QUATRIÈME PARTIE
Le département des Pyrénées-Orientales est formé de l’ancien Roussillon, comprenant le Contient et le Yallespir, diocèse d’LIne, avec la Cerdagne française et la vallée de Carol, diocèse d’Urgell ; plus le Capcir, diocèse d’Alet : le tout augmenté des pays de Souruia et de Fenouillet, en Languedoc, même diocèse que le Capcir. — Il s’étend de 42°20' à 42«33' latitude nord, coupé de Mosset, à peu près vers le pic de Cosla-Bona, par le méridien de Paris, qu’il dépasse de 37' à l'ouest et de 30' ù l’est. — Sa plus grande longueur, du nord au sud, est de 63,000 mètres; sa plus grande largeur, de l’est à l’ouest, est de 120,000.
Cerné au nord par les départements de l’Ariége et de l’Aude, au couchant par l’Andorre et la Cerdagne espagnole, et au levant par la Méditerranée, ce coin, presque excentrique de la France, offre une surface de 412,139 hectares, peuplée de 181,933 individus, répartis sur 17 cantons et 228 communes, le Perthus compris.
Le département des Pyrénées-Orientales présente un vaste amphithéâtre; la chaîne des Pyrénées, qui commence au sud-est, et les montagnes de Salce qui le bordent au nord,
P\ RÉNÊES-OKIENTA LES . 609
s’élèvent graduellement jusqu'au centre; là se trouve le Canigou, dont le sommet, de 466 mètres de hauteur perpendiculaire, est couvert de neiges et de glaciers. Sa surface se divise en trois grands bassins arrosés par la Tel, le Tech, l’Agly, l'Aude et la Sègre. Ce département jouit des précieux avantages d’un vaste système d’irrigation bien entendu. Le sol, généralement graveleux et pierreux, se prête à tous les genres de culture : on y recueille des grains, des fruits exquis, comme oranges, citrons et grenades; du chanvre, du lin, et des vins incomparables; l’olivier y est cultivé avec succès, ainsi que le châtaignier, également précieux pour la tonnellerie, la charpente et les forges; cet arbre, ainsi que le liège, se plaît sur les montagnes: on y voit des haies de grenadiers. Les mines de fer y sont d’une qualité supérieure; on y trouve des houillières abondantes, de l'amiante, une foule de simples estimés en médecine, et un grand nombre de sources minérales. L'hiver y est une espèce de printemps. Dans les environs de Perpignan sont des melons en pleine terre; les grenadiers y forment une grande partie des haies. Les mulets y remplacent souvent les chevaux. On élève des vers à soie. Le gibier y est exquis.
Les peuples de ce département, dit M. Jalabert, ont un caractère qui leur est propre, et qui se modifie suivant qu’on avance dans la plaine ou que l’on remonte vers ses monts. La constitution physique varie suivant la manière dont ils se nourrissent : ils sont en général robustes, vigoureux, vifs, spirituels et indépendants par caractère; dans les vallées qui entourent le Canigou, on voit des crétins ou idiots à gros goitres, incapables d'idées, n’ayant qu’une sorte d’attrait assez violeut pour leurs besoins L'habillement n’a rien de remarquable. Le peuple a toujours admis les pompes et les cérémonies de la religion ; mais ce goût a diminué par l’in— lluence de l'esprit du siècle; les courses de taureaux et les danses sont les amusements favoris. Les Gitanos, peuplade distincte du reste des habitants, sans domicile fixe, ont pour industrie la tonte des animaux, et l’échange ou la vente, dans les foires, des bestiaux, qu’ils savent, dit-on, se procurer à bon marché. La langue catalane, composée de latin et île mots pris chez les différents peuples qui ont envahi l’Kspagne cl la Gaule Narbonnaise, est la seule usitée.
Parmi les nombreux cols ou passages qui servent de coin-
6 1 0 PYRÉNÉES-0R1ENTA LES.
municalion entre cette partie de la France et l’Espagne, on remarque ceux de Perthiia et de Panissus : l’un à droite, l’autre à gauche de Bellegarde. C’est sur le premier, route nationale, que Pompée fit ériger le fameux trophée où l’on plaça sa statue : on lisait sur l’inscription de ce monument que, depuis les Alpes jusqu’à l’extrémité de l’Espagne Ultérieure, ce général avait réduit sous son obéissance et celle de la république huit cent soixante-seize villes. Vingt-trois ans après, César fit dresser à côté de ce trophée un autel de pierre de grande dimension. Au même lieu, on plaça en ■1764, par ordre des rois de France et d’Espagne, deux pierres de marbre destinées à fixer la limite entre les deux royaumes.
Peyrestortes, village célèbre par une victoire remportée, le 17 septembre 1793, par les Français sur les Espagnols, au village de Corbcd. A 18 kilomètres ouest-quarl-sud, on voit une grotte souterraine remplie de stalactites, de stalagmites, de congélations et de cristallisations de diverses figures et grosseurs.
Les tourbillons de vents, dans la partie supérieure des monts pyrénéens, sont un phénomène curieux; ils sont fréquents en hiver. On aperçoit, dans l’éloignement, des nuages ou brouillards épais qui se détachent de la partie des monts et se forment en colonnes blanches, qui sont emportées à perte de vue. On voit avec étonnement ces masses de neiges s’élever dans les airs. Là une lutte terrible s’établit entre les vents opposés, qui se disputent ces tourbillons neigeux, les roulent, les allongent en spirales, en leur imprimant toutes sortes de figures bizarres. Malheur au voyageur qui rencontre une colonne d’air semblable ! il court risque d’être enlevé et jeté dans quelque précipice.
Le Roussillon tire son origine de Iiuscinn, qui en était autrefois la capitale; celte ville donna le nom à celle province. Les Romains y établirent une colonie : mais elle fut en partie ruinée, vers le milieu du vin® siècle, par les incursions des Normands. Le premier trait d’histoire que nous ayons de certain du Roussillon est que plusieurs peuples des Gaules s’assemblèrent dans Ruscino lorsqu'Anuibal passa les Pyrénées. Ce général carthaginois fil des présents aux chefs des Gaulois, qui le laissèrent passer librement, convaincus qu’il n’avait d'autre dessein que de porter la guerre cou-
ire les Romains en Italie. Les Carthaginois furent vaincus par les Romains, qui devinrent les maîtres du Roussillon, aussi bien que de la plus grande partie de la Gaule et de l’Espagne.
L’air est plus chaud que tempéré; les chaleurs y sont quelquefois excessives, le Roussillon étant entouré de montagnes qui réverbèrent les rayons du soleil. Les habitants, pour se rafraîchir et prendre l’air, vont le soir dans des jardins; l’amour y préside quelquefois : l’on y sert une salade d’une composition catalane ; l’un apporte des laitues, de la chicorée, du céleri; l'autre des anchois; un troisième, s’il est admis, ce qui est rare, donne son contingent en œufs, gros et petits ognons, et en raves coupées par morceaux; on mêle le tout, et le souper est tout fait.
Le Roussillon se divisait autrefois en Snlmtque, en Ribcral et en Aspres. La Salanque est formée des habitants qui bordent la mer; on l’appelle ainsi par ce que la terre y est salée en différents endroits; le blé y vient en abondance ; elle est extrêmement fertile; on y rencontre des champs considérables. Les terres qui bordent les rivières forment la division appelée Ribcral, elles donnent plusieurs récoltes. Les Aspres sont les terres qui ne s arrosent pas; ce sont aussi les moins fertiles.
L’agriculture est la principale occupation de l’habitant. On a lieu toutefois de regretter qu’elle lui devienne si peu profitable, soit par le peu de sympathie atmosphérique, soit à cause de la cherté de la main d’œuvre, hors de toute proportion avec la valeur vénale des produits.
Le laboureur se sert de bœufs et de mulets; le sillon est bien fait, mais il n’est pas assez profond; il ne fume pas ses terres ; il se contente de laisser la paille assez longue, lorsqu’il veut les labourer, pour la brûler. La paresse ne lui permet pas de les préparer.
Les terres incultes qu’on appelle garrigues y sont couvertes de thym, de romarin, de serpolet, de lavande et de genièvre. Il y a dans la plaine un nombre infini de mûriers.
Les chaleurs excessives ont rendu les Roussillonnais industrieux à se pourvoir de l’eau nécessaire à la culture des terres; les rivières sont coupées pour former un grand nombre de ruisseaux qui arrosent, quand on le veut, les terres qui ont perdu leur humidité.
Les eaux de la plaine de Roussillon sont, en général, lourdes et pesantes. Les sources n’y sont point bonnes, ce qui occasionne des maladies; cependant l'habitant aime à en boire pendant la journée : souvent il emplit et vide dix et douze fois sa cruche. Une femme qui revient de la fontaine otlre toujours de l’eau à sa voisine si elle la trouve sur son passage et rarement elle est refusée.
La Tet, le Tech, l’Agly, l’Aude et la Sègre sont les rivières qui arrosent le pays.
Le commerce consiste en exportation de vins, fers, huiles, salaisons, draps(communs, merrains, et en importations de denrées ou de marchandises nécessaires à la consommation. Le mouvement maritime a lieu par Saint-Laurent et par Porl-Vendres. Ici, est le seul refuge du golfe jusqu’à Marseille. Le voisinage de l'Espagne rend très-productive la partie de la commission et de l’assurance. La petite industrie se développe de jour en jour. Les routes impériales et départementales assureraient en tout temps les transports, si elles étaient suffisamment munies de ponts. Mais en marche vers ces perfectionnements aux rivières de Maury, du Réart, de Pollestres, du Tech (pont en fil de fer), etc. On peut citer le beau pont de la Tel à Prudes, ceux du Riuferrer à Arles (route impériale de Prats-de-.Mollé), lesdeux ponts construits sur les petites rivières de Nogaréda et de Fulla, sur la route départementale n» 2, deCérelà La Clusa ; plus, enfin, celui que l’on vient de construire à Millas, sur la Tet, en continuation de la roule d’Elne par Thuir, Notre-Dame du Remède et Forceréal, à Estagell. En désignant cette nouvelle communication, c’est justice de signaler la voie de Rivesalles à l’embarcadère du Barcarès, la belle route de Perpignan par Saint-Estève et Balio, bifurquée d’abord vers Baixas, et en train de prolongement, par Pézilla, jusqu’à Notre-Dame du Remède; plus le perfectionnement de celle du Confient par les deux Saint-Féliu, et l’adoucissement de la rude côte du faubourg deCollioure dans la direction de I’ort-Yendres.
Le génie étudie les moyens d’abandonner le col de Saint- Louis pour aboutir à Quillan par la vallée de la Boulzauc. La route carrossable d’OIéta à Mont-Louis déjà terminée, donnera désormais la vie aux vallées alpestres de la Tet, de l’Aude et du Sègre.
La belle route d’Espagne a enfin obtenu un beau pont sur
le Tech, au I olo. Le pont en lil de fer, de 120 mètres d'ouverture, d’une seule travée, est livré à la circulation depuis le mois de juillet 1850.
Le chemin de fer de Narbonne à Perpignan est en voie d'exécution. On conserve l’espoir qu'il sera continué sur Porl-Vendres et l’Espagne.
Grâces aux essais dispendieux de quelques particuliers jaloux de mettre au jour les productions naturelles encore inconnues de ce département, une nouvelle industrie s’ouvrait il y a quelques années. C’était l’exploitation des marbres de Baixas, de Tautavel et d 'Estagell, déjà tentée au xtve siècle. Les extractions donnèrent des échantillons très-remarquables. Mais il a fallu suspendre les travaux, à cause de l'apathie des capitalistes à se réunir en association d’actionnaires. A Notre-Dame du Vilar de Vilallonga-dels- Monts, sont de belles roches de granit vert, parfois sanguin, susceptibles d’un poli parfait. A l'Atbère, des échantillons de granit rose avec cristaux de tourmaline.
Les eaux minérales abondent dans ce département. Celles d'Arles, de Verne! . de Molitg, de la Preste, de Vinça , des Graus et des Escaldes, jouissent d’une grande réputation, et celles du Boulou, qui se prennent en boisson, rivalisent avec les eaux de Vichy. Il y a plusieurs de ces établissements qui méritent d’être recommandés par les commodités qu’on y rencontre et leur bonne tenue.
Le département possède vingt-deux usines ii fer; elles contribuent à la production du 12e groupe pour 0,162 environ.
Il y a en exploitation dix-neuf mines de fer et une mine de cuivre.
Les forges de ce pays méritent quelque attention. Quantité de ces usines mettent en fusion les mines que la nature a renfermées dans les lianes du Canigou et donnent de la valeur à quelques bois disséminés sur les montagnes. Les premières qualités de fer se fabriquent à Velmanya, Nyer, Thuès et Sahorre.
Le département produit le plus beau miel et le plus estimé de France. Il est généralement connu sous le nom de miel de Narbonne. Il se récolte sur les montagnes d'Opoul, de Vingrau, de Tautavel et de Py.
L’éducation des vers à soie, négligée pendant longtemps. pyrknf.es. 35
est aujourd’hui l’objet de la plus vive sollicitude de quelques propriétaires. De vastes magnaneries sont disposées dans plusieurs localités, et leurs produits, les plus beaux elles plus estimés de la France, sont recherchés du commerce. Il existe à Perpignan une filature qui confectionne activement.
Caractère et mœurs. Les habitants de ces contrées ont un caractère qui les distingue des autres peuples de la France, et qui se modifie selon les localités qu’ils occupent. Jouissant d’un beau ciel, placés sur une terre féconde, les peuples qui vivent dans les Pyrénées-Orientales sont vifs et robustes, aiment l'indépendance, et cependant sont excellents soldats dès qu’ils sont |>liés à la discipline militaire. Les plaisirs bruyants sont ceux qui leur offrent le plus de charmes. En général, les jeux favoris sont des danses particulières au pays ; elles sont remarquables et offrent un objet d’étonnement à l’étranger : elles sont vives, gaies et gracieuses.
Le langage du pays vulgaire est le catalan : c’est un composé de latin corrompu et de mots pris chez les différents peuples qui envahirent l’Espagne et la Gaule Narbonnaise.
Nous aurions pu, sans gagner Toulouse, conduire le touriste de Bagnères-de-Luchon à Mont-Louis h travers un labyrinthe sans lin et sans routes bien déterminées, d’une série de montagnes, de cols et de vallées, d’où s’échappent tous les cours d’eau qui vont enrichir la Garonne ; mais c’eût été, à beaucoup de fatigues et même de dangers n’ajouter aucun intérêt nouveau. C’est donc de Toulouse que nous allons partir pour cette nouvelle excursion; nous pouvons suivre aussi la route de poste.
ROUTlà 2G.