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Tout parait si étrange, si merveilleux, qu'on se croit transporté dans une autre splière, ou récemment sauvé d’un déluge universel. Suspendu entre un ciel rayonnant et des nuages bleuâtres, qui représentent si parfaitement un océan sans ports et sans rivages, en prend pour des écueils les pointes des montagnes isolées. On appelle archipels les groupes de sommets qu’on aperçoit de l’orient à l’occident ; et cette apparence retrace un ordre de choses qui dut exister lorsque, à l’exception des pics les plus élevés, la mer couvrait au loin cette immense contrée, et même notre hémisphère.
C’est ici un vaste observatoire : regardez vers la gauche le pic de Bagnères-de-Luclion, et, tournant sur la droite, celui de Néouvieille, couvert de glaces aussi vieilles que le monde. Continuez : c’est la tour et le château de M arboré, au-dessus de Garantie. Voyez-vous vers la pointe de Marboré la Brèche de Roland? Ce Roland dont il s’agit, l'honneur des montagnes, franchissant un jour celle que vous apercevez, fut arrêté par une roche énorme : il la fendit d’un coup de sabre. On voit encore sur le rocher pourfendu, et l’empreinte de sa main et celle des quatre pieds de son cheval. Je n’exagère point, je l’ai vu.
La pointe de ce pic fameux, enté sur la base commune â tous les autres pics, n’est guère que de quinze ou seize pas carrés: et celle surface un peu inclinée est couverte de fragments de schiste et de roches de diverses grandeurs et d’une pyramide de pierres sèches, oit le voyageur peut se mettre à l'abri du vent, quelquefois violent, qui règne dans ces hautes régions. Ces débris et l’eftilement graduel de la montagne témoignent que la hauteur et le volume primitifs en sont au moins décrûs de moitié. Le tour d’une partie de ce cône tronqué offre de grandes dégradations à l’est et du côté de Bagnères.
Il est un côté du pic dont l’aspect est périlleux et l’accès diflicile. Un rehord exhaussé cache le précipice qu’on a dû, en montant, apercevoir sur la gauche, et qui semble poursuivre le voyageur jusqu'au sommet du pic.
Quelques voyageurs en mesurent d’un œil assuré la profondeur, en parcourent les angles et les sinuosités. Que de formes diverses! que de combinaisons et d’accidents! C'est là qu'il faut étudier les fières ébauches de la nature ; c’est
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là qu'on esi forcé de l’admirer jusque dans ses savantes destructions. Ici c’e^t une muraille cannelée de cinq ou six cents mètres de hauteur; là, ce sont des obélisques , des arcs-boutants, ou d'autres modèles prodigieux dont chacun a son caractère spécial et bien prononcé.
Panorama dont on jouit sur le plateau du pic. — « De ce magnifique observatoire, le regard plane d’un côté, au nord, sur les plaines du Béarn, du Bigorre et de la Garonne. Une bonne vue distingue facilement les détails de Pau jusqu’à Suint-Gaudens , et de H a <j aères à Mirande. Plus près sont les basses montagnes de Bagnères, la vallée de Campait, séparée des plaines de Labarthe par la ligne blanchâtre de rochers que surmonte VHyéris et la couleur plus foncée des forêts d’Arros.
« A l’opposite un spectacle plus surprenant se présente aux regards étonnés. Ce sont d’abord une foule de pics aux formes plus ou moins découpées et fantastiques, aux flancs plus ou moins étincelants sous des glaces et des neiges éternelles. Kn face de soi on a la masse obtuse de Néouvieille, formant comme une vaste muraille précédée d’une montagne en ruine, la Piquette, dont le sommet offre l’aspect d’un réservoir. A l’ouest et un peu plus en arrière, se montre le cône du Pic-Long ; plus loin, à l’horizon, toujours à droite, la masse étagée du Mont-Perdu , reconnaissable à l’espèce de sillon qui en partage la cime en deux portions; enfin, ce sont le Cylindre et les Tours du Marboré, la Prêche de Itoland. le Taillon; ensuite tout s’abaisse jusqu’au Vignemale. tout drapé de glaciers et terminé par trois pointes rapprochées. A l’orient, sur le premier plan, à gauche de la Piquette, se montre la masse assez régulière du pic d’Arbi- :on ; derrière se voient les montagnes voisines des ports de la Pc:, du Churbide d’Oo, et enfin la Maludetta, dominant de ses blancs glacis toutes les parties voisines. » (M. Lemonnier.)
Ascension à cheval du pic du Midi. — M"'e la comtesse de l’Épine était encore bien jeune, quoique mère de deux enfants, lorsqu’elle osa risquer avec eux ce voyage à cheval, contre l’avis d'un de ses guides qui la déclarait perdue si elle persistait dans ce projet téméraire, n’ayant jamais vu entreprendre ni ouï dire que personne eût entrepris ce voyage autrement qu’à pied. Je vais lui emprunter, non sans l’abré-
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ger, le récit de cette ascension, la plus intéressante, quoique incomplète, de toutes celles que j'ai sous les yeux
v Ce que d’autres ne font pas, dit-elle au guide, qu’elle avait pris h Gripp1 2, nous pourrons peut-être le faire; nous aurons au moins la gloire de l'avoir entrepris. — Vous n’irez jamais avec les chevaux, vous courez le risque de périr avec eux.... Pierre et Jean se consultent. — Parlons, Madame, et ne craignez rien.
« Le temps se gâte, des nuages commencent 5 voiler le sommet des monts, nous sommes inquiets, le courage et l’espérance ne nous quittent pas cependant, nous avons tant besoin d’eux ! Le site devient triste, borné, sauvage ; ce ne sont plus, comme à Ludion, de jolies et riantes vallées; ce ne sont plus ces belles montagnes fertiles et couvertes de bois : les montagnes ici sont arides, nues, pelées; les rochers, dépouillés de toute végétation, se couvrent à peine d’un lichen dont la couleur monotone ne varie que par les effets de lumière ; mais la lumière pâlit, s’éteint sous le brouillard, qui descend à chaque instant plus bas sur les montagnes. Déjà nous sommes assez élevés pour découvrir le sommet de ces belles montagnes d'Espagne que nous avionssi bien vues, quelques jours avant, du pic élevé de Boconaire, et dont nous avions cotoyé les bases immenses, en traversant la vallée d’Artigue-Telline et celle d’Aran, lorsque nous fîmes celte belle excursion dans la Catalogne.
« On monte très-péniblement au milieu des rochers tombés des sommets menaçants qui s’élèvent de toutes parts :
1 « inaccessible du cèté du nord, où il se présente avec le plus de majesté, il a des avenues détournées qui conduisent avec tant de facilité à sa cime, qu’y parvenir est un succès à la portée des forces les plus communes, et que les baigneurs et baigneuses de Baréges et de ltagnères, qui vont y jouir d’une de ces vues que la nature refuse aux sommités centrales, environnées d'un immense chaos de montagnes, n’achètent cet avantage que ce qu’il faut pour assaisonner de l’idée de quelques difficultés vaincues le plaisir de se croire au sommet d’un des plus fiers rochers des Pyrénées. » (Bavioxd, Observations sur les Pyrénées.)
* Village de la vallée dcCampan, où l’on passe en venant de Bagnèrcs, et où nous passerons nous-mêmes en allant de Baréges à celle ville.
les masses se resserrent, les roches nues et déchirées se montrent partout, l’herbe croit a peine parmi ces ruines ; quelques fleurs solitaires viennent cependant orner de leurs brillantes couleurs, de leurs formes gracieuses, ce triste désert. Ce mélange de leur éclatante beauté avec la couleur sombre de ces monts dépouillés et appauvris inspire une sorte de regret ; on est fâché de voir dans ce triste lieu ces jolies Heurs qui croissent et meurent ignorées parmi ces aflreux débris des orages et du temps : un silence profond règne dans ce séjour ; le voyageur ose à peine élever la voix; tout ce qu’il voit l'attriste; la présence de la nature ne se fait plus sentir ici : il semble que tout soit passé, détruit. Je songeais au poème du Dernier homme en regardant autour de moi; cette composition hardie dut être inspirée dans un lieu analogue à celui où nous nous trouvions. Je me rappelais ce dernier homme assistant à la chute, à la destruction du monde, traversant comme nous les ruines elles débris de tout ce qui a été : là on n’a plus le sentiment de l’avenir, l’imagination ne voit plus que bouleversement, destruction, et l’espérance même doit fuir le cœur de l’homme, lorsqu’il se sent pénétré de l’horreur de ces lieux
« Nous gravîmes longtemps ces rochers épars et difficiles; nous traversâmes des neiges, et arrivés à une petite élévation nous nous trouvâmes tellement couverts d’un brouillard épais, que nous cherchions la roule ; rien ne la trace sur ces hauteurs désolées, que la forme des sommets cachés depuis longtemps pour nous. Nous avions soin de ne pas nous séparer ; la moindre imprudence à cet égard aurait pu nous devenir funeste. Des passages affreux où la délibération devenait en quelque sorte nécessaire pour parvenir à les traverser, furent franchis par nos chevaux, dont nous admirions l’adresse, l’intelligence et la précaution : nous les suivions, moins adroits qu’eux ; mais déjà nos courses précédentes nous avaient rendu le pied montagnard, et après avoir escaladé toutes les roches anguleuses et glissantes, après avoir traversé les masses de neige qui restent éternellement sur ces cimes décolorées, nous arrivâmes à la Hourque des Cinq-Ours....
<■ Dans ce moment, nous étions tellement enveloppés de brouillards, que nous ne pouvions plus rien voir à quatre pas. On fil balte pour délibérer : on ne savait pas trop où aller ;