V allée de Marcndau
Celte excursion, qui demande environ six heures, aller et retour, est fort agréable et peu fatigante. Arrivé au pont d'Espagne on prend à droite, puis on entre dans la vallée. On traverse de majestueuses forêts de sapins peuplées d’ours auxquels les montagnards font une chasse persévérante et souxent couronnée de succès. — Bien qu’il ne soit pas indispensable, on fera bien de prendre un guide.
«9. Le étonné.
L ascension du Monné n’olfre pas de difficultés, et demande environ 3 heures. — 11 faut un guide. — Du sommet de cette montagne la vue s’étend sur les vallées d’Azun et d’Argelès, sur les plaines de Tarbes et du Béarn , sur les pics du \ ignemale , sur le pic du Midi de Bigorre , jusqu'au mont Perdu , etc. Rien de grandiose comme ce panorama , surtout au lever du soleil. — Cette excursion se fait à pied ou à cheval.
« Je partis le 2 septembre *, avant le lever du soleil, pour gravir le Monné et m’élever à sa crête escarpée.
« On traverse le gave en sortant de Caulerets, et l’on suit un sentier assez brusque qui sillonne les bases de la montagne de Pégitère , en tournant vers la droite pour atteindre le revers de ce mont pyramidal , du coté du gave de Combascou. Cette gorge prend le nom d 'Arresto.
* Ici déjà le voyageur domine des abîmes ; mais jusques aux pieds des derniers rochers, les pentes m’ont paru douces et assez faciles. Seulement à l'entrée de la gorge del’Arresto, que 1 on désigne plus souvent par le nom de Combascou, sur le versant septentrional de Péguèrc, il est nécessaire d’assurer son pied et son bâton ferré contre les éboulements; de nombreux ruisseaux qui fuient se montrent et disparaissent à chaque pas sous les débris de la montagne, exigent quelques
1 M. Samazeuil, Souvenirs des Pyrénées.
soins et causent quelques distractions qui ne sauraient, du reste, être dangereuses.
« Je passai le torrent, et, redoublant d’ardeur, nous atteignîmes bientôt, mon guide et moi, le plateau et les cabanes de duquel , où nous déployâmes nos provisions, et où nous prîmes quelque repos sur une verte pelouse , près d’une sourced’eau vive dans laquelle nous fîmes rafraîchir notre vin. De ce plateau , nous contemplions les aimables prairies de Combascou. Cauterets se montrait sous nos pieds au fond d’un immense entonnoir, et au travers d’une légère vapeur qui s’élevait aux bords de son gave et nous voilait ce village sans le cacher. Quelques sommités commençaient aussi à sortir du chaos des montagnes environnantes , et à nous montrer leurs pointes brillantes de lumières.
« II faut le dire, ce n’est point le charme des détails que l’on doit rechercher en remontant cette gorge, sans ombrage, sans cascade , sans aucun de ces accidents , de ces jeux ou gracieux ou terribles de la nature qui charment ou étonnent dans le val du Marcadau et dans celui de Gavarnie. Ici tout est sombre , et les lianes du Monné n’offrent qu’ un vaste désert où paissent quelques troupeaux, où bondissent quelques isards, où croassent des milliers de corbines qui se réunissaient sur nos têtes, nous fatiguaient de leurs cris et nous faisaient songer involontairement à la sépulture réservée à nos cadavres si nous eussions roulé dans les précipices. On doit ici espérer un autre spectacle. De divers plateaux qui servent de degrés pour l’ascension du Monné, c’est moins autour de soi que dans le lointain qu’il faut jeter la vue. I.e Monné est un observatoire d’oii les curieux embrassent une étendue immense de plaines et de montagnes, scène sublime dont l’aspect n’est pas trop acheté par cinq heures d’une marche pénible et par quelques dangers qui commencent au-dessous des rochers de Y Ar raillé, qu’il faut gravir avec précaution, en assurant à chaque pas son pied, son bâton et même souvent ses mains sur des saillies de. roches, à travers des neiges et sur des escarpements rapides.
« La crête du Monné n'a que 1 mètre 33 centimètres environ de largeur. La vue, de ce sommet, ne rencontre presque plus d’obstacles, et saisit tout un royaume de montagnes. Je nommerai d’abord les fiers \rignetnales ; car c’est sur eux que les yeux se portent surtout et s’arrêtent avec avidité. De
CAUTERETS.— LE MONNÉ. 3G9
l’océan de glace qui inonde cette immense protubérance de granit s’élèvent plusieurs aiguilles qui se dessinent dans l’azur des cieux. Plus à gauche, vers le sud-est, le Marboré, ses brèches, ses glaciers, puis le sommet du Mont-Perdu , X emmielle, bordent l’horizon et présentent dans les airs une ligne qui tantôt s’élève en tours, tantôt se forme en cylindre, tantôt permet à la vue de se perdre dans les intervalles que les monts laissent entre eux , et d’y rechercher un autre monde qui ne s’y monire pas. A l’ouest le pie du midi d'Ossau, h l’est le pic du midi de Bigorre rivalisent d’élévation, et se disputent un honneur que leur nom usurpe, que l’ignorance leur partageait et que la science leur a ravi.
« C’est du sommet du Monné que j'ai pu me convaincre de l’exactitude de la belle observation que Ramond lit sur la Maladetla. D’après lui, la chaîne des Pyrénées ne se composait, dans les premiers temps, que de quelques pics d’une hauteur prodigieuse, dont les débris ont roulé dans les vallées et ont formé , aux dépens de leurs sommets et autour de leurs bases, d’autres monts qui comblent l'intervalle laissé entre les monts primitifs , lors de leur création. Aussi l'observatoire du Monné les présente aux spectateurs , chacun au milieu de ce groupe de montagnes secondaires qui forment sa cour, qu’il domine comme un géant, et qui inclinent vers lui leurs cimes et leurs couches en signe, dirait un poète, de leur hommage ; en signe, dit le savant, de leur origine et de la position que leur chute leur a fait prendre.
» Mais ces monts ne doivent pas fixer exclusivement notre vue. Si de leur côté tout est sublime, sous nos pieds tout est gracieux , au nord tout est vague , brillant et vaporeux. Le Monné sépare deux belles vallées, et lorsque je détournai mes regards de celle de Caulerets que je venais de quitter, avec quel ravissement je revis celle d’Azun , cette rivale de Campan et d’Argelès, ce gave dont j’apercevais en ce moment non-seulement le cours, mais encore les sources aux frontières d’Espagne ! Enfin , au delà d’Azun et par-dessus les monts qui forment cette riche vallée, ma vue s’étendait sur les belles plaines de Bigorre, tandis que ma pensée, plus puissante que mes regards, devinait la demeure de tout ce qui m’était cher dans un horizon vague et indéterminé. Ainsi celte montagne, que je crois égale en hauteur aux pics du midi d’Ossau et de Bigorre, et qui les dépasse peut-être, présente comme
eux l'avantage de réunir sous les yeux du spectateur qui la gravit l’aspect des plaines et d’une plus grande partie de la chaîne des Pyrénées.
« A mon retour, et sur le plateau de Cinquel-Chibirou , nous trouvâmes quelques pasteurs qui nous oiïrirent de la crème; ils nous dirent aussi qu’ils nous montreraient un chemin plus doux que celui que nous avions suivi le matin pour retourner à Caulerets ; nous nous livrâmes à leur conduite.
» Ces pasteurs nous firent remarquer au nord-est du Monné une cime qui me parut plus accessible , et ils me dirent que les dessinateurs du cadastre , en plantant leurs jalons sur toutes ces montagnes , avaient trouvé la position de celle dernière sommité préférable à celle de la crête du Monné.
a Nous descendîmes dans une gorge que les anciens auraient consacrée au dieu du silence. Elle porte le nom du Lion, dont les pasteurs ont cru reconnaître la forme dans un des rochers qui la dominent. Cette haute solitude, située au nord-est du sentier que l’on suit d’ordinaire pour gravir le Monné par le vallon Coinbascou, n’est pas sans charme ; ses pâturages, la coupe hardie des monts qui les entourent, le silence qui y règne, tout invite à y séjourner; et ce n’est pas sans plaisir que je me rappelle l’heure de repos que j’y pris , en causant avec ces montagnards, de leurs troupeaux et de leurs loisirs, en m’y désaltérant auprès de leur cabane enfumée.
« Ces pasteurs, au reste, ne nous avaient poiut trompés ; les pentes qu’ils nous indiquèrent sont en effet plus douces, les sites plus gracieux que dans la gorge de Coinbascou, et mon guide, étonné d’ignorer celte route, se promit bien de la pratiquer dans la suite, quoiqu’elle lui parût moins directe. Ce vallon, dont chaque degré de la descente nous révélait quelque charme nouveau , nous conduisit bientôt sur des plans heureusement inclinés, couverts de prairies et parsemés de bois et de chaumières. Nous revîmes le gave de Cauterels, nous descendîmes sur la rive gauche , et nous la remontâmes jusqu’au village, ou j’arrivai vers* le soir. »
Les ruines de Beaucens.
Celle excursion demande environ 3 heures aller et retour.