‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 106 sur 226 · DE LUZ A BARÉGES.— LE TOURMALET · texte numérisé non relu

DE LUZ A BARÉGES.— LE TOURMALET

la simplicité que toutes les recherches dispendieuses d’un luxe impatient et qui ne fait que tourmenter la nature au lieu de l’embellir.

Avant de quitter l’Escalelle, on cueille la grande digitale pourprée, digitulis purpttrea, plante superbe et qui concourt ici, avec les cascades tramésaïques qu'on va bientôt voir de plus près, à redoubler l’intérêt des naturalistes.

A peine a-t-on franchi l’Escalelte, que s’oITrent aux regards le bassin de Tramesaigue et son hameau pittoresquement situé, ses cabanes si poétiques, si champêtres, la belle cascade nommée le Saut de Madame, formée de la réunion de trois ruisseaux. Il faut s’arrêter dans ce vallon charmant, et prendre le crayon, si l’on sait dessiner.

L’air se détend ; le soleil commence à nous faire sentir ses douces influences. Au bas de la montagne on cueille des fraises jusqu’en novembre. Nous entrons enfin de plain pied dans ce vallon qui, s’ouvrant de plus en plus, nous montre tout ce qui pouvait dissiper les sombres vapeurs que nous avions rapportées du Tourmalet.

Avant d’arriver à Gripp, on veut revoir d’en bas la roule qu’on a tenue sur le flanc de celte montagne à plusieurs brandies, et qui jette de part et d’autres de longs rameaux, On considère l’ensemble et l’effet de celles qui la soutiennent, qui l’environnent. Que l’on se représente un amphithéâtre de cent et cent monts contigus, ceints à diverses hauteurs d’écharpes blanchissantes, et dont la plupart percent la nue; de cent monts éclipsés et surpassés par le Pic du Midi ; tout n’est grand ou petit que par comparaison, et la terre ellemême n’est qu'un point dans l’univers. L’œil humain, nos yeux débiles et jaloux ne sauraient longtemps fixer cette pompe de la création, ces grandes niasses qui rapetissent tout, qui nous repoussent dans le néant, et dont la composition mystérieuse, ainsi que la sublime ordonnance, étonne autant nos esprits qu’elle les confond. Cependant, par un attrait irrésistible, on se retourne à diverses reprises pour les contempler encore. Le col du Tourmalet est situé à 2,I9j mètres au-dessus du niveau de la mer.

Cette excursion peut, connue la précédente, se faire soit à pied, soit à cheval, avec ou sans guide, ou en chaise à porteurs.— La course, à cheval, demande 5 à 6 heures. t- I guide, 2 fr. ; f cheval, 3 fr. ; i porteurs, I2fr.

314 PYRÉJN1ÎES.— ROUTE 17.

Retour, si l'on veut, par les cascades de Gripp, Gripp, la vallée de Campan, Bagnères-de-Bigorre , roule qui ne demande pas moins de 7 à 8 heures à cheval.

6'. Gripp, marbrière de Campan.

Gripp *, où nous descendons pleins d’ardeur et d’une curiosité nouvelle, est l’un des quatre ou cinq villages qui ne forment pour ainsi dire qu’une longue rue de plus d’une lieue dans la vallée de Campan. Des Heurs de toutes les sortes y frappent nos regards.

Pour voir la marbrière de Campan, on quille pour peu de temps la route de Sainte-Marie, on traverse l’Adour. Les voyageurs , en vertu de la renommée de celle marbrière abandonnée depuis longtemps, ont grand soin d’y aller; rarement ils y retournent. Ce fut vis-à-vis de Paillote * et non loin de Sarrancolin, situé dans la vallée d’Aure , que Louis XVI lit tirer à grands frais les marbres déjà vieillissants qui décorent Trianon. Celte sorte de marbre, en effet, plus brillante que solide, ne résiste pas longtemps aux injures de l’air, ce qui vient de sa nature schisteuse.

Les botanistes, comme les érudits, jouissent à chaque instant et presque en tous lieux, parce qu’ils ne cessent de butiner, les uns les plantes, les autres des faits. Près de la marbrière, on trouve le sambucus racemosa, dont le fruit contraste admirablement avec le feuillage; le superbe panicaut-améthiste, erijngtum amethysteum : l’érable à feuille de platane, acerra platanoïdes , etc.

De Gripp à Sainte-Marie (une lieue de pays), le vallon s’embellit et va toujours s’élargissant. 11 n’a guere cependant qu’un demi-quart de lieue dans sa plus grande largeur; mais de part et d’autre, des pentes douces y servent de supplément 1 * 3.

1 On trouvera des guides à l’auberge de Gripp, pour visiter les rabanes de I ’Artigue, la cascade du Cerel, etc.

* Il y a une auberge; la marbrière est sur le versant à vingt minutes de distance; par le bassin de Paillote, on communique avec Sarrancolin, situé dans la vallée d’Aurc.

3 « C’est à l’adoucissement de ces pentes que la vallce de

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