous les numéros 41 19 et 41 21 : ils sont presque tous d'époque grecque et viennent d'Abydos ou de Saqqarah.
Vitrine AJ.
Autre vitrine remplie de menus objets en verre de couleur, tous provenant de la trouvaille Vassalii.
Une série de fragments d'hiéroglyphes ou des figures : un canard; un amulette en forme de cœur en verre rouge, bleu, blanc; un collier ayant appartenu à une figure analogue à celle de la déesse Ma décrite plus haute (cfr. Vitrine AH, no 4096, p. 266). Le plus curieux peut-être des objets compris sous ce numéro est un pion (cfr. Salle du centre, Armoire O, no 3182, p. 114), en terre bleue, surmonté d'un poing fermé. — Ep. grecque.
Médinet el-Fayoum,
Colonnettes I, perles, et fragments d'hiéroglyphes de même style et de même provenance.
Collier formé de trente et une perles en cornaline, alternant avec vingt-neuf pendeloques également en cornaline ou en terre émaillée imitant cette pierre. Au centre, un petit vase en cornaline, entre deux cailloux tachetés, percés et taillés en forme de pierre.
Vitrine AJ. 271
Rien n*est plus fréquent que de trouver dans les tombes, à toutes les époques, des cailloux de forme ou de couleur étranges. Je ne sais s'ils servaient d'ornement ou de fétiche : probablement étaient -ils les deux à la fois. — Ep. saïie. Abydos.
Autre collier formé de sept petits coquillages en pâte de verre bleue, montés en or et tenus par un fermoir en terre émaillée verte, serti d'or, qui porte la légende : Illumination du défunt Psamitik, On trouve souvent, à Abydos surtout, des coquillages de l'espèce appelée cauris et qui servent aujourd'hui de monnaie au centre de l'Afrique. Il faut croire qu'ils avaient une valeur mystique, car on les imitait en terres de diverses couleurs : mais je ne sais, à vrai dire, quelle idée on attachait à les posséder. Les coquillages qui forment le collier no 4130 ne sont pas des cauris : on les trouve pourtant en assez grand nombre dans les tombes pour que je sois porté à les considérer comme autant d'amulettes. — Ep. saïte. Saqqarah.
On a réuni sous ce numéro les plus fines de nos mosaïques en verre. Tout est également remarquable dans ces petits objets : je signalerai cependant les deux petites plaques où l'on voit une figure de femme, dessinée de face, dans l'une sur fond blanc, dans l'autre sur fond vert d'eau, encadré de rouge. Une plaque plus curieuse encore représente un bœuf Apis, à la robe blanche et noire, debout, marchant : le
272 Salle funéraire.
travail en est si délicat qu'il ne perd rien à être examiné à la loupe. — Ep. grecque.
Médinet el-Fayoum,
A remarquer sous ce numéro, les plaques sur lesquelles est représenté un singe marchant à quatre pattes et flairant un fruit posé à terre. — Ep. grecque.
Médinet el-Fayoum,
Je n'insisterai pas davantage sur les autres menus objets que contient cette vitrine : ce serait m'obliger à répéter sans cesse les mêmes descriptions dans les mêmes termes. Profils humains (no 4139) identiques à ceux que j'ai signalés plus haut ( Vitrine AH, no 4091, p. 265), poings fermés en pâte bleue (no 4140), petites lentilles en verre transparent bleu, jaune, vert-olive (no 4145), perles en verre bleu ou blanc strié de noir (no 4148), tout prouve une habileté à teindre, à découper, à modeler le verre, qui a été rarement égalée, jamais dépassée dans l'antiquité. Ce sont ces babioles qui nous donnent en réalité le témoignage le plus convainquant de la puissance industrielle et commerciale à laquelle était arrivée l'Egypte. S'ils ne se rencontraient que rarement dans les tombes, on pourrait croire qu'ils demeuraient le privilège de quelques personnages plus riches que les autres; mais le sable des nécropoles en est comme semé, et ce qui en subsiste encore, après les siècles de pillage, nous permet d'entrevoir en quelle quantité on les fabriquait.
Vitrine AK. 273
Vitrine AK,
4154. — Terre émaillée bleue et verte.
— Long, de O"^ 02 à o"* 04.
Dix-huit lièvres d'Egypte à longues oreilles sont inscrits sous ce numéro. Le lièvre avait pour valeur phonétique oun, ouon, qui signifie être et ouvrir : il entrait comme signe essentiel dans le principal des surnoms d'Osiris, Onnofri, Ounnofri, Vêtre bon, et avait fini par être tellement attaché à Tidée de ce dieu, qu'aux basses époques, on trouve parfois des Osiris à tête de lièvre. Plusieurs génies avaient la même forme que cet Osiris : c'étaient les gardiens des portes de l'enfer, chargés d'ouvrir la voie aux bons, de la fermer aux méchants. Â tous ces titres, le lièvre figure Souvent au nombre des amulettes préservateurs, soit qu'il fût destiné à rendre les géniesportiers favorables au mort, soit qu'il rappelât une des incarnations d'Osiris. — Ep. saïte.
Abydos et Saqqarah,
4155. — Terre émaillée bleue et verte.
— Long, de o"^ 022 à o"^ 055.
Dix-sept truies, fouillant le sol de leur groin : l'une d'elles (long. 0™ 025) a trois porcelets près d'elle. La truie était une des formes de Thouéris (cfr. Salle du centre, no 3963, p. 76), et échangeait en ce rôle avec l'hippopotame. Elle était consacrée à Typhon, ainsi que le porc, ce qui ne l'empêchait pas d'être parfois considérée comme un emblème de fécondité heureuse et identifiée à Isis; sous le plat du socle,
274 Salle funéraire.
on trouve assez souvent un souhait ainsi conçu : «Qu'lsis donne le bonheur au propriétaire de cette » truie». — Ep. saîte. Abydos et Saqqarah.
4159. — Email bleu. — Long, de o^ 034
Les crocodiles étaient consacrés au dieu Sobkou (cfr. Salle du centre, no 1848, p. 197 — 199), adoré de préférence au Fayoum, à Ombos et aux cataractes d'Eléphantine. Us étaient aussi les enfants de la déesse Nit, c'est-à-dire probablement Hor et Sit (cfr. Salle du centre^ Armoire I, no 171 2, p. i56), le plus souvent Sit. Le défunt rencontrait dans l'autre monde des crocodiles bons et méchants. Le chapitre XXXII du Livre des Morts lui fournissait une conjuration pour repousser l'attaque des crocodiles de Sit, et le chapitre LXXXVIII les moyens de prendre la forme du crocodile pour traverser les flots de l'Océan divin. Dans la légende osirienne, un crocodile avait porté jusqu'au temple de Philae la momie d'Osiris, et Osirîs lui-même était parfois identifié au double crocodile. Le crocodile était donc un des amulettes les plus nécessaires au mort : il le défendait contre les semblables d'espèce infernale et lui assurait la protection d'Osiris et de Nit. — Ep. grecque.
Ahydos et Saqqarah,
4160. — Email vert et bleu. — Long, de o"^ 016 à o"^ 024.
Cinq porc-épîcs. Il est difficile de dire à quoi servait cet amulette : on ne connaît jusqu'à présent aucun dieu à qui le porc -épie ait été consacré. Les
Vitrine AK. 275
artistes égyptiens ont affecté de lui donner souvent le galbe et Taspect général d'un scarabée : je suis tenté de reconnaître en lui une variante du scarabée ordinaire et pour le sens et pour la forme, mais c'est là une conjecture qu'aucun texte n'appuie jusqu'il présent, — Ep. saïte.
Abydos et Saqqarah,
4161. — Email bleu. — Long, o"^ 032.
Un bœuf couché, les quatre pattes liées en un seul faisceau y la tête coupée : c'est la victime après le sacrifice. La religion admettait qu'on remplaçât dans le culte des morts l'offrande réelle par l'offrande simulée. L'amulette 41 61 est une offrande fictive : il assurait au mort sur qui on le plaçait la propriété éternelle de bœufs immolés dans l'autre vie. — Ep. saïte. Abydos,
4163. — Terre émaillée verte. — Long.
Eléphant : les pattes et la trompe sont brisées. Les figures d'éléphant sont fort rares, et celle-ci était unique au musée, jusqu'au moment où j'ai découvert, à Coptos, l'éléphant en terre cuite exposé dans l'une des armoires de la Salle Grecque. Encore ce dernier est -il de travail hellénique, tandis que le no 4163 est de travail purement égyptien. L'éléphant servait de toute antiquité à écrire le nom de l'île d'Abou (Eléphantine), au débouché de la première cataracte, mais aucun texte ne nous a fait connaître jusqu'à présent qu'il eût un rôle dans les traditions religieuses de l'Egypte. Peut-être le no 4163
276 Salle funéraire.
n'est -il qu'une offrande fictive comme le no 4161 : on l'aurait déposé dans la tombe^ afin d'assurer au défunt la provision d'ivoire dont il avait besoin pour son mobilier. — £p. saïte. Saqqarah,
4166. — Email bleu. — H. moy. de o™ 019 à o"^ 044.
Formes diverses du génie Nahbkoou (cfr. Salle du centre. Armoire /, no 171 5, p. 157) : à plusieurs reprises, il est représenté mangeant un objet rond qui ressemble à une pomme. — Ep. saïto-grecque.
Saqqarah,
4169. — Terre bleue. — Long, o^ 042.
Imitation de coquillage, percé sur le dos (cfr. no 4130, p. 271). — Ep. saïte. Abydos.
4173. — Terre émaillée verte. — Long.
Singe couché, le coude sur un coussin (cfr. Salle du centre, Armoire D, no 2225, p. 175). — Ep. saïte.
Saqqarah,
4176. — Terre émaillée bleue. — Long.
Dix bœufs Apis marchant (cfr. Salle du centre^ Armoire B, no 2450, p. 178). — Ep. saïte.
Saqqarah.
Vitrine AL,
Collection de bagues et d'emblèmes : plumes fll (no 4180) d'Ammon, coifïures rouges (no 41 81) et
Vitrine AL. 277
blanches (no 4182) en terre émaillée bleue (cfr. nos 4027, p. 258, et 4032, p. 259), paumes de main dont je ne connais pas la signification ^no 4196), yeux mystiques (no 4208, cfr. p. 267). Toutes les petites pendeloques en émail bleu, réunies sous le no 4182, ont été recueillies à Saqqarah, et forment une collection complète d'amulettes funéraires : Le cartouche Ousirmart-sotpenrî de Ramsès II, nous permet de les faire remonter jusque vers la XIX* dynastie.
4185. — Terre bleue. — H. moy. de o"* oi
Huit petits naos découpés, avec une déesse dans la niche, généralement la déesse Sokhit à tête de lion (cfr. Cour, no 6006, p. 8). C'étaient de petits amulettes protecteurs qu'on portait au cou, comme on fait aujourd'hui les médailles bénies. D'autres naos du même genre sont exposés sous le no 4192 : dans l'un d'eux, les deux formes de la déesse féline, Sokhit et Bast, sont assises à côté l'une de l'autre. — Ep. saïte. Zagaj{ig et Saqqarah.
4186. — Pâtes de verre. — H. moy. de o™ 28 à o"™ 045.
Groupe de raisin noir et pommes de pin en pâte violette : offrandes fictives du genre des no» 416 1 (p. 275), 4194 (p. 278), 4204 (p. 279), etc. — Ep. grecque. Saqqarah,
La collection des bagues (cfr. Salle du centre. Vitrine H, p. 85 — 86, les bagues en or) est assez complète, et renferme presque tous les modèles employés par les Égyptiens. Tantôt le chftton fait corps
278 Salle funéraire.
avec l'anneau, tantôt il en est séparé et tourne sur* pivot : ainsi au no 4189, où le chaton est un scarabée en bronze au nom d*un prêtre d'Ammon-Râ. Toutes les matières sont employées presque indifféremment, l'or, l'argent (no 4199), le bronze (no 4190), la cornaline (no 4189), surtout les terres émaillées bleues et vertes (nos 4188, 4200, 4205, 4206, etc.): on y trouve même quelques exemples d'or et d'argent fourrés (no 4199). Les cérémonies de l'embaumement exigeaient, qu'au moment d'envelopper la main, on lui passât au doigt un anneau d'or, appelé ranneau de justification : muni de cet anneau, le mort avait désormais la voix juste (cfr. Salle du centre, no 3967, p. 189) et retenait toutes les prières dont il avait besoin. Pour que le charme opérât, il fallait laisser l'anneau au doigt; mais l'or coûtait cher* La cérémonie terminée, on retirait l'anneau d'or qu'on remplaçait par un anneau en bronze doré et surtout par un anneau en émail. De là, le nombre vraiment prodigieux d'anneaux en terre émaillée qu'on trouve dans les musées.
4193. — Or, — H. moy. o"^ 032.
Petites feuilles d'or aux cartouches des Simontou Siamoun et Noutikhopirrî-sotpenamoun (cfr. Salle du centre, Vitrine P, no 3778, p. 93) de la dynastie Tanite. — XX1« dyn. Tanis,
4194. — Terre émaillée.
Un taureau lié pour le sacrifice, une tête de veau, deux cuisses de bœuf : offrandes fictives du genre de celles qui sont exposées sous le no 4 161 (p. 275). — Ep. grecque. SaqqaraK
Vitrine AM. 279
4195. — Cornaline.
Vingt-neuf serpents coupés par le milieu; la plupart se terminent par une bélière qui servait à les suspendre au cou de la personne. Ils étaient destinés à protéger les vivants et les morts contre la piqûre des serpents et des scorpions (cfr. Salle du centre, no 1841, p. 141). — Ep. saïto-grecque.
Saqqarah.
4204. — Email vert. — Long, o"^ 03 à o"^ 042.
Trois bœufs égorgés ou décapités (cfr. p. 278, no 4194, et p. 275, no 4161). — Ep. grecque.
Saqqarah.
Vitrine AM»
4212. — Pierres diverses. — H. moy. de
Petits vases en forme de cœur, avec deux anses en forme d'oreillettes (cfr. Salle du centre. Armoire V^ , no 3080, p. 118, et Vitrine P, no 3925, p. 98; Salle funéraire, Vitrine A R, no 4551). — Ep. grecque.
Abydos et Saqqarah,
4213. — Cornaline. -^ H. o"^ 035.
Vase en forme de cœur, mais sans oreillettes. — Ep. saïte. Abydos,
4214. — Email rouge et cornaline. —
H. moy. de o"^. 04 à C" 055.
Boucle de ceinture O, nommée Ti en égyptien.
28o Salle funéraire.
Elle porte quelquefois la formule qui servait à le consacrer et, qui forme le chapitre CL VI du Livre des Morts : « Le sang d*Isis, la vertu magique d*Isis, »est un talisman qui protège le Grand (Osiris) et » brise ce qui lui déplaît. » L'objet devait être fabriqué en cornaline ou en cœur de sycomore, frotté d'essence, puis placé au cou du défunt. Lorsque Topération était faite selon les règles, elle mettait le mort sous la protection d'Horsiisi : « aucune route lui était » fermée qu'il se dirigeât vers le ciel, qu'il se dirigeât » vers la terre. » Si le mort avait pris soin d'apprendre la formule par cœur (cfr. p. 197), «il était » mis au nombre des serviteurs d'Osiris : toutes les » portes de l'enfer s'ouvrent devant lui, on lui donne » le blé et l'orge dans les champs d'Aïlou, et « il est » semblable aux dieux qui y sont » disent les Servi- » teurs d'Hor qui y moissonnent. » — Ep. saïte,
Saqqarah.
4222. — Terre émaillée bleue et violette. — H. o™ 021.
Huit plaques, portant chacune un Tat W entre deux boucles fi : elles étaient cousues en forme de collier sur les bandelettes qui couvraient la poitrine de la momie. Saqqarah.
4223. — Terre émaillée bleue et verte.
— H. moy. o^ 017 de o"^ 097.
Divers amulettes de forme un peu rare : un double Tat ^9 (H. cm 025); un Tat surmonté du diadème Atef{H, cm 088); un autre Tat entre Isis et Nephthys
Vitrine AF. 281
debout, emblème d'Osiris entre ses deux sœurs (H.om 097); de doubles boucles de ceinture (H. 0^034
et cm 035). La double boucle de ceinture lUf n'a pas, comme amulette, la même valeur que la boucle simple : c'est un substitut pour les Répondants, et qui porte gravé, comme eux, le chapitre V du Livre des Morts (cfr. p. 132). — Ep. saïte.
Saqqarah,
4229. — Or et émail vert. — H. o'" 17
et o™ 027.
Cœur en or, collé sur un Tat en émail vert. Ils ont été trouvés chacun séparément; la disposition actuelle est due à Mariette. — Ep. saïte.
Saqqarah.
4231. — Terre émaillée.
A côté de quatre plaques portant le signe de la stabilité ff entre ceux de la vie y et de la force M (cfr. no 4222, p. 280), huit amulettes en terre violette (H. cm 024, larg. cm 014) qui représentent, je crois, les sacs à grains que portaient les Répondants (cfr. p. 133). — Ep. saïte. Saqqarah.
Vitrine AR
4232. — Matières diverses.
Neuf cartouches en lapis-lazuli, les uns surmontés de plumes, les autres sans plumes, et sept fuseaux
y symboles de la déesse Nit (cfr. Sall£ du centre,
282 Salle funéraire.
Armoire /, no 17 12, p. 156). Les Egyptiens, comme tous les peuples anciens, attachaient une grande importance au nom : ils lui donnaient une sorte d'individualité qui en faisait presque un être indépendant de la personne qui le portait, et ne concevaient ni qu'un objet ou un animal existât sans avoir un nom, ni qu'un nom pût périr une fois qu'il avait existé. Un mort sans nom aurait été pour eux un monstre, au même titre que chez nous un homme sans ombre. De là, le soin qu'on prenait de graver partout le nom d'un mort, et la prière qu'on adressait ailx passants de le répéter à haute voix avec la formule ordinaire des offrandes (cfr. p. 35 — 36). De là aussi, les précautions avec lesquelles on dissimulait au commun des mortels certains noms des dieux ou des hommes : celui qui connaissait le véritable nom devenait par là-même le maître du dieu. On mettait donc un cartouche, symbole du nom, sur le mort, pour que le mort ne perdît pas son nom; on n'inscrivait rien dans le cartouche, de peur qu'un mauvais esprit ou un homme malveillant s'emparât du nom et s'en servît pour nuire au mort ou pour le dominer. Presque tous les cartouches-amulettes que je connais sont en lapis-lazuli. — Ep. saïte.
Abydos et Saqqarah.
4233. — Matières diverses. — L. moy.
de O^ 009 à o"^ 018.
Quinze cachets cubiques en émail, en calcaire noirci, en feldspath, en lapis-lazuli. Je n'en connais point l'usage. — Ep. saïte. Saqqarah.
Vitrine AF. 283
4234. — Terre émaillée bleue. — H.
o"^ 037; larg. o"^ 034.
Pièce fort rare. Elle représente les deux bras levés LJ, image du Ka ou double (cfr. p. 35 et suiv., p. 201), placés sur le support d'honneur ^ ^ : le tout représente l'âme d'abord, puis, par calembourg sur un second sens du mot ka, les provisions qu'on donnait au mort. — Ep. saïte. Saqqarah.
4235. — Terre émaillée verte. — H.
o™ 02; larg. o"^ 023.
Barque portant le disque solaire sur une fleur de lotus (cfr. Vitrine AG, no 4040, p. 261). — Ep. saïte.
Saqqarah,
4237. — Matières diverses. — H. moy.
Douze disques solaires sur un petit support, Û. — Ep. saïte. Abydos et Saqqarah.
4239. — Diorite (?). — H. moy. o"^ 027 à 0"^ 039.
Quinze amulettes en forme de coupon d'étoffé f\,
Cest l'image des habits dont le mort se servait dans l'autre monde : la présence de l'amulette sur la momie lui assurait la possession réelle de l'étoffe ainsi représentée. — Ep. saïte.
Abydos et Saqqarah.
4241. — Cornaline. — Long. moy. o"^ 038 et o'" 064.
284 Salle fanéraire.
Têtes de serpent analogues aux têtes exposées sous le no 4195 (Vitrine AL, p. 279). Plusieurs d'entre elles portent le nom du possesseur et une courte formule. On lit par exemple, sur celle du prêtre Boki (H. oni 055) : «Puisse celle qui est au front du » dieu (ruraeus) apporter au mort Vou^a (cfr. Vitrine » AI, p. 267) en bonne santé ! » — Ep. saïte.
Abydos et Saqqarah.
4244. — Matières diverses. — H. moy. de o"^ 024 à o™ 038.
Quatre luths I et douze Sam T (variante Tj. Le luth noufir, nofri, est Thiéroglyphe du beau et du bon; le sam marque la réunion, soit celle du corps à Tâme (cfr. Salle du centre. Armoire O, no 1621, p. 130), soit celle du corps à la terre, sam-to, c'est-àdire Tensevelissement. — Ep. saïte.
Saqqarah.
4245 — 4246. — Matières diverses.
Je ne sais quel sens on attachait en Egypte aux
équerres Dzd et au fil à plomb du maçon / \ • W
semble que ce dernier exprimât Tétat d'équilibre fouj^aj où se trouve la lune en son plein, et, par suite, la perfection de l'âme en possession de tous ses amulettes : c'est là toutefois une simple hypothèse, dont je n'ai trouvé la justification sur aucun monument. — Ep. saïte. Saqqarah.
4247. — Matières diverses.
Quatorze bœufs, liés pour le sacrifice ^^^l ^^^*
Armoire Z. 285
Vitrine AKf no 4161, p. 275, et Vitrine AL, no 4194, p. 278). — Ep. saïte. Saqqarah.
4249. — Terre émaillée rouge. — Long, moy. o"* 012.
Onze disques solaires posés sur la montagne (0| . Cest le symbole de Thorizon où se levait et se couchait le soleil; c'est aussi le symbole d'Harmakhouti, le dieu Hor dans les deux horizons, celui du matin et celui du soir. L'âme qui possédait cet amulette suivait le soleil dans sa course et se levait le matin avec lui, à l'Orient, pour se coucher le soir avec lui, à l'Occident. — Ep. saïte. Saqqarah.
Armoire Z,
Fragments de statues, vases et moules de diverses matières.
La plupart des statues n'offrent rien de remarquable, soit pour l'histoire proprement dite, soit pour l'histoire de l'art. Je signalerai pourtant:
4847. — Grès rose. — H. C" i8.
Tête provenant d'une statue d'Ammon. — Ep.
.saïte.
4873. — Granit gris. — H. o™ 105. — (Mariette, Abydos, t. III, p. 37, n® 363.)
Statuette de Khonit. Il est accroupi à l'orientale, les mains allongées sur les genoux, mais la paume tournée en dehors, ce qui n'est pas commun. Il est vêtu de la longue robe nouée sous les seins. — XIII* dyn. Abydos.
286 Salle funéraire.
4874. — Granit noir. — H. o™ 26. — (Mariette, Abydos, t. III, p. 38, n° 367.)
Statue du supérieur du temple (d'Abydos) Ousirtasen-sonbouf. Il est assis sur un fauteuil et coiffé d'une large perruque, telle qu'on les portait pendant la durée du Moyen empire. — XIII" dyn. Abydos.
4875. — Granit gris. — H. o"^ 40. — (Mariette, AbydoSy t. III, p. 40, n^ 372.)
Le second prophète d'Anhouri, scribe des greniers, majordome et directeur des champs appartenants à tous les dieux (d'Abydos), Penanhouri, est agenouillé et tient devant lui, à deux mains, un pilier surmonté d'une tête de bélier, emblème d'Ammon ou de Khnoum. Il vivait au milieu de la XVIII* dynastie, comme le prouve le cartouche d'Amenhotpou II gravé sur son épaule. — XVIII* dyn.
Abydos,
4884. — Grès rouge. — H. o"™ 2 1 . — (Mariette, Abydos, t. III, p. iS, n^ 366.)
Le scribe Sobkoïr, accroupi sur les talons, et vêtu de la longue robe qui laisse la poitrine à découvert. La perruque est teinte en noir, les hiéroglyphes sont verts. — XIII* dyn. Abydos.
4920. Calcaire. — H. o'" 2%,
Buste de roi analogue aux modèles exposés dans la Salle du centre {Armoires R et Q, p. 100 — 102). Il repose sur une sorte de plinthe étroite, qui lui donne l'aspect d'un buste moderne. — Ep. saïte.
Armoire Z. 287
Les vases en albâtre ou en terre cuite ne sont pas de nature à attirer l'attention pendant longtemps. J'excepterai pourtant les objets suivants :
4846. — Terre cuite. — H. o'" 40; diam.
o*" 35- — (Manette, Abjdos, t. III, n° 1429,
Petit naos trouvé dans le sable, à Abvdos : sur un des côtés, une porte quadrangulaire, avec corniche surmontée d'une rangée d'uraeus. D'un montant de la porte à l'autre s'étendent des tableaux qui font le tour, à l'extérieur de l'édicule. Ils représentent Osiris recevant l'hommage d'une famille d'Abydos. — XX" dyn. Abydos.
4919. — Terre cuite. — H. o"^ 62.
Grande amphore pointue, à deux oreilles, rappelant les amphores classiques. Sur la panse, à l'encre noire et en hiératique, la date de L'an XXIJJ, sans indication de règne, et la mention : Vin de transport. Cette amphore paraît venir du Ramesséum thébain, où étaient de grands dépôts de vins employés au service du temple. La date se rapporte probablement à l'un des Ramessides de la XX" dynastie. Thèbes.
La belle collection de moules, la plus riche que je connaisse, se compose de deux séries. La plus nombreuse comprend une grande quantité de moules en terre cuite, destinés à produire de menus amulettes. Ils ont été trouvés à Saqqarah, et ne paraissent pas avoir été fabriqués à l'ébauchoir et au
288 Salle funéraire.
poinçon : un objet fabriqué à la main et servant de modèle a été enfoncé dans la terre molle et Tîmage ainsi obtenue a été cuite au four. Pour faciliter l'examen aux visiteurs pressés, on a placé, à côté de chaque moule antique, une empreinte en plâtre teinté. Les objets représentés sont des plus variés, colliers mondit (no 4851), dieux grotesques sur les crocodiles (no 4852, cfr. Salle du centre, Armoire G, no 1902, p. 166), des égides (nos 4856, 4865), des scarabées (no 4869), des yeux mystiques (no 4857), des chats (no 4871), des dieux Bîs (no 4860), des Isis (nos 4861, 4863), même des statuettes funéraires avec leur inscription complète. Tous ces moules sont simples : les pièces qu'on y jetait n'avaient qu'une face en relief, le dos était égalisé d'un coup de racloir et ne recevait aucune empreinte. Je ne suis pas bien certain du reste que ces moules aient eu un usage industriel : j'en ai trouvé quelques-uns dans les tombeaux, ce qui semblerait leur assurer une valeur votive. Peut-être, en mettant les moules près de la momie, pensait-on procurer au mort les moyens de se fabriquer eux-mêmes des amulettes, quand ceux qu'on leur avait prodigués étaient ou volés ou bien usés. Cela expliquerait le genre des figures et la simplicité du procédé employé : le mort, n'étant pas d'ordinaire un potier de profession, aurait été assez embarrassé de manier les moules compliqués dont on faisait usage dans l'industrie.
L'autre série comprend des moules en calcaire ou en albâtre. Le type est celui du Bonou ^^» sorte de demoiselle de Numidie, consacrée à Osiris, et qui
Cage AÂ. 289
suggéra plus tard aux Grecs la légende du Phénix égyptien {Calcaire, nos 4848, 4917, 4918, etc. Albâtre, nos 4872, 4919) : l'un d'eux a encore les deux pièces dont la réunion servait à fabriquer Toiseau complet (no 4849). Je ne pense pas que ce fût toujours de la terre qu'on coulait dans les creux de cette série. Certains indices me porteraient à penser que c'étaient plutôt des moules à pâtisserie : le choix du Bonou comme forme de certains gâteaux d'offrande se rattacherait alors aux idées de renaissance qu'exprimait cet oiseau. Je ne donne cette explication qu'à titre d'hypothèse : le seul fait certain, c'est qu'on n'a pas encore trouvé jusqu'à présent de Bonou en pâtes de verre ou en terre ém aillée, dont la taille répondît, même de loin, aux dimensions qu'auraient eu des amulettes fabriqués avec ces moules.
4876. — Terre cuite. — Long. moy. o"^ 05.
Modèles votifs d'outils portant à l'encre noire le nom du scribe Nib : on y remarque des haches, des pioches, des vases, grossièrement ébauchés. C'étaient les équivalents bon marché des objets réels qu'on avait l'habitude de placer dans le tombeau. — XX" dyn. Saqqarah.
Cage AA.
La plupart des objets qu'elle renferme ne sont que des doubles d'objets déjà décrits ailleurs : les étuis à poudre d'antimoine (nos 4730, 4732, 4734> 4735» 4775» 478i, 4782, 4828, 4829) dans la Salle du centre. Armoire V (nos 3063—3069, p. 117); les palettes de scribe (nos 4739, 4792—4794) et les
290 Salle funéraire.
godets à broyer les couleurs (nos 4795—4797) dans la Salle du centre, Armoire F(no 3090, p. 119) et Armoire Jt(no 2929, p. 120), etc. Un assez petit nombre de monuments exigent une explication nouvelle :
4728. — Long. moy. o"^ 17.
Trois pierres à aiguiser les couteaux.
4733. — Ivoire. — Long, o'" 16.
Deux mains provenant d'QncGnsoirs (Salle du centre, Armoire X, no 2993, p. 125).
4737. — Bois. — H. G™ 24; larg. o™ 08.
Peigne double, évidé au milieu : d'un côté, les grosses dents, de l'autre, les dents fines. Notre collection de peignes est assez complète et nous donne de bons spécimens de toutes les formes qu'employaient les Égyptiens. Le no 4738 (Bois, H. cm 25; larg. cm 06) ne diffère du no 4737 que par l'ornementation : il porte un lion découpé à jour. Le no 4740 (Bois, long, om 07) nous rend le peigne simple, dont la forme est reproduite avec quelques variantes insignifiantes par les nos 4746 (Bois, H. cm 06; long, cm 05), 4749 (Os, H. 0"i 05; long, cm 09), 4751 (Bois, H. moy. cm 04; larg. moy. omo8), 4752 (Bois, H. et long, cm 07). Les peignes doubles analogues aux nôtres sont inscrits sous les nos 4743 (Bois, H. cm 09; long, cm 12), et 4752 (Bois, H. om 0^5; long, cm 14). Presque tous ont été trouvés à Saqqarah et sont d'époque grecque.
4741. — Bronze. — Long, o"* 12.
Lame de couteau ou de rasoir en bronze. — Ep. grecque, Saqqarah.
Cage AA. . 29I
4744. — Bronze. — Long. moy. o"™ 12; épaisseur moy. O^ 002.
Sept stylets à passer la poudre d*antimoine dans les paupières (cfr. Salle du centre, Armoire Y, no 3270,
4745. — Bronze. — Long. moy. C" 11.
Quatre aiguilles à coudre. Trois sont assez fines
et ont l'épaisseur d'environ cm 0003 ; l'autre est plus •forte et a une épaisseur d'environ 0^ 001.
4747. — Bronze.
Six hameçons : le plus grand a om 10, le plus court om 02 de longueur. — Ep. grecque.
Fayoum,
4750. — Bronze. — Long, o"^ 05.
Deux petites pinces à épiler.
4754. — Bronze.
Un clou à tête demi-l'onde (long, cm 05), et une épingle à tête sphériquc (long, cm 05).
4758. — Bois. — Long, o"™ 2 1 .
Petite spatule à parfums. — Ep. grecque.
Saqqarah.
4759. — Ivoire. — Long, o"^ 25.
Main humaine emmanchée Isur une monture de sistre; paraît être une variante de l'encensoir ordinaire (cfr. Salle du centre, Armoire X, n© 2993, p. 125). Trois mains pareilles figurent au catalogue sous les nos 4760 (long, om 27) et 4761 (long, o^ 21).
292 Salle funéraire.
4762. — Ivoire. — Long, o"^ 34.
On trouve assez souvent, dans les tombes de la XI^ dynastie, ces sortes d'instruments en ivoire. Je crois qu'ils sont une variante du boumérang en bois (cfr. Armoire AB, no 4723, p. 303), qu'on employait à la chasse aux oiseaux. Ils sont toujours cassés en plusieurs morceaux, de manière à ne plus pouvoir servir ici-bas : cette rupture ne nuisait en rien k leur vertu dans l'autre monde, et ne les empêchait pas de faire leur office, tout comme s'ils eussent été intacts et d'une matière moins fragile que l'ivoire. Le no 4762 appartenait à la dame Piril; le numéro suivant (no 4763) est couvert d'animaux fantastiques, ceux-là même probablement auxquels le défunt donnait la chasse, gravés assez hardiment au trait.
4764. — Plomb. — Long, o"^ 065.
Petit lézard. J'ai déjà dit ailleurs que les objets de plomb étaient fort rares en Egypte (cfr. Salle du centre^ Armoire C, no 3394, p. 179) : celui-ci ne me paraît pas représenter un dieu. Je le considérerai plutôt comme un amulette destiné à repousser les reptiles de toute espèce, et dont la puissance se combinait heureusement avec les vertus des stèles qui représentaient Hor sur les crocodiles (cfr. Salle du centre, p. 1841).
4765. — Terre émaillée bleue. — H.
cm 035.
Curieux petit flacon, dont la panse est percée de trous. Il servait sans doute à contenir quelque substance solide qu'on plongeait dans un liquide pour le
Cage AA. 293
colorer ou pour le parfumer, sans être obligé de l'y laisser dissoudre entièrement.
4770. — Schiste verdâtre. — Larg. o"^ 05.
Amulette en forme de table d'offrandes. Peut-être l'employait-on comme table de poche, afin de pouvoir exécuter l'offrande selon les rites, dans les cas urgents où la table réelle faisait défaut. Peut-être le donnait-on au mort, comme on faisait les autres amulettes, pour qu'il eût la réalité des offrandes aussi sûrement que s'il possédait la table de grandes dimensions. Le no 4771 donne trois autres modèles différents de ce genre d'objets.
4777, — Schiste noirâtre. — Long, o'" 1 1 5 . Petite coupe à parfums en forme de poisson creux. — Ep. saïte. Saqqarah,
4785. — Terre cuite. — H. o"^ 08; diam.
Vase qui porte sur la panse le nom d'une plante médicinale, tracé en caractères hiératiques d'époque saîte : il vient probablement d'une pharmacie où il contenait des spécimens de la plante en question.
4786. — Terre émaillée violette. — H.
Grappe de raisin (cfr. Vitrine AL, no 4186, p. 277).
4791. — Terre cuite. — H. o™ 15; larg.
Joli modèle d'une habitation de paysan égyptien.
294 Salle funéraire.
Au fond, une maisonnette, ou plutôt un hangar, soutenu par des colonnes de travail grossier. Sur la gauche, un escalier sans rampe mène au toit qui forme terrasse. La cour est close de murs sur deux côtés, et des raies tracées au milieu paraissent y indiquer la présence d'un trou à fumier ou d'un réservoir. Dans la partie droite, un fourneau qu'environnent des provisions éparses a terre, entre autres, une tête de bœuf reconnaissable aux cornes. C'est, à vingt siècles de distance, l'image exacte des maisons de Sheïkh Abd el Gournah et de Drah abou '1 neggah, établies dans les hypogées.
4800. — Bois. — Long, o"^ 33.
Paire de sandales en bois : les ornements sont en noir sur fond blanc. Les deux oreillettes de chaque côté servaient de point d'attache aux cordons.
4805. — Diorite. — H. o^ 07 ; diam. o"^ 07.
— (Mariette, Abydos, t. III, p. 573, n^ 1465.)
Vase à libation. L'inscription circulaire qui court le long du bord supérieur, nous apprend qu'il est consacré à la mémoire de Mirinrî Sokarimsaf, aimé d'Osiris dans Abydos. — Vie dyn. Abydos.
4815, Bois. — Long. O^ 12.
Petite boîte à parfums à moitié brisée, en forme de fleur de lotus. Elle était tenue par une femme nageant, dont il ne reste plus que les deux mains (cfr. Salle du centre, Armoire Y, no 3277, p. 107).
4818. — Terre émaillée verte. — H. o"» 1 5 .
Statuette funéraire sans pieds, au nom du Pharaon
Armoire AB. 295
Nakhthorhabi (Nectanébo 1er), trouvée à côté du sarcophage de la reine Khotbirihît. — XXXe dyn.
Saqqarah,
. 4830. — Fer. — Long, totale o"^ 27.
Clef en fer. Elle est analogue pour la forme aux clefs dont on se sert encore aujourd'hui en Egypte, et pourrait bien ne remonter qu'à l'époque romaine.
Thèbes.
Armoire AB.
On y trouve exposé tout ce que nous avons à Boulaq d'armes égyptiennes. Les musées d'Europe, celui du Louvre particulièrement, sont beaucoup plus riches que nous, pour la raison que j'ai déjà indiquée plus haut (p. 248, no 4495) : les armes se trouvent presque exclusivement dans les tombeaux thébains du Moyen empire (Xle — XVIJe dyn.), qui ont été dépouillés au commencement du siècle, et nous avons dû nous contenter de ce qui avait échappé à l'avidité des premiers explorateurs.
L'absence du fer étonnera sans doute le visiteur. La plupart des égyptologues, Mariette en tête, l'attribuent à un préjugé religieux. Le fer était considéré comme l'os de Typhon, l'ennemi d'Osiris, et, par conséquent, était impur : on n'aurait pu l'employer, même aux usages les plus communs de la vie, sans contracter une souillure préjudiciable à l'âme sur la terre et dans l'autre monde. Je crois que cette théorie ne tient pas un compte suffisant de deux faits importants. 10 L'impureté religieuse d'un objet n'a jamais suffi à empêcher l'emploi de cet objet.
296 Salle funéraire.
Pour n'en citer qu'un exemple, le porc lui aussi était consacré à Typhon et considéré comme impur: on rélevait pourtant en troupeaux, et le nombre de ces animaux était assez considérable, au moins dans certains cantons, pour permettre au bon Hérodote de raconter qu'on les lâchait sur les champs, après les semailles, afin de piétiner la terre et d'enterrer le grain. De plus, en Egypte, chaque objet n'était pas exclusivement pur ou impur, mais tantôt l'un, tantôt l'autre selon les circonstances : c'est ainsi que le porc et la truie, malgré leur caractère typhonien, étaient les animaux d'Isis (cfr. Salle funéraire, Vitrine AKj no 4155, p. 273), et, par conséquent, participaient à la pureté osirienne. Le fer, que certaines traditions nomment l'os de Typhon, est appelé communément Banipit, la Substance du ciel; il était donc pur par certains points et impur par certains autres. 20 Nous avons trouvé dans la maçpnnerie de certains monuments anciens des outils ou fragments d'outils en fer, que les ouvriers avaient ou perdus pendant la construction, ou 'jetés comme étant hors d'usage. On en a ramassé quelques morceaux dans la Grande Pyramide, et moi-même, en 1882, j'ai recueilli plusieurs débris de pioches dans la Pyramide Noire d'Abousir (VI" dyn. ?), ainsi qu'une soie de ciseau brisé et la virole d'un manche de houe, dans le ciment qui reliait deux des pierres de la pyramide de Mohammériah, près d'Esnèh (XVIIc dyn.). Le Louvre possède d'ailleurs une pleine vitrine d'outils en fer de diverses formes. En résumé, que le fer fût impur ou non, on l'employait aux usages ordinaires de la vie : plusieurs textes prouvent même qu'on se servait, pendant les
Armoire AB. 297
cérémonies des funérailles, de divers instruments en fer, pour V Ouverture de la bouche et des jambes (cfr. p. 297, no 4657).
Si donc les objets en fer sont si rares dans les mu* sées égyptiens, cela ne prouve pas qu'ils fussent peu fréquents dans l'ancienne Egypte et qu'on en proscrivît l'usage. Cette rareté s'explique par deux causes, dont l'action combinée s'est exercée et s'exerce encore aujourd'hui, non-seulement sur les bords du Nil, mais dans le monde entier. 10 Les objets en fer, une fois hors d'usage, retournent chez le forgeron qui les remanie et les remet en circulation. Les armes en fer, ramassées sur le champ de bataille, les vieux outils vendus au poids, servent et resservent sous cent formes diverses; seuls, les objets perdus échappent à ces métamorphoses perpétuelles. 20 Les objets perdus ne subsistent pas longtemps. Le fer abandonné se consume par l'effet de la rouille en peu de temps : il faut un concours de circonstances assez malaisées à réunir, même en Egypte, pour qu'il se conserve intact et échappe à la destruction naturelle.
4657. — Bois et bronze. — Long, o"^ 23.
Ciseau à lame de bronze et à manche de bois, au cartouche de Thoutmos III (cfr. Salle du centre, Vitrine P, no 3845, p. 95). C'est un instrument votif, qui servait aux dernières cérémonies de l'ensevelissement, quand on rendait à l'âme l'usage de ses bras et de ses jambes : on faisait semblant d'ouvrir au ciseau les parties du maillot qui recouvraient ces membres. Cfr. d'autres objets provenant du même fond nos 4668 (long, cm 32), 4669
298 Salle funéraire.
(long, om 31), 4684 (long, cm 26), 4689 (long, cm 23; le prénom de Thoutmos III n'est pas gravé, mais simplement tracé à l'encre noire), 4692 (long, cm 30), 4697 (porte le cartouche prénom de Hatshopsitou), 4702 (long, cm 21), 4706 (long, cm ,25; le cartouche de Hatshopsitou est gravé sur la lame, tracé à l'encre sur la manche), 4707 (long, om 285). — XVIIIe dyn.
Déîr el-Baharî,
4658 et 4685. — Albâtre. — H. o"^ 50.
Deux jolies statues du style de l'Ancien empire. L'homme (no 4658) a la perruque ronde, la femme (no 4685) de longs cheveux retombant sur les épaules: l'un et l'autre sont debout. Pas d'inscription. — IVe— Ve dyn. Saqqarah.
4659. — Cuivre. — Long, o™ 12.
Poinçon à manche recourbé. — Xle dyn.
Drah abou 7 neggah,
4660. — Cuivre. — Long, o™ 18.
Lame de rasoir (cfr. Cage AA, n© 4741, p. 290). Trois autres lames analogues (long, cm 21, o^ 17 et om 15) sont enregistrées sous le no 4688. — Xle dyn. Drah abou 7 neggah,
4661. — Bronze. — Long. o°™ 13.
Petite pince à épiler (cfr. Cage AA, no 4750, p. 291). D'autres pinces du même genre sont exposées un peu plus loin, sous les nos 4665 (long, om 05), 4693 (long, cm 105; celle-ci a encore le petit morceau d'ivoire qui servait à maintenir l'écartement des deux branches), 4694 (long. 0^ 08).
Armoire AB. 299
4662. — Bronze. — Long, o"^ 18.
Ciseaux à tondre les moutons; les deux lames
sont montées sur un ressort courbe, et Tensemble forme un instrument identique à celui qu'emploient encore les Arabes du Sâid. Thebes,
4663, — Bronze et bois. — Long, o"^ 40.
Hache au nom de Thoutmos III. La lame est en bronze et a cm 09 de long. Cfr. sous le no 4690, une autre hache du même type (long, cm 44; long, de lame, cm 09). — XVIII* dyn. Assassif,
4665. — Bronze. — Long. moy. o"^ 035.
Cinquante-trois pointes de flèche de forme diverse :
le plus grand nombre sont triangulaires, beaucoup arrondies, quelques-unes en feuille de saule. Elles sont généralement garnies d'un douille creuse dans laquelle on enfonçait le bois. — XI* ou XVII* dyn.
Drah abou 7 neggah.
4666. — Bronze. — Long, o"* 13.
Pointe de lame en bronze. — XI* ou XVII* dyn.
Drah abou 7 neggah.
4670, — Bois. — Long, o™ 42, Hache votive en bois, portant des traces de peinture. Une autre hache du même type est enregistrée sous le no 4691 (H. cm 40). — XI* ou XVII* dyn.
Drah abou 7 neggah,
4673- — Bois. — Long, o"^ 45 ; larg. o"^ 1 3 5 ; h. o^ 09.
Boîte h jeu (cfr. Salle du centre, Armoire U,
OXFORD
300 Salle funéraire.
no 3182, p. 114). Le tiroir manque. La face supérieure est divisée en trente cases, dont quatre ont leur nom écrit à l'intérieur. C'est, en commençant par la droite. Les jumeaux "^^j puis Les esprits
k. L'eau AAAAw, et Les beautés Àii. — XVII* dyn.
Assassif.
4674. — Bois et ivoire. — Long. 0°^ 13 ; larg. Cm 04; H. o^ 025.
Borte de jeu de bagatalle. La face supérieure est divisée en trois compartiments, dont l'un occupe la moitié et les autres, le quart chacun de la superficie. Le compartiment le plus grand est percé de quarante et un trous disposés comme il suit :
*mimrro l® second n'a que seize trous, • * • J , • ••••••••• • • • • ..■••••
et le troisième onze • • • seulement. Les pièces
employées avaient, les unes, la forme d'épingle», les autres, la forme de boutons dont la partie supérieure portait des dessins difiPérents. Il reste encore trois épingles et six boutons, quatre d'une façon et deux d'une autre : les autres pièces ont été perdues avec le tiroir où on les serrait après le jeu. — XI" ou XVII* dyn. Drah abou 7 neggah.
4675. — Bronze. — Long, o™ 19.
Pointe de lance : elle était fixée à la haste, par deux clous dont la place est encore visible. — Xr ou XVII* dyn. Drah abou 7 neggah.
4676. — Calcaire peint. — H. o"^ 55.
Groupe de deux personnages debout. L'inscriptioh
Armoire AB. 30 1
est au nom d'un employé du tribunal, Sidenmàït. — V* ou Vr dyn. Saqqarah*
4687. — Bronze. — Long, o'" 16.
Lame de serpe en bronze : elle était fixée au manche par deux clous superposés.
4695. — Bronze. — Long, o^ 195.
Lame de rasoir. D'autres lames du même modèle sont enregistrées sous les nos 4699 (Long, om 15), 4700 (Long, ora 135), 4703 (Long, om 19).
4701. — Long. O^ 16.
Pierre à aiguiser (cfr. Vitrine AA, nP 4728, p. 290).
4704. — Albâtre. — Long, o"^ 36.
Boumérang votif (cfr. Vitrine AA, no 4762, p. 292 et Armoire AB, no 4723, p. 303). — XI" ou XVir dyn. Drah abou 7 neggah,
4705- — Bronze. — Long, o"* 195.
Ciseau à manche terminé par une tête d'épervier.
4708. — Bronze. — Long, o^ 19.
Ciseau de sculpteur en bronze.
4709. — Bois. — Long, o"^ 61.
Morceau de bois taillé en pointe et portant, de
cm 05 en 0^ 05 à partir du haut, cinq coches peu profondes, pratiquées dans l'épaisseur. Je ne connais pas l'usage de cet instrument. — XI" ou XVII® dyn,
Drah abou 7 neggah.
302 Salle funéraire.
4710. — Terre rouge. — H. o"* 10; long, o"* 39; larg. o™ 18. — Don de Daninos-Bey.
Brique portant le nom du grand-prêtre d'Ammon Menkhopirrî. Elle provient des murs de la forteresse de Khib, aujourd'hui El-Hibéh, un peu au Sud de Feshn. — XXV dyn. El-Hibéh.
4711. ' — Bois. — Long. G"™ 71.
Sabre en bois à pointe carrée : la poignée est rayée de cercles concentriques, pour offrir plus de prise à la main. — XVII* dyn.
Dr ah abou 7 neggah.
4712. — Bois. — Long. G™ 83.
Bâton de commandement en bois dur. — XI* ou XVII* dyn. Drah abou 7 neggah.
4713. — Bois. — Long, i*" 25. — (Mariette, Mon. Dw.y pi. 51, bi — 02.)
Sabre en bois dur, trouvé dans le tombeau d'Âkhor. D'un côté, se trouve le nom d'un des deux rois Tiouâa (Soknounrî); de l'autre, la légende du propriétaire, le fils royal Touiou, qui suit son maître dans toutes ses courses. — XVII* dyn.
Drah abou 7 neggah.
4714. Bois. — Long, i"^ 76.
Un arc en bois, d'une seule pièce. D'autres arcs figurent sous les nos 4715 (Long, ini 45), 4716 (Long. I"* 50), 4719 (long, im 50 et im 48). — XI* ou XVII* dyn. 'Drah abou 7 neggah.
Armoire AB. 303
4718. — Long, o^ 78.
Deux flèches de chasse en roseau : l'une d'elles a pour pointe un silex taillé et lié à la haste par une cordelette. — XI* ou XVII» dyn.
Drah abou 7 neggah.
4720. — Long. moy. o"^ 73.
Dix-huit flèches de chasse en roseau, l'une d'elles porte encore une pointe en bronze; d'autres sont terminées par un os aigu ou une arête de poisson. — Xl« ou XVII" dyn. Drah abou 7 neggah,
4721. — Bois. — Long, o™ 47.
Deux casse -tête en forme de tige de lotus ï. — XI« ou XVII® dyn. Drah abou 7 neggah,
4722. — Bois. — Long, o"^ 58.
Massue î. — XI« ou XVII« dyn.
Drah abou 7 neggah,
4723. — Bois dur, — Long. moy. o"* 63.
Quatre boumérangs en bois dur, assez semblables
pour la forme à ceux dont se servent les indigènes de l'Australie. Les Égyptiens ne les employaient, à l'époque où nous les connaissons, que pour la chasse aux oiseaux d'eau. — XI* dyn. Drah abou 7 neggah,
4724. — Bois dur. — Long, i "^.
Long bâton, tordu et mince, façonné presque en boule à l'extrémité : on s'en servait, comme du boumérang, pour la chasse des oiseaux aquatiques. — XI* ou XVII* dyn. • Drah abou 7 neggah.
304 < Salle funéraire.
Toutes ces armes sont représentées sur les parois des tombeaux (cfr. le tombeau no 4599, Paroi de droite, et Panneau au-dessus de la porte, p. 255}. Le mort s'en servait, tant pour repousser les ennemis de Râ et les siens, les crocodiles, l'âne de Typhon, les serpents (cfr. Petit Vestibule, no 21, p. 27), que pour se donner dans l'autre monde le plaisir de la chasse.
Casier AV,
J'ai réuni dans ce casier les fragments d'un tombeau, voisin des Grandes-Pyramides, démoli en 1883 par les Arabes du petit village de Kafr el-Batrân. Le mort s'appelait Ptahmâï. Il était chef des orfèvres du temple d'Aton, et avait pour femme une dame Tii, pour fils Hori, Phtahonkh, Nanofriou, Kaka, Phtahmos : d'autres membres de la famille figurent dans les scènes. Il est fâcheux que ce tombeau n'existe plus aujourd'hui : les titres des personnes, la rédaction des formules, le style des bas-reliefs, montrent que Phtahmâï vivait dans les dernières années du règne d'Amenhotpou III, ou dans les premières du règne d'Amenhotpou IV, au moment où ce prince, sans proscrire encore le culte d'Ammon, donnait déjà la préférence à celui d'Aton. La plupart des documents relatifs à cette époque se trouvant à Thèbes, et surtout à Tell-Amarna, c'eût été une bonne fortune pour nous d'en posséder un au moins, dont l'origine memphite fût indiscutable.
4982. — Calcaire. — H. o"^ 75 ; larg. o"^ 3 7.
Hori fait la prière ordinaire à Osiris en faveur de son père Phtahmâï. — XVIII* dyn. Grandes-Pyramides,
Casier AV. 305
4983. — Calcaire. — H. i "^ 1 5 ; larg. o"^ 83.
Paroi divisée en trois registres, dont le premier, plus d'à moitié détruit, ne montre plus que les pieds des personnages et les débris d'une table d'ofirandes. Au second, Ti, sœur de Phtahmâî, présente un vase à son frère et à sa belle-sœur : derrière elle, une chanteuse qu'une joueuse de viole et une harpiste accompagnent de leurs instruments. Deux des fils, Phtahônkh et Nanofir, assistent à ce spectacle. Le troisième registre est occupé par la construction d*un naos : un ouvrier en sculpte les détails, tandis qu'un aide va chercher des matériaux. — XVIII" dyn.
Grandes-Pyramides,
4984. — Calcaire. — H. o"^ 83 ; larg. o"^ 46.
Proscynème à Hor, soleil levant, prononcé par Kaka, en l'honneur de son père Phtahmâî et de sa famille. — XVIII® dyn. Grandes-pyramides,
4985. — Calcaire. — H. o"^ 95 ; larg. o"^ 38.
Scènes funéraires. Au premier registre, des serviteurs qui portent de§ fleurs et des fruits, des pleureuses, un sacrificateur qui traîne un veau. Au second, d'autres serviteurs portant les fauteuils, les canopes, les caisses à provisions. — XVIII° dyn.
Gran des-Pyramides,
4986. — Calcaire. — H.o™ 26; larg. i"^ 12.
Dessus de porte. A gauche, Phtahmâî, Ti et Phtahmos, agenouillés, invoquent le dieu Aton, soleil levant; à gauche, Mâhouï, sa sœur Housou et leur fils invoquent Toum, soleil couchant, seigneur d'Héliopolis. — XVIII^ dyn. Grandes-Pyramides,
3o6 Salle funéraire.
4987. — Calcaire. — H. o"^ 65 ; larg. o™ 95.
Scène de famille. A gauche, siègent Phtahmâï, Ti et deux de leurs enfants; à droite, Mâhoui et Housou^r Sous le siège de Housou, un singe accroupi mangfr une grappe de raisin. — XVIII® dyn.
Gran des- Pyramides.
4988. — Calcaire. — H. o^ 95 ; larg. o"^ 55.
Quatre registres. lo Préparation des pains d'offrande et sacrifice du bœuf. 20 Kaka, Hori et Phtahmos, fils de Phtahmâï, sont assis devant un monceau de provisions. 30 Un coffre rempli de pains, et, à côté, un personnage qui transvase le vin dans des amphores. Une petite femme danse en lançant des baisers et en faisant des grâces. De toutes les figures c'est celle qui rappelle le mieux le type connu par les tombeaux de Tell el-Amarna : elle est d'une souplesse et d'une légèreté exquises. 40 Transvasement du vin dans des jarres, qu'un serviteur tient en équilibre au moyen d'un crochet de porteur d'eau. — XVIII« dyn. Grandes-Pyramides.
Casier AX.
Il est rempli de canopes (cfr. Salle du centre. Armoire O, p. 128 — 129), la plupart en albâtre et de travail très fin. Quelques séries sont complètes, celles du prêtre d'Anubis, Ouzahorrisinti, fils de la dame Tatimout (no 4999, H. moy. cm 3g), d'Harmakhouti (no 4998, H. moy. cm 40), du Scribe royal Sam-
Casier AX. 307
toouïtafnakht (no 4992, H. moy. o™ 40) par exemple. Presque toutes sont d'époque saïte.
Dans la niche du milieu est debout une des plus jolies momies qu'il m'ait été donné de connaître (no 4937, H. im 80). Elle a été achetée à Thèbes en 1882, et provient, s'il faut en croire le vendeur, de Sheïkh Abd-el-Gournah. La boîte et le couvercle sont en bois peint, à fond blanc, et chargés de scènes d'adoration d'un dessin très délicat. La tête est couverte d'une perruque noire à points jaunes, le visage doré est doux et un peu triste : les deux grands yeux, relevés de noir, ont une expression de vie remarquable. Le collier, fort compliqué, est accompagné comme pectoral d'un scarabée à tête d'épervier. Le cercueil n'a pas encore été ouvert et renferme la momie : il appartenait à une femme de sang royal, la Chanteuse du Temple d'Ammon Shaouïmennams, fille du prince des Mashouash Takoulouti. Le titre du père est exprimé par un mot mas, qui est berbère d'origine et sert encore aujourd'hui à rendre l'idée de maître : mas à Ghat, mess en Ahaggar, d'où messina et messi, notre maître, c'est-à-dire Dieu. — XXIII« dyn. Thèbes,
En face du casier AX et monté sur un socle,
5025. — Calcaire. — H. o'" 82 ; larg. o"^ 3i; épaiss. o"^ 33. — (Mariette, Abjdos, t. III,
no 1496, p. 587—589-)
Sorte de base quadrangulaire, à qui la partie supérieure, arrondie en dos d'âne, donne l'aspect de certaines caisses à figurines. Un trou percé au sommet, recevait quelque emblème en bronze aujourd'hui
308 Salle funéraire.
perdu. Les quatre faces droites sont couvertes de tableaux d^otTrande. Toute une famille d^Abydos rend hommage à son chef, le directeur du palais Didiou, dis de la dame Sitbastit. Par une singularité remarquable, la prière principale est adressée à Sokar- Osiris et au roi d'Egypte Snofrou de la IVe dynastie. Ce roi avait-il dans le voisinage d'Abydos une chapelle où il était adoré comme dieu? Didiou était-il un fonctionnaire memphite, attaché à la pyramide du roi Snofrou, et tout préparé, par conséquent, à mettre le Pharaon de son culte sur la même ligne que les dieux des morts? Les inscriptions que porte le monument ne nous apprennent rien à cet égard. — XlIIe dynastie. Abydos.
Diverses statues, des stèles, des bas-reliefs ornent les angles des deux piliers carrés. La plupart de ces morceaux n'ont rien qui les recommande à l'attention du visiteur; quelques-uns présentent cependant une valeur réelle par l'histoire de l'art égyptien:
5005. — Serpentine grise. — H. o'" 44.
5008. — Serpentine grise. — H. o"^ 98.
Il y a quelque vingt ans, Mariette découvrit, à Mit-Rahinéh, dans les ruines de Memphis, un atelier de sculpteur : les deux statues inachevées qui portent les nos 5005 et 5008 proviennent de cette trouvaille.
Elles sont taillées l'une et l'autre dans une des pierres les plus dures que l'on connaisse; aussi les instruments et le procédé de travail employés par le sculpteur diffèrent-ils sensiblement de ceux dont on voit les traces sur les modèles en calcaire tendre exposés dans la Salle du centre {Armoire /? et Q,
Saile funéraire. 309
p. 100 — 102; voir spécialement les nos 3373 et 3374). Pour le calcaire tendre, il se servait d'une simple pointe, dont les sillons descendent verticalement du haut en bas de la pièce; ici, le piquetage dont la statue est couverte trahit l'emploi de la marteline. Le travail n'est pas également avancé sur les deux morceaux; le personnage accroupi no 5005 a été poussé plus loin que le personnage debout no 5008. Je suis porté à croire que cet état d'imperfection n'est pas un pur effet du hasard. 11 devait en être des sculpteurs funéraires égyptiens comme de nos marbriers de cimetière : ils avaient toujours en magasin un certain nombre de monuments préparés d'avance, et auxquels il ne manquait plus que quelques heures de travail pour être entièrement terminés. Le client faisait son choix, donnait ses indications ou le portrait de la personne à reproduire, et l'ouvrier finissait la statue sur ces données. On remarquera en effet que les parties inachevées sont celles qui devaient nécessairement varier à chaque commande nouvelle : les mains, les pieds, les parties découvertes des jambes et du buste, les parois du naos n'attendent plus que le polissage, mais la tête est à peine indiquée, la jupe est seulement dégrossie et la chambre du naos est pleine. Il ne fallait pas longtemps pour tailler dans le naos la figurine de divinité que souhaitait le client, pour donner à la jupe la tournure qu'il désirait, et pour dégager des lignes de la tête les traits et la coiffure du modèle. — Ep. saïte. Mit-Rahinéh.
5011. — Serpentine grise. — H. o"' 44.
310 Salle funéraire.
Le second prophète d'Ammon Hôrnakht, agenouillé, tient un naos. Cette figure, rapprochée du no 5005, montrera en quoi consistait pour le sculpteur le dernier travail dont je viens de parler. — Ep. saîte.
5014. — Calcaire. — H. o"* 57; long, o"' 62 ; larg. o°* 40. — (Mariette, Ahydos, t. III, p. 41, no 374.)
Joli groupe formé par le scribe Diminti et par sa femme Tii, la chanteuse d*Isls, assis à côté Tun de l'autre : à leurs pieds, s'étend une table d'offrandes, taillée dans le même bloc que les deux personnages. C'est une indication certaine de la manière dont on plaçait les tables d'offrandes isolées, devant les statues du mort, au moment du sacrifice. — XIXe dyn.
Abydos.
5021. — Granit noir. — H. o™ 58.
Un personnage, agenouillé, tient devant lui une sorte d'autel, formé d'une colonnette à tête d'Hathor et d'une grande fleur de lotus épanouie. Aucune inscription ne nous apprend son nom : il devait pourtant avoir une certaine notoriété de son vivant, car sa statue a été trouvée dans la partie de Karnak, où l'on plaçait les statues de particuliers érigées par faveur spéciale du Pharaon régnant. — XVIII* dyn. Karnak.
Tout ce qui restait d'espace libre dans la salle, piliers, sol, murailles, a été garni de sarcophages en bois et de cercueils. Le Musée ne possède malheureusement aucun cercueil complet de l'Ancien
Salle funéraire. 311
Empire. Des éclats de bois trouvés dans la pyramide de Sokarimsaf et dans celle de Teti, dans le tombeau de Horhotpou (cfr. p. 256) et dans celui de Tagi (cfr. Salle de l'Ancien Empire, no 1053, p. 224), prouvent que, dès les plus anciennes époques, on •couchait la momie dans des cercueils à forme humaine, avant de la sceller dans son sarcophage de pierre. Cela était d'autant plus utile à constater que le cercueil de Menkourî, conservé au British Muséum, a été considéré par beaucoup d'égyptoiogues comme ne remontant pas à la IV^ dynastie, mais comme étant une restauration de la XXV*> : le fait que Sokarimsaf avait une caisse en bois est une preuve très forte en faveur de Tantiquité du cercueil de Menkourî.
Les cercueils de la XVIII» et de la XIX" dynastie abondent au Musée, depuis que la trouvaille de Déïr el-Baharî nous a rendu la dépouille authentique d'une quinzaine de rois et princes alliés à Thoutmos III et à Ramsès II. La XX« et la XXI« sont également bien représentées pour la même raison, et la Salle des momies woyales offre une collection unique de ces belles caisses à vernis jaune et rouge, que les fabricants de l'époque mirent à la mode. La momie 'ti® 4937 {Casier AX, p. 307) est un spécimen excellent de ce qu'on savait faire sous la XXII" dynastie, et dans les années troublées qui suivirent. Toutefois, les sarcophages et les cercueils saïtes et ptolémaïques forment notre principale richesse en ce genre de monuments, depuis que Mariette a découvert, à l'Assassif et à Déïr el-Baharî, les sépultures qui reçurent, pendant une dizaine au moins de générations, les
312 Salle funéraire.
momies des prophètes de Montou, maître de Thèbes. On reconnaîtra aisément cette série aux couleurs vives, rouge, jaune, verte, rose, dont sont bariolés les visages, aux scènes nombreuses, aux ornements multiples et aux légendes pressées qui recouvrent la gaîne, la cuve, les parois intérieures. Beaucoup de ces cercueils n'ont pu être exposés faute de place, et sont dans nos magasins à la disposition des savants qui désireront les étudier.
 droite et à gauche de la porte qui conduit dans la Salie du centre, et debout contre la muraille, comme autant de sentinelles à leur poste, sont d'immenses cercueils en bois :
4921. — Bois. — H. 2"^ 25.
4922. — Bois. — H. i"* 90.
L'habitude était, à partir de la XIX* dynastie, de donner à chaque momie deux ou même trois cercueils s'emboîtant exactement Tun dans l'autre. Les nos 4921 et 4922 appartenaient à la chanteuse du temple d'Ammon, Ameniritis, fille du prêtre d'Ammon, gouverneur de Thèbes, Nsimin. L« visage, autrefois doré, a été gratté par des voleurs païens, ainsi que je l'ai déjà expliqué ailleurs (i4rmo/re^£, no 4420, p. 241). Ameniritis était sœur du Khahor dont nous avons tout l'appareil funéraire (cfr. no 4978). — XX VI* dyn. Détr el-Bahan,
4967. — Bois. — H. i"' 90.
4968. — Bois. — H. 2"™ 15.
Double cercueil de la dame Tatonkh (var., Dimoutshopnônkh), surnommée Miamoun, iille du prophète
Salle funéraire. 313
de Montou thébain, Nibnoutîr et de la dame Bibi. Le visage, doré jadis, a été gratté comme le visage des deux cercueils no» 4921 et 4922. — XXV1« dyn.
Déir el'Baharî.
Les limites très étroites entre lesquelles je suis contraint de m^enfermer ne me permettent point de décrire les numéros de la série : une notice exacte des noms et des inscriptions qu^ils portent n'intéresserait d'ailleurs que le savant de profession. Les trois sarcophages carrés et munis d*un couvercle en dos d'âne nos 4978, 4979, 4980, appartiennent à la même époque que les plus anciens cercueils des prêtres de Montou, c'est-à-dire à la XX V« dynastie et aux premiers temps de la XXVI*. Ils renfermaient d'ordinaire une ou deux caisses emboîtées en forme de momie et à tête humaine; pour comprendre cette disposition, il suffit de plonger le regard, par une des extrémités, dans le sarcophage no 4979 (Long. 2m 27; Larg. cm 87; H. cm 90), où j'ai fait déposer un cercueil antique. Sur les quatre montants, sont perchés d'ordinaire des éperviers debout ou couchés, qui représentent les génies des points cardinaux, chargés de veiller à l'intégrité du cadavre (cfr. Salle du centre, Armoire N, no 11 22, p. 139.
De chaque côté de la porte Est se dressent deux grands cercueils, différents par l'aspect de ceux dont je viens de parler. Le plus curieux porte le no
Cercueil à fond blanc; des adorations aux génies des morts sont tracées rapidement, à l'encre noire, sur
314 Salle des momies royales.
les côtés de la cuve et à Tintérieur. Il appartenait primitivement à la dame Rftaï, nourrice de la reine Nofîrtari; il renferme la dame Ansi, qui paraît avoir été la femme ou la mère du Pharaon Soqnounrî III Tiouâken de la XVII* dynastie. La momie a im 80 de long; elle était décorée d'une guirlande de fleurs et porte le nom de la reine, tracé à Tencre sur la poitrine. — XVII" dyn. Délr el-Baharî.
Ils proviennent en effet de la trouvaille de Déïr el-Baharî et servent comme d^introduction à la Salle des momies royales.
§ 2. — Salle des momies royales.
Depuis plusieurs années déjà^ )e savais que les Arabes.de Gournah avaient désensablé une ou deux tombes royales, dont ils refusaient d'indiquer Tem* placement. Au printemps de 1876, un officier-général anglais du nom de Campbell m'avait montré le rituel hiératique du grand-prêtre Pinotm III, acheté à Thèbes pour la somme de quatre cents livres. En 1877, M. de Saulcy me remettait, de la part d*un de ses amis de Syrie, les photographies d'un long papyrus ayant appartenu à la reine Notmit, mère de Hrihor, et dont la fin est aujourd'hui au Louvre, le commencement en Angleterre. Mariette avait luimême acheté à Suez deux autres papyrus, écrits au nom d'une reine Tiouhathor Honttoouï. Vers le même temps, les statuettes funéraires du roi Pinotm paraissaient sur le marché, les unes fines, les autres grossières. Bref, le fait d'une découverte devint telle-
Salle des momies royales. 315
ment évident que, dès 1879, je pouvais affirmer d'une tablette, appartenant alors à Rogers-Bey, acquise plus tard par le Musée du Louvre, qu'elle « pro- » venait d'un tombeau avoisinant le groupe encore in- » connu des tombes de la famille de Hrihor » ; en réalité, elle provient de la cachette de Déïr el-Baharî, où j'ai retrouvé la momie à laquelle elle appartenait. ■
'Rechercher l'emplacement de ces hypogées royaux était donc, l'un des principaux objets du voyage que j'entrepris dans la Haute-Egypte, aux mois de Mars et d'Avril 1881. Un seul point m*était acquis, le nom des personnages qui avaient vendu les objets déjà connus, Abd-er-Rassoul Ahmed, de Sheikh Abd-el- Gournah, et Moustapha Aga Ayad, vice-consul d'Angleterre et de Belgique à Louxor. Ce dernier, couvert qu'il était de l'immunité diplomatique, échappait aux poursuites. Le 4 Avril, j'envoyai au chef de la police de Louxor l'ordre d'arrêter Abd-er-Rassoul Ahmed, et je demandai par télégramme à S. E. Daoud Pacha, moudir de Qénéh, ainsi qu'au Ministre des Travaux publics, l'autorisation d'ouvrir une enquête immédiate contre ce personnage. Interrogé par moi, par M. Emile Brugsch, par M. de Rochemonteix, il nia tous les faits que \m témoignage des voyageurs européens mettait à sa charge. Douceur, menaces, rien ne put le décider à parler : le 6 Avril, je l'expédiai à Qénéh, où le moudir le réclamait, lui et un de ses frères, pour instruire leur procès.
L'affaire fut menée rondement, mais en somme n'aboutit point. Les interrogatoires et les débats, conduits par les magistrats de la Moudirieh en présence
3l6 Salle des momies royales.
de l'officier-inspecteur de Dendérah, Aly-Effendi Habib, eut pour unique résultat de provoquer de nombreux témoignages favorables à Taccusé. Les notables et les maires de Gournah déclarèrent, à plusieurs reprises, sous la foi du serment, qu'Âbd-er-Rassoul Ahmed était Thomme le plus loyal et le plus désintéressé du pays, qu'il n'avait jamais fouillé et ne fouillerait jamais, qu'il était incapable de détourner le moindre objet d'antiquité, à plus forte raison de violer une tombe royale. La suite montra la foi qu'on devait ajouter à ces dépositions. Pour le moment^ je n'avais rien à opposer que le témoignage d'étrangers absents : Abd-er-Rassoul Ahmed fut mis en liberté provisoire, sous la garantie de deux de ses complices, et rentra chez lui avec le brevet d'honnêteté immaculée que lui avaient décerné les notables de Gournah. Mais son arrestation, les deux mois d'emprisonnement qu'il avait subis, la vigueur avec laquelle l'enquête avait été conduite par Son Exe. Daoud Pacha, la conviction où Ton était que je reprendrais l'aiFaire dès mon retour, avaient donné fort à réfléchir. La discorde se mit entre Abd-er-Rassoul et ses quatre frères : les uns croyaient le danger passé sans retour et l'administration du Musée battue, les autres estimaient qu'il serait plus prudent de s'entendre avec moi et de me livrer le secret. Après un mois de discussions et de querelles, l'aîné d'entre eux, Mohammed Ahmed Abd-er-Rassoul, se résolut brusquement à tout révéler. Il se rendit secrètement à Qénéh, et fit sa déclaration au moudir : celui-ci en. référa aussitôt au ministre de l'intérieur, qui transmit la dépêche à S. A. le Khédive. Son Altesse, à
Salle des momies royales. 317
qui j'avais parlé de raifaire, reconnut sans peine l'importance de cette dénonciation, et décida d'envoyer un des employés du Musée à Thèbes. Je venais de partir pour TËurope, mais j'avais laissé à M. Emile Brugsch, conservateur - adjoint , les pouvoirs nécessaires pour agir en mon lieu et place. L'ordre à peine reçu, il partit pour Thèbes, le samedi ler juillet, accompagné de MM. Ahmed EfFendi Kamal, secrétaire - interprète du Musée, et Tadros Moutafian, actuellement inspecteur de la circonscription des Pyramides.
Le mercredi 5, ils furent conduits par Mohammed Ahmed Abd-er-Rassoul au caveau funéraire. L'ingénieur égyptien qui l'a creusé jadis, avait pris ses dispositions de la façon la plus habile : jamais cachette ne fut mieux dissimulée. La chaîne de collines qui sépare le Bab-el-Molouk de la plaine thébaine forme, entre l'Assassif et la vallée des Reines, une série de cirques naturels, dont le plus connu était, jusqu'à présent, celui où s'élève le monument de Déïr el-Baharî. Dans la muraille de rochers qui sépare Déïr el-Baharî du cirque suivant, juste derrière la butte de Sheikh Abd-el-Gournah, à soixante mètres environ au-dessus du niveau des terres cultivées, on creusa un puits de 11,50'n de profondeur sur 2ni de largeur. Au fond du puits, dans la paroi Ouest, on pratiqua l'entrée d'un couloir qui mesure i m 40 de large sur i,8oni de haut. Après un parcours de 7 m. 40, il tourne brusquement vers le Nord et se prolonge sur une étendue d'environ ôom, sans garder partout les mêmes dimensions : en certains endroits il atteint 2"^ de large, en d'autres il n'a plus que
3l8 Salle des momies royales.
im 30, vers le milieu, cinq à six marches grossièrement taillées accusent un changement de niveau assez sensible, et, sur le côté droit, une sorte de niche inachevée montre qu*on a songé à changer une fois de plus la direction de la galerie. Celle-ci débouche enfin dans une sorte de chambre oblongue, irrégulière, d'environ 8 m de longueur.
Le premier objet qui frappa les yeux de M. Emile Brugsch, quand il arriva au fond du puits, fut un. cercueil blanc et jaune au nom de Nibsonou. Il était dans le couloir, à 0^60 environ de l'entrée; un peu plus loin, un cercueil dont la forme rappelait le style de la XVII* dynastie, puis la reine Tiouhathor Honttoouï, puis Séti 1er. A côté des cercueils et jonchant le sol, des boîtes à statuettes funéraires, des canopes, des vases à libation en bronze, et, tout au fond, dans l'angle que forme le couloir en se redressant vers le Nord, la tente funèbre de la reine Isimkheb, pliée et chiffonnée, comme un objet sans valeur, qu'un prêtre trop pressé de sortir aurait jeté négligemment dans un coin. Le long du grand couloir, même encombrement et même désordre : il fallait s'avancer en rampant, sans savoir où l'on mettait les mains et les pieds. Les cercueils et les momies, entrevus rapidement à la lueur d'une bougie, portaient des noms historiques, Aménophis 1er, Thoutmos II, dans la niche près de l'escalier, Ahmos 1er et son fils Siamoun, Soqnounrî, la reine Ahhot]:5oUy Ahmos Nofritari et d'autres. Dans la chambre du fond, le pêle-mêle était au comble, mais on reconnaissait à première vue la prédominance du style propre à la XX' dynastie : les Arabes avaient dé-
Salle des momies royales. 319
terré un plein hypogée de Pharaons. Et quels Pharaons! les plus illustres peut-être de Thistoire d'Egypte, Thoutmos III et Séti 1er, Ahmos le libérateur et Ramsès II le conquérant. Deux heures suffirent au premier examen, puis le travail d'enlèvement commençait; trois cents ouvriers se mirent à l'œuvre. Le bateau du Musée, mandé en hâte, n'était pas encore là ; mais on avait sous la main l'un des pilotes, rêis Mohammed, sur lequel on pouvait compter. Il descendit au fond du puits et se chargea d'en extraire le contenu : MM. Emile Brugsch, Ahmed Effendi Kamal et Tadros Moutafian recevaient les objets au fur et à mesure qu'ils sortaient de terre, les transportaient au pied de la colline et les rangeaient côte à côte, sans ralentir un instant leur surveillance. Quarante huit heures d'un labeur énergique suffirent à tout exhumer. Mais la tâche n'était qu'à moitié terminée, il fallait mener le convoi à travers la plaine de Thèbes et au-delà de la rivière jusqu'à Louxor : plusieurs des cercueils, soulevés à grand peine par douze ou seize hommes, mirent de sept à huit heures pour aller de la montagne à la rive, et l'on se figurera aisément ce que dut être ce voyage, par la poussière et la chaleur de juillet.
Enfin le il au soir, momies et cercueils étaient tous à Louxor, dûment enveloppés de nattes et de toiles. Trois jour après, le vapeur du Musée arrivait : le temps de charger, et aussitôt il repartait pour Boulaq avec son fret de rois. Chose curieuse I de Louxor à Qouft, sur les deux rives du Nil, les femmes fellahs échevelées suivirent le bateau en poussant des hurlements et les hommes tirèrent des coups
de fusil) comme ils font aux funérailles. Le Musée se trouva trop petit pour recevoir ces hôtes nouveaux : la salle dans laquelle ils reposent à présent a été bâtie en 1882, sur l'ordre de S. A. le Khédive, par les soins de LL. EE. Ismaîl Pacha Ayoub et Rousseau-Pacha. Il n'a pas été possible de ranger les momies par ordre chronologique : les plus précieuses ont été réunies dans la partie de la salie qui est située derrière les piliers, les autres sont rangées le long du mur, des deux côtés de la porte qui mène à la salle funéraire. Ces dernières appartiennent presque toutes à la famille des Grands-prêtres d'Ammon Thébain, contemporains de la XX" et de la XXI" dynastie. Les cercueils ont la caisse vernie en jaune ou en rouge brun, la tête et les mains dorées ou cuivrées. Le couvercle de chaque cercueil a été dressé derrière la cuve pour laisser voir la disposition et l'ornementation intérieures.
Couvercle du cercueil de la reine Ahhotpou I, probablement femme du roi Kamos (XVII* dyn.), et mère d'Ahmos 1er (XVIII' dyn.), propriétaire des bijoux exposés dans la Salle du centre ( Vitrine H, p. 77—83). Il est entièrement doré et représente la reine, le visage découvert, le corps entièrement enveloppé des ailes d'Isis. La face est d'un travail fort soigné et paraît reproduire les traits même de la reine. — XVir-^XVIII" dyn. Drah abou 7 neggah,
5203* — Couvercle du cercueil du roi Pinotm II (cfr. no 5238). — XXP dyn. Déir el-Baharî.
Salle des momies royales. 321
5204. — Couvercle du cercueil de la reine Notmit (cfr. no 5234). — XX« dyn. Déîr el-Baharî.
5205. — Longueur de la momie, l"^ 70.
Cercueil du Grand -prêtre d'Ammon, général en chef, Masahirti, fils du roi Pinotm II (cfr. no 5238) et père de la reine Isimkheb (cfr. nos 5208, 5285). — XXI« dyn. Délr el-Baharî.
5206. — Longueur de la momie, i"^ 62.
Cercueil de la Chanteuse d'Ammon-Râ, roi des dieux, Touhirit. Le papyrus de cette femme, conservé à Leyde, nous apprend qu*elle était fille du Père divin d'Ammon, Khonsoumos, et de la Chanteuse d*Ammon Tontamon. La tête et les mains de la caisse extérieure ont été détachées par les Arabes et vendues à des touristes. — XXI* dyn.
Détr el'Bahan,
5207. — Longueur de la momie, i"" 72.
Cercueil du Grand -prêtre d'Ammon, général en chef, Pinotm III, fils d'Isimkheb (cfr. nos 5205, 5235) et du Grand-prêtre Menkhopirrî. La caisse extérieure porte, clouée le long des jambes, une bande de cuivre, sur laquelle a été estampée l'inscription dédicatoire. — XXP dyn, Déir el-Bahari
5208. — Longueur de la momie, i"^ 62.
Cercueil extérieur de la reine Isimkheb, fille de Masahirti (cfr. no 5205), femme de Menkhopirrî, mère de Pinotm III (cfr. no 5207). Le cercueil intérieur et la momie sont exposés plus loin sous le no 5235.
322 Salle des momies royales.
La momie déposée actuellement dans le cercueil est celle d'une dame Nsikhonsou dont Thistoire des plus singulières se rattache à celle du cercueil suivant. — XXI* dyn. Déîr el-Baharî.
5209. — Longueur de la momie, i"^ 66.
Cercueil de la princesse Nsikhonsou, fille de la dame Tonthontthouti, et probablement femme de Pinotm III (cfr. no 5207).
Les cercueils de cette princesse n^avaient pas été fabriqués pour elle, mais pour Isimkheb (cir. no 5208). Ils ont été cédés par Isimkheb ou par ses parents à Nsikhonsou, dont le nom a été écrit en surcharge sur celui de sa compagne : la peinture surajoutée est tombée et le nom primitif a reparu en plusieurs endroits. Cette première usurpation reconnue, nous en avons dû bientôt constater une seconde. A leur arrivée au Musée, les deux cercueils renfermaient chacun une momie, et j'ai cru d'abord que ce dédoublement était le fait des Arabes, qui avaient trouvé et dévalisé la cachette de Déïr el-Baharî. L'examen des deux momies m'a prouvé qu'il était le fait des Égyptiens eux-mêmes. La momie no 5209 porte, écrit sur son maillot, le nom de la Supérieure des femmes d'Ammon, Nsikhonsou, avec la date de Tan VI; la momie no 5208 porte le même nom et les mêmes titres, mais sans date. Des documents de diverse nature, me portent à croire, que la momie no 5209 est une Nsikhonsou I^re^ femme de Pinotm III, morte en l'an V, et la momie no 5208, Nsikhonsou II, nièce de la précédente et peut-être fille de Honttoouï II, fille d'Isimkheb (cfr. Zeitschrift, i883, p. 70—75).
Salle des momies royales. 323
exix Nsikhonsou étant mortes à quelques mois
^^^lle, on ne s'est pas donné la peine de faire
Seconde un cercueil qui lui appartînt : on la
,, , ^i^^ un des cercueils de la momie enterrée en
i an V"
. * ^t, pour la distinguer de sa devancière, on
'*2Ça ^xiï^ le maillot la date de l'an VI. — XXI* dyn.
Déïr el-Baharî.
^* • — Cercueil extérieur de la reine Mâkerî '^ 5236). — XXI' dyn. Déîr el-Baharî,
^» — Longueur de la momie, i"™ 77.
^ ^'^'^eils dans lesquels a été trouvée la momie
chtaV^ — *^^ d'Ammon, fils royal de Ramsès, Zodf-
„.^„ ^^'Ônkh. Les cercueils ont été usurpés à divers
plj^. ^^Xages, dont le plus important était un pro-
£lg ^^'Ammon, du nom de Nsishounopi. Le titre
jjgg- 3*^ al de Ramsès appartient à plusieurs person-
pos^ ^® ^^ ^^^® ®^ ^® ^^ XXII® dynastie : il ne sup-
ver^ ^t^as l'existence d'un Ramsès qui aurait régné
nje^ ^^^^tte époque. De même que la famille des Ra-
taie.»-fc ^-^€s se perpétuait en des reines, qui transmet-
pgj-,^^ îi leurs enfants des droits héréditaires, elle se
jjga "^\iait en des princes qui avaient quelques-uns
jjg -^-Trres et des honneurs de la royauté : un Ramsès
QU^ ^"^te famille n'avait pas besoin d'être roi pour
pYj^^ ^es fils eussent le titre de Fils royaux. Zodf-
^o-.^ *^«fônkh se rattachait à la famille de Pinotm III
^ w ^^n lien qui nous est encore inconnu. Les bre-
. ^^ que porte sa momie sont estampées au nom
- ^ï^and-prêtre d'Ammon Ouapout, fils du roi She- '^^S 1er. XXII® dyn. Déîr el-Baharî.
324 Salle des momies royales.
5212. — Longueur de la momie, i"^ 75.
Cercueils d'abord peints et dorés, puis noircis au
bitume. C'est à grand peine que j'ai pu y lire le nom de la prêtresse d'Ammon, Nsitnibashrou , fille de Nsikhonsou (cfr. no 5209) et probablement de Pinotm m (cfr. no 5207). — XXII* dyn.
Déir el'Baharî.
5213. — Longueur de la momie, i"^ 60.
Cercueil jadis peint et doré, aujourd'hui défiguré
par les voleurs; l'intérieur est enduit d'une couche de bitume, qui rend les légendes presque entièrement illisibles. La momie portait, attachées au corps, deux petites rames, et une poignée de joncs qui avait servi de support aux fleurs d'un grand bouquet monté. Elle avait été fouillée par les Arabes et était en si mauvais état, qu'il fallut l'ouvrir à son arrivée au Musée. Le corps avait été brisé en trois endroits, dès l'antiquité, et les morceaux, réunis tant bien que mal, étaient enveloppés d'une toile aussi fine que la plus fine baptiste (Armoire AY^ no 5251, p. 330). Par-dessus, se trouvait une sorte de suaire malheureusement déchiré en plusieurs morceaux : il est chargé de longs textes hiéroglyphiques tracés à l'encre et empruntés pour la plupart au Livre des Morts (cfr. p. 1941, no 1847). Une sorte d'introduction nous apprend que cet exemplaire du livre sacré a été tracé, par ordre spécial du roi Amenhotpou II, pour son père et prédécesseur Thoutmos m, fils de la reine Isit, dont le nom apparaît ici pour la première fois. Cette mention, à laquelle le scribe égyptien n'attachait probablement que peu d'importance, nous donne pour-
tant la solution d'un des problèmes les plus obscurs de l'histoire d'Egypte : en nous montrant que Thoutmos III était né d'une concubine, elle nous explique pourquoi la reine Hatshopsitou le tint si longtemps éloigné du trône. Hatshopsitou, fille de Thoutmos 1er et de la reine Ahhotpou II, avait pour elle le droit héréditaire, et, par suite, la préséance sur ses deux demi -frères Thoutmos II et Thoutmos III : ils ne durent de régner, Thoutmos II qu'après son mariage avec la princesse héritière, Thoutmos III qu'après son mariage avec la fille d'Hatshopsitou et de Thoutmos IL — XVIII« dyn. Déir eUBaharl
5214. — Bois peint. — Long, i"™ 90.
Couvercle du cercueil de Nibsonou (cfr. no 5237).
Déir el'Baharî.
5215. — Longueur de la momie, i'^ 55.
Cercueil de la reine Tiouhalhor Honttoouï I, probablement femme du grand-prêtre Pinolm 1er. — XXI® dyn. Déir eUBaharî.
5216. — Bois peint. — Long, i™ 85.
Couvercle du cercueil du roi Amenhotpou le (cfr.
no 5230). Les inscriptions à l'encre, tracées sur la poitrine, nous ont conservé deux procès-verbaux de visites de la momie, par les inspecteurs chargés d'en vérifier l'état et d'en assurer l'entretien. La première raconte que « l'an VI , le 7 du troisième mois de »Pirit, le premier prophète d'Àmmon-Râ, roi des » dieux, Pinotm (1er), fils de Pionkh, envoya restaurer » l'appareil funèbre du roi Sorkerî Amenhotpou le»;
326 Salle des momies royales.
la seconde dit plus solennellement que «Tan XVI, » le 22 du quatrième mois de Pirit, le premier provphète d'Âmmon-Râ, roi des dieux, Masahirti, fils »du roi Pinotm (II), envoya renouveler Tappareil » funéraire de ce dieu », c'est-à-dire d'Âmenhotpou 1er qui en effet était adoré et recevait un culte régulier.
— XVIII* et XXI« dyn. Délr el-Baharî,
5217. — Couvercle du cercueil de Thoutmos II (cfr. no 5231). — XVIII«dyn. Déïr el-Baharî,
5218. — Le cercueil original de Ramsès 1er avait été si bien détruit par les voleurs, que les surveil> lants des tombeaux furent obligés de déposer la momie dans un cercueil de femme, dont la cuve est aujourd'hui brisée : le couvercle seul est intact et est exposé sous le no 5218. Sur le pied, le nom du premier possesseur fut effacé, puis remplacé par les cartouches du Pharaon; le même cartouche a été écrit en hiératique sur la main droite. Un débris d'un autre cercueil de même style, scié et égalisé au moment de la restauration antique (voir Armoire BD, no 5248), porte une inscription hiératique mutilée, de laquelle il ressort qu'en l'an XVI, le roi Hrihor Siamon fit transporter le corps de Ramsès 1er dans le tombeau de la dame Ansi(f) pour le remettre en état. La momie n'a pas été encore retrouvée. Je soupçonne cependant qu'une momie, dépouillée de bandelettes et soigneusement embaumée, qu'on a retirée de la cachette avec les autres objets, pourrait bien être celle de Ramsès 1er, mais aucune preuve n'est venu jusqu'à présent appuyer cette hypothèse.
— XIX"~XX« dyn. Déîr el-Baharî.
Salle des momies royales. 327
5219. — Long. I"^ 56.
Momie de la reine Ahhotpou II, fille de Nofîrtari et d'Ahmos ler, femme d*Amenhotpou 1er (cfr. no 5230). Elle a été trouvée dans le grand cercueil no 5222. — XVllI* dyn. Déir el-Baharu
5220. — Bois peint en noir. — H. i^^ 05.
Boîte de momie en forme de gazelle , et renfermant une momie de gazelle soigneusement embaumée. Aucun indice ne nous permet d'établir auquel des personnages enterrés à Déïr el-Baharî appartenait cet animal : tout cependant me porte à croire qu'il était la propriété d'Isimkheb I, comme la plupart des objets d'offrande déposés dans la cachette. — XXI* dyn. Déir el-Baharî.
5221. — Dessin exécuté par MM. Emile Brugsch- Bey et Vassali-Bey.
En pénétrant dans le tombeau, M. Emile Brugsch- Bey ramassa, à l'entrée du long couloir, un gros paquet de cuir roulé grossièrement, et qui paraissait avoir été déposé là par quelque prêtre égyptien pressé de sortir. En le développant, nous reconnûmes que c'était une des pièces principales du catafalque sous lequel on plaçait le cercueil pendant les cérémonies des funérailles. La partie centrale, qui formait comme le toit du catafalque, représente le ciel étoile sur lequel des vautours déploient leurs ailes pour protéger le mort : une bordure d'ornements, en cuir découpé, la relie à quatre pièces, formées de carrés verts et rouges disposés eh damier, qui pendaient de chaque côté du cercueil et l'enfermaient comme
328 Saile des momies royales.
une tente. Les inscriptions sont au nom de la reine Isimkheb I, fille de Masahirti et femme de son oncle Menkhopirrî : elles souhaitent un repos heureux à celle qui repose sous le dais funèbre.
L'état de délabrement dans lequel a été trouvé cet objet, jusqu^à présent unique, ne nous a point permis de Texposer. On pourrait le restaurer sans trop de peine; mais l'argent manque. — XXI* dyn.
Déir el-Baharî.
Armoire AY.
Sur la tablette du haut sont exposés:
Une sellette en bronze, percée de quatre trous, et portant quatre vases à libations avec leurs couvercles. Deux autres sellettes brisées ont été trouvées avec celles-là, ainsi que des vases à libations dépareillés. Elles faisaient partie du mobilier funéraire de la reine Isimkheb I. — XXI« dyn.
Dé'ir el'Baharî,
Les autres objets exposés sur la tablette sont des statuettes en bois ayant contenu des papyrus (cfr. p. 142, no 1220), une boîte à statuettes funéraires ayant appartenu au roi Pinotm II, et deux des canopes de la reine Isimkheb I. Ils diffèrent sensiblement des canopes qu'on rencontre ordinairement et que j'ai déjà décrits ailleurs (cfr. Salle du centre y p. 128 — 129). Ce sont en effet des vases en albâtre d'usage cou> rant, qu'on a utilisés comme canopes, sans même chercher à les appareiller pour la forme et pour la
Armoire AY. 339
grandeur. Le bitume bouillant dont on les a emplis, après y avoir déposé les viscères, a débordé en longues traînées.
La seconde tablette en descendant est chargée de Répondants découverts avec les momies. Ces Répondants sont fabriqués à peu près tous sur le môme modèle : ils ont été taillés fort hardiment, puis revêtus d*une couche d'émail de deux bleus, qui ont pris à la cuisson une intensité de ton superbe. Ils avaient été déposés avec les momies en quantité considérable; bien que les Arabes de Thèbes en aient vendu, pendant près de dix ans, aux touristes, nous en avons recueilli encore plus de trois mille, dont beaucoup se sont malheureusement brisés pendant le transport. Ils sont tous au nom des derniers membres de la famille des Grands-prêtres d*Âmmon, Pinotm II, Masahirti, Pinotm III, Zodphtahefônkh, Isimkheb I, Honttoouî, Nsikhonsou, Makerî, Nsitnibashrou, Touhirit. On n*en a trouvé aucun des rois ou des princesses de la XVIII* et de la XIX* dynastie qui reposaient à côté de ces personnages : les Répondants d'Ahmos 1er, d'Amenhotpou 1er, de Ramsès II, etc., étaient restés dans leurs tombes avec le mobilier funéraire. Les plus jolies de ces statuettes sont celles de Pinotm II; celles de Masahirti n'ont pas été soignées à la cuisson, et Témail en a été noirci, au moment de la fusion, par les cendres du foyer.
Au-dessous des statuettes, sont groupés un certain nombre d'objets d'offrande, qui appartenaient k la reine Isimkheb I. Un grand panier en joncs tressés, que nous n'avons pu exposer jusqu'à présent
330 Salle des momies royales.
à cause de ses dimensions » renfermait toute une charge de viande et de volailles desséchées, partie enveloppées de bandelettes, comme s'il se fût agi de momies, partie privées de couverture : une tête de veau (no 5253), des cuisses de gazelle (nos 5254, 5255), des oies (no 5256), puis des provisions d'autre nature, du pain (no 5257), des raisins secs et des dattes (no 5258), des fruits du palmier doum (no 5259). Le miroir (no 5260) a été trouvé, comme nous le verrons plus loin (no 5226), dans la momie de la princesse Mashonttimihou. L'étoffe (no 5251) provient du cercueil de Thoutmos III (no 5213, p. 324) : pour en faire ressortir la finesse, nous avons caché dans les plis quelques statuettes funéraires, qu'on aperçoit par transparence. Enfin, la boîte carrée (no 5261), qui est placée dans le coin à droite, porte le nom du roi Ramsès IX de la XX*' dynastie. Elle est en ivoire, en bois rouge et en bronze, et était toute disloquée au moment de la trouvaille : elle a été reconstituée par M. Emile Brugsch-bey.
Sur l'avant-dernière tablette, repose une momie d'apparence étrange, trop longue pour sa largeur (no 5262). Elle était dans un cercueil d'enfant, peint en blanc, et porte, tracé à l'encre sur la poitrine, le nom de la princesse Sitamon, fille d'Âhmos I^^r et de Nofritari (XVIII® dynastie). A l'intérieur, au lieu du cadavre momifié, un paquet de djérids long de im 20, et surmonté d'un crâne d'enfant. Ce n'est pas la seule momie fausse que nous aient rendue la cachette de Déïr el-Baharî (cfr. no 5241), et la nécropole thébaine. Les momies ainsi refaites proviennent généralement de tombeaux pillés par les
Armoire AY. 331
voleurs : on forçait la porte de la chambre funéraire et on brisait la momie, comme font encore au)ourd*hui les Arabes, afin de prendre les objets précieux qui la couvraient. Le sacrilège découvert, les gardiens ou les parents réparaient les dégâts tant bien que mal, mais souvent la momie était trop bien détruite pour qu'on pût en rapprocher les morceaux, et cependant la religion n'admettait pas que Tftme désincarnée pût vivre pleinement dans l'autre monde, si le corps qu'elle avait eu durant sa vie terrestre venait à disparaître complètement (cfr. p. 214 — 215). Faute d'avoir le corps réel de la princesse Sitamoun, les inspecteurs de la nécropole prirent le parti de lui fabriquer une apparence de corps, avec des côtes de feuilles de palmiers, quelques débris d'ossements et des chiffons. Les petites rames en bois (no 5263) qui s'appuient sur la momie fausse ont été trouvées sur la momie de Thoutmos III (cfr. p. 324, no 5213). Elles servaient à deux fins, d'abord à consolider le corps brisé, quand on le reconstitua, puis à donner au roi défunt le moyen de monter, comme ses prédécesseurs, sur la barque du soleil, et à parcourir le ciel avec le dieu.
Le compartiment inférieur est garni de canopes trouvés avec les corps et de travail très fin pour la plupart.
5222. — Bois, toile et stuc. — H. 3"^ 20 sans les plumes.
Cercueil gigantesque, formé par des épaisseurs d'étoffe superposées, tendues sur un châssis en bois
léger et fortement imprégnées de stuc. Il est peint en jaune et porte, en une bande verticale, le proscynème habituel en Thonneur de la reine Âhhotpou II, femme du roi Âmenhotpou 1er (cfr. no 5230). Il reproduit Taspect extérieur des piliers Osiriens qui décorent la cour de Médinet-Thabou, à la coiffure près. La perruque, les traits du visage et les colliers sont relevés de bleu. La momie, revêtue d'un joli linceul orange, était enfermée directement dans le cercueil. Elle n*a que im 56 de long (no 5219, p. 327). — XVIII« dynastie. Dé'ir el-Baharî,
Armoire AZ,
Sur la tablette supérieure, au milieu, une boîte en roseaux blancs (no 5264), très fine de travail et presque neuve d'apparence : elle renferme une perruque de grande taille, en poil de mouton noir et en cheveux mêlés, identique pour la forme aux perruques que Ton voit sur les monuments thébains de la XX® et de la XXI* dynastie. Au moment de la découverte, elle était encore maintenue par deux sceaux en terre sigillaire au nom du Grand-prêtre d'Ammon Menkhopirrî : la perruque était destinée par conséquent à la reine Isimkheb I, femme de ce personnage. D'autres perruques sont exposées dans les armoires BD et BE (nos 5265, 5266, etc.).
Sous les statuettes funéraires qui recouvrent la seconde tablette, sont exposés des spécimens de l'herbier que le célèbre docteur Schweinfiirth a eu la complaisance de préparer pour le Musée, avec les fleurs trouvées sur les momies royales. La date exacte à
Armoire AZ. 333
laquelle elles remontent n*est pas facile à déterminer. Deux hypothèses sont possibles à leur égard : lo elles sont contemporaines de Tenterrement des personnages sur lesquels on les a trouvées. Le jour où Ton transportait le mort à sa dernière demeure^ on suspendait à son cou et sur sa poitrine des guirlandes (cfr. Salle du centre, no 3967, p. 189), toutes fabriquées sur le même modèle : on saisissait chaque fleur dans une sorte de monture, formée de feuilles du saule d*Égypte (Salix safsaf) ou du Mimusops Kummel, le Persea des monuments, que l'on découpait et cousait ensemble sur une sorte de point de chaînette. En arrivant devant la porte de Thypogée, la momie, dressée sur ses pieds, recevait, debout, la face au monde des vivants, Thommage des amis et les lamentations de la famille, après quoi, on l'emportait au fond de l'hypogée et on la couchait dans son caveau, le plus souvent sans prendre la peine de la dépouiller de ses guirlandes. 20 Les fleurs peuvent n'être contemporaines que des grands-prêtres d'Ammon (XX® — XXI® dyn.). Les inscriptions de certaines momies nous disent en effet, qu'à diverses reprises, on refit l'habillement de plusieurs rois, tels qu'Amenhotpou 1er, Séti 1er, Ramsès II. Il se peut que les fleurs aient été comprises dans cette restauration; elles ne dateraient donc que du XI® ou du X® siècle avant notre ère. Pour certaines momies, telles que celle d'Ahmos 1er, il me paraît à peu près certain que nous possédons tout l'appareil funéraire, tel qu'il existait au moment de l'enterrement : les fleurs remonteraient jusqu'au premier règne de la XVIII® dynastie, environ 1750 av. J.-Ch. De toute
334 Salle des momies royales.
façon, il convient de se rappeler que les plus anciens herbiers jusqu'à présent connus n'ont pas encore quatre cents ans de date : Therbier du Musée de Boulaq, que les éléments en aient été cueillis au XVIII* ou seulement au X« siècle avant notre ère, est de beaucoup ce que nous connaissons de plusancien en ce genre. Il ofire aux botanistes un point de comparaison précieux pour Tétude de la ilore égyptienne : comme la lumière vive de nos salles pourrait endommager et détruire cette collection unique au monde, je n'en ai exposé que des spécimens. Les espèces représentées sont le pied d'alouette bleu-violet (Delphinium Orientale), commun en Egypte, le lotus bleu et blanc (Nymphœa Cœrulea et Nymphœa Lotus), VAlcea Ficifolia, la Serbania œgyptiaca et le carthame (Carthamus tinctorius), dont la fleur orange fournissait une des matières colorantes le plus fréquemment employées par les Égyptiens. A côté de chaque spécimen antique est placé un spécimen moderne, recueilli et préparé également par le docteur Schweinfurth. Quelques-unes des espèces sont éteintes aujourd'hui, une sorte de melon d'eau par exemple. D'autres ne sont pas originaires de l'Egypte, et ont dû y être apportées par le commerce : tel est un Lichen de Crète et de l'Archipel grec, lei.Parmelia furfuracea, que les droguistes du Caire vendent aujourd'hui encore sous le nom arabe de Chéba, De pareils faits sont d'autant moins surprenants que les Égyptiens des dynasties thébaines avaient le goût des fleurs et des plantes rares poussé fort loin : ils essayèrent d'acclimater chez eux les espèces nouvelles que leur fournissaient
Armoire AZ. 335
les pays conquis, et, sans parler de Texpédition de cinq vaisseaux, envoyée par la reine Hatshopsitou aux Echelles de VEncens, pour y prendre des arbres à parfums, une des chambres du temple de Karnak, construite et décorée par Thoutmos III, a ses murs couverts de plantes, d'oiseaux et d'animaux exotiques^ que ce monarque avait rapportés de ses campagnes lointaines en hommage au dieu Ammon.
Sur la dernière tablette, on a placé, entre autres objets de peu d'importance, une grande plaque en bois (no 5268), couverte d'une belle écriture hiératique. C'est la copie de divers décrets rendus par le dieu Ammon-Râ, en l'honneur de la dame Nsikhonsou (cfr. nP 5209, p. 322) au moment de sa mort, et destinés à lui assurer dans l'autre monde tous les bonheurs afférents à ses vertus et aux divers amulettes dont elle était pourvue, tels que les Répondants. Deux autres décrets, transcrits sur deux tablettes indépendantes, complétaient celui-ci. L'un d'eux, acheté par Rogers-bey et aujourd'hui au Louvre, est le document dont j'ai parlé plus haut, et qui me fit soupçonner la découverte par les Arabes d'au moins une tombe royale nouvelle (cfr. p. 315); l'autre est en Angleterre, entre les mains d'un particulier. Ces singuliers documents marquent une évolution nouvelle dans l'histoire de la stèle, telle que je l'ai esquissée plus haut (cfr, p. 29 — 39). Le culte d'Ammon, dieu unique, avait prévalu à Thèbes, sous les derniers rois de la XX« dynastie, au point que le gouvernement effectif avait passé aux mains du dieu lui-môme : le roi n'entreprenait rien avant d'avoir consulté dans le sanctuaire Ammon
336 Salle des momies royales.
lui-même^ dont la statue lui répondait quelquefois de la voix, le plus souvent par un signe de tête. Quand les grands-prêtres d'Âmmon succédèrent aux Ramessides, cette intervention matérielle du dieu régla, outre les affaires de Tétat, toutes les affaires privées de la famille régnante. Pour les partages de succession, pour les mariages, Ammon rendait des décrets, dont la minute nous est parvenue, transcrite en hiéroglyphes, sur les murs du temple de Karnak ; à plus forte raison, prenait-il la parole, quand il fallait assurer le bonheur d'un prêtre ou d'une princesse dans l'autre monde. De la famille pontificale, l'usage passa aux simples particuliers, et nous trouverons désormais, à Thèbes,une variante de la formule des stèles, où l'en-tête ordinaire : Oblation à tel ou tel dieu (cfr. p. 35 — 37) est remplacé par un décret, dans lequel Âmmon, Osiris ou d'autres dieux confèrent au mort, après délibération en conseil souverain, tous les droits et privilèges des bienheureux.
Etagère BA.
Sur l'espèce d'armoire ouverte, qui se trouve en retour derrière les piliers, sont placés des personnages de moindre intérêt. Celui qui occupe la troisième case au - dessus du sol repose un Domestique de la nécropole thébaine, nommé Phirshemmo (no 5225); au-dessus de lui (no 5226), la reine Mashonttimiou. Le cercueil a été brisé, puis restauré anciennement. L'inscription, d'abord gravée sur fond bleu et remplie de stuc bleu, a été refaite à l'encre par l'un des scribes chargés de la restauration. La
momie est fausse, comme celle de la princesse Sitamoun (cfr. p. 330). Elle a été fouillée par les Arabes, et on en distingue les éléments à travers les trous pratiqués dans le maillot. Un morceau de cercueil ai vernis jaune, de la XX® dynastie, accompagné d'un manche de miroir (cfr. p. 330) et de quelques autres objets, tient lieu de corps : un paquet de chiffons reproduit la tête, un paquet de chiffons les pieds. Le tout est si habilement combiné que nous n'aurions jamais soupçonné la fraude, si les Arabes de Gournah ne s'étaient avisés d'éventrer le contenu du cercueil. — XVIII* dyn.
5227. — Longueur de la moniie, i™ 85.
Le roi Soqnounrî III Tîouâken de la XVII* dynastie. Le cercueil est trapu, lourd, recouvert d'une couche de stuc blanc jadis doré; la tête et la coiffure sont peintes en jaune, l'uraeus dorée est au front. Une bande verticale d'hiéroglyphes descend de la poitrine aux pieds et se termine sous le talon. Les caractères, d'abord tracés hardiment à l'encre, ont été maladroitement retouchés à la pointe, après la dorure, et sont déformés en plus d'un endroit. Le ^ ^ a la figure du t <=^, si bien qu'on serait tenté de lire Sotnounrî Tiouâten, si l'on ne connaissait point d'autre part la forme réelle du nom. La momie est enveloppée d'une étoffe grossière et ne porte aucune inscription apparente; le maillot, sondé en plusieurs endroits, ne renferme ni toile écrite ni amulettes. — XVII* dyn.
5228. — Longueur de la momie, i"* 67.
Cercueil en bois, reproduisant les contours géné-
33^ Salle des momies royales.
raux du corps. Le fond est jaune; la chevelure, les ornements et les traits du visage sont relevés de bleu. Sur la poitrine, un pectoral montrant les deux cartouches du roi Nibpehtirî Ahmôs le et la figure d'Ammon-Râ. Le maillot de la momie porte sur la poitrine le nom du roi tracé à Tencre en hiératique. — XVIIl* dyn.
5229. — Longueur de la momie, i™ 69.
La reine Nofirtari, femme du précédent. Le cercueil, peint en'roùge brun et formé par des épaisseurs de toile superposées, était enfermé dans le grand cercueil no 5247 (cfr. p. 346), qui est debout contre le pilier de droite. La momie, enveloppée d'une toile rouge orange, maintenue par des bandelettes de toile ' ordinaire, ne porte aucune inscription : on voit seulement, autour de la tête, un bandeau couvert de figures mystiques. La reine Nofirtari est communément appelée la reine noire, parce qu'elle est quelquefois représentée peinte en noir. Il ne faut pas en conclure qu'elle était négresse. Son culte, très répandu à Thèbes, en faisait une forme d'Hathor, la déesse des morts : cela suffit à expliquer la teinte sombre de son corps dans plusieurs tombes. — XVIII» dyn.
5230. — Longueur de la momie, i'" 6g.
Cercueil à fond blanc (voir le couvercle, p. 325,
no 5216) du roi Amenhotpou 1er, fils d'Ahmos et de Nofirtari. La momie est revêtue d'une toile orange, maintenue par des bandes de toile ordinaire. Elle porte un masque en bois et en carton peint, iden-
Salle des momies royales. 339
tique au masque du couvercle. Elle est enveloppée des pieds à la tête de longues guirlandes (cfr. Salie des momies, Armoire AZy p. 332 — 334)- Une guêpe, attirée par les fleurs, était entrée dans le cercueil au moment de Tenterrement : elle s*y est conservée intacte et nous a fourni un exemple probablement unique d'une momie de guêpe. — XVIIP dyn.
5231, — Longueur de la momie, i™ 77.
Cercueil à fond blanc, tête peinte en jaune, figure
souriante (voir le couvercle sous le no 5217, p. 326), perruque noire : Tursus a disparu. L'inscription est au nom du roi Ââkhoprinrî Thoutmos Hiqoïs, c'est-àdire de Thoutmos II, petit-fils du précédent. La momie, recouverte de toile blanche, porte, tracée sur la poitrine, une inscription où il est dit que « Tan VI, » le 7 du troisième mois de Pirit, le premier prophète »d'Âmmon-Râ, Pinotm, fils du premier prophète »d'Ammon-Râ, fils de Piônkhi, envoya restaurer » l'appareil fiinèbre du roi Â&nrî » {sic, par étourderie du scribe pour Aâkhoprinrî). — XVIII" dyn.
5232. — Longueur de la momie, i™ 75.
Grand cercueil blanc dont les pieds ont été brisés
anciennement : les traits sont relevés de noir, les yeux sont en émail. Sur la poitrine, au-dessous des cartouches Monmdîtrî Siti Minephtah de Séti 1er, trois procès-verbaux en hiératique, de longueur différente. D'après le premier, « l'an VI, le 7 du deu- » xième mois de Shaît» le premier prophète d'Ammon, » Hrihor, envoya restaurer l'appareil funèbre du roi »Séti 1er». Le second déclare que «l'an XVI, le 7
340 Salle des momies royales.
»du quatrième mois de Pirit, sous le roi Siamoun » (Hrihor), on retira le roi Séti 1er de son tombeau, »pour le déposer dans la tombe de la princesse » Ânsî (?) » ; l'opération faîte, la prêtresse chargée du culte de la momie témoigna, devant le roi, de la condition de la momie, et dit que le corps n*avait souffert aucun dommage dans le transfert. Enfin, en Tan X, le ii du quatrième mois de Pirit, sous le grand-prêtre Pinotm 1er, le roi Séti 1er fut transporté dans le tombeau d'Amenhotpou 1er, en foi de quoi on écrivit le troisième et dernier procès-verbal.
La momie est enveloppée d*une forte toile jaunâtre et ne porte aucune inscription apparente. — XIX* dyn,
5233. — Longueur de la momie, i'" 80.
Cercueil de bois, bois non peint, en forme d'Osirîs : les yeux et les traits sont rehaussés de noir, les mains tiennent chacune un sceptre. Sur la poitrine, sont tracés à Tencre les cartouches d'Ousirmarî-sotpenrî Ramsès II Miamoun, le Sésostris des Grecs, et trois inscriptions, dont Tune effacée à Téponge a été ensuite surchargée, mais reste encore lisible en partie. Elle a pour objet de constater que. Tan VI, le grandprêtre Hrihor fît restaurer la momie de Ramsès IL Des deux inscriptions restantes, Tune raconte que Tan XVI, le 7 du quatrième mois de Pirit, le roi Siamoun fît retirer le corps de Ramsès II du tom> beau de Séti 1er où on Tavait déposé; Tautre, tracée rapidement sur le sommet de la tête, nous apprend que, Tan X du grand-prêtre Pinotm, on transporta Ramsès II dans le tombeau d'Amenhotpou 1er, en même temps que son père Séti 1er.
Salle des momies royales. 341
Le style du monument et certains détails d'orthographe nous reportaient à la XX® dynastie plutôt qu'à la XIX*. Pour savoir si la momie était bien celle de Ramsès II, comme le prétendent les inscriptions du couvercle, j'ai cru devoir enlever une partie des bandages, qui paraissaient être mal attachés, et j'ai trouvé, sur la poitrine du maillot original, une inscription hiératique à l'encre, dont la teneur ne laisse subsister aucun doute : le grand -prêtre Pinolm 1er déclare qu'il a fait réparer l'appareil funéraire de Ramsès II, en l'an XVI. Le cercueil, dans lequel le conquérant était enfermé primitivement, avait été détruit et dut être remplacé : c'est là ce qui explique et l'aspect du monument et les particularités orthographiques des cartouches. — XIX® dyn.
5234. — Longueur de la momie, l"* 65.
Cercueil de beau travail en bois émaillé (cfr. le cercueil extérieur, p. 344, no 5242). Une feuille d'or recouvrait la caisse entière, à l'exception de la coiffure et de quelques détails ; les hiéroglyphes et les parties principales de l'ornementation sont formés de petits fragments de pierres précieuses et d'émaux incrustés dans l'or. Le tout formait un ensemble d'un éclat et d'une richesse à peine concevables. Par malheur, le cercueil a été gratté, et il ne reste plus que des lambeaux de la décoration primitive. C'était le cercueil de la reine Notmit, mère du prêtre-roi Hrihor. La momie avait été fouillée par les Arabes, et le papyrus enlevé : une partie en est déposée au Louvre, l'autre est au British Muséum. — XX® dyn.
5235. — Longueur de la momie, i"™ 62.
342 Salle des momies royales.
Deuxième cercueil et momie de la reine Isimkheb fille de Masahirti (cfr. p. 321, no 5205) et mère de Pinotm III (p. 321, no 5207). Le cercueil extérieur et les couvercles sont exposés sous le n9 5208 (p. 321). — XXI« dyn.
5236. — Longueur de la grande momie, i ™50»
de la petite, o"* 42.
Cercueil renfermant les momies de la reine Màkerî et de la princesse Moutemhftït (cfr. le cercueil extérieur et les couvercles sous le no 5210, p. 323). La reine M&kerî est morte en couches et son enfant avec elle. Cet enfant, qui probablement n*a pas. dû vivre un jour, porte tous les titres de sa mère^ entre autres, celui de Royale épouse principale. Moutemhâït n'a donc été ni Epouse royale, ni même quoi que ce soit sur cette terre : mais Tusage voulait que les femmes de la famille des Raméssides eussent ce titre de naissance et elle Ta eu. Le fait est bon à noter, car il montre à quelles erreurs on est exposé, lorsqu'on spécule sur certaines indications des monuments : si nous n'avions pas la momie de Moutemhâït, aurions -nous jamais supposé, d'après ses titres, qu'elle était née morte? N'aurions -nous pas été tenté de lui attribuer un mari et des enfants? — XXI« dyn.
5237. — Longueur de la momie, i"^ 78.
Cercueil à fond blanc, chargé de dessins en couleur au nom du prêtre-scribe Nibsonî, né de Phiri et de la dame Tamosou (cfr. le couvercle sous le no 5214, p. 325). La momie a la face découverte;
Salle des momies royales. 343
elle est dans un tel état de conservation qu'on dirait le cadavre d'un homme mort depuis quelques jours à peine. — XX* dyn.
5238. — Longueur de la momie, i"* 54.
Cercueil du roi-prêtre Pinotm II (cfr. le couvercle sous le n9 5203, p. 320). Le cercueil est du môme type que le cercueil de Notmit (cfr. no 5234, p. 341). Il appartenait d'abord à Thoutmos 1er : après avoir été enlevé à son premier possesseur, il a été approprié à l'usage de Pinotm II, mais le nom de Thoutmos reparaît ça et là sous la peinture plus récente. Il a été presque entièrement dédoré et ne présente plus guère à l'extérieur que l'aspect d'une masse de bois informe.
La momie a été déshabillée par les Arabes; elle est dans un état admirable de conservation. Pinotm II était un vieillard aux traits ans et rusés, à la tête rase, au corps maigre et petit. Les dents sont usées à la façon des dents du cheval, comme on le voit encore chez certaines peuplades africaines, qui se nourrissent de graines mal broyées. — XXI* dyn.
Etagère BB,
La case du bas est remplie par un cercueil (no 5289) en forme de momie, peint en blanc de manière à imiter le calcaire. La momie ne porte point de nom : elle était enveloppée dans une peau de mouton à laine blanche, et accompagnée de deux cannes à pomme en roseaux tressés. Elle exhale une odeur infecte. — XVIII* dyn. Déîr el-Baharî.
344 Salle des momies royales.
5240. — Longueur de la momie, o"^ 90.
Cercueil identique d*aspect à celui d*Ahmos 1er
(no 5228, p. 337); aux pieds, le nom du fils aîné d'Ahmos, Siamon. La momie est d*un enfant de cinq à six ans : elle porte, tracé en hiératique sur la poitrine, le nom de Siamon. — XVIII® dyn.
Déîr el'Baharu
5241. — Longueur de la momie, i™ 58.
Cercueil de femme brisé aux pieds, style de la
XX** dynastie. Le nom du propriétaire a été effacé avec soin, et c'est tout au plus si Ton peut y distinguer le titre de Chanteuse d'Ammon, La momie qui Toccupait à Torigine n'existe plus : elle a été remplacée par une autre momie, enveloppée de guirlandes, qui porte sur la poitrine le nom de la princesse Sitka, avec les titres de mère royale, sœur et épouse principale du roi. — XVIII* dyn.
Déîr el-Baharî.
A rétage supérieur, le cercueil extérieur (no 5242) de Notmit (cfr. no 5234, p. 341). — XX* dyn.
Déîr el-Baharî,
Armoire BC.
Sur la planche du haut, est exposée une selle, chargée de vases à libations, et qui appartenait à la momie d'Isimkheb (cfr. Armoire AY, no 5252, p. 328). Audessous, viennent, une rangée de statuettes funéraires puis d'autres spécimens de l'herbier préparé pour le musée par le docteur Schweinfurth (cfr. Armoire AZ, P' 332 — 335), et un panier en feuilles de papyrus,
contenant des offrandes analogues à celles qu'on voit dans V Armoire A Y (p. 329 — 330).
Le groupe placé au milieu de la salle a été dé> couvert à Saqqarah, en 1863. Il vient d'un puits profond, commun à plusieurs caveaux, dont Tun appartenait à la reine Khotbnitiribit, femme de Nectanébo I^r (XXX» dyn.), et un autre au Scribe des offrandes funéraires, Psamitik, contemporain de cette reine. C'est dans le tombeau de Psamitik qu'ont été recueillis les quatre monuments suivants :
5243. — Basalte vert — H. o"™ 97. —
(Mariette, Mon, Div,^ pi. 96 A, B.)
Le défunt Psamitik, revêtu de la longue robe, est debout, appuyé contre la poitrine de la vache Hathor, la déesse des morts. Un des chefs d'œuvre de la sculpture à l'époque saïte. — XXX* dyn.
Saqqarah.
5244. — Basalte vert. — Larg. o"^ 7 1 ; long, o"^ 34. — (Mariette, Mon. Div,^ pi. 95, a.)
Table d'ofïrandes du même Psamitik. — XXX» dyn.
Saqqarah,
5245. — Basalte vert. — H. o"^ 90. — (Mariette, Mon. Dtv,, pi. 96, D,)
Statue d'Osiris momie, coiffé du diadème Atef aux deux grandes plumes. Le dieu est assis et tient à la main le sceptre et le fouet. La légende est au nom du scribe Psamitik. — XXX» dyn. Saqqarah.
34^ Salle des momies royales.
5246. — Basalte vert. — H. o™ 89. — (Mariette, Mon, Dw,, pi. 96, C.)
Isis assise, provenant, comme les trois morceaux précédents, du tombeau de Psamitik. — XXX» dyn.
Saqqarah.
5247. — H. 3"^ 17; larg. aux coudes o"* 87, épaisseur à la poitrine o"™ 55.
Cercueil gigantesque de Nofîrtari (cfr. la momie, no 5229, p. 338), identique d^aspect et de travail à celui d'Ahhotpou II, qui lui fait pendant à Tautre pilier (cfr. no 5222, p. 331). — XVIII» dyn.
Détr el-Baharî.
Armoire BD,
A rétage supérieur, entre deux perruques d'Isimkheb (cfr. Armoire AZ, no 5264, p. 332), on remarque une boîte à figurines aux cartouches du roi-prêtre Pinotm II (XXI» dynastie). Les figurines exposées à rétage du dessous appartiennent à la famille des grands-prêtres dont je viens de décrire les momies, et ne diffèrent des Répondants ordinaires que par réclat de rémail bleu dont elles sont revêtues. Viennent ensuite de nouveaux spécimens des fruits trouvés dans la cachette (cfr. Armoire A Y, p. 329 — 330), du pain, et plusieurs objets d*un intérêt plus positif, tels que les vases en p&te de verre bleue, verte, jaune, noire jaspée de blanc, groupés au centre. Ce sont des gobelets à libation d*un type ju8qu*à présent fort rare. Ceux d^entre eux qui ont une légende portent le nom de la princesse Nsikhonsou (cfr. no 5218, p. 326), femme de Pinotm III : Tensemble de la collection
Salle des momies royales. 347
remonte donc au X* siècle av. J.-Ch., et nous donne un point de repère précieux pour déterminer la date des objets en p&te de verre exposés dans notre collection (cfr. Salle du centre, Armoire Y, p. 103).
5248. — H. o"™ 1 8 ; larg. o"™ 1 6 ; prof, o"* 1 4. Coffret en bois et en ivoire, portant sur le devant
les cartouches de la reine Hatshopsitou , sœur de Thoutmos III. Il a été usurpé plus tard et a servi de caaope, pour contenir la rate et le foie d*un des grands-prêtres d *Ammon, ou de la- reine Makerî (cfr. no 5236, p. 342), dont le nom est identique au prénom de la reine Hatshopsitou. — XVIII* et XXI" dyn. Déîr el-Baharî,
5249. — H. o"» 35; larg. o"^ 30.
Fragment d*un cercueil à couleur jaune de la
XX* dynastie, portant le procès-verbal de la translation du corps de Ramsès 1er, en l'an XVI du roi Hrihor Siamon (cfr. no 5218, p. 326). — XX* dyn.
Déîr el-Baharî.
5250. — Longueur du corps, i"* 66.
Momie du roi Mirinrî Sokarimsaf, fils du roi
Papi 1er, frère aîné de Papi II. Elle a été trouvée dans une des pyramides de Saqqarah, en janvier 188 1. La mâchoire inférieure manque, et une jambe s'est détachée dans le transport. Les traits bien conservés nous rendent la physionomie du roi : sur le côté droit de la tête, pend encore la tresse des adolescents (cfr. Salle funéraire, Vitrine AE, n» 4033, p. 259), et Texamen du corps prouve que Sokarimsaf dut mourir très jeune. Cette momie, la plus ancienne
34^ Salle des momies royales.
probablement que Ton connaisse jusqu'à présent, prouve, contrairement à Topinion de Mariette, que les procédés de Tembaumement et Temmaillotage du corps étaient arrivés au plus haut degré de perfection, dès le temps de l'Ancien Empire. Les bandelettes ont été arrachées violemment par les Arabes, mais elles adhèrent encore en plusieurs endroits et ont laissé leur empreinte sur la peau : les débris que j'en ai ramassés, dans la chambre de la pyramide, ne diffèrent en rien des bandelettes employées plus tard pour le même objet. — VI« dyn. Saqqarah,
En résumé, les momies princières appartiennent à trois familles différentes, qui, toutes trois, ont régné sur l'Egypte entre le XIX* et le X« siècle avant notre ère. La généalogie du groupe le plus ancien (XVII<* à XVIII® dyn.) s'établit comme il suit :
Soqnounrl III Tiouâken (no. 5227) la reine Ans!? (no. 52oo).
Ahhotpou I (no. 5202) Kamo t Ahmos I (no. 52281 • Nofirtari (no. 5229)
Siamon Sltamon Miritamon Amenhotpou I Ahhotpou II |no. 5240) (no. 5262J (no. 523o) -^^ (no. 5222>
Thoutmos I (no. 5238|
Thoutmos II Thoutmos III (no. 523i) (no. 52i3)
La place des trois princesses Sitka (no 5^4^)» Honttimihou et Mashonttimihou (no 5226) sa fille, n'est pas tout à fait certaine : il y a lieu de croire cependant qu'elles appartiennent à la famille d'Ahmos, et sont identiques à certaines princesses mentionnées dans des tombeaux thébains, à Déîr el-Médinéh.
Salle des momies royales. 349
Lé groupe intermédiaire consiste en trois personnages seulement :
Ramsès 1er (no 5218)
Séti 1er (no 5232)
Ramsès II (no 5233) Le dernier groupe comprend les membres de la famille sacerdotale qui régna sur Thèbes, après l'extinction de la XX* dynastie, et tandis qu'une maison Tanite fondait, dans le Delta, une dynastie indépendante, la XXI* de Manéthon.
Notmit (no. 5234)
Hrthor Siamon
Khonsoumos >—.,—. Tontamon Pionkh
Touhirit (no. 52o6) Tiouhathor Honttoonï (n o. 52i5) Pinotm I
Pinotm II (no. 5238) Mâkerî (no. 5236)
Masahirti (no. 52o5) 1 Moutemhâit (no. 5238)
Isimkheb I ^^^ Menkhopirrî Tonthonthouti
Nsibinibdid ^^ Honitoouï II Pinotm III (no. 3207) «^w Nsikhonsou (no. 5209)
Nsikhonsou II Isimkheb II Nsitnibashrou Ataouï Masahirti Zapnofir.
(no. 520K1 (no. 5212)
La place de quelques-uns de ces personnages n'est pas certaine, et il reste encore quelques momies (nos 5225, 5237, etc.), que je ne sais comment rattacher à la série.
Et maintenant une question se pose. La plupart des rois et des princes de la XVIII* et de la XX» dynasties avaient chacun sa tombe, qui existe encore aujourd'hui, ou dont nous connaissons l'emplacement
350 Salle des momies royales.
par des documents contemporains, Âmenhotpou 1er à Drah abou ' 1-neggah, Séti I^r et Ramsès II au Bab el-Molouk, d'autres ailleurs. Comment se fait-il que leurs corps aient été enfouis pêle-mêle avec les corps des grands-prêtres d*Ammon, entre Déïr el-Baharî et Drah abouM-neggah? De tout temps, les richesses déposées dans les tombeaux avaient tenté les voleurs et causé de nombreuses violations de sépultures. Quand la puissance de Thèbes commença à décroître, vers la fin de la XX« dynastie, et que, par conséquent, la surveillance exercée sur la nécropole se relâcha de sa vigueur, des bandes s'organisèrent, où figurent des employés civils, des officiers, des manœuvres, jusqu'à des femmes, et, non contentes de s'attaquer à de simples particuliers, osèrent porter la main sur les rois. Une enquête, ouverte en l'an XVI de Ramsès IX, nous apprend que les commissaires royaux trouvèrent une tombe royale violée sur dix qu'ils avaient ordre de visiter. « Nous ou- » vrîmes, dirent les voleurs devant les juges, les » sarcophages du roi Sovkemsaouf (cfr. Grand Ves- *tibule, no 446, p. 51) et de sa femme la reine » Noubkhâs, ainsi que les caisses funéraires dans les- » quels ils étaient. Nous trouvâmes la momie au- »guste du roi, et, à côté d'elle, son sabre, ainsi qu'un » nombre considérable de talismans et de garnitures »en or à son cou. La tête était couverte d'or et » toute la momie plaquée d'or; les cercueils étaient » revêtus d'or et d'argent en dedans et en dehors, »et incrustés de toute sorte de pierres précieuses. » Nous prîmes l'or que nous trouvâmes sur la mo- »mie, ainsi que les talismans et les garnitures du
Salle des momies royales. 351
»cou et Tor des cercueils. Nous prîmes également » tout ce que nous trouvâmes sur la royale épouse, » puis nous brûlâmes leurs caisses funéraires, et nous :» volâmes leur mobilier, qui consistait en vases d'or, » d'argent et de bronze, et nous le partageâmes entre »nous huit.» C'est, comme on voit, la description exacte de la reine Ahhotpou I (cfr. no 5202, p. 320), dont la momie nous a fourni les beaux bijoux du Musée (cfr. Salle du centre, Vitrine H, p. 77—84). Ce fut pour les sauver des voleurs qu'on retira les Pharaons de leurs tombeaux. Les procès-verbaux que j'ai traduits (p. 339—340, nos 5232—5233), montrent que les trois princes de la XIX" dynastie, Ramsès 1er, Séti 1er, Ramsès II, subirent les mêmes vicissitudes : réunis tous trois dans le tombeau de Séti, où on venait les restaurer de temps en temps, ils furent transportés ensemble dans une dépendance du tombeau d'Âmenhotpou 1er, où se trouvaient déjà les princes et princesses des XVII* et XVIII* dynasties qui composent le premier groupe. D'autre part, les derniers des grands - prêtres d'Âmmon avaient fait creuser dans la montagne, au sud de Déïr el-Baharî, un tombeau où ils déposaient les morts de la famille. Quand leur race s'éteignit à son tour, un membre de la XXII* dynastie Bubastite, probablement ce grandprêtre Ouapout dont j'ai signalé le nom sur la momie no 521 1, utilisa ce tombeau comme cachette, et y déposa pêle-mêle tous les cercueils royaux, qu'on avait gardés jusqu'alors dans l'hypogée d'Amenhotpou 1er.
352 Salle gréco-romaine.