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RE LOURDES A S. -SAUVEUR. — BÉTHARRAM

promptement a îles ordres intimés d’un manière aussi positive. Elle parlait encore, et déjà une grêle affreuse tombait sur les moissons. A ce coup, tout le monde effraye demanda grâce. On ne balança plus, et sans autre retard, on jeta les fondements d'une pauvre petite chapelle, a laquelle liaymonde promit avec enthousiasme d'heureux accroissements.»

L’est ainsi que la légende raconte l’origine de Bétharram, et l'histoire ne la contredit pas. Il est bien vrai que l’imagination des hommes aurait pu absolument ajouter à la réalité des faits des détails inexacts qu’il n’y a plus moyen de discerner. Mais serait-ce une raison suffisante pour repousser un récit plein de charmes, qui, d’ailleurs, ne saurait être un mensonge, par cela seul qu’il rapporte des choses extraordinaires? Ces choses-là ne sont-elles pas assez communes dans 1 histoire de la religion ? Au reste, nous ne voulons pas garantir la véracité de la légende ; mais comme il ne nous suffit pas de goûter dans notre cœur ce qu’elle a de suave, nous ferons à cet égard une observation de quelque importance : c’est que l’emplacement occupé par la chapelle et la maison de Bétharram semble indiquer, par sa nature même, qu’il n’a dû être choisi que pour des raisons extrêmement graves. Il a fallu briser b grands frais les rochers de la montagne, qui suivait sa pente jusque sur la rive escarpée du gave , tandis qu’à une très-petite distance , et en deçà et au-delà , se trouvent deux plateaux assez vastes qu’on devait naturellement préférer. On peut être crédule; mais il est rare que tout un peuple soit inconséquent au point de se condamner, sans motif, à des travaux et à des dépenses aussi considérables.

La chapelle de Bétharram fut incendiée en 1569. pendant les guerres de religion ; rétablie en 1630. elle fut de nouveau détruite en 1793. Le buffet d’orgues conserve encore des pein'iires du xvu« siècle représentant les principaux traits de la légende que nous venons de raconter. — La façade ne manque pas de dignité, et rappelle le caractère particulier des grands ouvrages du siècle de Louis XIV.

« Entièrement revêtue de marbre blanc, celle façade est, pour ainsi dire, encadrée entre deux pavillons, et surmontée au milieu d’un petit clocher, derrière lequel s’élance une flèche hardie. Trois portes et deux fenêtres s’ouvrent dans les compartiments formés par de beaux pilastres qui se sup-

perposent en deux étages. Aux encoignures intérieures des deux pavillons, jetés un peu en avant de la façade proprement dite, se trouvent, dans des niches assez élevées, les statues des quatre évangélistes, appuyés sur les animaux symboliques. La Vierge est au-dessus de la grande porte ; elle lient l’enfant Jésus dans ses bras, et ses pieds écrasent la tête du dragon infernal. Ces cinq statues sont d’un magnifique marbre blanc translucide, extrait, suivant M. Du Mège <, de l’excellente carrière de Louvie, dans la vallée d’Ossau. Comme de raison, la mieux travaillée est celle de la Vierge-Mère, dont le visage respire une douceur céleste qui fait plus d’honneur encore à la piété qu’au ciseau du sculpteur. On croit que c’est une copie de quelque grand modèle.

« L’intérieur de l'édiiice se partage en une grande nef et deux ailes collatérales. 11 y a trois autels principaux *. Celui qui se trouve au fond de l’aile gauche, c’est-à-dire du côté de l’épître, a cela de remarquable, ou plutôt d’intéressant, qu’il leprésente, en bas-relief, l’apparition miraculeuse qui donna naissance à Bélharram. On y voit la sainte image de la Reine des cieux au milieu de tendres agneaux et d'enlànts ébahis : le peuple lui donne le nom de la Pastourc, en français la bergère. Le maître-autel est fort riche et d’un trèsbel effet , grâce à ses colonnes torses garnies de grappes et de feuillage , à ses hautes statues et à son vaste retahle , qui couvre tout le fond de l'église jusqu’à la voûte. Depuis quelques années, il se décore peu à peu dV.r-rotoemblémaliques.

« La voûte principale, en plein-ceintre, mais croisée, est ornée de pendentifs, peinte en bleu de ciel, parsemée d’étoiles dorées, en relief, et agréablement sillonnée par des arcs qui , réunis d’abord en faisceaux cinq à cinq , divergent ensuite de toutes parts.

« Les fenêtres du vaisseau principal , au nombre de huit , sont arrondies par le haut, et, comme tout l’édiiice, dans le goût moderne. On regrette que les arcades des bas-côtés Soient si basses ; les piliers sont aussi trop courts : on dirait de simples piédestaux. Mais ce défaut estamplement racheté par les tableaux que l’on voit au-dessus. »

1 Statistique des départements pyrénéens , tom. I, p. 206.

- Le quatrième est à droite de la porte d’entrée : c'est l'autel de Notre-Dame de Pitié et des Agonisants.

DE LOURDES A S.-SAUVEUH —BÉTHARRAM. 389 * Ce sont les tableaux qui mettent à part l’oratoire que nous décrivons. Les murailles en sont tapissées. De la porte aux autels , dans la grande nef et aux bas-côtés , depuis la bailleur d'appui jusqu’au-dessus des fenêtres, c’est une profusion étonnante de sujets religieux, les uns sur toile, les autres sur bois. La plupart de ces tableaux portent des personnages de grandeur naturelle ; s’ils ne sont pas tous exécutés avec un égal talent, il n’en est aucun qui ne se recommande par un ton de convenance parfaite. »

Au reste, ne vous figurez pas que ces sujets soient jetés là pêle-mêle et sans ordre. Au contraire , en parcourant avec soin cette collection nombreuse, on est charmé de la sagesse qui a présidé à leur choix et à leur placement.

Le trésor de la chapelle renferme la robe et le voile de noces de Mme la comtesse de Chambord , qui les a envoyés en ex-voto à la madone.

Il est temps d’aller visiter le calvaire. Il n’y a pas encore longtemps que les stations de ce calvaire étaient ornées d'affreuses statues de bois peintes qui remplaçaient celles détruites en 1793, et qui étaient, dit-on, d’une beauté remarquable.

Depuis 18t I , grâce au zèle pieux et désintéressé d’un jeune artiste chrétien , M. Alexandre Renoir, toutes ces statues ridicules ont été remplacées par de très-beaux basreliefs en plâtre avec des figures de grandeur naturelle.

Pour donner une dernière idée du nouveau Calvaire de Bétharram , nous emprunterons encore au savant auteur de I hssai sur In Philosophie des Arts et du Dessin la description qu’il fait de la station du Christ ad Jardin des Oliviers '.

* pe)sujel si grand, si simple et si souvent traité ne pou- « yait l’être d’une manière plus grande, plus simple et à la » fois plus neuve qu’il ne l’a été par M. Renoir. Quel sujet ■ en effet ! Dans un même être il y a l’homme , il y a le « Dieu; il y a l'homme de douleurs, celui qui sait l’infirmité,

“ rir dolorum, sciais infirmitatem : mais aussi il y a le Dieu • dans sa force voilée, le Dieu qui ne meurt que parce qu’il « consent à mourir. Comme la nature succombe, mais aussi

1 M. Maruro, dans un petit écrit intitulé : Sur une œuvre d'an qui t’exécute à bétharram , pages 12 et 15.

d'JO PYRENEES. — ROUTE 19.

<■ comme elle est relevée par la dignité divine ! Quel mystère « de force et d’abattement dans ce corps qui s’affaisse et « pourtant résiste , dans ce bras qui s’abandonne avec dou- « ceur à la main de l’ange, dans cette tête sacrée qui se « penche, moins encore sous la douleur que sous la contern- ■< plalion ! si l’on se plaignait de voir le regard du Christ « trop complètement baissé , ne montant pas assez vers sou « père, il serait aisé de répondre que l’homme seul a besoin

d'élever ses regards pour contempler le Ciel ; à l’homme-

Dieu, c’était assez de se recueillir et de contempler ce Ciel « en lui-même. Une autre beauté de premier ordre, c’est « l’Ange soutenant le Christ. Dans quel grand goût il se « détache tout entier sur le fond de ses deux vastes ailes qui « l’environnent comme d’un nimbe glorieux ! 11 soutient « Jésus ; mais sa ligure, comme celle de l'Ange au Calice, « montre assez que le Fils de Dieu n’a besoin d’être soutenu, .1 que parce qu’il le veut bien, et que lui, l’Ange du Très- « Haut , n’est là que pour prêter un ministère passif au « sacritice qui doit s’achever sur le Golgolha. »

« Dans la Trahison de Judas, le Christ est d’une expression incomparable : on lit dans ses traits, dans sa pose , et, si j’ose le dire, dans tous ses mouvements, les affections diverses qui partageaient l'âme du divin Sauveur, en ce moment solennel. Que de beauté aussi dans saint Jean , le disciple bien-aimé ! — A la troisième station, on est tout saisi par la majestueuse attitude de Jésus au tribunal de Caïplie. — Enfin, la Flagellation donne la plus liante idée de ce qu’il y a de pur dans les principes de la nouvelle école. Le sujet était délicat ; l’artiste en a tiré une œuvre toute spirituelle, dans le sens chrétien de ce mot. » M. Menjociet.

Le sommet du Calvaire est occupé par une maisonnette dans laquelle habile un ermite qui fabrique des peignes de buis.

Les abords de l’église sont peuplés de marchands de chapelets et de médailles dont le pèlerin devra faire provision pour emporter un souvenir de la Vierge de Bétharram.

Reprenant notre route, nous ne tardons pas à rencontrer sur notre droite un petit chemin qui longe le gave : il conduit en moins d’une heure à une grotte magnifique tapissée de stalactites d’une beauté incomparable.

DK LUlKDES A S-SAl VEl K.— S.-PK. 30 1

Bientôt nous traversons un pont sur lequel se lit une inscription latine du xvn® siècle.

Nous allons quitter le Béarn pour entrer dans le Bigorre.

Nous trouverons, après avoir dépassé Saulx-sni’-lC- Gave, quelques jolies cascades, à mince volume, mais d un effet charmant : de loin, vous diriez des rubans de gaze; c'est ici l’entrée des Pyrénées, séjour des poètes, des âmes rêveuses.

Nous voici à Saint-Pé. Si vous y séjournez, on ne manquera pas de vous proposer une partie de chasse aux ramiers : chasse agréable, point difficile, et à laquelle prennent part les femmes mêmes. Du reste, petite ville industrieuse, où on travaille le fer, qu’on extrait des mines voisines de Loubic, avec quelque succès. J.e terrain où est assis Saint-Pé manque de fertilité, l.es bruyères qui l’environnent abondent en lépidoptères. — Sainl-Pé possède un petit séminaire.

I.a forêt de Lourdes s’ouvre près de Saint-Pé à Barbai , hameau. La nature devient sévère et grandiose.

Vient ensuite Pouchar, hameau qui n’offre rien de remarquable.

On s’arrête à Nioti*e-Daiuc-dii-Piiy pour contempler le gothique château de Lourdes , placé sur un rocher à pic et qui commande la contrée.

Quelques instants avant d’arriver à Lourdes, on voit sur la gauche la magnifique propriété de M. Dau/.at.

Lourdes. (Voyez pages 27i et suivantes.)

Nous avons assez, dans les villes et dans nos riches campagnes, admiré les ressources de l’industrie humaine : il nous tarde de contempler enfin, dans ces monts célèbres, des merveilles antérieures à l’histoire et même aux traditions.

De Lourdes à Baréges on s’élève lentement à la hauteur d’environ 1,200 mèt. au-dessus du niveau de la mer, ce qui fait qu’on a le temps d’observer; car on rencontre à chaque pas des roches énormes tombées dans le torrent, et d’autres qui pendent sur la route.

Trois aspects dans ce vallon et dans les autres captivent principalement l'attention : le gave ou torrent1; l'amphithéâtre des monts exhaussé sur une base commune ; et la végétation qui va toujours en diminuant à proportion qu’on

1 Cape signifie eau en langue celtique.

s'élève ; de sorte qu’aux forêts et à l’empire de Flore succède le règne pastoral, c’est-à-dire qu’après les arbres, les arbustes et les Heurs, on ne trouve plus guère que du gazon. En général, passé certaine hauteur, toute végétation expire, surtout lorsqu’on s’approche du sommet des montagnes écrétées. Les plus âpres néanmoins offrent par intervalle de la culture et des pâturages, quels qu’ils soient, à l’indigence courageuse, qui n’y est jamais réduite à l’impuissance de subsister.

Le gave, à l’entrée de la gorge, et avant de s’élancer dans la plaine, offre sur ses bords, et dans son lit évasé, des monceaux de pierres schisteuses, des marbres, des granits roulés plus ou moins dégrossis, espèces de galets, et tels qu’on en voit sur les côtes de l'Océan occidental. On sent que cet oiïet est produit par le frottement continuel qu’éprouvent les diverses substances qui ne cessent fie tomber, de cascades en cascades, jusqu’au fond du vallon. C’est alors que le torrent, qui jamais ne s’arrête, les tourmente de nouveau, les divise en graviers, et finit par les charrier, à travers les plaines et jusqu’au sein de l’Océan.

A mesure qu’on remonte ce gave entre deux rangs de montagnes parallèles, et sur des banquettes ou corniches, on l’entend mugir dans des profondeurs où l’œil ne saurait le suivre. C’est dans l’une de ces circonstances qu’on éprouve pour la première fois une sensation qu’on appelle le sentiment de la profondeur, bien différent de celui qui est produit par l’aspect des hautes éminences. On ne regarde point, en eflet, la flèche d’un clocher élancée dans les airs comme on considère un abîme. Dans le premier cas, la tête du spectateur, élevée avec une sorte de fierté et le corps en arrière, offre de l’étonnement, de l’admiration, de l’intrépidité; dans le second, l’altitude contraire ne montre que de la crainte, et une curiosité aussi pénible qu’indécise.

Quant aux montagnes, tout d’abord n’est que confusion aux regards surpris : mais, après avoir considéré les diverses formes, on en reçoit des impressions qui durent encore, parce qu’elles ont été renouvelées par de fréquentes comparaisons.

Depuis Lourdes jusqu’au pont de marbre , rien de plus terne, ni qui donne moins à penser que ce canton d'nne nature équivoque et à demi sauvage. Ce n’est que dans la

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