‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 110 sur 226 · E LUZ A BARÉGES — P1C-DU-MIUI · texte numérisé non relu

E LUZ A BARÉGES — P1C-DU-MIUI

il n’était plus possible de songer à monter le pic. Nous étions cependant très-élevés, et une heure nous eût suffi par un beau jour. C'était une cbofe désolante que de renoncer à une telle entreprise et d’avoir eu toutes les fatigues sans arriver au plaisir qui en était le but : nous étions même incertains si nous pourrions retrouver la rouleau milieu île l’obscurité si épaisse qui nous environnait. Il faisait froid, humide: point de bois; si nous nous perdions, comment passer la nuit sans abris, sans vêtements chauds, sans l'eu, sur ces sommets glacés?...

« A part moi, je pensais bien un peu aux visites que pourraient nous faire les ours et les loups, qui ne craignent pas le brouillard. Les guides nous prient de rester auprès des chevaux pendant qu’ils iront à la découverte d’un chemin, li faut être prudent, disent-ils, et ne pas s’exposer à rouler dans des profondeurs dont on ne revient pas. Nous attendons ; le vent souille ; il est glacé. Nous hasardons quelques pas avec précaution pour le recevoir moins directement. Tout ii coup le brouillard se lève un peu, car dans les montagnes il s’élève ou s’abaisse, s’épaissit ou s’éclaircit aussi promptement qu’on lèverait ou baisserait un rideau ; tout à coup, dis-je, nous voyons, et comme par enchantement, sous nos pieds, à une grande profondeur, un lac superbe dont les eaux, d’une couleur ravissante, contrastent admirablement avec les tristes sommets brumeux qui nous environnent. Nous sommes suspendus en quelque sorte sur ce beau lac’, tant nous nous sommes avancés imprudemment; mais l'imprudence, qui de nous y songeait’

« Enchantés de cette vue inattendue, nous oublions presque notre triste situation; l’espérance reprend ses droits, mais un instant seulement : nos guides reviennent, heureux aussi de cet instant qui leur a fait voir la route périlleuse sur les hauteurs escarpées qui bordent le lacd’Oncel: il faut y passer les chevaux ; comment laire ? A peine osons-nous hasarder nos pas sur ces pentes dangereuses oit les rochers anguleux et élevés offrent des dangers continuels ; il faut l’entreprendre cependant, ou refaire de nouveau la roule déjà parcourue dans laquelle le brouillard doit inévitablement nous égarer. Jean, Jean le contrebandier le plus valeureux de Ludion,

1 Le lacd’Onccl.

Ml PYRÉNÉES.— ROUTE 47.

s’anime des difficultés qui se présentent: il ne se pardonnerait pas de cédera un obstacle ; il nous confie la garde des trois chevaux, s’empare du quatrième, qui lui résiste à la vue du passage qu’on veut lui faire franchir. Mais l'impérieuse voix du maître le domine; il cède en tremblant; Pierre saisit la bride, Jean saisit la queue, et la pauvre bêle ainsi soutenue, craintive ou enhardie aux accents de son maître, avance un pied, puis l’autre, laisse glisser ceux de derrière sur les mêmes traces, calcule, choisit des niveaux dans celte pente rapide, rocailleuse et suspendue sur l’abîme ; elle suit le maître qui la guide, va souvent mieux que lui, et compte sur l’apppui secourable de Jean, qui s’attache à sa queue pour empêcher les chutes. On ne saurait croire de quel secours on est à ces pauvres bêtes en les soutenant ainsi.

« La première fois que je vis descendre les guides, s’attachant de celle manière à la queue de leurs chevaux, je pensais qu’ils voulaient se faire aider dans leur marche par la marche du cheval ; mais quand ils me dirent que c’était ainsi que, pendant l’hiver, et dans ces horribles chemins qu’à peine nous avions pu franchir dans la belle saison, ils parvenaient à les faire passer sans accident avec une charge énorme, j'avoue que je ne pus m’empêcher de rire du moyen qu’ils ont imaginé, et mes jeunes compagnons de voyage, qui s’en sont égayés encore davantage, se réjouissaient presque de trouver un mauvais pas pour exercer l’adresse des montagnards sur la queue de leurs chevaux.

« Les nôtres furent tous passés de la même manière; nos guides eurent une peine épouvantable; mais enfin ils sortirent vainqueurs d’une entreprise qui, à l’avenir, sera le noble sujet d’une des histoires qu’ils aiment autant à raconter que le voyageur à entendre. Nous aperçûmes sur un rocher du myosotis d’une si belle couleur que nous nous hasardâmes, comme le chamois ou l’isard, à gravir le roc pour l’aller cueillir; c’était le premier que je voyais si grand, si beau, si coloré....

« Le brouillard, s’élevant, s’abaissant, nous cachait, nous montrait tour à tour le lac. Nous y descendîmes, cl assis un moment à l’abri du vent, au bas d’un tertre de gazon, nous déjeunâmes, charmés d’avoir joui de la vue de ce beau lac, placé à la base du pic du Midi. Nous étions en face de lui, nous le savions au moins, mais nous ne pûmes l'apercevoir.

ENVIRONS DE BARÉGES.— PIC DU MIDI. 3,Ui

l'épaisseur du brouillard ne laissait rien découvrir. Nous voyions les vapeurs se former en colonne blanche et descendre ainsi sur le lac ; puis elles changeaient de formes, elles variaient îi chaque instant. Nous vîmes avec intérêt ce. spectacle, mais il nous dérobait l’objet de nos vœux, et bientôt, le froid nous saisissant, nous commençâmes à descendre pour nous rendre h la roule de Baréges, non sans jeter un dernier regard de tristesse sur ce beau pic du Midi, pour lequel nous avions bravé tant de fatigues, et qui nous échappait, comme la plupart des biens que promet l’espérance.

« Nous descendîmes à pied pendant trois heures environ. De ce côté, la route est beaucoup plus facile que lorsqu’on monte en venant de Bagnères-de-Bigorre, et ce doit être un charmant but de promenade pour les buveurs de Baréges. »

( Voyage dans les Pyrénées en 1818.)

On ne doit pas s’étonner de voir figurer aussi parmi les curieux qui ont exécuté celte ascension Mi|,e la duchesse de Berry, quand on l’a vue gravir la brèche de Roland.

Après avoir préféré, pour le voyage au pic du Midi, la relation de Mme de l’Épine à celle de M. Ilamond lui-même, nous allons recourir â ce dernier pour le complément de l’excursion, en partant avec lui du lac d’Oncet, qu’il nous apprend être à 6i0 mètres au-dessous du sommet. « lia, dit-il, 300 mètres de long, sur 300 de large. Des rochers escarpés, que visitent seulement l’isard et son agile chasseur, l’enferment au couchant. Un de leurs ravins, le plus profond et le plus déchiré de tous, conduisait de la région des nues au niveau de ses eaux une vaste lavange qui s’appuyait sur la glace dont une gtande partie de sa surface était encore couverte —

« A l’opposite, c’étaient au contraire de petits vallons d’une fraîche verdure. En face, le pic s’élève rapidement en un beau cône, et au midi la vue s’étend jusqu’ aux pies de granit dont les bases ferment de ce côté l’enceinte de la vallée de Baslan... Les fleurs d'un gazon court et vigoureux, nouvellement découvert par les neiges, me rappelaient les hautes vallées des Alpes et leurs pâturages. L’air était tranquille et parfumé par la lauréole odorante qui commençait à fleurir, car les jours de la canicule sont le printemps de ces lieux.... Mes compagnons ne pouvaient plus me suivre.

Bientôt, leur abandonnant mon guide, je gravis seul et en droite ligne vers la cime. Je l’atteignis en peu de temps , et du bord d’un précipice effroyable, je vis un monde à mes pieds.

• Le confus amas des rochers méridionaux qui jusqu’à ce moment avaient emprisonné ma vue et fatigué ma pensée se courbait derrière moi en un vaste croissant, et portait désormais ses hauteurs supérieures à celle distance d'où la grandeur cesse d’être accablante. Placé au centre apparent de sa courbure, je voyais mourir à côté de moi ses extrémités. Rien ne s’élevait plus entre moi et les plaines; je plongeais comme du haut des nuages sur leurs vallées et leurs collines, réduites presque au même niveau, et je parcourais d'un coup d’œil le Bigorre, le Béarn, le Couserans, le Languedoc même, jusqu’à ce profond éloignement où une vapeur légère, fondant les limites de l’horizon dans l’immensité des cieux, venait au secours de l’œil et ne lui laissait rien à regretter.

<• Mais ce qui rappelait sans cesse mes regards, ce qui les reposait délicieusement, c'étaient les collines et les pâturages qui s’élevaient du fond du précipice vers la pente escarpée du pic, et formaient un repos entre sa cime et sa base. Là, j’apercevais la hutte du berger dans la douce verdure de sa prairie ; le serpentemeut des eaux me traçait le contour des éminences; la rapidité de leurs cours m’était rendue sensible par le scintillement de leurs flot0. Quelques points surtout fixaient mon attention : je croyais distinguer ie troupeau et reconnaître le berger, qui peut-être regardait planer sur sa tête l'aigle que je voyais, bien au-dessous de moi, décrire de vastes cercles dans les airs.

« Le lieu même où je me trouvais n’eut que mon dernier regard. J’avais épuisé le peu de force que se trouve l’homme qui \eul contempler la nature dans son immensité, lorsque je considérai mon étroite station ; lorsque je vis que sur cet âpre rocher tout n’est pas débris, et que les feuillets hérissés du dur schiste qui le compose protègent de la verdure et des Heurs contre la froidure et les ouragans de celle haute région; le carnillet-moussier (silène acuulisj, riante parure des rochers élevés, et deux ou trois pieds d’une gentiane ( gentianu vernit ) qui se plaît dans les lieux que la neige couvre longtemps et qu’elle abreuve sans cesse, fleurissaient exilés sur celte cime déserte. Quelques insectes bourdonnaient à l’en-

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lour ; un papillon même, parvenu à celte hauteur par le. penles méridionales, voltigea un moment d'une fleur à l'autre mais bientôt, emporté ver. le précipice, il confia sa frêle existence à 1 immense océan de l'air.

* .Je. ™e Pl«»ôl que je ne me reposais et ie

respirais, la paix avec 1 air pur de cette régiou, lorsque mes compagnons arrn ereia et me rappelèrent à l'objet de mon cyage. Tandis qn Us jouissaient à leur tour de ce spectacle qui fait oublier toutes les fatigues, j'examinai le^ rnîmtagnes’ mendiimales. Plusieurs rangs relèvent en arophiiheâtre depuis le pic du Midi jusqu aux frontières de l'Espagne. Ces montagnes sont réunies en groupes distincts. En pic aigu et

feI“* de cef, ?rouPes est le plu. voisin du

du Midi et de la vaUee de Bastan. Ce pic est désigné dans la grande carte des Pyrénées mais il n'v L pas nommé. Les habitants du pays î appellent XtourieiÙ, Vieille- Nei^e Ln autre, dont je n'ai pas fixé le nom. paraît dominer un autre groupe situe au coucW du premier, à peu prè. sur la meme ligne et au même degré de l'amphithéâtre unîversel Dernere ces groupes s'élèvent des groupes bien plu. cons, derab.es, et dont les dominateurs "forment la crête meme des Pvrenees, et la séparation des deux roraumes.

ace l E ,l'r u on" voit en

race les tour, du Marbore si remarquables par les forme.

emou'si es qu elles doivent à la disposition de leurs as.i<e.

hSnfvn T°pZ 3 r°uest,’ eul0uni de "^fcreux

V Ve lon f'eul considérer comme

apprtenant au Marbore, dont il est le sommet le plus élevé, parait a i l est . ou il domine tout ce qui l'environne ; et plus loin on distingue, comme une accumulation confuse, la mUe respectable des monts que traverse le port de la Pe; et qui séparé la vallee d Aure de l'Espagne.

« Mes compagnons s'étaient reposés une heure au sommet du p,c . lorsqu ils me proposèrent de le quitter Nous descendîmes rapidement jusqu'à la Hoorque des Gnq-Ours. petit plateau qu on rencontre entre la cime et le lac C'est le point ou le vallon qui s'élève du fond de la vallée de Carnpan au sommet du pie rencontre celui par lequel nous I avions, monte, et r est le lieu où. en 171$. M. de Plantade. âge de soixante-dix ans, mourut subitement à côté de . n quart de cercle et dans les bras de ses guides Nous trou-

vaines ici un chasseur. L'isard fréquente celte région : c’esl le chamois des Pyrénées. Je l'ai trouvé plus petit et d’une couleur plus claire que celui des Alpes, et si j’en juge d’après ce que les chasseurs m’ont rapporté de ses moeurs et de la manière dont ils le poursuivent, il est aussi moins fort et moins agile

« En près de trois quarts d'heure , à compter de notre départ de la cime, nous étions au bord du lac. Nous nous y reposâmes sur le gazon parfumé. La chaleur était brûlante. Des inoiitous'(disperscs sur ces pâturages se reposaient aussi, les uns à l’ombre des rochers, les autres sur la neige; les bergers les surveillaient du haut d’un énorme quartier de roche sur lequel ils étaient couchés

« Des bords du lac nous nous dirigeâmes vers ces hauteurs septentrionales de la vallée de Baslan, que nous avions parcourue en montant au pic ; mais nous nous tenions encore plus haut, et je menai mes compagnons vers les cabanes les plus élevées de cette contrée. J’en connaissais le berger, et nous y devions trouver du lait. Le lait des Pyrénées est aussi inférieur en qualité à celui des Alpes qu’il l’est en quantité; mais celui que nous trouvâmes ici était, par sa délicieuse fraîcheur, le plus agréable breuvage que nous pussions désirer. Les bergers tiennent leur lait à l’abri des chaleurs très-vives qui se font sentir pendant quelques heures du jour sur les pentes méridionales de leurs montagnes , en plongeant les vases qui le contiennent dans le courant d’eau le plus voisin. Ils y pratiquent un réservoir destiné à cet usage. Les vases, plongés dans le courant, et tenus à l’abri du soleil par des tables de pierre qui couvrent le réservoir, se trouvent dans une température si froide qu’elle semble excéder de peu le terme de la congélation. Ces vases sont de bois de [fin et d'une seule pièce. De grandes cuillers de même bois , et parfaitement semblables à celle que les bergers sui.-ses emploient, nagent à la surface du lait, pour servir au besoin. Les réservoirs sont ordinairement placés fort loin des huttes et abandonnés à la foi publique ; mais pour un étranger, tout cela est si bien caché, qu'il passe pardessus sans en soupçonner l’existence. »

Le pic du Midi de Bigorre a 2,935 mètres de hauteur absolue.

L’ascension du pic du Midi présente autant de facilités

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