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DE LOURDES A S.-SAUVEUR

vallée d’Argelès que l’on commence à jouir de quelques aperçus furtifs et pleins de charmes, quoique souvent de l’aspect le plus terrible Moins on voit, plus on imagine.

Bientôt on peut compter au-dessus des monts environnants, et même des nuages, plusieurs pics couverts de neige et couronnés de pins. A chaque pas des aspects plus rapprochés et merveilleusement contrastés. Ici, c’est une culture régulière; ce sont des moissons et des arbres fruitiers à côté d’un torrent fougueux, dont les bords escarpés sont couverts de débris. Là, des eaux habilement dérivées d’une brillante cascade, par le seul instinct du montagnard industrieux. Dirigeant à son gré ces eaux captives sur le liane des montagnes secondaires, tantôt il les promène à travers ses vergers et ses cabanes, tantôt il en soulève les bondes formées par de simples ardoises; et c'est alors que vous verriez des ruisseaux- limpides se diviser par intervalles, s’épancher en longs liltts pour arroser de tranquilles prairies oit paissent les troupeaux.

On se croit transporté dans un autre hémisphère oit la nature, infinie dans ses ressources, procède autrement que chez nous; souvent l'imagination s’en mêle, et l’on prend de simples apparences pour des réalités.

Outre ses fruits, ses moissons, ce vallon et les collines environnantes sont embellis, enrichis par toutes sortes d'arbustes, de grands arbres, de chênes même, de châtaigniers et de noyers dont la circonférence ne le cède point à ceux que nous avons mesurés dans la Touraine. Ici le travail des eaux est presque achevé. Les montagnes y sont en quelque sorte lixées : déjà la végétation s’est emparée des pentes, de manière quelles sont peu susceptibles de grandes dégradations.

Le bassin de Pierrefitte et celui de Lijz offrent des beautés d’un autre genre et des ruines plus mâles.

Nous avons vu des montagnes isolées; mais nous allons

* « Les vallées supérieures des monts du premier ordre présentent quelquefois des sites moins extraordinaires que ces gorges inférieures creusées par les torrents dans les rochers de leurs bases, et l’étroite vallée qui s’élève de Pierrefitte à Luz rassemble des beautés et des horreurs étrangères aux vallées les plus élevées. » (Observations faites dans les Pyrénées, par M. Ramond, p. t7.)

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voir des familles entières, et pour ainsi dire une immense cité.

Ce qui nous frappe dans ces monts, dont la douille chaîne s’écarte, se rapproche et s’entr’ouvre par intervalles, c’est que ceux qui les habitent n’y ont presque rien fait, excepté les rebords qu’ils y ont pratiqués pour les côtoyer et longer les précipices; et ce n’est pas là le moindre intérêt que doit éprouver l’observateur sur le sol libre et le domaine d’une nature encore vierge. Aussi y a-t-on vu de tout temps accourir les naturalistes, les peintres et les poêles; les uns, pour y prendre la nature sur le fait; les autres, pour y chercher les grands modèles de leurs compositions.

Quelquefois, comme au pont si bien nommé d 'Enfer, l’imagination reste frappée d’étonnement! On ne peut comprendre comment l’industrie humaine a pu jeter sur un torrent, d’une rive à l’autre, c’est-à-dire entre des rochers, un pont si hardi et si solide.

De I.y- a Saint-Sauveur .

De Lu: à Saint-Sauveur, 2 kil., qu’on peut faire à pied en 20 minutes. Le chemin est agréable et planté d’arbres. En quittant Lu:, montée par un chemin à corniche.

Beau pont de marbre.

On passe le gave. Jolie vue sur les bains.

On arrive à Saint-Sauveur.

Vents. — Le vent du nord souffle par la vallée de Pierrcfille; il est dangereux pour les récoltes; le vent du midi vient de l’Espagne; il élève à un haut point la température; le vent de l’est, qui descend du Tourmalet, amène les orages et l’hiver.

Tempéiiatire. — 11 est rare qu’en hiver le thermomètre descende au-dessous de 10 à 12 degrés; en été, les nuits sont chaudes.

Ciievaix. — Le cheval des montagnes est plutôt petit que haut; il est robuste, va vite et est rarement malade; son encolure est belle, sa couleur fauve ordinairement.

Ilütcls: de la Paix, chez Sassissou, et traiteur; de France, chez Barrio, et traiteur.

Dans un étroit vallon , dont la situation est des plus heureuses, entre deux montagnes parallèles et presque verticales. formant des murs tapissés de verdure par les arbres qui s’élancent de leurs flancs, et sur le premier plateau de celle qui domine Lu/., contre laquelle il est adossé, Saint- Sauveur 1 présente ses jolies maisons dont le marbre orne les ouvertures ainsi (pie les balcons, et l’ardoise les toitures coniques. Deux rangs en forment une seule rue, au milieu de laquelle se trouvent l’église et le bâtiment des bains; on est lâché que leur nudité fasse si grande disparate avec l’élégance des maisons.

En suivant cette rue, du côté du midi, jusqu’apfès le quartier des Anglais, on passe un ruisseau qui, du sommet de la montagne, roule ses eaux tumultueuses sur son penchant presque à pic; un sentier qui tourne en spirale facilite pour atteindre au second plateau , oit tombe une cascade bruyante. Des arbres touffus garnissent le rocher, et forment des bosquets agréables et silencieux. Des bancs placés d’étage en étage servent de repos, et présentent de riantes perspectives; l’œil suit avec complaisance le tapis velouté qui couvre près de là les monts les plus élevés et resserrés à leur base; là le gave, plus comprimé, soulève ses Ilots qui s'échappent avec fracas.

Descendu de cette montagne et revenant par le même chemin, un escalier se présente à droite : une promenade inclinée, déguisant la nature sous la forme d’un jardin anglais, se trouve au dernier degré. L’eau, qui se brise en poussière humide, rafraîchit les arbres qui l’ombragent; des vallées sinueuses séparent des banquettes de gazon et embrassent un vvauvhall champêtre ; les balsamiques émanations des plantes, des arbres fleuris et des prairies qui sont aux environs, mêlées aux exhalaisons sulfureuses des eaux minérales, rendent plus salutaire encore l’air pur et vivifiant qu’on y respire. Là , s’élèvent deux pyramides en marbre blanc indigène , érigées en mémoire du séjour de leurs A. IL madame la

• Un évéque de Tarbes, exilé à Luz, découvrit, dit-on, sur la montagne voisine une source minérale, et fit construire prés de là une rliapelle avec cette inscription : I’oj haurictis ai/uas è fonhbut Siiltaloris . Telle serait l’élymologic du nom de Saint-Sauveur. {Manuel indicateur .)

duchesse d’Angoulême et madame la duchesse de Berry , dont les bienfaits ont laissé dans le village un durable sou- | venir.

En suivant la pente rapide de l’allée la plus inclinée de i celte promenade, on est conduit dans un étroit sentier qui se replie jusqu'au lit du torrent ; le pont Gonlaud, suspendu sur l’abîme, permet 'de le franchir pour remonter sur la I colline opposée ; par un autre sentier détourné à gauche , l’on parvient dans un endroit solitaire, surnommé le Désert.

En effet, placé sur un mamelon incliné dont la partie élevée cache la vue du hameau, on ne voit que les arbres qui le décorent, formant au milieu une salle en rotonde. L’odeur embaumée de la pelouse fleurie, mêlée de thym et de ser- il

fiolet, que les pieds, eu la foulant, font tomber dans les airs ; e chant varié du rossiguol qui fait retentir cette solitude de I ses cadences molles et légères, de ses roulades brillantes et , rapides, de ses accents plaintifs et langoureux, portent dans j . l’âine une sorte de volupté.

Si de là, traversant le chemin de Gavarnie, on s’élève sur I le monticule arrondi du côté de l’orient, les vestiges d’un ermitage peuvent servir d’observatoire champêtre. La vue I • plonge d’abord avec délices dans la belle vallée de Lu 9, où [ la nature, pompeusement parée, offre ses riches productions. I ■ Sur tous les points sont des coteaux s'élevant par degrés, > portant des touffes d’arbres ressemblant à de jeunes forêts.

L’n grand nombre de granges et de hameaux épars sur leur ! penchant paraissent comme suspendus dans les airs. La nature i cultivée s’y montre confondue avec la nature agreste, des j aspects gracieux sont vis-à-vis d’autres sévères, des champs | de blé à côté des prairies , et les hommes qui les cultivent se tenant avec peine debout sur leur pente rapide; l’innocente brebis, la vache nourricière, broutent l'herbe sur le haut du revers de la montagne, sans craindre l’abîme qui est sous leurs pas; des troupeaux de jeunes pourceaux s’essayent I plus bas à remonter le torrent, luttant contre ses efforts; la nappe d’eau vive et bleuâtre qui serpente, renforcée de l’azur du ciel , découpe la vallée en petites îles ou compartiments inégaux : là, des épis et la verdure diversifiée eu mille teintes | la font ressembler à une mosaïque que la nature se serait plu à former.

Dans cette diversité de paysages, on voit les oonsonnances

assorties, les transitions ménagées et les rapports merveilleusement liés. Tout ajoute ù la magie de la perspective, tout contribue à l’ensemble et à l’illusion de ce beau tableau, tout concourt à la décoration de celte vallée, asile du repos et de la méditation.

Sur la place de Saint-Sauveur, vis-à-vis du bâtiment des bains, une rampe, uu peu rude d’abord, mais qui s’adoucit en montant, conduit au riaut plateau de Bellevue, au-dessus duquel sont d’autres bains d'une eau minérale plus tempérée, dont les champs environnants sont ensuite arrosés. Du sommet de la montagne à la verte chevelure, on voit jaillir d’autres eaux tombant comme du ciel en cascade écumeuse, puis, réunies en un même ruisseau, serpenter autour de sa surface, arroser les prairies placées les unes au-dessous des autres, et. par une seule pierre qui sert d’écluse, changer et diriger son cours à volonté. L’œil aime à se promener sur la plaine féconde , sur les coteaux recouverts d’un velours d’émeraude, sur les sinuosités du ruisseau à l’onde argentée, à demi cachée sous le feuillage qui laisse entrevoir par intervalles les brillants jets de feu que rellètent les rayons du soleil.

Une haie de buis indique le chemin de Sasis. L’aulne, le chêne, l’ébénier, le frêne et le hêtre, que les zéphirs agitent, entrelaçant leurs rameaux qu’ils courbent en cintre, procurent une ravissante fraîcheur. Quel spectacle se découvre devant moi ! En face est la ville de Luz, qui termine la vallée et ressemble à un vaste point joignant les deux montagnes qui l'enserrent ; les vieilles tours du château de Sainte-Marie, à moitié démolies , encore assises sur le mamelon où elles furent élevées; l’église bâtie par les Templiers; les pics si rapprochés de Baréges . qu’ils ne lui laissent presque point d’horizon; l’azur du ciel sous lequel d’autres pics paraissent découpés comme un feston.

L’exercice de la promenade, si récréative pour peu (pie l’on veuille s’éloigner et monter ; le plaisir de la société de tant d’étrangers, lorsqu’on a l’esprit de se réunir, procurent d’agréables et salutaires distractions.

Dans ces âpres sinuosités, les chars de luxe ne peuvent hasarder leur fragilité. Ce sont des chevaux accoutumés à gravir avec beaucoup d'adresse sur ces monts escarpés les sentiers les plus périlleux que des pasteurs présentent pour

conduire à Gavarnie , où l’on voit ses magnifiques cascades, la cime blanche du Marboré, la brèche de Roland, le cirque dominé par de pompeuses tours étonnant l'imagination ; au pic du AJidi , en traversant par le Tourmalet la vallée délicieuse de Campan ; à Caulerets , lieu charmant où se trouvent la montagne de Cambassou, ce grand observatoire des Pyrénées, les cascades du val de Jéret et du Cerizet, le lac de G aube et celui de Marcadmt, le pont d'Espagne, Yigncmale, la plus haute montagne française, sur le sommet de laquelle sont des glaciers perpétuels.

Quelquefois j’allais visiter l'humble cabane du pasteur. Là je voyais l’agreste famille, animée de l'amour des produits agricoles, se livrer aux rustiques travaux avec ce doux contentement qui peint si bien la pureté du cœur. Leur franche cordialité répond à la simplicité de leurs mœurs. Quelle différence , me disais-je , des soins que l’on se donne dans le monde ! Là les embarras de l'étiquette , la tyrannie de la mode, les soucis que suscitent les besoins que l’on se crée sans nécessité, sont une source continuelle de peines et d’ennui ; ici, nul déguisement, nulle gène, toute contrainte est bannie et tout luxe proscrit ; quelques Heurs naturelles, mêlées à la simplicité de la parure, remplacent les vains colifichets que I on étale ailleurs; le costume adopté par les aïeux se transmet sans aucun changement et passe de génération en génération ; le modeste capulel couvre encore les attraits de la naïve pastourelle, comme il le faisait il y a six cents ans. Ici le temps s'écoule avec la même rapidité que les ondes du torrent, sans laisser nul regret ; la fatigue du corps n’en communique point à l’esprit, et le repos qui la suit est aussi doux que réparateur.

La chapelle de Saint-Sauveur, desservie par un aumônier, n’offre rien de remarquable.

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