‹ Guide du voyageur à Constantinople et dans ses environs: contenantChapitre 4 sur 21 · LE SÉRAIL · texte numérisé non relu

LE SÉRAIL

€e qui d'abord excite la curiosité du Toyageur, lorsqu'il a mis pied à terre, c'est le Serai, ce mystérieux palais, asile du plaisir et théâtre de sanglantes catastrophes, ce sanctum sanctorum que parent des jardins enchantés, et que l'imagination des Européens se représente comme le séjour du repos et de la félicité.

Sous le règne de Sultan-Sélim, de débonnaire mémoire» l'accès de la demeure impériale était facile et les Francs s'y introduisaient impunément sous le plus futile prétexte ; mais à la mort de ce souverain, la consigne qui interdisait l'entrée du palais à tout profane fut remise en vigueur, et il ne fut plus permis d'y pénétrer qu'aux jours de réception diplomatique » en se mêlant au cortège de l'ambassadeur qui allait recevoir le kaftan d'honneur. Aujourd'hui on obtient quelquefois la permission de parcourir les premières

(1) On dit en français sérail. Mais Porthographe que nous avons adoptée ici est plus conforme à la prononciation turque de ce mot ; elle est d'ailleurs généralement usitée dans les ouvrages des plus célèbres orientalistes modernes.

CONSTANTÏNOPLE.

cours et même une partie des jardins ; mais comme les laissezpasser ne se délivrent pas à tout le monde, il est juste de dédommager, par une description aussi complète que possible, le voyageur dont la demande aura été repoussée.

Le Sérail ou Serai actuel n'a pas toujours été la résidence du souverain régnant. Mahomet II avait fait construire un autre palais destiné à devenir la demeure de ses successeurs. Ce palais est celui qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de Eski-Seraï, c'est-à-dire Vieux-Séraï, et qu'on rencontre près de la mosquée de Soliman. Mais l'emplacement choisi par le vainqueur de Constantin offrait des inconvénients qui n'échappèrent pas à sa sagacité, et une nouvelle habitation plus commode et plus agréable s'éleva bientôt, entourée de vastes jardins et de nombreuses constructions, sur le promontoire que baignent les flots du Bosphore et de la Propontide. Le Vieux-Séraï, qui a longtemps servi de retraite aux sultanes veuves ou malades et aux kadines répudiées, est, depuis quelques années, habité par le séraskèr ou général en chef des armées turques. Quant au nouveau Serai, dont la situation est incomparable, et qui pourrait au besoin servir de poste retranché, ses avantages n'ont cessé d'être appréciés par les souverains ottomans, jusqu'à l'événement qui a délivré le gouvernement turc de la turbulente milice des Janissaires. Depuis cette mémorable époque. Sa Hautesse habite un nouveau palais construit à Doima-Baghtchè, sur le Bosphore. Le harem a été transporté dans une royale habitation qui s'élève à Beygler-Bey, sur la côte d'Asie. Le Serai où les

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successeurs de Mahomet II out yécu et régné n*est plus habité que par des gardiens et des eunuques en retraite. Cette demeure n'intéresse donc plus que par la poésie des souvenirs, et c'est à ce titre que nous lui consacrons un chapitre spécial.

Le Serai est séparé de la ville par une muraille élevée et flanquée de tours. Cette muraille se confond à ses deux extrémités avec Tenceinte de la ville, le long du port et du côté de la Propontide. On évalue sa longueur à 2,000 toises. L'ancienne Byzance ne s'étendait pas au-delà de cette ligne, car ce ne fut que sous les règnes de Théodose-le-Jeune et d'Héraclius que la Nouvelle Rome atteignit les limites de la Constantinople moderne.

Huit portes donnent entrée dans le Serai ; trois ouvrent du cOté de la ville et cinq sur la mer. Ces dernières ont une triste célébrité : plus d'une victime promise au Bosphore en a franchi le seuil ; on se rappelle, entre autres, les femmes de Sélim III, qui, après avoir trempé dans le complot où ce sultan perdit la vie, durent passer sous ces lugubres guichets pour être jetées à la mer. Des scènes non moins tragiques donnent à la porte principale du côté de Constantinople un caractère de sombre majesté qui impressionne douloureusement le voyageur. Regardez en effet ces deux niches placées à droite et à gauche de la porte ; elles contiennent les têtes sanglantes des malheureux que la justice du souverain a condamnés à périr.

Après avoir franchi cette porte, que les Turcs appellent JBapi-Eoumayoun (porte impériale), on se trouve dans

une vaste cour de forzoe peu régulière. A gauche est Tancienne église de Sainte - Irène, dont la construction, due à Gonstantin-le-6rand, est analogue à celle de toutes les basiliques grecques. Cette église n*a pas subi le sort de Sainte- Sophie et des autres temples chrétiens ; elle n*a pas été consacrée par les musulmans au culte de leur Dieu ; elle a été simplement changée en arsenal, ou plutôt en muséum y car on y a déposé d'antiques et précieuses armures, auxquelles les Osmanlis portent le respect qu'on doit à de saintes reliques. Ces dépouilles yénérables de héros redoutés sur les champs de bataille n'ont jamais été exposées aux regards des profanes, car l'entrée de la petite église a toujours été sévè-

rement interdite aux Francs, et cela en toute circonstance, même pendant les présentations diplomatiques, lorsqu'elles ayaient lieu au Serai dont nous faisons ici la description.

Adroite de la porte Houmayoun, sont les anciennes cuisines de Sa Hautesse, bâtiment long et bas qui n'offre rien de remarquable.

L'hAtel des monnaies est situé près de Sainte-Irène. Rien dans cet établissement n'est digne de captiver l'attention. Tout ce qu'on y volt prouve que les Turcs en sont encore aux premiers éléments de l'art de battre monnaie.

Yls-à-vis est l'infirmerie. Plus loin, on voit les logements du Defterdar-effendi, du Yeznèdar-agha ou caissier du ministre des finances, puis des casernes affectées à certains corps de la garde du sultan. L'inspecteur des édifices publics, ou Chéhir Emîni, et le secrétaire du chef des eunuques noirs.

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