‹ Guide du voyageur à Constantinople et dans ses environs: contenantChapitre 5 sur 21 · LE SERAI · texte numérisé non relu

LE SERAI

étaient aussi logés dans cette cour. En parcourant cette enceinte, on rencontrait, il y a quelques années , un mortier renversé dont la destination mérite d'être rappelée : il devait servir à broyer le chef des Oulémas, que son caractère sacré mettait à Tabri de la peine du sabre ; mais on ne dit pas que ce terrible instrument de mort ait jamais été mis en usage. Pour passer de la première cour dans la seconde, Il faut franchir l^Porte-du-Saluty onBab-us-Sèlam, qui autrefois n'était ouverte aux Francs que lorsque le sultan donnait audience au représentant d'une puissance étrangère. Ici le cœur se serre comme à l'aspect de Babi-Houmayoun ; ce vestibule, dont les murs sont décorés de peintures à fresque et de* trophées militaires, a été témoin du supplice de plus d'un haut fonctionnaire désigné par le sultan ai^ sabre des bourreaux, dont le logement était à gauche de l'entrée, faisant face à celui du Capidgi-Bachi.

Le Coutbey-Hatnè, où le Grand-Vizir tenait conseil, deux allées de cyprès formant deux routes divergentes, voilà ce qu'on voit, au premier coup d'œil, en pénétrant dans la seconde cour. Si Ton suit Tune des deux allées, on arrive à la salle où le premier ministre assemblait son divan dans certaines solennités. Les murs de cette salle sont revêtus des plus beaux marbres et chaînés d'ornements en or d'assez mauvais goût. Le Grand-Yizir se plaçait d'ordinaire en face de la porte d'entrée ; à ses cêtés étaient rangés le Kapitan-Pacha, ou grandamiral, le Defterdar, leNikiandgi-Effendî, les deuxEazy-Asker, ou juges de l'armée, et le grand-maître des cérémonies ; quant

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au ReïsEffeDdi, ou mîDistre des affaires étrangères, 11 restait dans un cabinet voisin où le Grand-Vizir lui envoyait ses ordres dès qu'ils étaient donnés. Le sultan assistait et assiste encore quelquefois aux délibérations du divan ; il se tientalors derrière une petite fenêtre grillée, ménagée au-dessous de la place du vizir, et faite de telle sorte que le souverain puisse, sans être vu, s'assurer de la capacité et des bonnes intentions de son premier ministre.

Dans les jours de présentation officielle, on se rendait de la salle du divan, située dans la deuxième cour, à celle du trône, qui occupe une partie de la troisième ; pour cela, il fallait passer par la troisième porte qu'on nomme Bab-us-Seadet ( porte de la félicité ) . L'édifice qui renferme la salle du trOne est peu vaste, de forme carrée et environné de portiques de marbre. La pièce où le grand-seigneur donnait audience aux ambassadeurs est voûtée, revêtue de marbre et éclairée par un jour mystérieux qui y pénètre à travers des vitraux coloriés; une fontaine qui coulait dans Tappartement même y répandait une douce fraîcbeur, et ajoutait par son murmure aux prestiges de ce lieu bien digne de recevoir la majesté impériale; un baldaquin reposant sur quatre colonnes étincelantes de pierreries , et orné de globes d'or, forme le trdne où s'asseyait le sultan ; on voit suspendues aux globes des

queues de cheval, emblème du pouvoir dans les camps <.

(1) Ces queues de cheval s'appellent tough; elles servent d'étendards aux armées. Lorsque les sultans étaient encore dans Tosage de

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