‹ Guide du voyageur à Constantinople et dans ses environs: contenantChapitre 2 sur 21 · ET LA PROPONTIDE · texte numérisé non relu

ET LA PROPONTIDE

somptueux de réponse de Justinien, l'impératrice Théodore ; là enfin les chefs de la hiérarchie catholique s'assemblèrent plusieurs fois en conciles solennels, pour chercher un remède aux maux qui affligeaient l'Eglise d'Orient. Certes, en parcourant les rues silencieuses du village du Kadi^ et en cAtoyant les bords du Ghalcédon, ruisseau fangeux qui roule péniblement ses eaux presque ignorées, on ne se douterait pas que ces lieux ont été témoins des pompes impériales, et qu'une grande ville y étalait le faste de ses monuments.

Enfin, après avoir dépassé les îles des Princes, pittoresque archipel que nous visiterons plus tard en détail, après avoir laissé sur la gauche le château des Sept-Tours, cette bastille politique de la Turquie, Constantinople s'offre à notre vue. Nous avançons, et bientôt les murs du Serai nous apparaissent dans leur vaste étendue. A droite, nous apercevons le faubourg de Scutari, l'ancienne Chrysopolis, vaste entrepôt des marchandises que la Perse, la Syrie, Bagdad et d'autre^ villes de l'Asie-Mineure dirigent sur la capitale de l'empire ottoman. Un phare placé sur un rocher isolé, et que l'on nomme arbitrairement la Tour de Léandre^^ s'élève près de

vous au-dessus des flots. Regardez devant vous : vous êtes à feutrée du Bosphore et du port de Stamboul ; un magique panorama s'étend sous vos yeux enchantés. A droite, c'est la double file des gracieux villages qui bordent le canal par lequel la mer Noire communique avec la Propontide ; devant la

(1) Les Turcs l'appellent Kiz-koulèei ( la Tour de la Fille ).]

O LES DABDANELLES ET LA PBOPONTIDE.

proue du vaisseau qui navigue librement dans une eau bleue et limpide, c'est le port où stationnent une foule de navires de toutes nations, et dont les flots baignent, d'un côté, Constantinople avec sa population toute musulmane, de l'autre Galata, Péra, quartier des Francs, Kacim-Pacha et d'autres faubourgs que nous n'oublierons pas dans nos excursions*

Mais l'ancre est jetée et il vous est permis de fouler cette terre orientale, but de votre voyage. Vous débarquez, et un commissionnaire officieux vous conduit à Péra, où vous choisissez votre demeure.

Son histoire. —Sa description générale.

' Ud naTîgatenr grec nommé Byzas fonda , sur remplacement de l'ancienne bourgade thracienne de Lygos, une ville à laquelle il laissa son nom. Cette ville était destinée, par s^ merveilleuse position, à devenir l'entrepôt commercial de rOccident et de TOrient, et le siège d'une puissante monarchie, après avoir été la métropole d'un empire à son déclin. Dans les premiers temps de la fondation de Byzance, les troubles auxquels la Grèce était en proie, et les guerres que cette république avait à soutenir contre les Perses, empêchèrent les nations les plus entreprenantes de TOrient de jeter les yeux* sur la nouvelle cité dont la situation était si digne d'être convoitée. Cependant Darius s'en empara dans une da

10 CONSTANTINOPI«E.

ses excursions guerrières. Reprise par les Ioniens, elle retomba au pouvoir des Perses sous le règne de Xeriès. Plus tard, lorsque l'attention des peuples belliqueux de ces contrées se fut décidément fixée sur ce point de jonction de deux mers et de deux continents, Byzance fut envahie et ravagée par les Spartiates et les Athéniens. Toutefois ce n'étaient là que les préludes de la série de catastrophes qui devait dans la suite frapper cette malheureuse ville.

Rome ne pouvait pas rester longtemps indifférente aux avantages d'une extension en Orient. Lorsque le réseau de sa domination se fût étendu sur tout TOccident, elle tourna ses regards vers les pays que baignent la Propontide et le Pont- Euxln. La première de ces mers vit les Grecs subjugués par les empereurs romains. Ces succès furent suivis d'une victoire plus éclatante ; Septime-Sévère se rendit maître de Syracuse après un siège de trois ans. La ville fut détruite de fond en comble et réunie au territoire d'Héraclée (Périnthe). Sept ans plus tard, restaurée par Caracalla, elle sortit triomphante de ses ruines et reçut le nom de Antoniana-Auffustd.

Avec le règne de Constantin commence la célébrité de Byzance. Ce souverain, fatigué de Tanarchie qui régnait autour de lui et des dégoûts dont Tabreuvait un peuple encore soumis aux croyances du paganisme , conçut la pensée de transporter ailleurs le siège de l'empire et de laisser Rome aux pontifes de la religion du Christ. En effet, Byzance fut élevée au rang de capitale et vit sa prospérité s'accroître rapidement par la munificence de son hûte illustre. Dès lors, on la

SON HISTOIRE. Il

désigna sous le nom pompeux de Nea-Roma (Nouvelle Rome), auquel Tusage substitua celui de Constantmou- Polis ^ (ConstanfiBople).

La splendeur de la nouvelle métropole, loin d*être un symptôme d'heureuse régénération pour Tempire romain , dont une déplorable anarchie minait les larges bases, ne fut qu'un voile trompeur à l'abri duquel Tulcërequi rongeait les forces vitales du pouvoir et de la nation se développa d'une façon formidable. Les successeurs de Constantin, inhabiles i continuer l'œuvre commencée par le glorieux protecteur da christianisme , ne firent que multiplier les causes de destruction qui existaient déjà. La corruption et la mollesse, ces fléaux des princes et des peuples , s'introduisirent dans le monde romain , et tandis qu'une multitude de sectes religieuses, tristes fruits du désordre intellectuel, divisai^tk population de Gonstanûnople en factions ennemies , tandis que la cour oubliait dans les distractions de Thippodromeles dangers qui menaçaient la société dont les destinées lui étaient confiées, des hordes de Barbares vomies par l'Asie arrachaient une à une les provinces de l'empire et menaçaient les empereurs au milieu même de leurs fêtes. Les bibles efforts tentés par ces indignes héritiers de César pour

(1) • Nom allons es ian bolin, » disaient les habitants des environs de Constantinople , auxquels le dialecte oriental était familier. De là le nom d^Estamboul que les Turcs donnèrent à Pancienne métropole de Pempire grec. Cependant elle est encore appelée CcnstarUifiiié parmi la classe lettrée des Ottomans.

repousser les fils d*Osman se brisèrent contre la persévérance et Taudace des agresseurs : la force n'était plus aux mains des Grecs dégénérés; elle était passée tout entière du côté de leurs ennemis. La situation devînt si menaçante que les empereurs furent réduits à circonscrire leur domaine dans les étroites limites de la péninsule qui se terminait par le delta de Thrace , et à s'abriter derrière un mur qui s'étendait de la Propontide au Pont-Euiîn ^. Une pareille précaution disait bien à quel degré d'impuissance et d'humiliation était tombé le pouvoir impérial.

Enfin le croissant remporta sur la croix. Mahomet II , septième souverain de la dynastie ottomane, porta le dernier coup à l'empire grec qui s*écroula après une existence de mille ans. Le 29 mai 1453 vit disparaître les restes de la puissance romaine et les portes de la grande cité chrétienne s'ouvrir aux sectateurs d'une religion ennemie.

L'histoire a consacré le souvenir des calamités qui ont frappé la ville de Constantin ; depuis sa première fondation elle a été assiégée :]

Par Pausanias , après la bataille de la Platée (an 477 avant J-C);

Par Alcibiade, au commencement du cinquième siècle (410 avant J.-C);

Par Léon , général de Philippe de Macédoine (347) ;

(1) Ce mur, comiu sous la dénomination de Mur-long, fut construit en 507 par ordre de Tempereur Ânastase.

Par les Romains, sous Septime-Sévëre (197 aprëa J.-C.) ;

Par Maximius, l'année 313 de l'ère chrétienne ;

Par Constantin-le-Grand , en 315 ;

Par Khosroès, souverain persan , en 616;

Par le chakhan des Âwares , en 626 ;

Par le chef arabe Moawia, la treizième année du règne de Constance III (34 de Thégire, 654 deTére chrétienne);

Par Yezid , fils de Moawia , la seizième année du règne de Constance III (47 de l'hégire , 667 ère chrétienne) ;

Par Solian-Ben-Aouf , général de Moawia (52 de Thégire , 672 ère chrétienne) ;

Par Moslèma et Omar Abdol-Âzîz, fils du Ichalife Merwan, sous le règne de l'empereur Anhémius (97 de l'hégire, 715 ère chrétienne;)

Par Soliman , fils du khalife Abdol-Melek (122 de l'hégire , 739 ère chrétienne) ;

Par Paganos, prince des Bulgares, dans la vingt-troisième année du règne de Constantin V (764 ère chrétienne) ;

Par Haroun al-Rachid , la cinquième année du règne de Léon IV (164 de l'hégire, 780 ère chrétienne);

Par Abdol - Meiek , général d'Haroun al - Rachid , la deuxième année du règne de l'impératrice Irène (798 ère chrétienne) ;

ParKrumus, prince des Slaves (811 ère chrétienne) ;

Par le Slave Thomas , la première année du règne de Mi*

chel-le*Bègue (820 ère chrétienne) ;

14 CONSTANTIT^OPLE.

Par les Russes sous les ordres de Dir et d*Ascold (866) ;

Par Siméon , krâi des Bulgares , la troisième année du règne de Constantin Porphyrogénète (914);

Par le rebelle Thornicius , la septième année du r^e de Michel Monomaque (1048) ;

Par Alexis Gomnène , en 1081 ;

Par les Croisés , le 12 avril 1204 ;

Par Michel Paléologue, le 25 juillet 1261 ;

Par le sultan Bajazet I«r, en 1896 ;

Par le même souverain , en 1402 ;

Par son fils Mousa , en 1 41 4 ;

Par le sultan Mourad II, fils de Mahomet I^i*., en 1422;

Par Mahomet II , le 29 mai 1453.

Ainsi Constantinople a été vingt-neuf fois en proie aux horreurs d*un siège. Dans le nombre de ses ennemis , huit seulement s*en emparèrent ; ce furent Pausanias , Alclbiade , Septime-Sévère, Constantin, Alexis Comnène , Dandolo, Michel Paléologue et Mahomet II. Peu de villes ont eu à soutenir des luttes aussi multipliées et aussi périlleuses. La capitale de l'empire d'Orient et de l'Islamisme a payé cher la beauté et les avantages de sa situation !

On ne s'attend pas à trouver ici un récit détaillé de ces nombreuses expéditions. Mais le dernier siège, celui qui

donna Constantinople aux princes ottomans , mérite de fixer Tattention de quiconque veut connaître dans son passé et dans sa condition actuelle cette ville promise «ix grandes

choses. U ne sera donc pas sans utilité de rappeler , d*aprës les meilleurs historiens * , les principales circonstances de ce mémorable événement.

Mahomet II, qui avait fait d'Ândrinople la seconde capitale de la monarchie ottomane, et qui depuis longtemps convoitait Byzance, résolut, pour assurer Teiécution de son projet de conquête, de construire sur la rive européenne du Bosphore , et à l'endroit où le détroit est le plus resserré , une forteresse qui tiendrait la ville en échec et intercepterait toute communication entre les deux mers. Ce fort s'éleva malgré les représentations de l'empereur Constantin, dont le langage se ressentait de la faiblesse de ses résolutions. Trois mois suffirent pour achever cette construction hardie. La forteresse reçut des Turcs le nom significatif de jffo^/iajzi^e^en (coupe-gorge) 2, et des Grecs celui de Laïmocopas (coupeur des flots) , à cause du]mouvement des ondes qui battaient le promontoire où s'élevait le nouveau poste militaire des Turcs.

De retour à Ândrlnople, Mahomet s'occupa sans relâche des moyens de faciliter son entreprise. Un Hongrois, nommé Orban, lui inspira la pensée de fabriquer un canon mons-

(l) C'est principalement VHistoire de l'Empire ottoman, par M. DE Hammer, que nous avons consultée pour écrire le récit du siège de Constantinople. Cet excellent ouvrage, qui a valu à son auteur une réputation européenne, vient d'être publié en français par Bellizard, Dufour et €»«, à Paris, rue de Verneuil, no 1 »>'». Il est accompagné d'un Atlas complet de PEmpire ottoman.

(2) Boghaz a, en turc, la signification de délroU, défilé.

ri

. > ...nrjiifcil pour abattre les murs

..'t -uuritaii sullao, et, quelque

t . «itiis lui préscDta uae pîèc« qui

. .....> Jf douze palmes de circonré-

,,.Li.iaui. Il De fallut pas moins de

' >., iiis «t d'un très graud uombre

...'.> .viU* masse énorme, qui mît deux

.... W Jeui jours. Un paroil moyen , qui

, .i.ai'ui's muderues, redoubla la confiance

„., ,ii dans k'ur supériorité , et la terreur

. .•'idii'i'i's démonstrations hostiles de Malio-

.,d.>>>iti'î luootir de Constantin.

ml li'i^ que l'armée turque parut devant

, .1 >:aiv. I.i>t;i'aiid cauoa fut mis en batterie de-

,.,.' .:<'S.iiiil lîoiiiain(aujourd'bui£^rt-£'a;H)u),

.„ . ,>aiiiii'n^'a. l.i's forces du sultan se composaient

ii.iiii li(imnu>!i do cavalerie et de cent cinquante

,,....i..iiix, l,u Hotte ottomane comptait quatre cent

. M. Il .'..df Imite grandeur. A cette masse considérable .'.i.ii'ti>"k. Ii't uakIcVi'h n'avaient à opposer que quatre mille l'ttt »'iH «>i\auir' treize soldats grecs, deux mille étrant>i4 t't VM<1 (l'iilx <:éii()is sous les ordres de Longus , an la dtw (ilUMlliiiani.

iDltTlurité numérique , les Grecs repoussè-

IttiH^ Itii pri<i»l6ros attaques des assiégeants. Les

t(lil Iriirf viïorts so briser contre l'opiniâtreté

(liil combattait stcc le courage du désespoir.

D'un autre côté, la flotte du sultan, battue dans un premier engagement avec les rares vaisseaux génois et grecs, ne pouvait, pour arriver sous les murs de Constantiuople , franchir la forte chaîne de fer que les assiégés avaient prudemment tendue d'une rive à l'autre. Dans cette perplexité, Mahomet conçut une idée qui révèle toute la puissance de sa volonté : il imagina de transporter ses vaisseaux sur terre jusque dans le port de Byzance. Ce projet s'exécuta avec une audace et un bonheur dignes d'une pareille conception. Au moyen d'une route couverte de planches enduites de graisse, soixante-dix navires à deux rangs de rames et quelques» uns de plus forte dimension firent, en une seule nuit, un trajet de deux lieues, et furent remisa flot dans le golfe de la Corne-d'Or, aux yeux des Grecs saisis de stupeur et d'effroi. Ce n'est pas tout : pour établir une communication entre les deux rives du port, le sultan fit faire un pont volant avec des tonneaux que retenaient des crochets de fer, et sur lesquels on fixa des planches. Dès ce moment, les Turcs purent se considérer comme maîtres de la place qu'ils tenaient' étroitement bloquée et qu'ils ne laissaient pas respirer un seul instant.

Toutefois, avant de frapper le coup décisif, Mahomet offrit la paix à l'empereur, à condition que la ville se rendrait immédiatement. Constantin ayant répondu à cette proposi^ tion par un héroïque refus, l'assaut fut fixé au 29 mai. Par une déplorable fatalité, tandis que tous les préparatifs d'attaque se faisaient dans le camp turc avec une activité in^

18 CONSTÀNTINOPLE.

latigable et un parfait ensemble , la division éclatait parmi

les chefs de la garnison assiégée et achevait de paralyser

ses forces déjà décimées par le fer et les boulets de Ten-

Demi.

Le 28 mai, les Turcs prirent leurs positions tant du c6té

du port que du côté de la terre ferme. Le cri mille fois répété de La ilah illalah! retentissait dans la vaste étendue du camp. Ces scènes de bruyant enthousiasme contrastaient tristement avec le silence de la population grecque qui, mettant son dernier espoir dans la Providence, implorait , dans les basiliques, la protection du Tout-Puissant. Le lendemain, dès Taurore, les trompettes et les tambours donnèrent le signal de Tassant, et Tarmée ottomane s'ébranla sur toute sa ligne. Les assiégés défendirent vaillamment l'approche de leurs murailles, et un mouvement d'hésitation se faisait déjà remarquer dans les rangs des Turcs, lorsqu'une porte que l'empereur avait fait ouvrir la veille pour faire une sortie, et que, par une inconcevable imprudence, on n'avait pas refermée, donna passage à an certain nombre de soldats ottomans qui, fondant à Timproviste sur les Grecs, répandirent la terreur parmi ces derniers. La place fut aussitôt envahie par une multitude d'assaillants. Au milieu de ce désordre , Constantin, dont la valeur s'était signalée par plus d'une action|héroique, et qui invoquait la mort de la main d'un chrétien, fut frappé de deux coups de sabre et tomba ignoré parmi lesl)lessés et les mourants. Repoussés du port où ils s'étaient précipités en masse, et dont les portes avaient été

fermées par les soldats préposés à leur garde, les malhea— reux habitants se réfugièrent dans Téglise de Sainte-Sophie. C'était là que, suivant une prédiction, un ange devaitlmettre aux mains d*un homme du peuple le glaive vengeur qui ferait fuir les ennemis du vrai Dieu ; maïs il? avaient vainement compté sur l'intervention du ciel. Les portes de Téglise furent enfoncées , et les vainqueurs fîrent irruption dans son enceinte. Le temple du Seigneur fut le théâtre des scènes les plus horribles, et ses voûtes retentirent des cris des victimes que les Turcs immolaient à leur Aireur ou chargeaient des chaînes de Tesclavage. '

Néanmoins, tandis que les nombreuses églises de Constan— tinople étaient saccagées par les soldats de Mahomet, un ordre du sultan préserva Sainte-Sophie de la dévastation. Cette basilique fut convertie en mosquée, et le culte deTislamisme y fut solennellement inauguré par le prince lui-même.

Le 4X)rps. sanglant de l'empereur fut retrouvé au milieu d*un monceau de cadavres. La tête fut coupée et placée sous les pieds du cheval de bronze qui supportait la statue de Justinien. Cet outrage, que méritait si peu un prince mort les armes à la main en défendant son trône et sa capitale, avait pour les Musulmans une signification que ne durent point comprendre les chrétiens témoins de ce hideux spectacle. On sait que les Turcs, pour souhaiter la victoire à leurs chefs , emploient d'ordinaire cette formule : « Que les têtes de tes. ennemis roulent sous les pieds de ton cheval ! n

Trois jours après la victoire des Infidèles , Mahomet II fit

^20 COMSTANTINOPLE.

repartir sa flotte ; il s*occupa, dès ce moment, de restaurer les édifices qui avaient été dégradés durant le siège et d*en faire construire de nouveaux.

On a vu que Constantinople avait déjà reçu le nom d'Islam' hol; ses nouveaux habitants, dénaturant cette dénomination pour lui donner un sens conforme à leurs croyances, en firent lêlambol (Plénitude de l'Islamisme). La cité des Constantin s'appela aussi Oummedunya (la Mère du monde), parce que les Osmanlis la considéraient comme la maîtresse sans rivale de deux mers et de deux continents. Aujourd'hui les Turcs disent Stamboul la bien Gardée^ sans doute à cause de sa position militaire qui en ferait une place formidable entre les mains d*un gouvernement prévoyant. Du reste, ce ne sont pas là les seuls noms qui aient servi à désigner Byzance ; elle était aussi appelée Anthousa (la Florissante) par les Grecs, Farrouk (celle qui sépare) par les Arabes. Les Russes Tavaient connue sous la dénomination de Zaregorod^ et les Yalaques sous celle de Zaregrad. Myklagard était le nom que lui donnaient les Islandais au x"" siècle.

Constantinople , ville musulmane , devint le centre politique et militaire de Tempire fondé par Osman. C*est là que furent médités ces projets de conquête que le courage et la persévérance des Turcs réalisèrent en partie ; c'est de ce point que partirent les armées qui , s'avançant deux fois jusqu'aux portes de Vienne, répandirent relïroi parmi les nations chrétiennes de l'Europe. Enfin c'est à Constantinople que se sont accomplies tant de révolutions fatales à la vie des sultans, et

SON HISTOIBE. 21

fécondes en orages dont le monde civilîséjcraignait le retentissement.

La prédilection des Musulmans pour leur capitale , quMIs placent au-dessus de toutes les villes de Tunivers, est toute naturelle ; pour se Texpllquer il suffit de jeter un coup d*œîl sur l'ensemble général de cette métropole.

Constantinople est située par les 41^ 1' 27" de latitude nord et 26^ 33' de longitude. Elle s'élève sur sept collines et occupe un espace en forme de triangle. Un cAté est baigné par la mer de Marmara , un autre par les eaux du port; le troisième, qui regarde la terre ferme, est protégé par trois murailles crénelées, éloignées de vingt pieds les unes des autres, au-devant desquelles s'étend un fossé de quinze'pieds de profondeur sur vingt - cinq de large , partant du cbâteau des Sept-Tours et aboutissant au port.

L*enceinte de la viile n'a pas moins de quatre lieues trois quarts, et c'est à peine si dans trois heures on peut en faire le tour.

Le port, autrefois nommé la Come-d'Or, est un golfe long de plus de quatre mille toises et large de six mille pieds à son ouverture ; la profondeur en est telle que les plus gros navires peuvent, sans aucun danger, mouiller le long des deux rives. Rien n'est plus attrayant que le spectacle qu'offre cette anse spacieuse , dont mille bâtiments de toute grandeur sillonnent incessamment les eaux tranquilles , et qui voit une population nombreuse et animée se presser sur ses bords à chaque heure du jour.

S3 GONSTANTINOPLE.

£o face de Constantinople, sur la rive opposée, s*élève une colline haute de cent mètres, et sur les flancs de laquelle sont assis les faubourgs de Top-Khana, de Péra, de Galata et de Kacim- pacha, vastes dépendances de la yille proprement dite.

Le Bosphore est un canal qui joint la Propontide au Pont- Euxiu. Ce détroit , dont la longueur est de 15,300 toises, et dont la largeur varie depuis 900 jusqu'à 1,900 toises , est découpé par une infinité de petites baies. Ses rives , que couvrent un grand nombre de villages et d'habitations élégantes, s'allongent en promontoires dont le pied s'avance hardiment dans les flots limpides du canal. A son extrémité méridionale on aperçoit , sur le littoral asiatique;, le vaste faubourg de Scutari (Ouskoudar), autre annexe importante de Stamboul.

Le sommet des deux versants sur lesquels se dessinent les sept collines est occupé, dans toute sa longueur, par une rue nommée grande rue du Divan. Cette crête se prolonge en diminuant peu à peu de hauteur jusqu'à l'angle le plus sail- Jant du triangle dont nous avons parlé. C'est à son extrémité que se trouve le Serai, ou palais impérial.

On compte à Constantinople un nombre prodigieux d'édifices de toute espèce. Il y a 346 mosquées, 518 médrèses ou écoles supérieures , 300 bains publics, plus de 1,200 écoles primaires, et 35 ]£Outtoub-khans ou bibliothèques publiques, dont chacune contient de mille à deux mille volumes , ainsi que des manuscrits précieux. ^

Quatorze portes donnent accès dans la Tîlle da cAté du port; €8 sont : JBaïvan-kapoussi ([la porte au bétail) ; Xiloporta (la porte de bols) ; Balia-kapiyussi (la porte du palais) ; Fener-kapoussi (la porte du ;phare)|; Petri-kapoussi (la porte de Saint-Pierre); Yeni-kapoussi (la porte nouvelle) ; Àya-kapoussi (la porte sainte) ; Djoub-Ali-kapoussi (la porte de Bjoub-Ali); Oun-Kapan-kapoussi (la porte aux farines) ; Ayasma-kapoussi (la porte de la fontaine bénie) ; Odoun-kapoussi (la porte au bois) ; Sindan-kapoussi {\dL porte des prisons) ; Balik-Bazari-kapoussi (la porte du marché au poisson); Baghtchè-kapoussi (là porte des jàT" dins). Les portes du côté de la terre sont au nombre de sept ; en voici les noms : Egri - kapoussi ( la porte courbée ) ; Edrènè'kapoussi (la porte d*Andrinople) ; Top -kapoussi (porte du canon) ; Yeni-kapoussi (porte nouvelle) ; la porte deSilivrie; Kapalou- kapoussi; Yedi-KouUlèr-kapoussi. Les portes qui s'ouvrent sur la mer de Marmara sont les suivantes : Narli-kapoussi, Samatia-kapoussi, Baoud-Pacha-kapoussi, Yeni-kapoussi, Koum-kapoussi, Tchatladikapoussi, Akhor-kapoussi et Top-kapoussi , à la Pointe du iSéraï,

On évalue à plus de 500,000 âmes la population de Constantinople. Le nombre des maisons est d'environ 88,000.

Si Ton ne craignait pas d'anticiper sur les jouissances du voyageur, on ajouterait ici la description des sites les plus remarquables de Stamboul ; on ferait passer tour à tour sous ses yeux les amphithéâtres des sept collines , avec leurs cou-

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