Géognosie
Les vallées correspondantes à la vallée d’Aure sur le versant méridional des Pyrénées sont la vallée de Gistau ou Gistain , et celle de Jiielsa ou de la Cinca. Le terrain de transition s’étend aussi dans la partie supérieure de ces deux vallées; mais il est peu répandu dans l’une et dans l’autre; car, près de la naissance des deux vallées, il est en grande partie détruit, ne présentant pour ainsi dire que de grands lambeaux qui recouvrent le granit; de là, plus au sud et vers la partie moyeune de ces vallées, il se cache sous les énormes dépèts de roches secondaires qui, à l’ouest de Bielsa, au fond de la petite vallée de Pinède, forment le Mont-Perdu et le faîte même de la chaîne centrale.
A l’ouest de la partie supérieure de la vallée d’Aure , la bande méridionale du terrain de transition passe par les petites vallées de Iléus et d 'Estaubé, dans la grande vallée de Baréyes.
Un schiste argileux , très-souvent carburé, et une grauwacke schisteuse, alternant avec des couches fort épaisses
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et calcaires, constitue toute la partie supérieure des liantes montagnes qui bordent la vallée de Iléus, telles que les tours d' Aiguillon , la montagne de Troumouse, connue des Espagnol» sous le nom de Piedra-Mula : ces roches forment également le port de la ('unau, le mont Héraut ou pic tïAgudrs, etc. La partie inférieure de ces montagnes et le sol de la vallée sont de granit.
Le chaînon qui sépare la v allée de Héas de celle d'Estaubt ; est formé des mêmes roches intermédiaires qui en traversant ce vallon s’appuient sur la pente orientale du Coumélie el du Pimenée, qui s’élèvent entre ce vallon et la partie supérieure de la vallée de Haréges. Le fond de la vallée d'Estaubé est formée de roches secondaires proprement dites (calcaire alpin). Ces roches reposent sur le terrain de transition, et la ligne «le superposition des deux terrains passe par deux points situés, l'un entre le port Vieux et le port de Pinède, el l’autre entre la brèche d'Allan z et le pic d'Astazon.
Dans la vallée de Burèges, dont les vallons de Iléus et d'Eslaubé ne sont que des ramifications, le terrain de transition île la bande méridionale n’offre pas une grande étendue. On l’observe dans le sens de son épaisseur, depuis le monticule dit la Sarra-dtt-Ven, au-dessous de Gidre, jusque presque à l’entrée du Cirque ou Ouïe de Gavarnie.
A Gèdre, le calcaire de transition se trouve dans le bas de la vallee; mais depuis ce village jusqu'à peu de distance au-delà du lac de Gavarnie, les rochers intermédiaires ne se rencontrent qu’à une certaine élévation au-dessous du gave : l’excavation de la vallée a mis à découvert le granit qui fait partie du massif granitique du Pimenée et celui d' Estants, au fond de la gorge sauvage de Latour. Ce n’est qu’à peu de distance au sud de Gavarnie que ces roches redescendent dans le sol de la vallée, mais pour se soustraire bientôt aux recherches de l’observateur, en se plongeant sous l’immense dépôt de-calcaire alpin du Marboré.
A l’ouest de la région supérieure de la vallée de Haréges. les rochers intermédiaires constituent en grande partie les montagnes de la petite vallée d’Ossouè et toutes celles du vallon d' Espessieres, el de celui de Pœgespé, d’oit elles s’élèvent jusqu’au faite de la chaîne centrale, et s’étendent sur le versant méridional. Elles forment le faîte de la chaîne centrale depuis le port de Gavarnie ou de lioucharo, jusqu’au- PvnésÉF.s. 23
delà du pic Blanc, et recouvrent même en partie l’énorme
massif granitique de Yiqnemale.
Les rochers intermédiaires de ces contrées sont principalement un calcaire gris cl compacte, tantôt blanc et grenu, à très-petits grains contenant peu de corps marins, tels que des bélemnites , des madrépores et des entroquea; un schiste argileux fréquemment carburé; la grauwaeke commune à très-petits fragments, et la grauwaeke schisteuse renfermant des empreintes végétales.
Je n’ose pas aflirmer que la bande méridionale s’étende dans la vallée de Cauterets et dans celle d Azun, parce que je n’ai pas remonté ces deux vallées jusqu’à leur naissance, auprès du faite de la chaîne centrale. Les roches intermédiaires que j’ai reconnues dans la partie inférieure de ces deux vallées appartiennent à la bande septentrionale, comme nous l'avons dit plus haut. Cependant j’ai tout lieu de présumer que la bande méridionale constitue des montagnes au fond de la vallée d’ Azun ; car M. Palassou a observé du marbre gris au sud du granit du lac de Suyen, et j’ai trouvé au tond de la vallée d'Ossau des roches intermédiaires qui ne peuvent être que le prolongement occidental de celles de la vallée d’Azun, et qui, par conséquent, feraient partie de la bande méridionale. En effet, le calcaire qui constitue en grande partie les montagnes du faîte de la chaîne centrale, à peu de distance au sud de la majestueuse pyramide granitique dite le pie dn Midi d’Ossau, est de transition, et présente la plus grande analogie avec le calcaire des rochers qui dominent au nord-ouest l’extrémité supérieure du vallon des Espessièies près de Gavarnie. J’ai même observé dans la montagne de schiste carburé et de calcaire argileux qui s’élève au pied de ce superbe pic, entre la plaine d’Aneou et le vallon de Potable, de la grauwaeke à très-petits fragments, et de la grauwaeke schisteuse contenant des empreintes végétales absolument semblables à celles que l’on trouve en remontant le vallon du Pœyespé pour aller au port de Gavarnie.
La (orme et l’aspect des montagnes du terrain de transition varient selon la nature de la roche qui les compose ou qui y domine, et selon leur position par rapport à la chaîne centrale.
Les montagnes formées principalement de schistes argileux et de grauwaeke schisteuse présentent ordinairement
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une forme allongée, des sommités arrondies, des pentes douces, uniformes et recouvertes de terre végétale, qui, si les circonstances sont favorables, offrent une végétation vigoureuse. Les montagnes de la vallée d' O ueil , celles des environs du port de Peqresourde dans la vallée de Larboust, et de Suinte- Marie, dans la vallée de Campan, etc., présentent celle disposition d’une manière très-marquée.
Mais lorsque ces montagnes sont fort élevées, et qu’elles font partie des hautes régions rapprochées du faîte des Pvrénées, leur aspect est bien différent. Leur sommité est alors une arête tranchante et hérissée de pics et de rochers nus; leurs pentes sont rapides, pelées, sillonnées par de profonds ravins, et coupées par des escarpements ; le pied de ces montagnes et les talus qui séparent les escarpements sont jonchés de débris. En général, les montagnes schisteuses de la haute région des Pyrénées présentent un aspect de décrépitude et de dégradation remarquables, dont la cause principale doit être attribuée aux pyrites qui se trouvent disséminées dans ces sortes de roches, substance qui, par la facilité avec laquelle elle se décompose, bâte singulièrement la destruction des roches dans lesquelles elle se trouve. On observe ce phénomène dans toutes les parties des Pyrénées dans lesquelles le schiste argileux constitue de hautes montagnes. Je citerai pour exemple les environs du port d'Ostou, du port de H masque, du port de Cambiel, entre la vallée de Jiaréges et celle A'Aure, etc.
Les montagnes calcaires de transition présentent ordinairement de grandes masses de formes très-variées. Leurs pentes sont rarement uniformes ; elles sont communément interrompues par quelques escarpements, qui cependant ne; sont pas aussi grands ni aussi réguliers que ceux des montagnes calcaires secondaires.
On ne remarque pas non plus dans les montagnes calcaires de transition celle stérilité extraordinaire qui caractérise les montagnes formées par le calcaire primitif. Partout où la déclivité du sol ne porte pas obstacle à la formation et à la conservation de l'Aumus, et où les inlluences météoriques ne sont pas contraires îi la végétation, ces montagnes sont embellies par une végétation vigoureuse. La cause de ce phénomène est due à la qualité du terreau résultant de la décomposition de la roche.
Le calcaire de transition, contenant dans les Pyrénées beaucoup plus de parties argileuses et silicieuses et de carbone libre que le calcaire primitif, doit produire un humus très-propre à nourrir des végétaux.
(M. Charpentier, Essai sur la constitution géognoslique des Pyrénées.)