PROMENADES PEDESTRES DEPUIS SAINT-SAUVEUR
Passage de l'Echelle.— Fontaine J’Andiole.— Gèdre. — (trotte. - Eglise.
— Cimetière. — Mont-Sinistre. — Cascade de la Saouza.— Le Chaos.
Passage de l'Echelle.
Arrivé à l'embouchure du torrent, on considère avec un
S.-SAUVEUR— PROMENADES PÉDESTRES. 40a
nouvel intérêt l’entrée de celte gorge fameuse qui force en effet au recueillement, et que nous allons remonter jusqu’à la source de son gave. On s’avance sans savoir où l’on va. I.a vue, à chaque instant, est arrêtée par des monts qui laissent à peine espérer un défilé.
La configuration de ces lieux fait déjà soupçonner qu’une cause puissante et toujours active les a ainsi modifiés. C'est celte cause, d’abord inconnue, qui excite la curiosité, soutient l’attention du voyageur, jusqu’à ce que, parvenu à la naissance du gave béarnais ', il reconnaisse enfin le véritable agent de toutes les formes, de tous les accidents que l’on ne cesse de remarquer dans tout le cours de celte longue vallée. Cet agent primitif, c’est le torrent inépuisable, et qui depuis les sommets du Marboré jusqu'à Saint-Sauveur roule des eaux turbulentes dans îles canaux où l’œil a quelquefois bien de la peine à le suivre, et dont le soleil n'a jamais éclairé les profondeurs. Observez que les canaux de la vallée de Gavarnie sont en général moins encombrés que ceux des autres vallons. Mais vis-à-vis de Saint-Sauveur, le canal dont il s’agit est comblé, de sorte que les eaux transparentes, et qui vont se jeter dans le Rastan, y glissent doucement, quand tout est calme, sur des ruines aplanies.
A mesure que l’on avance, les pics s’élèvent, les abîmes se creusent. On découvre une nature plus mâle, plus variée que dans les autres vallons, soit que l’on considère sur le flanc des monts environnants tous ces granits couverts de losanges, et dont les côtés saillants ressemblent à des vertèbres, tous ces schistes, comme sur la montagne de Pragnères. roulés en spirale et tellement modifiés qu’ils rappellent l’idée de ces monuments égyptiens couverts d’hiéroglvphes, soit enfin qu’on élève ses regards jusqu’aux pointes des pics, ou qu’on les abaisse au fond du gave qui bouillonne et frémit sous les pieds, vous y verriez encore et la roche granitique encaissée entre des pierres de marbre grossier, et les eaux serpentant quelquefois à travers leurs substances en ondes
* Le village de Gavarnie tire son nom de ce torrent ou gave, l’un des plus redoutables des Pyrénées. On l’appelle gave béarnais, parce qu’il se jette dans l'Adour, à quelques lieues de Bayonne; on peut «lier è Gavarnie et en revenir le même jour. (6 lieues de poste ou St kil.)
irrégulières, et île vieilles montagnes, du haut en lias coupées en deux, offrdnt à diverses hauteurs des cavernes entrouvertes qui, par l'inliltration, recevaient jadis les eaux des lacs situés sur leurs cimes primitives.
De temps en temps la nature renaît ici au milieu de ses ruines. On y rencontre de grandes roches couronnées d’arbustes qui soutiennent une multitude de prairies, ou plutôt d’échantillons de prés. Ces pièces de gazon sont arrosées par des rigoles que l’on ouvre, que l’on ferme au moyen de quelques ardoises, travaux d’autant plus faciles que la nature du sol en fait presque tous les frais >.
Pour ne rien anticiper, suivons les scènes de ce drame intéressant : drame muet, il est vrai, maisqui, par les yeux, va jusqu’au fond de l’âme. Quoi de plus dramatique, en effet, que cette route de Gavarnie, où tout se lient de surprise en surprise, où les épisodes sont si bien liés au sujet principal, qu’on ne le perd jamais de vue? Il y a une différence entre les scènes purement pittoresques dont il s'agit et celles que nos grands maîtres exposent sur le théâtre; c’est que ceux-ci, dans leurs pièces attachantes, partent d’un point de la vie humaine, pour s’avancer vers un autre plus voisin de son terme ; tandis que ce que j’appelle le drame de Gavarnie, tel que nous allons le suivre remontant de l’effet à la cause, procède en sens contraire ; et c’est ce qui constitue la gradation de ses tableaux. Au lieu de partir de Saint - Sauveur, parlez de Gavarnie ; vous conviendrez que l’intérêt n’est plus le même.
Nous doublons le pas, impatients d’arriver au point le plus renommé de celte gorge. Le guide nous montrera l’emplacement de la maison du montagnard Cabanious, célébré par Dussault.
Entre l’emplacement de la maison de Cabanious et le passage de V Echelle, ainsi nommé à cause de la colline escarpée qui n’offrait autrefois pour y monter que des roches en forme d’échelons, est ce qu’on appelle Riou-Mau, ruisseau mauvais, parce qu’il ne cesse de dégrader la côte.
> M. Rxxiosn, page 271, fait observer qu'à ret égard l'industrie del'habitanl des Alpes suisses va bien plus loin que celle des montagnards des Pyrénées, qu’il sait élever les eaux dans ffes lieux où celui-ci n’a jamais imaginé qu’elles pussent parvenir.