Troisième vue, ponts de neige 5. Quatrième vue , monts
supérieurs. — C. Gcognosie.
/. Des approches de Gavarnie.
Après les deux chaos les yeux sont réjouis par des prairies et des vallons un peu plus cultivés, par des cabanes éparses de distance en distance. La chaîne des monts qui séparent la France de l'Espagne attire bientôt les regards.
Ou aperçoit dans le lointain le triple sommet du pic d 'Allunz, dont la sombre verdure s’assortit à merveille avec ses roches jaunissantes et rembrunies. Ce pic semble défier l’homme et les animaux les plus agiles de s'élever jusqu’aux pins implantés sur l’un de ses trois cônes. Cette montagne est sans contredit l’une des plus pittoresques que nous ayons encore vues.
Impatients d’arriver, nous marchons en silence, les yeux toujours fixés sur un cintre de montagnes dont les sommets perceut les nuages, de montagnes couvertes de neiges amoncelées par les siècles, et de glaciers électriques où se forment la foudre et les orages. Il semble que la nature ail posé pour dernières limites ces sommets éclairés d’un jour pur, et qui en marquent la hauteur; que voisins de l’abîme du néant, nous allons toucher l’un des pôles de l’univers. « Quiconque, dit M. Ramond, ne connaît pas les monts du pre-
mier ordre, ne saurait se former une idée de cette couleur dorée et transparente qui teint les plus hautes sommités de la terre. » (Page 70.) Un murmure harmonieux se fait entendre : c’est l’orchestre de Gavarnie. Dès lors, nous apercevons les torrents échappés de leurs sources voisines, et qui se réunissent dans de grands canaux de marbre, pour faire leur entrée dans le vallon.
Ce gave, avec toutes ses eaux descendues de l’amphithéâtre et rassemblées dans un même canal, forme, tant audessus qu’au-dessous du pont de Gavarnie, plusieurs des plus belles cascades que nous ayons remarquées dans le reste de son cours. La première surtout frappe d’étonnement.
L’abondance, l’agitatiôn et l’impétuosité de ce gave naissant méritent d'être considérées par ceux qui l’ont vu trois lieues plus bas, vers la lin de sa course, grossi par vingt torrents, couler si tranquillement au-dessous de Saint-Sauveur.
Avant de traverser le pont de Gavarnie, on cherche la cascade d’ Ossorme, qu’on a sous les yeux. Tantôt elle forme dans sa course prolongée huit à dix ressauts très-distincts, tantôt on n’en compte pas plus de deux.
Son lit fangeux ne montre plus, par intervalle, qu’un reste d’eaux courantes sans forme, sans reflets, ün ne doit pas, à cet égard, se hâter de contredire les récits de ceux qui, prenant la nature sur le fait, déclarent franchement ce qu’ils ont observé dans ces montagnes sujettes à tant de i vicissitudes. Que de changements, en effet, et que de catastrophes dans quelques jours, dans quelques semaines! En moins de quelques années, souvent des vallons sont comblés, des torrents ont disparu, d’autres se sont frayé de nouvelles routes.
Un étranger, frappé de ce que l’on appelle l’amphithéâtre de Gavarnie, imagina d’v retourner accompagné d’habiles dessinateurs. Ils déclarèrent qu’il ne leur était pas possible d’exécuter ce grand sujet dans un même tableau, tant à cause • des espaces cachés dans l’ombre, que des principaux objets totalement absorbés par des masses rentrantes'. Que faire? I
1 « Si l'aspect magnifique el la beauté sauvage (le celte enceinte | sont difficiles à représenter, la structure n’en est pas moins facile I à saisir; et dans re lieu qui semble fait pour le tourment du 4
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Ils le divisent, ce sujet, en plusieurs cadres subordonnés ; de manière que l’on puisse, en les rapprochant l’un de l’autre, se former une idée de l'ensemble et des rapports. J’en userai de même.
2 . première vue de V amphithéâtre. — De V emplacement des anciens lacs.
Après avoir traversé le pont de Gavarnie et le village, d’où l’on ne voit rien, on passe entre deux môles d’où I on voit tout. Mylord Bute s’écria, lorsqu'il vint ici pour la première fois: « La grande, la belle chose! Si j’étais encore au fond de l’Inde, et que je soupçonnasse l’existence de ce que je vois en ce moment, je partirais sur-le-champ pour en jouir et l’admirer. » Quant aux voyageurs, dans cette circonstance, comme sur le pic du Midi, leurs yeux, sans égard aux intermédiaires, se portent d’eux-inémes jusqu’au fond de la gorge terminée par l’amphithéâtre qu’il s’agit de faire connaître.
Ce monument de la seule nature, et tel que tous les cirques des Romains réunis aux pyramides d’Egypte n’en formeraient que les moindres accessoires, est surmonté par ce qu’on appel le la pointe ou le château de M arboré- < On ne
fteul se dissimuler que le Marboré parait faire exception à a plupart des règles qui m’ont semblé pouvoir être établies sur la composition des montagnes, etc. Ce Marboré, étranger à tout, semble être un ouvrage à part : on croirait que les Pyrénées étaient achevées lorsqu’il fut fait. » Rien ne ressemble plus, tantôt à de véritables édifices, tantôt à des ruines antiques. L’illusion est telle, qu’on a souvent besoin de lunette pour s’assurer que ce ne sont que de simples rochers entassés sur ce monl Blanc des Pyrénées, où ils ressemblent quelquefois à de gros nuages. Jusque-là. on s’est figuré des remparts, des terrasses, des parterres, il est vrai couverts de neige, un superbe kiosque, en un mot, tout ce qui u'appartieul qu'aux demeures les plus fastueuses. Quant à la tour environnée de ruines, ce sonl-la, se dit-on, les
peintre, elle se découvre sans peine aux yeux de l’observateur et de ('historien. » ( Mémoire lu d l’ Académie des sciences de [‘uns, en 1 788, par Henri Rrboul, poRe29.)
restes rlu vieux château. Mais quel est le maître de ce domaine aérien ?
Nous ne sommes encore que sur le bord de l’avant-cour qui précède l'amphithéâtre, auquel nous ne pouvons pas arriver en moins d une heure. Il n’est donc pas possible de distinguer les objets avec précision. A mesure que nous avancerons, nous verrons les surfaces, qui semblent aplanies, s'enfoncer, les masses se détacher, ainsi que les terrasses; en un mot, tout s’agrandir comme par enchantement, et prendre de la couleur, du relief.
On ne tarde point à reconnaître, dans les bas-fonds qui séparent l’amphithéâtre, les bassins ruinés de trois anciens lacs contigus. Le nombre de ces anciens lacs abandonnés et perdus n’est guère au-dessous de celui des lacs encore existants. Les naturels du pays ont appris eux-mêmes à distinguer ces monuments naturels; ils en ont saisi la structure, laquelle ressemble à celle d’un bassin évasé et coupé dans ses parois d’une ou plusieurs entailles profondes, et les ont tous désignés par le mot ouïe, qui dérive du latin oUa, et signifie chez eux marmite, etc.
Quoiqu’il n’y ail plus ici de lacs, les eaux qui remplissaient les espaces, arides maintenant, subsistent toujours, et forment des torrents.
On marche droit à l’amphithéâtre, qui semble reculer à mesure qu’on avance.
Laissant A gauche une montagne à qui les pins dont elle est couverte donnent un aspect ténébreux, on parvient à pied, et montant toujours, jusque sur les restes de la digue ou culée qui fermait ie lac supérieur. C’est de là que, considérant à l’aise les dimensions de l’amphithéâtre, on sent enlin combien il faut se défier des illusions de l’optique. Pour bien juger en pareil cas, ce n’est pas le tout de regarder, il faut apprendre à voir.
Situe ù’*>boril entre deux môles voisins de Gavarnie, il avait semble , nu premier coup d’eeil, que nous touchions pour ainsi dire au fond de la gorp» , tandis que nous n’y i sommes parvenus qu’après une longue marche. 11 nous avait I encore semblé que l'amphithéâtre et son enceinte à tantl d’étages ne consistait que dans un grand mur vertical, d’une j surface égale. Rien ne pouvait persuader le contraire.
Mais, arrivé sur la digue, on convient (pie le diamètre de|
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la convexité de ces grandes murailles et de toutes ces roches si pittoresques, peut Lien avoir 1,000 à 4,200 mètres.
Le trajet pour aller aux ponts de neige démontre que la mesure indiquée est plus faible que forte. Ainsi, l'intérieur de l’amphithéâtre ne saurait avoir moins de 3,600 mètres de circonférence.
On sent que ce premier aspect ne peut guère de loin offrir que des apparences. Voyons maintenant ce qu’on remarque de plus frappant dans cette espète de golfe, non moins orageux quelquefois que ceux de l'Océan.