COURSES
lre Course. — La Sauuere-
(Petite promenade, 30 à 50 min., aller et retour.)
Cette promenade est très-silencieuse : on est renfermé entre les montagnes de Cazaril et de Super-Bagnères, et encore caché sous le dôme des svcomores ; c’est l’allée des Soupirs.
Le double rang de sorbiers des oiseaux, aux belles grappes louges, vous accompagne jusqu’au pont des Soupirs. Traversez le pont, suivez encore la roule quelques instants jusqu au premier tournant ; c’est là le plateau de la Saunère. Tournez-vous vers Luchon et jouissez du beau coup d’œil que procure cette position élevée.
2e Course. — Chapelle St-Aventin, par la Saunère.
(Promenade après déjeuner, à pied, à cheval, en voiture. — 2 h., aller et retour, au pas de marche; 4 h. au pas de promenade.)
On rencontre un premier pont, que l’on nomme dans le
1 Bains et Courses de Luchon, vrai guide pour les courses cl les promenades, 1 vol. in-18. Paris et Pou, 1842.
rvnKNÉEs. gg
pays le* premier pont de Pouls ; un peu plus loin le second ponl de Pouls, el alors on découvre au haut de la montagne à droite la lour carrée de Saint-Avenlin dite Castel Blancal (château blanchi) ; çlle se montre déchirée d’un côté à sa hase, el il ne reste plus rien du revêtement de chaux auquel elle dut sans doute le nom qu’elle a conservé.
Après le ponton voit bientôt sur la route la petite chapelle de Saint-Aventin, dont la légende miraculeuse est fort curieuse.
3° Course. — Lac d'Oo.
(Petite course de vallée, à cheval ou à pied; G à 8 h. pour aller, le retour et la station du lac.)
Choisir pour celte course un temps couvert, mais sans brouillard ; se munir d’une chaussure forte et imperméable pour traverser les llaques d’eau et les roches entassées au pied de la cascade. Partir à 8 h. du matin el emporter des provisions pour déjeuner au bord du lac. — Le fermier du lac vous offrira des provisions, surtout des truites du lac, mais à un prix fort élevé. — Ledit fermier réclame 25 centimes pour chaque visiteur el chaque cheval. — On lera bien de prendre un guide, mais on peut s’en passer, la rouie n'offrant aucun danger.
Après la chapelle, on gravit une côte assez rude qui conduit au village de Saint-Aventin , dont le clocher est d’une certaine élégance.
L'église renferme deux bas-reliefs consacrés à la découverte du corps de Saint-Aventin, el deux autels votifs au dieu Abelion (le soleil des Gaulois) incrustés dans les murs du cimetière.
Casaux n’offre rien de remarquable.
Au lieu de tourner à gauche lorsque vous n’êtes qu’à vingt pas de Ca/.aux, suivez la roule de lîigorre ; elle vous conduit à l’église, dont les murs el la voûte sont couverts d’anciennes peintures aussi ridicules que curieuses. Ce sont les grands traits de l’Ecriture sainte , mais chargés au delà de toute expression . Il est regrettable qu’un des desservants de cette église ail fait badigeonner une partie considérable de ces peintures.
De Cazaux au village d’Oo, tout le pays est couvert de
gros blocs arrondis, entassés, et tout à fait étrangers aux montagnes environnantes.
L’église offre quelques caractères de haute antiquité d’assez bon style ; la tour carrée qui précède le village fut autrefois construite pour servir à des signaux.
I)’Oo l’on traverse ensuite le plan d' Aston, large vallée, mais profondément encaissée, d’un caractère assez uniforme' puis on arrive aux gorges d’Astos, où l’on reconnaît Remplacement d’un ancien lac.
Du plan d Astos au hic d Oo, belles cataractes, beaux précipices à voir ; nul danger à courir, le chemin est réparé chaque année.
Bientôt le bruit de la cascade se fait entendre et nous apercevons son sommet écumanl ; nous ne tardons pas à 1 apercevoir dans tonte sa beauté; au-dessous se déploie comme une nappe d azur le lac de Séculéjo ! Les eaux fie ce lac, la cascade sont encadrées dans un admirable tableau qui offre les contrastes les plus magnifiques et les plus saisissants.
Commandez le déjeuner, et pendant qu’il s’apprête, montez dans un bateau pour traverser le lac, et allez au pied même de la cascade en apprécier toutes les beautés. Cette traversée demande un quart d’heure.
D’après les expériences faites, en 1831, par M. Nérée Boubée, la profondeur du lac est de 75 mèt. ; la hauteur de la cascade est 310 mèt. environ.
Il faut 1/2 1k pour revenir â la cabane du fermier, et autant pour déjeuner, après quoi nous pouvons nous remettre en route pour Luchon.
4e Course. — L»cs Glaces, port d*Oo.
(Grande et pénible course de sommets, un tiers à cheval , deux tiers à pied, 16 à 18 h. aller et retour.)
Départ a 4 h. du matin , par un ciel pur et sans nuages. Les brouillards et les tourmentes sont à redouter. — Un guide est nécessaire, avec bâton ferré et espadrilles. — Emporter des provisions et du rhum.
Du lac d’Oo, où on laisse ordinairement son cheval, on monte au lac d'Fspingo en 1 et 1/2 h. Cette montée fatigante
n'offre rien d'intéressant. On peul abréger celle course en traversant le lac d’Oo et montant au lac d'Espingo par mi* petit sentier pratiqué entre la cascade des Elplugues et la grande cascade. — Le lac d’Espingo est entouré de beaux pâturages et nourrit d’excellentes truites
On atteint facilement les troisième et quatrième lacs par des montées rudes et très-fatigantes, puis on arrive au lac glacé (Z et 1/2 h. depuis Espingo). Ce lac est d'une grande beauté.
De ce point au port d’Oo, 43 min. Le chemin, moins raide , présente cependant île grandes difficultés et de véritables dangers, car il faut franchir des bancs de neige et de glace et des blocs de rochers. Celle source n’offre un véritable intérêt qu’au savant et surtout au géologue. — L)u port d'Oo, vue très-restreinte, on descend au lac glacé, d’où l’on peut aller au sixième lac glacé, le lac du Portillon, Pour y arriver, on passe par le pic du midi d'Oo, chemin difficile et dangereux.
Du sixième lac, la descente au lac d’Espingo est beaucoup plus facile et moins dangereuse que depuis le cinquième.
II faut dans tous les cas un bon guide. — Du lac d’Espingo à Luchon, 4 h.
5c Course. — Les Quinze Lacs.
(Voyage pédestre des plus pénibles et fort dangereux. — 2 ou 3 jours*)
Il faut choisir un temps magnifique, un ciel sans nuages. —Se munir d’espadrilles et de souliers de montagne, crampons, bâton ferré, de provisions pour trois jours, et surtout prendre un guide sûr.
De Luchon au lac d'Oo. 3 et 1/2 h.
Du lac d’Oo au port d’Oo, fi h.
Du port d’Oo aux trois gours blancs, 2 h.
Ces trois petits lacs, qui se louchent, sont situés au milieu d’un pays sauvage et désert.
Des trois gours blancs au lac de Poucliergues , 2 h. — Ce lac, d’une grande étefidue , est dominé par une cascade et des cimes glacées d’un aspect grandiose.
Du lac de Pouchergues au lac de Poufirguc , 3/4 d’heure. Du lac de Poufiraue au pic de Quurtau 1 et 1/2 h. —
Après avoir gravi le pic on redescend dans le val de Clarabide pour remonter au gour de Cazoas. Relie vue au sommet du pic.
Du pic de Quartau au gour de Cazoas, I et 1/2 h.— On couchera ici dans les cabanes habitées par des bergers espagnols qui accueillent le voyageur avec empressement.
Du gourde Cazoas à la porte i' Enfer. 1 h. Cette partie du chemin offre de grands dangers, et il convient de prendre beaucoup de précautions.
De la porte d’Enfer au lac du bout de la connu- deSchourliijas, 50 min. — On tourne à droite pour atteindre le bout de la coume de Néré. M. Boubée recommande de laisser à gauche les lacs et les cascades de Néré ; s’en rapprocher serait tout à la fois trop fatigant et trop périlleux.
Du lac de Schourtigas au col d’Esquierry , 3/4 d'heure. — Ici les dangers de la route ont cessé. Faites l’ascension de l’Esquierry; du sommet vous apercevrez les deux derniers lacs.
On revient à Luchon par le val d’Esquierry ou par le vallon de Gouaoux.
61’ Course. — Moraine de Garen.
(Grande promenade à pied, à cbeval ou en voiture, 3 h. au pas de marche, aller et retour, 5 à (i h. au pas de promenade.)
On passe par la Saunère, la chapelle Saint-Aventin et Cazaux.
DeCazaux on atteint en 1/4 d'heure le village de Garen, qui offre quelques vestiges d’antiquités.
La Moraine est à o min. du village. Voir en passant la chapelle de San-Tritous, construite, dit-on, par les Templiers, et qui renferme un autel votif consacré au dieu Abeiion. De l’une des éminences qui louche à la chapelle, on jouit d’une admirable vue.
La Moraine que nous allons fouler aux pieds forme, dit M. Boubée, « cette longue crête placée comme une muraille imprenable entre le bas terrain d’Oo et le haut plateau de Garen. Ce (pii frappe le plus d’abord , c’est la forme et la disposition de ce mamelon, comparable à une immense redoute qu'on aurait élevée en travers de la vallée pour faire face aux glaciers du port d’Oo et comme pour défendre la petite plaine de Garen contre tout ce que ces
oüi FVKLNÉES. — DOUTE 45.
glaciers pourraient lancer sur elles. D’un autre côté la structure et la composition minérale de ce mamelon ne sont pas moins remarquables. Nous voyons le sol entièrement composé de cailloux et de blocs roulés, dont les uns sont d’un volume et d’un poids énormes. Or ces blocs proviennent incontestablement des montagnes d’Oo, car elles seules possèdent ces diverses roches, et notamment ce granit gnésiteux porpliyroïde qui prédomine ici parmi ces blocs, comme il prédomine dans le massif de ces montagnes. Comment donc ces masses si volumineuses se trouvent-elles sur ce promontoire à plus de 1 ,000 mètres au-dessus du val d’Oo ? Comment s’y trouvent-elles rangées en muraille comme une barricade pour fermer la vallée ? Comment s’y en trouve-t-il de telles quantités amoncelées que le sol en soit entièrement formé jusqu’à une profondeur considérable ? Telles sont les trois circonstances essentielles qui, inexplicables de toute autre manière, démontrent précisément que tout ce plateau de Caren résidte d’une grande moraine antique. — Il faut convenir qu’à l’époque où les glaciers couvraient la plus grande partie de nos montagnes, tout le val d’Oo était rempli par un de ces vastes glaciers. La marche naturelle de ce glacier était du port d’Oo vers Garen, où il se trouvait arrêté et encaissé par les roches qui supportent le plateau de Garen. Cette barrière obligeait le glacier à faire un coude et à se diriger vers Luchon. 11 formait donc deux moraines principales, l’une sur les roches de Garden, l’autre à peu près vers Cazaux. De là cette accumulation de blocs entre Cazaux et Oo, et de là aussi l’origine de ces mamelons de Garen, mamelons ou ondulations que l'on retrouve dans le plus grand nombre de moraines et qui correspondent aux retraits et aux grandes poussées du glacier. »
7e Course. — Ciouaoui.
(Petite course de vallée, à pied ou à cheval, 5 à 6 h.)
Celte course est charmante et peu fatigante.
On va jusqu’à la moraine de Garen (roi/. la 6e course). — De la moraine à Gouaoux, 1/2 h., par un chemin en partie pratiqué dans la roche et suspendu à près de 500 mèt. au-dessus d’un précipice affreux, mais qui ne présente aucun
ISAGNEltKS-DE-LUCIION. — COURSES.
danger ; toutefois , il est plus prudent de descendre de cheval, ne fût-ce que pour éviter les vertiges.
Gouaoux est un charmant village situé a l’entrée d'une vallée subalpine de plus d’une lieue d’étendue et très-fertile, couverte de prairies, d’arbres fruitiers et de forêts.
8e Course. — Lacs, pics, Écho de tNéré (Grande course de sommets, achevai, 11 à 12 h.)
Il faut un guide. — Partir à o h. du matin au plus tard. — On dîne dans la montagne et on ne rentre à Luchon qu’à 10 h. du soir. — Choisir une belle journée, un ciel sans nuage ni vent.
De Luchon à Gouaoux, 2 et 1/4 h. #
De Gouaoux on arrive en I h. à l'ardoisière où l’on pourra déjeuner.
De l’ardoisière, située à la hase même du Monségut, il faut au moins I et 1/2 h. pour atteindre le sommet de la montagne. Les lianes du Monségut sont couverts jusqu’à la cime d’une pelouse lisse et dure, très-glissante, sur laquelle les chevaux de Luchon marchent d’un pas assuré.
l)u Monségut à VÉcho de Aéré, 1/2 h. de marche.
La route n’offre aucun danger, bien qu’elle soit, des deux côtés, bordée de précipices. — Des hauteurs de cette route on distingue deux petits lacs, l’un à droite, l’autre à gauche. L Echo est fort remarquable; il répète la voix humaine jusqu’à neuf fois, et le bruit d’une arme à feu pendant plus d’une minute, avec cette particularité qu’au lieu de s’affaiblir successivement, les répétitions de l’Écho deviennent au contraire de plus en plus fortes et distinctes.
Retour par les cabanes d'Esquierry, où l’on, pourra s’arrêter pour dîner ; puis par le pool Sainte-Catherine et 0o. — (i à 7 h. depuis l’Écho, y compris la halte pour le dîner.
1 Étymologie du mot Pyrénées. M. Nérép Boubée pense que ce mot vient des mots patois pics nérés (pics noirs), et par corruption Pyrénées, noms sous lesquels les habitants du pays désignaient d'une manière générale tous ces pics rangés en chaîne de l'une à I autre mer. Cette opinion nous semble très-rationnelle.
o«4 PYRÉNÉES. — ROUTE 2o.
9c Course. — Esquicrry.
(Grande course de vallée, 11 à 12 h.)
Celte source n’est guère faite que par les botanistes, qui ont surnommé cet endroit le jardin botanique des Pyrénées. M. Nérée Boubée donne dans son Guide de Ludion une liste fort intéressante des plantes que produit cette contrée, et qui se trouvent toutes dans son musée de Saint-Rertrand de Comminges.
On passe par Oo (2 h.), le val d’Astos , le pont Sainte- Catherine (1 b.), les cabanes d’Esquierry (I et 1/2 h. J, le col d’Esquierry et l’Écho de Néré (1 et 1 fi h.).
10c Course. — Super-Bagncres.
(Petite course de sommets, 6 à 8 b.)
Partir dans la matinée et par un beau temps. — On passe par Saint-Aventin, le ravin de Subaille et les granges de Gourou.
On déjeune ordinairement à la cabane de Super-Bagnères, mais au retour. — Du sommet, la vue s’étend sur plusieurs vallées, sur un grand nombre de villages et sur une quantité de pics et de montagnes, enfin , sur les plaines de Toulouse.
On peut "revenir par les cabanes et le val de Gourou.
Cette course laissera de longs et délicieux souvenirs au touriste qui l'aura faite par un beau temps.
Ile Course. — La tour de Castel Vieilli.
(Promenade après dîner, 2 à 3 li. aller et retour.)
12c Course. — Hospice de Ludion.
(Petite course de vallée, 1 à ô h., aller et retour. — Prendre un guide.)
On traverse une belle forêt de sapins. — L’hospice n’offre rien de curieux. — La route est fort pittoresque.
BAGNÊRES-DE-LLCHON— COURSES.
13e Course. — Port de Vénasque.
(Grande course de sommets, 10 à 12 h.)
Prendre un guide. — Partir à six lieures du matin. — Emporter des provisions. — Choisir un ciel pur et sans nuages.
Ou passe par la tour de Castel-Vieilh , l’hospice de Ludion, les cinq lacs ( i h. depuis Luchon). Ici, la rouie taillée en zigzags est fort pénible, et on fera bien de descende de cheval. — L’aspect des cinq lacs est d’un bel effet, devant lequel il faut s’arrêter dix minutes. — l ue marche de 1/2 b. conduit au port do Vénasque. Cette dernière partie de la route est la plus fatigante, mais aussi la plus belle, la plus pittoresque. Arrivé au port , on a devant soi la reine des Pyrénées , la sombre et majestueuse Maladetta et ses immenses glaciers.
Après avoir déjeuné, le retour peut s’effectuer par le port de la Picade , Riuset et ï Hospice. Celte roule , qui demande 6 à 7 h., est magnifique et présente des points de vue, des panoramas d’une beauté incomparable.
14e Course. — Hôpital de Vénasque.
(Grande course de sommets, 15 à 18 h.)
Cette course se confond avec la précédente, jusqu’au port seulement, d’où l’on descend, par une roule fort intéressante, à l’hôpital espagnol de Yénasque.
Deux jours sont nécessaires pour cette excursion.
18e Course. — Yénasque.
(Voyage à cheval, 2 jours; 3 jours si l’on revient par Vielle.)
Un guide. — Départ h l h. du matin. — Emporter des provisions pour déjeuner au port de Vénasque. — Choisir un beau jour. — Ne pas oublier son passe-port, qu’il faut avoir eu la précaution de faire viser pour l’Espagne.
Route. Du port de Vénasque on arrive en une heure et
586 PYRÉNÉES. — ROUTE ib.
quart au pied de la Pettna blanca par un chemin difficile, fatigant et taillé en zigzags. — Une marche de près d'une heure conduit à l'hôpital espagnol situé dans un bassin magnifique. On admire près de l'hôpital trois jolies cascades. — De l'hôpital à la cascade de Bamouyno, une heure environ. Cette belle cascade descend de la montagne de ce uom et forme une chute magnifique. — Viennent ensuite le pont des Bains ( trois quarts d'heure ) , la cascade de l'Eventail et les bains sulfureux de Yénasque, situés sur un rocher escarpé, et dont l'accès est difficile. — On traverse successivement les ponts de Malibierne et de Cubère (une heure trois quarts ) par une route des plus accidentées , parsemée de cascades, puis, une heure après, on atteint Yénasque.
11 est rare que le voyageur n'ait pas quelque chose à démêler à la frontière avec les carabiniers. Que votre passeport soit donc en règle comme si vous deviez faire un vovage en Espagne ; et ayez soin que le guide prenne, en arrivant, un passarant pour les chevaux.
Yénasque est une petite ville espagnole de 5 à 600 habitants; ses rues, mal alignées, sont sales, étroites et tortueuses. A défaut d’hôtel, on se loge dans des maisons particulières. M. Boubée recommande celle de M*' Ferras, sur la place de l’Eglise, comme la plus belle et la meilleure. Cette dame fait payer 8 à 10 fr. par jour ; son chocolat est délicieux. — L’égitse est petite , mais richement décorée, comme toutes les églises d’Espagne. Le châteaufort, dans une situation pittoresque , domine la ville et la vallée; il peut être visité avec une permission du gouverneur. L'argent de France perd ici au change 5 p. °/0 environ.
Le dimanche, à Yénasque, est fort curieux. D’une part, les belles cérémonies du culte et l’église splendidement ornée; d'autre part, les riches toilettes des dames vénasquaises et les dauses des gens du peuple. — 11 se fait à Yénasque un commerce considérable de mules. Le touriste curieux de rapporter comme souvenir un costume espagnol, peut s’en procurer ici un complet.
Le lendemain matin on se remet en route de bonne heure. On peut revenir par la vallée d’Aran. De Yénasque on atteint en cinq heures V hôpital espagnol , où l'on paye un droit de 2o centimes par cheval. On y déjeune.
liAGNfcKKS-DE-LUCiil )N.— LOI RSES. 587
On arrive à l'entrée du plan des Etangs, où le spectacle grandiose d'une nature en ruines et désolée attriste l'âme et frappe de stupeur ; le port de la Picade nous conduit en quatre heures et un quart, depuis l'hôpital, à l 'ermitage d’Artigue - Telline, où vous pouvez vous reposer et faire un second repas. L’ermite vous fera visiter sa chapelle et goûter son excellent lait.
Las Bordes, que l’on rencontre une heure et demie après, est un important village de la vallée d'Aran. — Nous arrivons à Vielle (2 h.).
Vielle possède un petit fort, une église et quelques auberges assez mauvaises. On y voit quelques jolies maisons et des restes autiques.
Nous recommandons une visite à l’Eglise de Belren , à vingt minutes de Vielle. La porte de cette église est fort curieuse.
On revient à Las Bordes et on rentre à Lucbon par Lnbourdette, le pas de la Barette et le Portillon , 6 à 7 h. depuis Vielle.
16e Course. — Vallée dn Lys.
(Petite course de vallée, 6 à 7 h.)
Cette vallée, l’une des plus délicieuses des Pyrénées, est parsemée de charmantes cascades qui l’animent et y entretiennent une fraîcheur perpétuelle. La vallée du Lys est ainsi nommée de ce qu’au printemps cette fleur abonde dans les prairies.
Le touriste admirera dans cette excursion les cascades dont les noms suivent, citées et décrites avec tant de charme par M. Nérée Boubée, et dont quelques-unes ont été consacrées par lui 1 : I® la cascade Viguerie ; 2° la cascade
t Au milieu des montagnes, dit M. Boubée, rien ne se présente plus animé, plus vivant qu'une cascade. Les consacrer au souvenir de ceux qui ont quelque page acquise dans l'histoire de la localité, c’est remplir le devoir le plus simple, le plus sacré, celui de la reconnaissance. C’est elever aux hommes qui les ont mérités des monuments gracieux, durables, dont la nature fait tous les frais, les seuls que puisse se permettre le pauvre habitant des montagnes.
Barié ; 3° la cascade d’ Enfer ; 4® la cascade Richard ; 5® la cascade Palassou ; 6® la cascade Dietrich; 7® la cascade du Cœur.
Chemin faisant, vous aurez joui de magnifiques points de vue, de spectacles incomparables pour la description desquels l’espace nous manque. Nous vous renvoyons au précieux ouvrage de M. Boubée, tout spécial pour Ludion et ses environs, et nous vous signalerons seulement les glaciers de Crabioules et le cirque du Lys , où vous trouverez une bonne auberge.
Retour à Ludion, par la même route, en 3 h. environ.
Cette course, inconnue avant M. Boubée, ne présente pas moins de vingt-quatre cascades; elle est des plus curieuses et des plus pittoresques. M. Boubée en donne une description très-détaillée.
17e Course. — Les Cascades illustres.
(Grande et pénible course de sommets, moitié il pied, moitié à cheval, 15 à 17 h., aller, haltes et retour. — Praticables pour les hommes seulement.)
Partir le matin à 6 b. — Emporter des provisions. — Un guide-
Les cascades Yiguerie, Barié, Richard, Palassou, Diétrich et d’Eufer, se présentent d’abord ; nous les avons mentionnées dans la course précédente.
Après la cascade d’Enfer on visite successivement : le Pont-de- Rouge ; la cascade Dieulafoy, à laquelle M. Boubée a donné le nom d’un des pins habiles médecins du Midi ; la cascade Dralct, située dans la partie la plus sombre de la forêt; Pas-det-Jours ( Pas-de-l’Ours) , la grotte d’ En fer, la cascade Moquin, celle de Lapeyrouse, les petits lacs Noirs, le lac Vert, les cascades Ramond et d'Etijjny, le lac Blanc, la cascade Rehoul, les deux lacs de Castillon , le lac Brun, les cascades Cordier et Charpentier, la cascade Boileau, h fontaine de la Coume, la cascade Durasse, les fontaines
J'ai donc voulu simplement me faird ici l’interprète de la pensée des I.urhonnais en ronsarrant les cascades de la vallée du Lys aux hommes qui ont le plus illustré les Pyrénées, et particulièrement è ceux qui ont le plus contribué à accréditer les thermes de Ludion.
BA&NÈRES-DE-LUCHOX.— COURSES. 589
à'Artiijue, les cascades Azemar, Fontanges, Solage, François, Fontan et du Cœur. — Retour à Ludion.
Nous ne saurions trop recommander au touriste de lire la ravissante description que .\L Nérée Boubée donne, en dixhuit pages, de cette belle et unique excursion.
18e Course. — Cascade des Demoiselles.
(Grande promenade après dejeuner, à pied ou à cheval, 6 ou 7 h.
On peut se passer de guide.)
Foule : la tour de Castel-Vieilli , la forêt de l’hospice , la cascade.
Cette charmante cascade, à laquelle conduit une route délicieuse et située dans un paysage des plus gracieux , fut découverte, en 1825, par quatre jeunes personnes qui se promenaient dans la direction de l’Hospice : de là son nom de cascade des Demoiselles.
19e Course. — Cascade des Parisiennes.
(Petite course de vallée, 6 h. a cheval, ou 8 h. à pied, aller et retour. — On peut se passer de guide.)
On passe par la cascade des Demoiselles , à une petite distance de laquelle on rencontre le torrent de la Figue, que l’on remonte jusqu’à la cascade des Parisiennes, qui se subdivise, dit M. Boubée, en dix-neuf cascades grandes , moyennes ou petites, dont neuf sont admirables.
Retour par l’Hospice.
2t)e Course. — Trou du Taureau.
(Grande course de sommets, 12 à 14 h.)
Choisir un beau temps, prendre un guide et emporter des provisions.
Ruule. Ou passe par le port de Vénasque, la cabane du plan des Etangs, la vallée de Paderne et le plan d’Angouuillut.
Le trou du Taureau est un gouffre dans lequel se perd l’eau du torrent de Baderne, pour reparaître bientôt à la source de Jouéou, dans la gorge de Poumère.
S90 PYRÉNÉES.— ROUTE ïô.
Celle course n’est pas moins intéressante que la précédente, mais elle est beaucoup plus pénible.
2Ie Course. — La Maladetta 1.
(Voyage pédestre de sommets et de glaciers, difficile, pénible et dangereux,— 3 jours.)
« 11 n’estaucun des nombreux baigneurs que chaque année Bagnères-de-Luchon voit se presser dans son sein qui n’ait gravi les escarpements du port de Vénasque, et contemplé du liant de cet observatoire la masse imposante de la Maladella. C’est avec juste raison que quelques voyageurs ont surnommé cette montagne le Mont-Blanc des Pyrénées. Non-seulement, en efl’et, elle est la plus haute de toutes les cimes de cette belle chaîne, mais encore c’est elle qui, par la majesté de son aspect, la vaste étendue de ses glaciers, la sauvage austérité de ses lianes, frappe le plus vivement l’imagination du spectateur.
Quelle que soit la prééminence de la Maladetta sur toutes ses rivales des Pyrénées, elle n’a pas toujours joui, dans les catalogues des hauteurs de ces montagnes, du premier rang qui lui était dé. Pendant longtemps le Mont-Perdu fut regardé comme la cime la plus élevée de toute la chaîne. Nous voyons même un des plus savants naturalistes qui aient exploré ces montagnes, Picot de Lapevrouse, mettre audessus de la Maladetta, non-seulement le Mont-Perdu, mais encore le Cylindre-du-Marboré, le Vignemale et le pic Long. Ce ne fut que dans les importants travaux trigonométriques de Reboul et Vidal que la hauteur de la Maladetta fut pour la première fois déterminée d’une manière plus exacte. Ces savants assignèrent au pic de Néthou, qui est sa cime principale, une hauteur de 3,483 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce chiffre subsista comme le véritable jusqu’à la belle triangulation des Pyrénées exécutée par MM. les officiers du génie. Celle opération réduisit cette élévation à .3,404 mètres.
1 Extrait de la relation d'un Voyage à la Maladetla , par M. Albert de Franqueville, t vol. in-18, Paris, L. Maison, t845.
Le désir d’atteindre le point culminant des Pyrénées, et de constater par un mesurage barométrique la hauteur du pic de Néthou , donna naissance à plusieurs tentatives pour parvenir à son sommet. La curiosité de contempler de plus près ce colosse, l’envie de scruter ses beautés mystérieuses, engagèrent d’autres voyageurs à essayer de s’élever sur ses flancs. Le célèbre Rainoud, ce grand historien de nos montagnes, entreprit cette tâche hasardeuse. Séparé de son guide, égaré au milieu d'un épais brouillard, il dut revenir sur ses pas sans avoir pu arriver au sommet, et même sans avoir pu se rendre bien compte des lieux qu’il avait parcourus.
Plus récemment, MM. Arbanère et Cordier renouvelèrent cette tentative. Le premier suivit la gorge de Malibierne, et atteignit une grande hauteur. 11 retourna sur ses pas au moment où quelques étroits de plus allaient le conduire au but si envié. Quant â M. Cordier, il suivit l’aréte de la Maladctla. Après avoir vaincu bien des obstacles, surmonté de grandes difficultés , il fut obligé de renoncer à gagner le pic de Néthou par la voie qu’il avait choisie.
Depuis mon arrivée dans les Pyrénées, je nourrissais le désir de faire une nouvelle tentative pour parvenir enfin au sommet de ce pic, jusque-là réputé inaccessible.
Une heureuse circonstance vint enfin me permettre d’exécuter mon dessein. Un jeune officier russe , M. de Tcbihatcbelf, arriva de Lu/, poussé par le désir de tenter cette même entreprise. Je me réunis à lui.
Ce fut le 18 juillet 1842 que nous quittâmes Bagnèresde-Luchon pour nous rendre à la Maladetta. Nous étions accompagnés de quatre guides ; Pierre Sauio, de Lu/. : il était venu avec M. Tcliihalcheff ; Jean Algaro , Pierre Redonnet et Bernard Ursule, de Ragnères-de-Luchon. Ces deux derniers étaient chasseurs d’isards et regardés comme les plus intrépides montagnards du pays. Nous emportâmes avec nous tout ce qui était nécessaire pour passer plusieurs jours dans la montagne, des vivres, des couvertures pour la nuit, des haches, des cordes pour franchir les passages les plus dangereux.
Nous gagnâmes le port de Vénasque par le chemin si pittoresque, si varié, qui longe les bords de la Pique et par le sentier étroit et rapide qui s’élève en lacets le long de la
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montagne. Quand nous eûmes atteint le port, nous fîmes halte un instant pour décharger nos chevaux que nous renvoyâmes attendre notre retour à l’hospice de Bagnères.
Considérée de cet endroit, la Maladetta présente l’aspect le plus sauvage, et en même temps le plus majestueux. Des forêts de pins gigantesques, les uns encore debout, les autres brisés par les ouragans, renversés par les avalanches, occupent sa partie inférieure. Des rochers âpres et stériles, dénudés par les eaux , forment ensuite autour d’elle une ceinture noirâtre et aride.
Au-dessus, étincellent les glaciers sillonnés par de larges et profondes crevasses.
Lue crête de rochers très-escarpés et fort accidentés forme le faite de la montagne. Cette crête lie ensemble les dillérents pics dont sa cime est hérissée. C’est ainsi qu'en commençant par l’est on voit d’abord le pic de Pouys, auquel Beboul et Vidal assignent 3,053 met. de hauteur absolue.
* Ce pic se bifurque vers son sommet. Cette circonstance lui a valu de la part des habitants du pays le nom de pic Fourcanade, pic fourchu. Viennent ensuite le pic de Nélhou et les deux pics de la Maladetta, dont le premier a 3,354 mèt. de hauteur, et le second 3,312, d’après les mesurages irigonométriques de M. Corabeuf. Enfin se présentent le pic d’Albe et celui de Malibierne, dont la hauteur n’a point encore été déterminée jusqu’ici.
Nous commençâmes à descendre le versant méridional du port de Vénasque. Il se composé presque entièrement d’un calcaire de transition à très-petits grains, très-lriable, brillant d'un vif éclat aux rayons du soleil. La couleur de ce calcaire, d’un blanc légèrement grisâtre , a fait douner à cette pente le nom de Penna-Blanca.
Un sentier étroit et rapide, tracé sur les roches qu’a rendues glissantes le frottement répété des pieds des mules, conduit du port au fond de la vallée del’Esscra. Là se trouve l'hospice de Vénasque , situé à 708 mèt. plus bas que le port, c’est-à-dire, à 1,705 mèt. (Charp.) au-dessus du niveau de la mer.
11 est impossible de rien voir de plus sauvage et de plus sublime à la fois que la partie du val de l’Essera qui environne la Maladetta au nord et à l’ouest.
Après être restés quelque temps à l’hospice pour nous
reposer, nous nous mîmes en route en remontant la vallée rie l’Essera. Sa partie supérieure est beaucoup moins sauvage que celle qui s’étend depuis l’hospice jusqu'à la ville de Vénasqne.
Sur le dernier de ces plateaux se trouvent encore aujourd’hui plusieurs étangs. On a donné à cet endroit le nom de Plan-des-Etangs. Il s’y trouve une cabane oit se retirent pendant la nuit les pitres qui gardent les troupeaux de ces prés.
Nous allâmes coucher à la Rencluse delà Maladetta, située à 284 mèt. au-dessus de la cabane du Plan-des-Etangs.
Nous commençâmes à gravir la Maladetta par une dépression qui s’ouvre dans son sein, précisément vis-à-vis du port de Yénasque.
Nous marchâmes pendant près de trois heures au milieu des rochers polis, en remontant le vallon.
Après avoir gravi une dernière éminence, couverte de la plus belle pelouse de verdure, nous aperçûmes devant nous une jolie prairie. De tous côtés elle était environnée de rochers, qui formaient autour d’elle une enceinte presque circulaire ; un seul endroit était accessible vers l’est ; ce fut par là que nous y pénétrâmes, et encore fûmes-nous obligés de descendre un talus de gazon très-rapide. Au milieu de l’enceinte coulait un torrent peu profond, mais que nous ne ranchîmes qu’avec difficulté. Ce torrent se perd sous terre, dans une caverne nommée gouffre de Tourinan , pour ne reparaître ensuite que dans le fond de la vallée de l'Kssera.
Celte partie de la montagne est appelée par les chasseurs Rencluse de In Maladetta (Enclos de la Maladetta) ; sa hauteur, déterminée barométriquement par M. de Charpentier, est de 2,083 mèt. au-dessus du niveau de la mer.
Un enfoncement pratiqué par la nature dans la paroi méridionale de la Rencluse, où le rocher surplombe le sol de 4 à 5 mèt., formait l’abri qui devait nous garantir des injures de l’air. Nous y passâmes la nuit.
Le lendemain dès la pointe du jour, nous nous mîmes en marche en contournant la montagne par l’ouest. Après avoir traversé un épais fourré de rhododendrons, nous nous engageâmes dans une forêt de vieux pins, ravagée par les avalanches.
Quand nous eûmes laissé derrière nous les derniers arbres
m l’YKtiNÉES. — HOUTE 25.
de la forêt, nous fîmes quelques pas sur une maigre pelouse, et loule apparence de végétation disparut à nos yeux. Nous venions d’entrer dans la région de l’éternelle stérilité. Pendant trois heures, nous marchâmes sur des fragments de rocs entraînés par les avalanches. Nous eûmes plusieurs fois à traverser de larges plaques de neige que toute la chaleur du soleil de l’été n'avait encore pu fondre. Quand nous fûmes arrivés vis-à-vis le pic d’Albe, nous nous dirigeâmes directement sur lui en gravissant une gorge étroite et escarpée. Nous passâmes au pied même du pic, et franchissant une de ses arêtes de rochers qui s'étendent depuis le sommet de la Maladetla jusqu’à sa base, nous aperçûmes au-dessous de nous les eaux calmes et bleues du lac d'Albe, situé à 2,212 met. (Charp.) au-dessus du niveau de la mer, et entouré de tous les côtés de blocs de rochers entassés confusément. Rien n’est plus pénible à traverser que ces niasses de rochers.
Une arête, composée de ces fragments de rochers, sépare le lac d’Albe d’un autre lac beaucoup plus étendu, le lac de, Gregonio . 11 est incontestablement beaucoup plus élevé ijue celui d’Albe. Aussi est-il encore presque entièrement gelé.
Nous longeâmes le lac de Gregonio jusqu’au pari de Mali bierne. Du haut de celte petite échancrure, dont l’accès est assez difficile, les yeux plongent dans la gorge de Malibierne, qui s’ouvre dans les lianes de la Maladetla. Elle se dirige de l'est à l’ouest. C’est la plus considérable de toutes les vallées qui prennent naissance dans la Maladetla.
Enfin, nous sortîmes de la région des neiges pour entrer dans ta zone ou la végétation commence à reparaître. Nous gravîmes un mamelon assez escarpé couvert d’un bosquet de pins, et après avoir franchi un énorme amas de blocs granitiques éboulés du haut de la montagne, nous arrivâmes à une vaste pelouse qui forme la partie supérieure du vallon de Malibierne.
C’est ici que nous passâmes notre deuxième nuit , dans une misérable cabane de berger.
Le jour venu, nous franchîmes le torrent à l’aide de plusieurs rochers qui se trouvaient dans son lit. Nous commençâmes ensuite à gravir la montagne par une pente assez rapide et entièrement recouverte de fragments de rochers
I5AGNEKKS-DE-LUCH0N. — COURSES. o'Jo
brisés. Moins gros que ceux que nous avions eu à traverser la veille, ils n’en étaient que plus incommodes. Ils cédaient sous le pied, et, glissant en arrière, ils nous entraînaient quelquefois plus bas que l’endroit que nous venions de quitter. Néanmoins cette partie de la roule nous ollrit moins de difficultés réelles, qu’elle ne coûta de fatigues.
Deux heures après avoir quitté le lieu où nous avions passé la nuit, nous atteignîmes un plateau très-vaste, situé au-dessus de la limite des neiges éternelles. Le milieu de ce plateau est occupé par le lac Coroné, dont les eaux restent gelées une grande partie de l’année. Au moment ou nous mimes le pied sur ses rives, il commençait à dégeler, et de gros glaçons flottaient â sa surface. C’est ii ce lac que prend naissance le torrent qui arrose, ou plutôt dévaste le vallon de Malibierne, et va se réunir à l’Essera, un peu au-dessus de Yénasque.
Nous attaquâmes hardiment le glacier, llien ne fut plus facile que d’en franchir la partie inférieure; mais plus nous nous élevions, plus l’inclinaison devenait forte. La neige qui recouvrait le glacier, durcie par le froid, plus vif à ces hauteurs que sur les bords du lac, était devenue extrêmement glissante. 11 fallut avoir recours aux crampons.
Il ne nous fallut pas moins de deux heures pour parvenir au haut du glacier. Nulle part il n’était à découvert. Il s’y rencontre peu de crevasses; nous n’en rencontrâmes qu’une seule qui méritât à proprement parler ce nom. Elle occupait le sommet du glacier et s’étendait précisément devant la brèche que nous avions choisie. Nous la passâmes sur un pont de neige.
Quelques minutes après, nous étions arrivés à une échancrure formée par un abaissement subit de la crête de la Maladelta. C’était lâ le lier plus ultra de tous ceux qui nous avaient précédés. Celte arête est située, d’après M. de Charpentier, à une hauteur de 3,171 mèt., et d’après M. Cordier, de 3,256 mèt. au-dessus du niveau de la mer. C’est cet endroit qui, dans les catalogues de hauteurs pyrénéennes, figure sous le nom d’aréte accessible à l’ouest du pic de Néthou.
11 est assez difficile de s’imaginer quelle cause a pu arrêter ces hardis explorateurs si près du but qu’ils étaient venus chercher avec tant de peine et au milieu de tant de périls. A partir de cet endroit, il n’y a plus d’obstacles sérieux à
vaincre, plus de véritables dangers à courir, pourvu que l’on
prenne les précautions dictées par la prudence.
Au moment où nous nous présentâmes pour franchir la brèche, nous nous trouvâmes tout à coup environnés d’un nuage si épais, que nous pouvions à peine distinguer les objets à une dizaine de mètres de nous. Accumulées dans l’enceinte du lac de Coroné par le vent du sud, toutes ces vapeurs venaient déboucher par ce couloir étroit sur le versant septentrional de la Maladetla. Le vent s’y engouffrait avec une force terrible, entraînant avec lui des masses de brouillards. Les rafales étaient tellement violentes, que, pour ne pas être précipités dans un amas d’eau qui se trouvait de l’autre côté de la crête, nous étions obligés de nous cramponner de toute notre force aux aspérités du roc. Ces coups de vent étaient séparés les uns des autres par des intervalles d’un calme profond. Nous profitions de ces moments pour avancer; puis, au moment où la tempête venait nous assaillir de nouveau, nous nous collions contre le rocher jusqu’à ce que le calme fût revenu.
Nous atteignîmes l’autre côté de l’arête, et gagnâmes le pied d’un escarpement qui n'était autre chose que la base même du pic de Néthou. Là régnait un calme parfait, et qui contrastait vivement avec le rugissement des rafales qui se faisaient entendre à quelques pas de nous. Nous avions à nos pieds un assez vaste enfoncement pratiqué dans le glacier, par l’action des vents chauds du sud. Il était rempli d’eau entièrement liquide.
Au-dessus de cet amas d’eau s’élève en talus rapide et couvert de neige le glacier qui s’étend jusqu'au sommet du pic de Néthou. Entourés d’un épais brouillard, nous eûmes un moment d’indécision. Nos conducteurs étaient partagés d’opinion. Les guides inclinaient à attaquer franchement le glacier. Les chasseurs au contraire voulaient essayer de gravir la muraille de granit à laquelle nous étions adossés.
Il fut convenu que les guides cl les chasseurs essayeraient d’abord de grimper le long des rochers, et que si celte tentative ne réussissait pas, nous nous hasarderions alors sur le glacier. Nous devions rester où nous étions et attendre que les guides nous eussent fait connaître le résultat de leurs recherches.
Ils commencèrent donc à gravir le rocher, s’accrochant
des pieds ei des mains aux aspérités que présentait la surface exfoliée du granit. Bientôt ils disparurent à nos yeux, enveloppés par le brouillard. Au bout de quelques minutes nous les vîmes revenir, désespérant absolument de parvenir au sommet par cette voie.
Nous nous dirigeâmes donc vers le glacier, qui était notre dernière espérance. Nous prîmes toutes les précautions nécessaires pour nous engager sur ce glacier inconnu et qui pouvait recéler de dangereuses crevasses. Nos préparatifs consistèrent tout simplement à nous attacher les nus aux autres avec une corde. Chacun de nous était séparé de celui qui le précédait par une distance d’environ 3 mèl. De celle manière, si nous eussions rencontré quelque crevasse, et que la neige eût cédé sous les pieds de quelqu'un d’entre nous, il eût été retenu dans sa chute par ses compagnons et n’eût couru aucun péril.
Au surplus, cette mesure, que nous avait suggérée l’expérience de nos guides, se trouva inutile. La partie supérieure de ce glacier était très-saine. Nous ne vîmes aucune crevasse. Peut-être étaient-elles encore couvertes de neige. La pente du glacier était même si peu rapide que nous pûmes nous débarrasser de nos crampons, qui eussent inutilement entravé notre marche.
M. de TchihaiehelT fut atteint de nausées assez violentes pour être obligé de s’arrêter de temps en temps, et de se coucher sur la neige. Quelques instants de repos suffisaient pour le remettre entièrement, et lui permettre de continuer sa roule. Ni les guides ni moi ne ressentîmes rien de particulier.
Peu de temps nous suffit pour atteindre la partie supérieure du glacier oit le roc se montre â nu. Nous pensions avoir gagné le point culminant de la montagne, quand nous vîmes à une quarantaine de pas de nous se dresser une dernière aiguille, qui pouvait avoir 10 inèt. de hauteur. Nous trouvant sur la terre ferme, nous nous débarrassons de nos cordes, et nous nous élançons comme â l’envi vers ce dernier rocher.
Sur le point d’y parvenir, nous nous arrêtons frappés de stupéfaction â l'aspect du passage qui nous reste à franchir pour y arriver. Nous sommes séparés du pic de Nélhou par une arête extrêmement aiguë; à droite, s’ouvre sous nos
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pieds un abîme au fond duquel se déroule le glacier de Coroné et les eaux noirâtres de son lac; à gauche, à une profondeur un peu moins grande, la partie orientale du glacier du Nélhou s’abaisse par une pente des plus rapides. Pour comble de difficultés, le sommet de cette arête est encombré de fragments de granit désagrégés par la gelée, ou disloqués par les coups delà foudre, et très-dangereux à cause de leur peu de stabilité. Ce pont de Mahomet est pourtant la seule voie qui s’offre à nous pour arriver au but après lequel nous courons depuis si longtemps.
Nous hésitâmes un moment, jè l’avoue, avant de nous engager sur cet étroit passage; mais la vue de nos chasseurs qui s’avançaient d’un pas aussi ferme que s’ils eussent été sur une grande route, nous engagea bientôt ù les imiter. Pour nous frayer la marche, ils précipitaient dans l’abîme les quartiers de rocs peu solides. Ces fragments, frappant le rocher dans leur chute, semblaient l’ébranler jusque dans ses fondements; ils bondissaient avec violence, et, rejaillissant sur le glacier, ils allaient s’engloutir dans le lac avec la rapidité et le retentissement de la foudre. Tel était pourtant le sort réservé à celui d’entre nous dont un vertige viendrait troubler la vue, ou dont le pied mal assuré glisserait sur le roc.
Heureusement aucun de ces accidents ne nous arriva. Nous avançâmes peu à peu, passant nos bras par-dessus l’arête, et nous soutenant avec notre bâton ferré. Nos pieds étaient posés sur les aspérités du rocher. Ainsi suspendus au-dessus d’un affreux précipice, nous n’avions qu’à baisser les yeux pour voir au-dessous de nous les eaux du lac de Coroné; tandis que si nous eussions laissé échapper notre bâton, il eût été se perdre dans les crevasses du glacier tle Nétliou.
Ainsi à cheval pour ainsi dire sur le sommet de la montagne, nous ne mîmes que quelques secondes pour franchir ce dangereux passage. Colin nous posâmes le pied sur le pic jusque-là vierge du pas de l’homme. Nous pouvions goûter sans restriction le plaisir d’avoir réussi à conduire à une heureuse fin une expédition si souvent tentée, et toujours inutilement. La joie de nos guides n'était pas moins grande que la nôtre. La fierté du brave Jean, notre guide-chef, était tout à fait risible. 11 se regardait vraiment comme le Christophe Colomb de la Maladetta. A peine arrivés sur le sommet
liACM'KKS-DE-LUCHON.— COURSES. 5!)!i
du pic (le Nétliou, les guides commencèrent à ramasser des fragments de rochers, et à dresser une pyramide , comme pour prendre possession du lieu. Ils l’élevèrent assez haut pour qu’on put l’apercevoir du port de Vénasque, et qu’elle servit ainsi à constater l'heureux succès de notre ascension.
Après quelques moments donnés à la satisfaction que nous causait notre triomphe, nous commençâmes à examiner les objets qui nous entouraient. Le sommet du pic de Nétliou test une plate-forme d’une trentaine de mètres de longueur, sur six à huit mètres de largeur. Ce plateau est entièrement couvert de fragments de granit de diverses formes et de grosseurs très-variées. De tous côtés, excepté de celui de la rampe par laquelle nous étions arrivés, s’ouvrent d'effroyables précipices. A l’ouest, le glacier de Coroné développe jusqu’au lac son tapis éblouissant. Au sud, se creusent sous nos pieds la gorge sauvage de Malibierne et ses profonds escarpements. Au nord et à l’est, s’étend le glacier de Néthou, presque partout de neige et ne montrant qu’en quelques endroits son dos bleuâtre et fendillé.
La partie supérieure de ce glacier est fort peu rapide, mais un peu plus bas il se recourbe en forme de dôme, et son inclinaison devient alors excessive. Cet endroit est sillonné de profondes crevasses. Quelques-unes sont d’épouvantables abîmes qui engloutiraient infailliblement celui qui se hasarderait sur ces pentes dangereuses. 11 y a de ces crevasses qui n’ont pas moins de 8 à 10 mètres de largeur, et une immense profondeur. Au fond de quelques-unes grondent des torrents furieux, alimentés par la fonte du glacier. Les crevasses les plus considérables ont ordinairement une direction parallèle à celle de la crête de la montagne. Les autres sont moins grandes, et méritent plutôt le nom de lissures.
Le brouillard s’était dissipé, et nous pouvions jouir sans obstacle de la magnificence de l’horizon que l’on embrasse du haut de la Maladetla. Au premier coup d’œil, on ne saisit qu’un immense chaos, au milieu duquel s’élancent les cimes les plus élevées des plus hautes montagnes de la chaîne ; mais bientôt un examen plus attentif fait découvrir un ordre admirable jusque dans ce désordre apparent. L’on distingue d'abord le faite de la chaîne centrale qui court de l’est â l’ouest, toute déchiquetée et hérissée de mille pics. De cette
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crête se détachent de nombreux rameaux formant ces longues vallées transversales qui portent d’un côté à la Garonne, de l'autre à l’Ebre, le tribut des eaux de ces montagnes et de leurs glaciers. A mesure qu’ils s’éloignent du centre des Pyrénées, les chaînons qui séparent ces vallées s’abaisïent. Dans un immense lointain se développent à nos yeux les plaines de la Gascogne et de la Catalogne, où brillent, comme autant de rubans d’argent, les eaux des rivières qui arrosent et fertilisent ces belles provinces.
Nous restâmes plus d’une heure à admirer ce superbe point de vue. 11 fallut ensuite songer au retour, et regagner avant la nuit des contrées moins inhospitalières. Néanmoins, avant d’abandonner définitivement le pic de Néthou , nous voulûmes constater d’une manière irrécusable nos droits à la priorité de cette ascension. Dans un creux qu’avaient ménagé nos guides dans la pyramide qu'ils avaient élevée, nous déposâmes une bouteille bouchée avec soin. Nous y avions renfermé une feuille de parchemin contenant la date de notre expédition, nos noms et ceux de nos braves guides.
Nous jetâmes ensuite un dernier regard autour de nous, et nous repassâmes sans encombre la rampe étroite qui nous avait amenés au sommet du pic. Quand nous fûmes arrivés près du glacier, nous délibérâmes sur la voie que nous suivrions pour regagner la Rencluse, où nous devions passer encore cette nuit.
Encouragés par le succès, nos guides voulaient nous y conduire directement , en traversant le grand glacier de la Maladetla. Deux heures auraient suffi alors pour atteindre le bas de la montagne. Ce chemin n’ollrait à nos regards aucun obstacle, aucune difficulté, presque aucun danger. C’est la route qui, dès qu’on aperçoit la Maladetta, s’olfre au premier regard comme la meilleure et la plus naturelle. C’est aussi en réalité la moins périlleuse, ainsi que le démontra jusqu’à la dernière évidence notre seconde ascension. »
Nous ne suivrons pas nos deux intrépides touristes dans leur retour, qui s’eirectua sans accidents, mais non sans fatigues ni périls. — Nous renvoyons le lecteur à l’intéressant récit de M. de Franqueville.
Le 23 juillet de la même année, MM. de Franqueville et TchihatchelT, s’adjoignant M. Laurent, professeur de chimie à Bordeaux, entreprirent une secoude ascension de la Mala-
délia pour y faire des expériences barométriques el hygrométriques.
Cette nouvelle ascension fut couronnée d’un succès complet.
« 1° Le mesurage barométrique, dit M. de Franqueville, a donné 3,370 met. pour la hauteur absolue du pic de Néthou. Ce chiffre différé de celui obtenu par le colonel Corabeuf, dans sa triangulation générale des Pyrénées, de 31 mèl., tandis que celui des physiciens Reboul et Vidal s’éloigne de ce dernier de 78 mèl. Les baromètres dont je me suis servi, quoique fort bons, n’avaient peut-être pas toute la précision voulue pour les observations d'hypsométrie. C’est sans doute la cause de la différence qui se trouve entre mes résultats et ceux du colonel Corabeuf.
2» La moyenne de la température de plusieurs sources ou torrents a été de -j- 1 à -(- 5,2.
3® L’hvgromètre de Saussure donna au sommet du pic 67 à 68,5. Son thermomètre, 8,7.
4° La moyenne de la température de l’air fut pendant les quatre jours de la première ascension de -f- 8,5, et pendant les trois jours de la deuxième de + 9,3. »
22e Course. — Vallée d'Aran.
(Saint-Mamet. — Cascade Sidonie. — Val de Burbe — Bosost. — Saint-Beat.)
Nous empruntons à M. E. Paris la description de celte jolie course.
Si nous n’entreprenons qu’une promenade à Bosost et Lès, partout à notre guise. 11 faut deux heures et demie au plus pour Bosost, trois quarts d’heure de Bosost à Lès; aller et retour, six heures et demie.
Nous traversons Saint-Mamet, tournant de l’église à droite vers les montagnes de Castel-Vieilli; quand on a dépassé le Castel et qu’on incline à gauche, le chemin se bifurque, partie inférieure, partie plus montueuse , plus fréquentée et meilleure, c’est le nouveau chemin d’Espagne. Il passe bientôt sous la cascade Pich-de- Vergés *, s’élève rapidement et
1 Celle cascade a changé son nom contre celui plus gracieux de cascade Sidonie. C’est le nom d'une jeune el belle Luehonnaise enlevée par la phthisie il y a quelques années. (M. Nkrée Hochée ) PYRÉNÉES. 34
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domine en fuyant les pentes de Luchon; il entre dans de fraîches prairies que la Barbe arrose en donnant son nom à la vallée.
Au bout des prairies, la montée du port commence. Quand, acculé au fond du vallon, au milieu des sapins, un chemin monte rapide devant nous, il faut s’en délier et tourner à droite par le plus lrayé ; il tourne le but pour l’atteindre plus facilement et plus vite. Après plusieurs circuits montueux sous les noirs sapins, un espace clair apparaît près d’une masure ; les rayons solaires nous chauffent , nous sommes en Espagne.
Un sentier rapide et pierreux nous descend près d’un gave naissant où s’embranchent plusieurs sentiers, deux à droite, par le dernier desquels on vient directement de Las- Bordes. Continuons devant nous sur le terrain plat quelques instants. Le chemin s’enfourche bientôt avec un à gauche dont nous nous abstenons. La descente va se présenter. Bosost est sous nos pieds, et ses toits d’ardoise lui donnent l’air d’un village français; l’aspect de ce riche bassin où brille la Garonne, la vue de Lès, de Canejan perché sur la montagne, et ces roches abruptes que nous savons être la frontière du Pont-du-Roi ; ces belles pelouses près desquelles nous descendons, tout charme cette descente rapide.
Nous entrons à Bosost deux heures un quart environ après avoir quitté Luchon. La police aux chevaux reçoit notre tribut d'une demi-pécète (50 centimes), auquel il faut s’empresser de satisfaire afin d’éviter tout désagrément. L'église, peu intéressante, est une visite d’usage ; puis on se rapproche du pont sur la Garonne sans le traverser. On suit la promenade en descendant la rive gauche ; un passage s’ollre à travers des roches brisées majestueusement ; un mugissement gronde plus bas; les Ilots resserrés se précipitent; des troncs de sapins llottent, heurtent contre le roc et produisent des effets de tonnerre, des émotions de terreur. On peut mettre pied à terre au delà des rochers, et le touriste hardi contemplera ce beau spectacle en passant sur un pont formé de trois arbres par les conducteurs de ces sapins Huilants; ou mieux, il attendra le retour par l’autre rive. Un fort sur un rocher semble ajouter à la résistance naturelle du passage, après lequel le chemin court sur un terrain plat jusqu’à Lès.
Une gracieuse construction , aperçue à droite, est 1Y<«hlissemenl thermal élevé par M. Badin sur des ruines romaines. Le logis principal des baigneurs est l’ancien château des seigneurs de Lès. Après le pont, tournons la principale rue à gauche; le dernier portail de droite’, sur un verger, nous y mène ; là , nous déjeunerons bien à des prix trèsmodérés. Dans une gracieuse habitation , du reste peu seigneuriale , nous goûterons les avantages offerts aux baigneurs : ombrage, fleurs et fruits, café, chocolat, vins exquis et cigares de l'Espagne; tout cela sagement tarifé, comme les bains et les logements.
Si nous sommes partis tard de Luchon pour voir seulement Lès et y bien déjeuner, nous aurons toute la satisfaction d’un but atteint : nous retournerons par l’autre rive, celle des bains. L’accès sera facile à voir les eaux mugissantes. Halte un moment! C’est, en ce genre, du beau et du terrible : u y passons pas nonchalamment.
Nous arrivons de là à Bosost en traversant le pont, et nous remontons la pente que nous avons descendue.
Pont-da-Roi , Fos , Suinl-Béat. — Si le départ de Luchon pour Lès a été matinal , c’est-à-dire vers cinq ou six heures au moins, on peut allonger la course en retournant par Bocanera ou par Saint-Béat.
Par Bocanera, il n’y aura allongement qu’autant qu’on montera à l’extrême cime; autrement, le passage seul pour redescendre à Juzct n’exigera guère plus do peine que par le Portillon.
Par Saint-Béat , l’excursion, très-intéressante, exige une heure un quart jusqu’au Pont-du-Boi, trois heures jusqu’à Saint- Béat, puisjtrois heures de Saint Béat à Luchon ; total, neuf heures de marche et deux heures de halte : course d’environ onze heures.
Ail delà de Lès, le hameau de Pontaout, ainsi dénommé d’un pont hardi sur la Garonne , est le pied de l’espèce d’échelle qui monte à Canéjan. Le délilé commence et se resserre de plus en plus jusqu’au Ponl-du-Boi , frontière intéressante sous les points de vue historique et pittoresque. Un passage étroit, où une armée peut être arrêtée par quelques hommes , explique l’état exceptionnel et les privilèges dont a pu jouir longtemps celle vallée d’Âran.
Celtique et romaine, elle eut toutes les destinées de
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Ludion : tantôt tributaire du Comminge et tantôt de l’Aragon. Elle fut cédée en 1 192 à l’Espagne, parce que Beatrix, tille de Bernard , comte de Comminge, épousa un seigneur d’Aragon à qui elle l’apporta eu dot. Elle continua à dépendre, quant au spirituel, de l’évêque de Comminge jusqu’en 1802, où il passa à l’évêque d’Urgel. Devenue française sous l’Empire, elle fut rendue en 4814 à l'Espagne, dont elle continue à dépendre jusqu’à ce que quelque transaction aimable la replace dans sa sphère naturelle.
Après le Pont-du-Roi , que la fureur des Ilots resserrés enlève fréquemment, le chemin passe sous la vieille tour de Pomorin , et le poste de la douane est la première habitation française. Des scieries , des tas de roules bordent la Garonne , qui fuit bruyamment au niveau des prairies. Une longue avenue d’arbres conduit jusqu’à Fos, petite ville qu’a enrichie son commerce avec l'Espagne au temps des privilèges de la vallée d’Aran. Aujourd'hui, c’est encore un gros bourg assez commerçant, dont la riche vallée s’étend jusqu’à Saint-Béat.
A Fos commencent les roules carrossables , et c’est le rendez-vous des équipages de Luchon. Quatre promeneurs arrivent en voilure, quatre à cheval par la montagne. L’échange se fait à Fos. Chevaux et voitures emportent chacun leurs nouveaux maîtres.
De Fos à Saint-Béat , une heure.
Saint-Béat, chef-lieu de canton de la Haute-Garonne, est à 2 lieues de poste de Cierp.
De hautes montagnes encaissent la Garonne et la ville. Une place entourée de constructions s’étend sur un bassin fertile vers la vallée d’Aran, dont celte ville est le débouché. D'autres maisons plus resserrées et groupées au pied d’un vieux [castel se réunissent aux premières par un pont qu’il faut traverser aussi pour jouir de l’ombrage d’une belle plantation de gros tilleuls, promenade digne d’une population intelligente et riche.
Ce château, dont les ruines ollrent encore des aspects pittoresques, fut l’origine de la ville. On le construisit pour la défense du passage , un couvent ou prieuré y fut annexé, puis quelques familles, etc., etc. — De récentes armoiries qualifiaient Saint-Béat de Clef de France ; de plus anciennes offraient deux montagnes : un loup sur un sommet; et sur
l'autre un lioinme portant un drapeau avec ces mots : Passus lupi.
Des privilèges accordés par Louis XII, Henri IV, Louis Xlll et Louis XIV, dont les lettres patentes sont encore aux archives du lieu , ont amené la richesse de cette charmante petite ville.
Le commerce de bois . de laines, de grains , de mules, lui donne encore une certaine importance que peut accroître l'exploitation plus suivie de ses beaux marbres.
Retour à Luchon par Cierp, où l’on voit une montagne de marbre statuaire. — Marignac, village. — De Saint-Béat à Luchon, 3 et 1/2 h.
23° Course.
(Grande course de vallée, de 10 à 12 h. , à cheval ou en voiture. — Il faut se mettre en route à 1 ou 5 h. du matin, au plus tard. — Course en voiture si l'on veut revenir à Luchon le même jour. )
Roule : On passe par Cierp, 2 et 1/2 h.; Saléchan , I et 1/4 h. On traverse les villages de Bagiry et de Berlreu, puis le village d'Isaourt, et l’on arrive en I et 1/2 h. à Saint- Bertrand.
Saint-Bertrand» — Hotels : de Comminges, en face de l’église, c’est le meilleur: — du Lion-de-Comminges , située en face du musée. (V. p. 545.)
21" Course. — Gargas et Moiitréjeau .
(Grande course de vallée, 2 jours.)
11 faut passer à Saint-Bertrand pour atteindre la grotte de Gargas. — Celle grotte est merveilleuse , et l’une des plus belles des Pyrénées. Le sol, les parois et la voûte sont couverts des formations les plus curieuses et les plus variées. — On va de là visiter Montrêjeau et le beau parc de M. de Camon. — Retour à Luchon dans la soirée.
25c Course. — Les Chalets Saiut-Ntrce p Sources minérales.
Route . De Luchon au Momie, 5 h. Du Monné aux Chalets Sainl-Nérée, 2 à 3 h.
L’établissement des Chalets Saint -Nérée appartient à M Boubée, qui l’a mis en état de recevoir un grand nombre de malades.
Ces eaux sont efGcaces contre lés rhumatismes, les dartres, les fièvres, les maladies nerveuses, les ophlhalmies , coliques, ulcères, plaies, scrofules, maladies du sang, de poitrine , etc., contre la goutte , les paralysies commençantes, les vomissements chroniques, la graveîle, etc.
Les eaux se prennent en bains et en boisson.
Les sources sont très-abondantes , surtout la source des Nerfs et celle du Sang. L’eau de la première est très-douce, et produit sur la peau la plus rude et la plus rugueuse un effet merveilleux.
Le nouvel établissement ne laisse rien à désirer; le tarif des bains et des logements est très-modéré, et de moitié moins cher que dans les grands bains. Les vivres y sont aussi à meilleur marché.
Il y a une jolie chapelle dédiée à saint Nérée.
Les Bains des Chalets Saint-Nérée peuvent être considérés comme une succursale de Bagnères-de-Luchon, et ils ont silices derniers l’avantage d’être moins coûteux et d’oflrir une vie plus calme , plus champêtre, avantage qui double ordinairement l’effet salutaire des eaux.
Chacun peut faire sa cuisine aux Chalets, bien qu’il y ait un traiteur avec qui l’on prendra toute sorte d’arrangements et qui reçoit les caravanes, les visiteurs.
De plus, la truite abonde dans la Haute-Barousse, et elle y est exquise ; elle se vend à Ludion à un taux toujours plus élevé que celle de Bagnères. Quelques amateurs déclarent que les truites de la Haute-Barousse sont les meilleures des Pyrénées. Un réservoir naturel va être disposé aux Chalets pour y conserver les truites vivantes et y puiser au montent même.
Ensuite on a facilement du gibier au Val-des-Chalets , qui est , en effet , l’endroit le plus giboyeux de la contrée, celui que les chasseurs choisissent pour leurs plus délicieuses parties. Le coq de bruyère', les palombes , la perdrix rouge, le gros lièvre de montagne y séjournent toute l'année. — On y rencontre aussi de grands oiseaux de proie , et dans la forêt plusieurs bêles rares, le chat sauvage, la martre, le putois, le blaireau, le renard, l’écureuil, l’hermine, etc.
Enfin, le traiteur établi à l'Hôtel des Chalets, est un liabile chef de cuisine, qui a fait ses preuves à Paris, à Bordeaux , a Toulouse ; il donnera aux gourmands toute satisfaction.
D’excellents médecins sont attachés à rétablissement
1 Consultez la Notice tur les en ux minérales des ChaUtt-Sninl- Méree, à Toulouse, chez. Jougla et Giinct.