S.-SAUVEUR. — PASSAGE UE L’ÉCHELLE
C’esl là que les habitants de Lu/, ont une carrière dont les bords sont recouverts de belles etllorcscences cobaltiques routes, bleues et violettes. Ils en tirent un marbre mélangé de noir et de gris, communément employé dans leurs bâtisses, surtout pour encadrer leurs fenêtres et leurs portes, ce qui est de goût sans être de luxe ; car le marbre, dans toutes ces vallées, est la sorte de [lierre la [dus facile à tailler. Vous y trouveriez encore des liions de nickel, espece de cobalt, substance métallique, que l’on croyait, il n’v a pas longtemps, étrangère à la France.
Continuant à suivre, sur un sentier étroit, la rive droite du gave, nous apercevons que de l’autre côté la chaîne parallèle des monts s’entr’ouvre tout à coup pour nous donner un spectacle dans lequel l’imagination peut se jouer à son gré. Toutes ces montagnes, si diversement modifiées, sont comme les nuages où l’on voit ce qu’on veut.
Dans celte contrée magique et celles qui lui ressemblent, il est bien diflicile que l'imagination, si souvent séduite par les apparences, ne s’y livre pas quelquefois. Des philosophes, des naturalistes ont de tout temps payé leur tribut à ces sortes d’illusions; et cela sans préjudice à leurs considérations habituelles.
Le passage de l’Echelle, autrefois si redoutable, n’était guère pratiqué que par les montagnards les plus hardis. La plupart ne le franchissaient pas impunément. On y voit encore les restes d’une petite tour qui, d’étage en étage, descendait jusqu’au fond de l’abîme. Elle avait été construite pour arrêter les incursions des miquelets : c’est pourquoi elle est appelée tantôt la redoute, tantôt la forteresse ou la porte d’Espagne. En 1708, des brigands dévastateurs, accourus d’Aragon, y furent arrêtés par un essaim de braves montagnards et précipités l’un après l’autre sur les roches du gave.
Entre plusieurs catastrophes arrivées ici, avant qu’on y eût pratiqué la corniche ou banquette dont je vais parler, on m’a dit, et je l’ai vérifié, qu’un jeune homme, voulant resserrer la sangle de son cheval, perdit l’équilibre et tomba de 230 à 260 mètres de hauteur sur les roches du gave. Le prieur de Gavarnie, curé de Luz, M. Cantonet, donna dans cette circonstance l’exemple d’un parfait dévouement. Il se prosterne au bord de l’abîme, invoque le ciel, saisit un câble
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([u'on lui présente en pâlissant, parvient jusqu'au malheureux jeune homme, consolé par sa présence, et qui mourut bientôt entre ses bras. On se souvient ici de cet acte d'humanité, mais on l’ignore ailleurs.
La mort de ce jeune montagnard rappela le souvenir des accidents antérieurs, en lit craindre de nouveaux. Les magistrats de la vallée de liaréges ordonnèrent donc qu’il serait construit, au passage en question, une longue corniche telle que l’on put, même à cheval, la pratiquer avec sécurité.
Ces travaux dignes des Romains, du moins par les obstacles qu’il fallut vaincre, ne pouvaient être exécutés que par les bras nerveux de ces bers montagnards, dont on ne connaît pas assez l’énergie et les vertus patriotiques. Il convient d’avertir que dans celte conjoncture ils tirent tout, et que le gouvernement ne se mêla de rien.
Pour réparer cet oubli, Dussault et Sainl-Amand gravèrent cette inscription :
Hommage rendu aux habitants de la vallée de Barèges par Saint-, \mand et en 1788 '.