‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 131 sur 226 · Vûjntmale · texte numérisé non relu

Vûjntmale

Le Yignemale a quatre pics ou pitons; trois sont accessi* blés, mais non sans de grandes difficultés, et leur ascension présente de véritables dangers. Le quatrième, la Pique Lonijue, n’a pas encore été atteint. On arrive au premier par un sentier étroit, âpre, difticile, en longeant le gave de Yignemale, moins terrible que le Uastan, il est vrai, mais souvent aussi pittoresque. C’est une belle cascade que celle qu’il forme, et qu’on nomme Plumons ou Spumous , mousseuse, Spumosa ; et le nom est bien trouvé, car l’eau écume comme du savon.

On peut aller jusqu’au premier pic sans souliers ferrés; mais si on veut gravir le second pic, le guide vous fait mettre des crampons et vous arme d’un bâton ferré. Votre pied est plus sùr, votre marche plus hardie.

Cependant on peut aller jusqu’au sommet du mont sans toutes ces précautions.

1 Un bateau de pécheur à la façon des pirogues indiennes, c’està-dire un énorme morceau de chêne taillé en forme d’esquif, peut donner au voyageur le plaisir d'une charmante promenade sur l’eau. On trouve chez le naulonnier de ce lac desert de bonnes truites qu'il n'apprête pas trop mal, mais qu’il fait payer cher. Quelques voyageurs vont visiter le Yignemale : deux heures et demie de marche à travers des rochers, des neiges et des glaciers.

De U, on a le choix de retourner à Cauterets, par la jolie vallée de Lulour, fraîche, parée, odorante, ou de descendre dans la vallée d'Ossoué, qui débouché à Gavarnie.

L’on ne doit pas se hasarder sur le Vignemale (3,444 ni.) sans un bon guide, et il faut se munir de crampons, d’un bâton, de souliers ferrés et d’esparlillcs.

CAUTEKETS.— LE VIGNEMALE. 365

Lorsqu’on a atteint le sommet, on reste en contemplation devant le beau panorama qui s’ouvre aux regards; ce spectacle dédommage amplement des peines qu'on a eues et des diflicultés de l’ascension.

« Ou lac de Gaube jusqu’au pied de Vignemale, dit M. la Boulinière, on monte sans cesse, et l’on remarque cinq ressauts successifs, à travers lesquels le gave s'est ouvert un passage. Il en est résulté autant de cascades. La première, qu’mon voit très-distinctement des bords du lac..., est la plus remarquable. Autant de vallons successifs séparent ces chaussées naturelles, et sont le réceptacle des débris de montagnes. Quelques pâturages peu fertiles y alimentent les

troupeaux dans la belle saison Le fond de ce bassin est

occupé par un énorme glacier qui a trente à quarante mètres d’épaisseur dans la panie qui touche au mur contre lequel il s’appuie, et qui présente une inclinaison considérable.... Il offre sur plusieurs points des crevasses, en forme de fissures, qui ont jusqu'à dix mètres de profondeur sur quelques décimètres d'ouverture.

ix Ce glacier se prolonge par de larges nappes de neige jusque près du sommet de la montagne, à travers les anfractuosités qui séparent les trois pics inégaux qui, de ce côté-là, surmontent l’énorme masse de Vignemale.

<■ Cette montagne, d’après les calculs de MM. Keboul et Vidal, n’est inférieure que de 52 mètres au Mont-Perdu. Son élévation est de 3, 142 mètres, ou même de 3,456 : c’est

Par conséquent le pic le plus élevé du Bigorre, et, parmi les yrénées françaises, il ne le cède qu’à la Maladetla '.

« C’est un groupe de sommités innombrables entassées les unes sur les autres, et formant un noyau d’où descendent des prolongements qui séparent les vallées d’Ossouë et de Cauterets, en France, de celles de Broto et de Tliena , en Espagne. Ces prolongements conservent encore une grande élévation loin du noyau qui leur a donné naissance, et présentent plusieurs pics très-remarquables.

« On peut se rendre au Vignemale par le val de Gaube, qui, comme on l’a vu, est un prolongement de la gorge de Cauterets, ou, par la vallée d'Ossouë, qui débouche dans

1 On sait que la cime du Mont-Perdu est en Espagne, niais l'auteur oublie qu’il en est de même de la Maladetla.

36i i PYRÉNÉES. — ROl'Tfc 1s.

celle de (lavande. C'est par la première que je suis par\enu au plus petit des trois sommets de celle montagne, le seul qu on puisie atteindre, et c'est de cet observatoire, qui n’est inférieur à la grande sommité que de 3 ou 400 mètres, que j’ai vu bien distinctement, et par le plus beau jour, toute l’ordonnance des monts qu’il domine.

• On ne saurait aborder en face le mur perpendiculaire dont les londenienls semblent raffermis par rénorme glacier qui se trouve à sa base, et qui offre une surface irès-inclinée. Il faut nécessairement se diriger vers la gauche pour gravir le troisième pic ; on monte très-rapidement dès le point de départ, à travers des amas de neige qu’on rencontre à chaque instant, et des rocs escarpés sur lesquels il faut s’élever comme par une échelle. Deux heures suffisent à peine pour

atteindre le col qui est à la base du pic On voit alors en

face, et dans la ligne méridionale, ce troisième pic, que l’on peut gravir sans de grandes difficultés à travers des fragments calcairt s qui couvrent tout le liane de la montagne.... Il faut une heure de marche pour arriver au sommet' , d’où l’ou domine toutes les hauteurs voisines. Parvenu à ce point, on regrette peu de ne pouvoir atteindre aux deux autres pics, et l’on e-t frappé d’abord d'une secrète terreur en contemplant le vaste abîme qui s'offre au midi, à une profondeur que la vue ne saurait apprécier. ■

Une journée suffit pour aller de Cauterels à la base du \ ignemale et pour le retour. Cette course se fait à pied, eu chaise à porteurs et même en partie à cheval. La plus grande partie des voyageurs s’arrêtent ordinairement au bassin et à la cascade de Spumous.

Ici, l’œil est charmé par la vue des troupeaux répandus dans les verts pâturages, et, de plus, on jouit d’une belle vue sur le glacier d’Ossouè' et sur la Pique-Longue qui le domine.

L’ascension complète demande naturellement beaucoup plus de temps. Il faut, en ce cas, partir de Cauiertls à minuit pour u’v rentrer qu’a 9 ou 10 heures du soir. — Que

t II n’entend parler sans doute que du sommet secondaire où il est parvenu, et de la simple ascension de la base du pic à ce -ommel.

CAUTERETS. — LE MONNÉ. 3(i7

le touriste consulte bien ses forces avant d’entreprendre cette excursion !

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