BAINS
La réputation des eaux de Bagnères est fort ancienne.
« Se baigner, dit Montaigne, est salubre chez tous les « peuples, et encore que n'y aie aperçu aucun ellel exira- « ordinaire, miraculeux, ainsi que in’en informant un peu « plus curieusement que ne se fait, j’ai trouvé mal fondés « et faux tous les bruits de telles opérations qui se sèment « en ces lieux-là, et qui s’y croient, comme le monde va se « piquant aisément de ce qu’il désire. Qui n’y apporte d'al- « légresse pour pouvoir jouir des compagnies qui s’y trouvent » et des promenades et des exeicices à quoi nous convie la « beauté des lieux où sont communément assises ces eaux, • il perd la meilleure pièce et la plus assurée de leur effet.
“ A celte cause, j’ai choisi jusqu’à celte heure à m’arrêter « et me servir de celles où il y avait plus d’aménité de lieu,
« commodité de logis, de vivres, de compagnies, comme « sont les bains de Bagnères. »
Ecoutons le poète.
Là, parait le guerrier blessé dans les combats Par de longues douleurs racheté du trépas;
II trempe un bras débile en une eau secourable.
Non comme dans le Styx pour être invulnérable.
Mais pour courir encore où le péril l’attend.
Je vois auprès de lui Lise se lamentant :
Rose décolorée et qui vient, languissante.
Refleurir dans le sein de cette eau bienfaisante ;
Un liypocondre Anglais de son spleen consumé.
Un livide Espagnol par la bile enflammé.
Le chanoine amaigri, scandale du chapitre,
Les vaporeux titrés, les vaporeux sans titre.
Ne croyez pas pourtant que la source des bains Ne prodigue ses flots qu à d’infirmes humains ;
Toujours le plus plaintif n’est pas le plus malade.
Il est des maux d’emprunt, des langueurs de parade ;
Un peuple féminin queSénac, fatigué,
Exprès pour s’en défaire, aux bains a relégué.
D'autres vont d'habitude à cette eau salutaire Humecter tous les ans leur chef visionnaire ;
Plus d’un oisif y vient pour guérir son ennui,
Sans songer au secret a'en préserver autrui.
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Toutefois. au milieu de ces fous aquatiques.
Sont esprits amusants, charmantes lunatiques Qui. malades par air. fanes pour le plaisir.
Se départent souvent du projet de languir, l'n nouveau Céladon a sain sa bergère ;
Céliante. alléguant un mal anniversaire.
Et pour fuir par semestre un importun mari.
Dans l'onde, autre S.rynx, a cherché ce» abri.
C'est souvent l'amitié, sensible avec courage.
Qui sert le cacochyme et se met du voyage.
LA. par vanité même, on se croit tous t
Tout est comte ou baron ' le bourgeois Je la vei.le Sent de ces noms flatteurs chatouiller son oreille^ Mais les mêmes secours qu'ensemble on a cherchés. Sont les plus doux liens des esprits rapproché':
On s unit aussitôt et sans préliminaires :
Le besoin rend égaux : les' infirmes sont frères. L'aimable Liberté, vers ces antres pierreux.
Sous des habits flottants se prom ue avec eux ; L'Espérance v parait d’un atr encore timide.
Et c'est là qu'Esculape est sans b arhe et sacs ride.
Lîititai.
Vn«liliTt des I— «tel- — Wp< «* pwfriti».
« Les eaux minérales de Bagnéres- Adoor agissent, dit M. Alibert. comme les eanx thermales salines, en excitant dans rée uomie animale des bk ivemeots qui deviennent , .lutair-mect perturbateurs, en imprim nt une marche a gué à des affrdioD' qui se perpétuent au détriment des individus qui eu sont atteints. Je 1rs conseille surtout ^ux bypoew»d risques , aux personnes qui seraient travaillées par nue mélancolie su eide. Cest la que doivent se guérir toutes ces maladies ventrales, toutes ces irrégularités dans les fonctions des entrail'es qui attaquent si v-uvent les gens de lettres, les jurisconsultes et tous les hommes livres a des proies- ms sr-denlaires Ce-t là qu'il faut ent rer les femmes affaiblies i ar des conches rt-ltérées et par les s* ins laborieux du ménage, celtes qui s.. nt epuisees par des Oux immodérés. même p ar des peines morales Les guerriers peuvent pareille m eut sv rendre pour réparer d'anciennes blessures. Je ue saurais le répéter à mes élèves : il y a darrs ces eaux, comme
BACNÈRES-DE-BIGrORRU. — BA INS.— SOURCES. 479
dans beaucoup d’autres, des propriétés mystérieuses, des qualités occultes, qui, comme le savait Bordeu, échappent à nos moyens vulgaires d’investigation. C’est le cas de répéter ici ce que disait un ancien des eaux minérales : .Ircnno Dn miractUis pleim. »
BAINS THERMAUX.
Le grand Établissement. — « Cet édifice, dit M. Lenionnier, est dans toutes ses parties remarquable par son exquise propreté ; il renferme vingt-huit cabinets de bains, presque tous précédés d'un vestiaire et garnis de lambris et de baignoires en marbre. Le premier étage, consacré en entier à ( exploitation de la source de la Reine, et généralement réservé aux malades de la bonne société, excite surtout la curiosité des voyageurs. Les six cabinets placés dans le soubassement du pavillon de droite sont seuls dépourvus de vestiaires et de revêtements en marbre ; quatre cabinets de douche, une étuve fumigatoire, deux buvettes t alimentées par l’eau de la source de la Reine, complètent cet établissement.
« L’étuve fumigatoire, mal construite et mal placée, est tout h fait abandonnée ; de sorte que, dans une ville comme Bagnères, au milieu d’une population de baigneurs considérable, avec des sources d’une température plus que suffisante, avec la facilité la plus grande pour mettre à la portée des malades qui prendraient des bains de vapeur des filets d’une eau très-froide, qui coule au pied de l’établissement, on ne peut prendre ni douches, ni bains de vapeur.
« Placé* au pied du coteau d’où surgissent plusieurs sources dispersées dans les allées Bourbon, et appuyé sur les débris de quelques piscines romaines ignorées jusque dans ces derniers temps, et découvertes en faisant les premières fouilles de fondations , ce magnifique établissement est de>tiné à réunir dans un seul lieu plusieurs sources minérales. Séparé des maisons qui bordent la promenade des Salies par un espace libre de 70 pieds de large, l’air y circule facilement de toutes parts.
1 Une seulement est en activité.
* M tiANDF.RAX. Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicales de Bagnères-de-Tlignrre.
« Sa principale façade, située à l’esl, offre une étendue de 63 mètres (200 pieds environ de longueur, sur 9 mètres 70 centimètres (30 pieds) d’élévation au-dessus du rez-dechaussée, jusqu’à la corniche. Sans compter un étage souterrain construit sous l’une des ailes pour recueillir les eaux basses, il en est deux majestueux qui s’élèvent dans toute sa longueur et qui présentent un coup d’œil imposant.
« Toute cette partie de l’intérieur renferme des chauffoirs, une grande salle de réunion, un salon de lecture, un billard, enlin tous les accessoires nécessaires aux besoins ou à l’agrément d’un établissement aussi important. Un beau jardin embellit, sur le derrière, ce bel édifice.
< Un vestibule situé au centre, et dans lequel on arrive par un perron, sert d’entrée principale ; il occupe une surface d’environ <0 mètres carrés. Là, des chaises à porteur viennent déposer les malades, et les prendre à leur sortie du bain. Indépendamment de cette issue centrale . pour rendre la circulation plus facile, on en a ménagé deux autres à l’extrémité des Thermes. La première se trouve, d’un côté, au rez-de-chaussée, et la deuxième dans le soubassement. C'est au fond du vestibule que sont placées les deux buvettes. Entre les deux buvettes règne l’entrée d’un grand et bel escalier à double rampe, qui conduit, par une pente douce, au premier étage. C’est dans ce même lieu que viennent encore aboutir à droite et à gauche les deux corridors oit sont rangés les bains, les douches, etc.
« En face de la dernière marche du grand escalier, au premier étage , existe une vaste salle de réunion, et des deux cotés les corridors des bains correspondant à ceux du rez-de-chaussée. Chacun de ces derniers est terminé par un beau portique, qui donne sur une terrasse, et servant d’entrée, celui de droite à la salle de billard, celui de gauche à un cabinet de lecture. De ces terrasses, on peut passer dans le jardin, et de là se rendre dans diverses promenades, qu’on a eu soin de ménager sur la riante colline de Bellevue. C’est à l’extrémité méridionale que s'élève le temple protestant.
« Les eaux, descendant du coteau, sont conduites par des canaux fermés dans des réfrigérants, proche de l’établissement, d’oii elles sont distribuées dans les diverses baignoires, ou mélangées à volonté avec les eaux vierges, pour offrir aux malades les divers degrés de température convenable.