Pic du midi en Bigorre
18 kit- de Baréges.
La célébrité du Pic du Midi date de loin L Tournefort et d’autres naturalistes y étaient montés dès le siècle précédent. De notre temps, des savants distingués et dont les noms sont gravés sur la cime y ont été faire des observations et des expériences. Les montagnards eux-mêmes s’y rendent en pèlerinage, et se plaisent à le chanter. Situé h 18 kil. de Baréges, sur la bande même des Pyrénées qu’il domine, et dont il n’est qu’une découpure, on voit de son sommet couler en sens contraire l'Adour et le Baslan échappés du Touimalet; et c’est de là que l’œil du spectateur, embrassant une multitude de montagnes et plusieurs vallons, plonge jusqu’au
Campan doit l'avantage d'être la plus délicieuse retraite de la vie pastorale. Les débris des sommets qui la dominaient sont venus exhausser le fond de ces précipices. Les eaux ont tendu sans cesse à égaliser le sol qu’elles parcouraient. Les éboulements se sont étendus; le repos a succédé à de longues convulsions, et la végétation a couvert cet amas de ruines, désormais propres à la recevoir. » (Ramomi, p. 53.)
i« Presque toules les vallées se sont choisi, dans quelque sommet plus aigu, cl qui par son voisinage paraît dominer la crête même de la chaîne, un pic du Midi, qu'elles considèrent comme le mont le plus élevé de son district, et ordinairement de la chaîne entière. » (Ramomi.)
31 ü PYRÉNÉES. — ROUTE 17.
centre de la fertile vallée de Campan. On peut atteindre la hase du l’ic du Midi soit par la gorge de Baréges, soit par la vallée de Gripp, soit même par la vallée de l’Esponne ou le vallon de Himoiila ; mais le plus habituellement on part de Baréges pour faire cette ascension.
Avant d’y arriver, on parcourt, en remontant toujours, les collines correspondantes à la rive droite du Baslan.
Après deux heures de marche, la montagne de Tau ne nous offre d’abord, sur l’un de ses larges revers, qu’un petit nombre de moutons dégénérés : mais on y découvre bientôt après d’excellents pâturages couverts de troupeaux de toutes sortes.
L’espace que nous venons de parcourir, quoique la pente en paraisse douce et facile, fatigue incroyablement les hommes et les chevaux. On ne croyait pas encore s’élever vers le sommet du Pic du Midi, parce que toutes ces montagnes n’ayant qu'une base commune, l’une sert de degrés pour arriver à l’autre.
Nous gagnons ensuite le couret d’Oncet, ce qui signifie le courant ou gave qui sort du lac d'Oncet, situé immédiatement au pied du Pic du Midi. Ce couret forme un ravin large et profond, dont les bords escarpés sont tels que l’on n’oserait y passer à cheval. Les parois en sont de schiste, tantôt blanc, tantôt noir, comme s’il y avait eu dans cet endroit des exhalaisons volcaniques.
La rencontre de quelques ponts de neige nous avertit que, sans nous en apercevoir, nous nous sommes considérablement élevés.
Nous entrons enfin dans le vestibule du Pic du Midi , c’està-dire dans une espèce de chaos; car les ruines de ce grand monument delà nature, qui, de proche en proche, ont causé d’autres destructions, s’étendent au loin. On n’y voit que ce que nous avons vu dans le ravin du lac d’Escoubous, au haut du Tourmalet, à Caulercts, a Gavarnie et aux sommités des gorges où résident les causes destructrices des vallons.
Le lac d’Oncet, dont nous nous approchons, est précédé d’un petit lac que les gens du pays appellent Lacquet. C’est là qu'on aperçoit sur la base d’une montagne presque détruite un grand débris de schiste dont la pointe, près de s’écrouler, est fendue en quatre.
I)K LU/ A BARÉGES.-r-PIC-DU-MIDl. 317
A peu de distance, on remarque des bancs de pierres calcaires posés sur de grandes niasses de quartz d’un gris blanc immédiatement suivies de schistes durs, noirâtres et criblés de petits trous, connue s’ils eussent éprouvé l'action du feu.
Avant de nous acheminer jusqu’au grand lac , arrêtonsnous pour considérer celte profonde et haute solitude. Nous sommes parvenus à près de 1 ,800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Rien de si mâle, de si pittoresque n’a encore frappé nos yeux. Déjà nous dominons des milliers de montagnes, tandis que la flèche du Pic du Midi, élancée dans les airs, nous surpasse de 900 à 1,000 mètres. Qu’on ne se flatte point d’avoir saisi l’ensemble et la majesté des Pyrénées avant d’en avoir pratiqué les hauteurs.
La configuration des lieux s’oppose à ce qu’on fasse le tour du lac d’Oncet. Nul quadrupède même ne pourrait se tenir sur une partie de la circonférence de ce lac, dont les pentes lisses et graniteuses sont le plus souvent perpendiculaires. Ce grand réservoir, situé à 2i0 mètres au-dessous du sommet, a, selon M. Moisset, 300 mètres de long sur 300 de large. Presque h fleur d’eau, on voit au milieu de ce lac bleuâtre, et dont l’immobilité atteste la profondeur, comme une espèce de roche arrondie par le sommet.
11 faut prendre à droite par la ffourque des cinq Ours. Ce tournant conduit avec assez de facilité vers des pentes moins rapides : c’est là que commence la véritable ascension. Elle dure près de quatre heures.
Le pas le plus difficile est vers le milieu. De quelque manière qu’on s’y prenne, soit à droite, soit à gauche, le corps est presque parallèle au flanc de la montagne, qui descend jusqu’au lac en droite ligne, c’est-à-dire que la côte en montant n’est pas quelquefois à plus d’un pied du visage.
Quelques rebords recouverts de différentes fleurs offrent des bancs d’où l’on peut à l'aise et sans risque jouir d’un spectacle vraiment neuf. Jusqu’alors on n’a guère vu la plu part des objets que d’en bas à de médiocres distances, au lieu qu’ici l’œil distingue sur des groupes de montagnes une multitude de combinaisons bizarres, d’apparences singulières, (pii sont le charme des spectateurs, quelque instruits qu’ils soient des réalités. On est quelquefois frappé par deux de ces apparences magiques. La première, du côté de l’orient,
rappelle la fable de Deucalion et Pyrrha. On entrevoit de fort loin des pierres qui semblent se mouvoir, s’animer par degrés : ce sont autant de pasteurs dont les têtes surmontent de distance en distance les pointes des rochers entre lesquels ils font paître leurs troupeaux. On remarque la seconde apparence du côté de l'occident. De gros nuages immobiles, entés sur les montagnes, en changent tous les aspects; ils cintrent les vallons, réunissent les pics par de longues arcades, et, l’un sur l'autre entassés, offrent comme un second étage de montagnes nouvelles. Selon que ces nuages, diversement éclairés par le soleil, sont plus ou moins denses, on croit y voir tantôt un lac et tantôt un volcan. Agités par l’air, ils se détachent, se divisent; on dirait des monts roulant et s’engrenant sur d’autres monts.
On n'est guère qu’aux deux tiers de la montagne : on atteint et on traverse un plateau couvert de neiges durcies, entouré de rochers imposants.
C’est ici que finissent toutes les eaux de la montagne; la neige même n’y lient plus, si ce n’est dans les cavités et sur quelques rebords : aussi la voit-on frappée jusqu’au sommet d’une stérilité qui déclare à chaque pas son antique décrépitude >. Quand on songe à l’ampleur de sa base, à ce qu’il a fallu de siècles pour la réduire ainsi, nos plus vieux monuments ne paraissent que d’hier.
Excepté quelques petites fleurs admirablement coloriées et d'un parfum exquis, que l’on «oit poindre de temps en temps entre les roches éboulées, entre les fentes des pierres qui fuient sous les pieds, on n’aperçoit plus guère ici que des touffes d'une espèce de mousse verdâtre plus douce au tact que le plus fin velours; encore celte mousse y est-elle fort rare s.
i On ne trouve point , dit M. Leduc, de corps marins dans les Pyrénées ni dans plusieurs autres montagnes, ce qui lui fait croire que les vicissitudes qu'elles ont éprouvées sont anterieures à l’existence des corps marins, etc. ( Lettres philosophiques et morales, t. V, p. 179.)
* « Le carnillet-moussier. riante parure des rochers élevés, et deux ou trois pieds d une gentiane qui sc plaît dans les lieux que la neige couvre longtemps et qu'elle abreuve sans cesse, fleurissent sur celte cime déserte. » (Rvvioxn, p. hi.)