ETABLISSEMENT THERMAL
Bagnères-de-Luchon est sans contredit la localité thermale la plus considérable et la plus intéressante des Pyrénées, soit par la richesse et la variété de ses eaux, soit par les sites pittoresques qui l’entourent.
Le nouvel établissement des bains compose les thermes les plus importants de la France, et peut-être d’ailleurs. Le bâtiment thermal, construit sur les plans de MM. François et Chambert, est situé au pied de la montagne qui renferme les sources sulfureuses.
La description suivante est empruntée à MM. Chambert et François 1 : #
« Considérés dans leur ensemble, les thermes de Luchon comprennent : 1“ des galeries souterraines creusées dans la montagne, dont quelques-unes sont taillées dans le granit lui-même. Ces galeries ont servi à poursuivre presque toutes les sources supérieures jusqu’à leur sortie de la roche en place où elles ont été captées avec le plus grand soin; elles présentent un développement d’environ 890 mètres courants, les sources supérieures s’v trouvant disposées dans l’ordre suivant en allant du nord au sud : Richard tempérée, Richard
1 Extrait de l’ouvrage intitulé : Entai clinique sur l'action des eaux thermales sulfureuses de Bagnères-de-Luchon , dans le traitement des accidents consécutifs de la syphilis, parle docteur Marc-Pegot (de Saint-Martory), t vol. in-8. Toulouse, Gimel , éditeur; à Paris, cher i. B. Baillière, t8">4.
supérieure, Azémar, Reine Bayen, Grotte supérieure, Blanche, Enceinte, Ferras ancienne. Ferras nouvelle, Lachapelle, Bosquet, Sengez, Bordeu, Pré. Ces galeries ont, dans presque toute leur étendue, une hauteur suffisante pour qu’on puisse s’y promener debout. Elles ont été appropriées, dans une étendue d’environ 210 mètres, pour salles d’inhalation et étuves sèeties. A l’entrée de la galerie de la Heine, se trouve une salle de forme sêmi-circulaire, au milieu de laquelle est disposé un tambour muni d'ouvertures qui peuvent être fermées, soit partiellement, soit en totalité, à l'aide d’un registre mobile qui permet de répandre dans celle salle une quantité variable de vapeur sulfureuse. La température de l’air s’y élève jusqu’à 46° centigrades quand la vapeur d’eau minérale s'y répand librement. Une petite galerie latérale sert de vestiaire et peut au besoin être utilisée comme salle de repos. La galerie de l’Enceinte pourrait d’ailleurs fournir au besoin une salle de repos d’autant plus convenable que, sa température étant moins élevée que celle de la salle d’étuve, les malades éprouveraient, en sortant des galeries, une transition moins brusque et par conséquent moins dangereuse que s’ils fussent sortis directement.
2U Quatorze buvettes, situées entre les galeries souterraines et leurs réservoirs, sur un plaiu-pied de 500 mètres de développement qui peut servir de promenade aux bu-
veurs.
Ces buvettes sont entretenues par las sources suivantes :
Richard supérieure, Richard tempérée. Reine, Grotte supérieure, Blanche, Enceinte, Ferras ancienne. Ferras nouvelle,
Etigny n» 1, Sengez n» 4, Bordeu n° 1, Pré n® I, Pré n* 2,
Source ferrugineuse. H
L’eau de certaines buvettes (Pré n° 4) est refroidie par serpenlinage, et peut être bue sans mélange d’eau froide.
3° Dix-neuf réservoirs, dont quelques-uns (celui de la Reine pour bains) communiqueront avec des gazomètres à air désoxygéné ; ce qui permettra de conserver l’eau dans
ses réservoirs aussi bien que si elle était enfermée dans des bouteilles pleines et parfaitement bouchées.
Le bâtiment thermal comprend
1° Une vaste salle de pas-perdus communiquant par deux belles galeries transversales avec toutes les parties des thermes ; elle se termine par un grand escalier central qui
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conduit aux salles d’inlialaiion, aux buvettes supérieures, aux réservoirs et aux étuves souterraines.
-2» Sept salles de bains qui constituent autant de pavillons isolés. Parmi ces salles, les unes ont leur voûte très-élevée, ce qui amoindrit considérablement l’altération de l’air par les vapeurs sulfureuses; les autres ont des voûtes plus basses et en quelque sorte déprimées, ce qui favorise l’élévation de la température et l’action de l’acide sulfhydrique sur les malades.
Dans les salles à voûte élevée, il en est qui contiennent des cabinets de bains dépourvus de voûtes et recouverts par de simples tentures en coutil ; d’autres ont des voûtes partielles ; d'autres, enfin, des voûtes complètes.
Dans les salles îi voûte déprimée se trouvent des cabinets de bains à voûte surbaissée, fort analogues à ceux de lîaréges.
Les eaux sont divisées dans ces salles, de telle sorte que chacune d’elles puisse, suivant que l’exigent la saison, l’état du ciel ou les indications médicales, être prise avec ou sans buée de vapeur, et dans une atmosphère dont la richesse en principes sulfureux est réglée, pour ainsi dire, b volonté.
Les salles et les cabinets sont pourvus de moyens d’aérage disposés de telle manière, qu’il n’est pas possible que les baigneurs éprouvent des variations de température trop brusques 1 .
Les salles tt»s 1 et 2 reçoivent, d’une part, les sources du Pré, de Bord eu et du Rosquet ; d’autre part, celles de Ferras et d’Etigny. La salle n« I a des cabinets à voûtes pleines et à voûtes partielles ; ceux de la salle n" 2 sont recouverts par des tentures en coutil.
Au centre, et symétriquement par rapport à l’axe des thermes, sont groupées les salles n»s 3, 4,5 et 6, desservies par les sources de la Reine, la Grotte inférieure, la Blanche et Azémar. Chacune de ces salles a un caractère particulier et une destination spéciale; ainsi la salle n» 3 est à voûte
1 II résulte de la disposition des salles et des cabinets de bains, que les malades trouveront, en entrant dans l'établissement, un air dont la température et la richesse en principes sulfureux iront croissant jusque dans le cabinet des bains. Ce sera l’inverse à la sortie. Cette disposition, conforme aux données de la science, fait honneur à l’jrchilecte.
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déprimée fl il cabinets voùlés, ions pourvus de douches diverses de force moyenne, alimentées par la Reine, l.a salle n» i est à voûtes élevées avec des cabinets à voûte entière ou partielle. Les salles nfts ô et 6 sont alimentées par les sources de la Reine, de la Grotte inférieure et de la Blanche ; mais les deux premières y seront facultativement refroidies par serpentinage. La salle il» 5 est à voûte déprimée, et les cabinets y sont il voûte pleine, les appareils à douches y sont entretenus par la source A/.emaretla Froide. La salle u° 6 est à voûte élevée, et les cabinets y sont recouverts par une simple tenture en coutil. — La salle no 7 reçoit les eaux de Richard supérieure et de Richard inférieure n» 2.
Entin, une salle spéciale , alimentée par l’eau des sources Richard , sera disposée pour les dames et alimentée par les mêmes eaux que la précédente ; elle recevra , en outre , la source Richard inférieure n° I. Une salle particulière est destinée aux indigents.
Les baignoires, au nombre de 101, sont en marbre; toutes sont munies de douches locales mobiles, et de douches d’injection : 23 sont pourvues de douches ordinaires diverses.
Toutes ces baignoires reçoivent l'eau, à leur partie inférieure et latérale, par une bague filetée, qui permet d’v adapter facultativement des appareils à douches locales mobiles, comprenant toutes les douches locales diverses et les douches d’injection de toute sorte.
3° Cinq grandes douches (douche jumelle, douche écossaise, et douche de pression);
i° Trois piscines, de quinze places chacune ; l’une d’elles est destinée au service des indigents ;
5° Trois douches ascendantes fixes, facultativement sulfureuses ou émollientes;
Une douche locale fixe ou de lotion ;
7» Des étuves, bains et douches de vapeurs totaux ou partiels , deux bains russes , avec cabinets de repos , alimentés à volonté par des vapeurs sulfureuses ou par des vapeurs salines fournies par deux générateurs ;
8» Une piscine gymnastique et natatoire;
9° Sept buvettes inférieures, groupées le long du corridor des douches.
Les eaux sont dirigées du point d’émergence aux léser-
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voirs dans des tuyaux en porcelaine , pour les sources les plus rapprochées, et dans des caniveaux hermétiques en hois injecté, pour les plus éloignées. Depuis les réservoirs, jusqu'aux lieux d'emploi, les eaux sont conduites dans des tuyaux en bois injecté. Ces tuyaux ont l’avantage de conserver mieux que ceux de plomb la température du liquide minéral.
Toutes les baignoires admettant l’eau par la partie inférieure, on évite l’introduction d’une quantité notable d’air dans le bain, et on empêche la destruction rapide du sulfure.
Les grandes douches et les bains chauds avec douches fortes sont alimentés par les sources de la Grotte supérieure, de Bayen, de la Reine et d’Azémar.
La douche locale fixe reçoit les eaux d’Etigny.
Les douches ascendantes sont entretenues par les eaux d’Etigny de Ferras, et de Richard tempérées ; elles peuvent aussi être alimentées par des mélanges mucilagineux et émollients.
Les étuves souterraines sont échauffées par la portion des eaux de la Reine et de Bayen, destinées aux douches. Les étuves inférieures reçoivent au passage les trop-pleins des buvettes et sources inférieures, ainsi que ceux des réservoirs, chauds, qui, de là , se rendent aux réservoirs des piscines. Elles seront d’ailleurs munies d’appareils qui permettront d’y développer à volonté des vapeurs sulfureuses.
La piscine de natation sera alimentée, à l’avant et l'arrière de la saison, par les eaux des sources de Richard, de la Reine et de la Froide. Pendant la saison, elle recevra la Froide qui , comme on le sait , est une eau saline que l’on entretiendra à une température convenable par des jets de vapeur fournis par un générateur placé sous le grand escalier de la salle des Pas-Perdus.
Telles sont; en abrégé, les ressources balnéaires dont on peut disposer à Bagnères-de-Luclion. Passons maintenant à l’examen des propriétés physiques et chimiques des eaux de celle localité.
Les sources minérales que possède la commune de Bagnères-de-Luchon sont fort nombreuses 1 ; on peut les diviser comme il suit :
Voir le tableau p ütit.
1» Eaux sulfureuses ;
2» Eaux salines (sulfureuses dégénérées) ;
3» Eaux ferrugineuses.
Les sources sulfureuses sonl actuellement au nombre de 38, dont 22 ont été découvertes par M. François , depuis 1848. Ces 38 sources constituent la série d’eaux sulfureuses la plus belle et la plus complète qui soit connue; la richesse de certaines sources est telle qu’aucune autre localité des Pyrénées ne peut être comparée, sous ce rapport, à Bagnères-de- Luchon. Le débit de l’ensemble des sources s’élève à environ 416 mille litres en 24 heures à l’étiage, et à 472 mille litres lors des grandes infiltrations.
C'est à M. Jules François, ingénieur en chef des mines, que l’on doit déjà les magnifiques travaux de Vichy, Ussat, et des principaux établissements thermaux de France. Les travaux exécutés à Ludion sous la direction de M. Chambert sont le fruit des profondes éludes de ce savant architecte dans les établissements analogues de France et d’Allemagne.
Cet établissement fera honneur à l’administration qui en a ordonné la construction, et aux savants qui en ont dirigé les travaux. Le chiffre rigoureux du premier devis se monte à 600,000 fr. ; mais il est probable que les frais définitif* dépasseront 800,000 fr. ».
« Aucun établissement en France , et sans doute en Europe, ne présente, dit M. Lemontiier, un système d’aménagement de source plus complet, plus simple et plus avantageux que celui de Luchon. C’est avec admiration que l’on suit dans leurs détails les magnifiques travaux effectués sous la direction de Mi François, ingénieur des mines des départements de l'Aude et des Pyrénées-Orientales. Pour en sentir toute la valeur, on n'a qu’a comparer ce qui avait été fait avant lui, l’état précaire dans lequel l’existence même des sources se trouvait placée , et les richesses nouvelles en volume d’eau et en température que ce jeune savant a procurées depuis à la localité.
« Les eaux sulfureuses de Luchon sonl plus riches que toutes autres, en minéralisation et en lhermalité. En effet,
' Il est juste de signaler à la reconnaissance publique M. Soulérat, ancien maire de Bagnères, M. Tron , maire actuel de cette ville et l’administration municipale.
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tout contribue ici à porter à leur plus haut degré l’activité des eaux; tout s’y réunit, élévation de température et richesse sans égale eu principes sulfureux, pour déterminer des crises puissantes par les sueurs; des dérivations énergiques sur le système cutané, pour ranimer la vitalité languissante de la peau, enrayée par le vice slrumeux ; rappeler au dehors des affections syphilitiques, psoriques ou dartreuses, répercutées ou originellement inoculées, et surexcitant des organes intérieurs; pour combattre des rhumatismes, des névralgies, des raideurs des muscles, suite de refroidissements longtemps prolongés; enfin, pour débarrasser certaines organisations de la présence du mercure, dont un traitement imprudent les a saturées. »
L eau de toutes les sources est incolore et limpide, excepté celle dite La Blanche, qui est louche; elles exhalent une odeur prononcée d’œufs couvés; leur saveur est franchement hépatique, leur densité est un peu plus forte que celle de l’eau distillée.
On remarque un lait très-intéressant aux sources : c’est la sublimation du soufre en assez grande abondance sous la forme connue des chimistes sous le nom de fleur de soufre. Ce n’est que sur les parois de la Grotte-Supérieure de la Reine que se présente ce soufre.
L’eau de Luchon contient du sulfure de sodium, du carbonate de soude, un peu d’acide sulfurique combiné, soit avec la soude, soit avec la chaux, enfin des traces d’acide muriatique et de silice.
Les eaux de Luchnn sont employées dans le traitement des paralysies, des rhumatismes et des maladies cutanées. On sait que ces maladies se présentent sous une infinité de formes, et qu’il faut les avoir souvent vues pour les bien caractériser.
On emploie les eaux de Luchon en bains, en douches, en boisson.
La saison commence le 15 mai et finit le 15 octobre.
Les sources appartiennent à la commune ; elles sont affermées 41,500 fr. par an, outre des charges s’élevant à une somme assez considérable , qui sont à la charge du fermier.