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Le Tourmalet

16 à 20 kil-

Deux chemins y conduisent :

1° Par la rive droite du gave ;

2° Par la rixe gauche.

Tous deux sont pittoresques, incultes, sauvages. On franchit, dans le premier, le liane de la montagne de Tau.

On visite, en prenant le second, les torrents <Y Escoubous et de Lien:.

C’est une roule curieuse que celle de celte vallée de Bastan. qu’on suit pour arriver au Tourmalet : nature sauvage, tourmentée : site âpre, inculte ; sol déchiré, miné, usé par le B.istan : tout attriste, émeut l’âme.

Après avoir longé le Bastan jusqu’il ses sources principales, on arrive au pied du Tourmalet. Celle haute et large montagne termine la vallée. On y monte par des sentiers étroits et tracés obliquement, de manière qu’ils se replient l’un sur l’autre.

Cette route facile a cependant quelques pas effrayants, du moins pour les étrangers, car les montagnards ont pitié de leurs terreurs. Avant d’arriver sur le plateau, il faut traverser une espèce de corniche, le long d’un abîme perpendiculaire. Cette corniche est assez ellacée : les mulets et les chevaux y marchent péniblement.

On peut considérer le Tourmalet comme une espèce d’isthme qui lie le pic du Midi et les monts qui en dépendent aux parties méridionales que nous avions laissées sur la droite en y montant. Du haut de celte montagne écrétée, l’inégal plateau, en partie ombragé par la pointe des pics qui le surmontent, sert de carrefour et de pont, soit pour descendre dans la vallée de Campan, soit pour s’enfoncer dans de longs détroits ténébreux, et qui circulent îi travers une multitude de monts dégradés. On ne sait plus d’où l’on vient, où l’on va, ni quelle sera l issue de ce sombre pro-

monloire : on ne sait d’abord où fixer ses regards. Après avoir longtemps erré, ils s'arrêtent sur la montagne de Saint-Sauve.ur, située au-dessous de Baréges. De ce point, on n’v pourrait pas aller en moins de cinq heures. Eh bien, cette montagne énorme et vingt autres à peu près de même taille ont tellement dévoré l’espace, qu’on n’aperçoit guère entre chacune d’elles que des enjambées.

En regardant du côté de Baréges, on étudie encore la gorge supérieure. 11 ne suffit pas ici d’avoir vu, il faut souvent revoir. On aperçoit plus distinctement sur la droite les rares et froides cabanes de quelques pasteurs engourdis par les neiges et les glaçons entassés auprès du Tourmalet. l.es hommes et les animaux souflrenl également dans cet air trop rigoureux, où le mouvement et la vie vont toujours en diminuant à mesure qu’on s’élève, de sorte qu’ils semblent expirer au haut du Tourmalet.

A gauche, ce sont les montagnes contiguës à celle qui soutient le lac d Escoubous. C’est alors, qu'on se trouve de niveau avec une longue suite de rochers et de sommets si pittoresques, qu’on y voit toutes les formes bizarres des châteaux gothiques du moyen âge. Ces rochers, ces sommets, sont disposés de manière que tantôt ils représentent la Chaussée des Géants , si fameuse en Angleterre, tantôt des ouvrages avancés.

Les montagnards eux-mêmes ne sauraient parler sans figures du Tourmalet et de ses entours. Ils vous font remarquer la cloche de la vallée, Campuna de Fusse, celle qui doit, à ce qu’ils croient, sonnèr un jour pour réveiller leurs patriarches endormis dans ces grands monuments qui leur servent de lombes, et les citer au dernier jugement. Us montrent le pic de l'Épée, et plusieurs autres auxquels ils donnent des noms le plus souvent empruntés de leurs ustensiles, de leurs armes, ou de la configuration des lieux les plus frappants.

Comme eux, on ne peut, ainsi que tant d’autres, s'empêcher d’attribuer à toutes ces roches, tantôt symétriques, tantôt inégales et incohérentes, les noms «le bastions ou de remparts. 11 faut s’avancer dans l’espèce de carrefour dont j’ai parlé. Aussi loin que les regards peuvent s’étendre, ce ne sont que de longs et tristes corridors, de larges ravins, des fondrières en forme d’entonnoir, et de tous côtés de la neige.

DE LUZ A BARÉGES.— LE TOURMALET. 3ll

des débris. Elus de verdure, sinon des mousses cl quelques plantes dégénérées. Plus de torrents ni d’èlres animés; on n’en voit pas la moindre trace, et rien n’y renouvelle le sentiment delà vie. Que dis-je? ou n’v a sous les yeux que l'image de la mort dont on ressent le froid. Celle image est répétée par de lugubres simulacres; effrayants miroirs où le Destin ne cesse de montrer et l’activité du temps, et le sort prochain de tant d’étres éphémères. On voudrait ne rien voir ; je ne sais par quel«allrait on ne cesse de regarder. Plus on regarde, plus on s’attriste: le cœur souffre, et l’on voudrait pleurer.

On peut gravir le pic de YEspade, qui règne au loin suides décombres, d’oii l’on aperçoit à son même niveau les dos écorchés et les carcasses de plusieurs chaînes de montagnes calcaires et argileuses. Ce second aspect, non moins désespérant que l’autre, n’arrête pas longtemps, parce qu’il ne reste à notre sensibilité presque épuisée (pie les mêmes considérations. C’est ainsi qu’on s'habitue même aux plus brillants phénomènes, parce qu’on ne saurait toujours admirer.

On ne remarque dans cet endroit que des plantes avortées. M.de Saint-Amans y a remarqué la véronique à feuille de serpolet, la gentiana nivalis de Linnée, ainsi que l'iris axiphium , dont la déclivité du Tourmulet est presque tout entière diaprée. M. Pasumot a reconnu des liions de quart/, dans le schiste qui forme cette montagne.

O il peut, après avoir considéré le Tourmalet, ses neiges, ses glàçons incrustés dans les rochers, descendre pour aller, à la manière des rois de Perse, chercher dans la vallée de Campan la renaissance du printemps, suivie quelques heures après des chaleurs de l’été.

Les issues du Tourmalet ne sont guère plus difliciles que ses approches. Transi de froid malgré la saison et les manteaux, encore tout attristé par la vue de tant de montagnes qui se meurent de vieillesse, et dont le prolongement n’offre que des ruines plus vastes que les premières, on tourne à gauche à travers des ravins, de grands plateaux de neige. Même à la lin de juillet, avec un ciel serein et un soleil qui darde ses rayons sans obstacle, on ne peut pas se réchauffer, tant l'air est vif et pénétrant ! Un cherche avec impatience la verdure et -les Heurs; on ne trouve, on n’aperçoit au loin que des frimas, que de longs espaces couverts de neiges.

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On s’élève jusqu’à un monticule de neige que l’on ne daignerait pas regarder en revenant de Gavarnie. Il est fendu par le sommet, et sa hase offre une ouverture assez large pour y voir, sous un dôme glacé, de la verdure, des arbustes. On remarque encore de petites cascades qui s'engouffrent dans l’intérieur de la montagne, et dont les eaux limpides ressortent un peu plus à bas travers une vieille roche spongieuse. Dès lors on ne cesse pas de traverser une multitude de courants. Ces courants vagabonds, que l'on pourrait appeler les veines des montagnes, qui les fécondent et les détruisent, s’échappant de toutes parts, se réunissant, se divisant pour se réunir encore, transforment bientôt le reste de la montagne en un vaste château d’eau. Cette partie hydraulique du Tourmalet est sans contredit la plus curieuse. Déjà naît la verdure ; les gazons s’étendent et se prolongent. ,

Parvenu à l’un des derniers degrés du Tourmalet oriental, que l’on appelle V Escale! te, on voit enfin, à l’opposite des sources du Haslan, celles de l’yfdour circulant à longs replis sur des gazons qui pourraient le disputer à ceux de l'Angleterre. C’est ainsi que l’Yonne, incertaine au-dessous de Joigny, se replie sur elle-même à chaque instant, comme si elle ne pouvait pas se résoudre à quitter les beaux lieux qu’elle arrose: mais, j’ose le dire, cette rivière, dont le souvenir rajeunit, est moins parée par les riches vignobles qui la couronnent que l’Adour naissant ne l’est par une multitude innombrable d’animaux de toute espèce ; troupeaux pleins de vigueur, d’embonpoint et de santé. Ajoutez que de gros chiens aussi beaux qu’eux les gardent de distance eu distance.

Outre les plaines arrosées dans le fond du vallon par les diverses branches de l’Adour, par des fontaines et d'autres petits torrents, il en est un grand nombre qui, comme de larges pièces d’un beau drap vert et presque toujours imbibées par l'incubation des nuages, revêtissent sans interruption, et sans avoir besoin de pluie, les lianes inclinés des montagnes voisines.

On aperçoit des buttes à trois faces, espèces de hangars toujours ouverts du côté de la cour, et couverts, en forme de terrasse, d’un gazon émaillé de fleurs : parterres aériens exécutés à peu de frais, et qui touchent bien plus un ami de

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