QUATRIÈME PARTIE.— PYRÉNÉES-ORIENTALES
Route 26. — Do Bagnères-de-Luchon à Ax, 179 kil.. . . 614
Route 27. — De Toulouse à Ax, 122 kil 615
Route 28. — De Perpignan aux Bains d’Esealdas, par
Prades et Mont-Louis 624
Route 29. — De Perpignan aux Eaux de Vernet 631
Roule 30. — Les Bains de Molitg *...... 635
Roule 31. — Les Bains d'Arles ou d'Amélie-les-Bains. . 637
Route 32 — Les Bains de la Preste 661
Observations générales 663
ALLONS AUX PYRÉNÉES '
L’hiver, le long hiver a fui, les neiges ont disparu; 1 air est plus doux. Assis encore quelquefois au coin du leu , mais déjà respirant le souffle du printemps, nous méditons des excursions éloignées. Plus le froid a été rigoureux, plus nous jouissons en idée du plaisir d’abandonner nos foyers, plus nous éprouvons le besoin d’aller sur les plateaux des hautes montagnes, ou dans le fond des vallées, renouveler et rafraîchir une poitrine desséchée par la température brûlante d'un salon de Paris.
Chacun, selon sa fortune et ses goûts, quelquefois selon ses caprices, ses relations d’affaires ou d’amitié, dresse son itinéraire et prépare son rouleau d’or. Les uns iront au midi compter les voiles de nos flottes, et jouir de l’aspect animé qu’offrent les ports de la Méditerranée; d'autres voudront visiter la Belgique, cette terre de liberté plénière , où les hôtels sont si confortables. Les hauts et puissants seigneurs de la
1 Ces jolies pages, qui donnent un avant-goût si séduisant des Pyrénées, sont dues à M. A. ligron ; elles ont été imprimées pour la première fois en tète de notre édition de 1836.
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Bourse, les industriels heureux dans leurs entreprises, ou se flattant de l’être; ceux qui respirent avec délices l'odeur de la houille volatilisée, à qui le rosbif et la bière suffisent, les admirateurs enthousiastes du romancier écossais , passeront le détroit et visiteront cette contrée où, quoi qu’on en dise, le soleil ne se montre pas tous les jours, où les fruits les plus mûrs sont des pommes cuites 1 , où les' ouvriers mécontents brisent les métiers, où les élections ramènent chaque année de petites guerres civiles; où l’art de tuer son homme à coups de poing s’exerce librement dans la rue, près du poteau où la femme à vendre est attachée; où l’orgueil et le mépris pour les autres peuples, s'appellent l’esprit national..., mais où l’on trouve, il faut le confesser, une industrie qui tient du miracle, un esprit d’association qui enfante des merveilles; un pont sous la Tamise, construction gigantesque, mais à peu près inutile, due à un ingénieur français dont Napoléon n’avait pas reconnu le talent; des monuments vénérables, des ruines conservées avec un respect religieux ; des gazons si frais et si bien peignés, des parcs admirables, de petites auberges de village mieux tenues que certains hôtels de nos grandes villes; des montagnes, des vallées, dos rivières, de grands souvenirs, des fortunes au-dessus du calcul ordinaire, et les voleurs les plus polis, sur les plus beaux chemins du monde.
1 Mot de Caraccioli, attaché A l’ambassade de France en Angleterre.
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I) autres, appelés par le plaisir et une demi-nécessité aux bains de mer, viendront camper à Dieppe, et passer deux mois dans cette cité, rivale de Brighlon.
Le mont Dore, Vichy, Plombières, Baréges, Gantelets et Pornic auront aussi leurs baigneurs accoutumés; les malades, ou , ce qui vaut mieux , les soidisant malades, s’y rendront par ordonnance du médecin, pour respirer un air pur, se promener, jouer gros jeu et se guérir s’ils le peuvent.
Mais la foule imitatrice, les moutons de Panurge, où se rendront-ils? Gomme l’an passé, comme toutes les années passées, en Suisse, toujours en Suisse. Une jeune femme, un élégant, je dirai plus, un demi-savant se croiraient perdus de réputation s’ils consentaient à voyager en France, à s’amuser dans leur pays; s’ils trouvaient quelque plaisir à étudier les belles montagnes et les délicieux vallons que la Providence nous a départis. Cependant, vous qui savourez déjà le bonheur de sauter de rocher en loclier, de cascade en cascade, de torrent en torrent; artistes, qui voulez atout prix dessiner un chalet près de la chute de l’Aar, ou esquisser une blanche maison de sapin, avec sa galerie extérieure, ses frais rideaux de percale, dans l’Oberland bernois; vous qui brûlez d'affronter les précipices du Saint-Gothard, du Grimsel ou de la Furca; vous qui crovez sans examen qu’il n’existe rien de plus gracieux que ces routes sinueuses, ombragées et rafraîchies par des fontaines, qu’on suit en sortant de Lausanne, ou de Thun a Berne, lès bosquets de Maglan près du pont
ALLONS AUX PYRÉNÉES, de Sallanches, la délicieuse vallée de Meyringhen, et la navigation qui se fait en chantant le ranz des
vaches sur les lacs aux ondes hleues avant de
partir, écoutez-moi de grâce! Daignez essayer des Pyrénées1 , qui sont à vous; parcourez-les, soit que vous soyez entraînés par l'attrait du plaisir, de l’élude ou des arts, soit pour y retrouver la santé, ce trésor sans lequel les autres ne sont rien; et bientôt la mode, qui pousse exclusivement aujourd’hui vers la Suisse, ne permettra plus désormais d aller passer la belle saison ailleurs qu’au milieu de nos montagnes, si vastes et si variées, qui s’étendent depuis la jolie ville de Bayonne jusqu’à celle de Perpignan, non moins remarquable par son industrie, son miel , ses vins, que par ses fortifications nouvellement réparées, 1 aspect du Canigou, ce point culminant du groupe pyrénaïque, comme a dit notre savant Malte-Brun , toujours couvert de neige , et celui de la mer qui se déploie dans le lointain.
a Quel que soit votre génie, dirai-je à tin poêle , « partez, parlez pour les Pyrénées, croyez-en le vieil « ami des muses antiques et modernes; pénétrez « hardiment jusqu’au centre de ces monts pilto- « resques; allez-y lire quelques-unes des plus belles « pages de la nature, d’après laquelle tous nos livres
> Jouissez de l’azur des eaux (ransparenles, de la blancheur éclatante des maisons rjui rivalise avec la blancheur étincelante des cascades et des neiges éternelles : admirable effet que produit cette reunion de beautés naturelles! — Etudiez ses grés rouges, ses granits et ses marbres amènes à grands frais pour les palais de Versailles et de Mai l) .
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« sont faits. Poètes tragiques, vous n’y manquerez « pas de Cithérons : des odes, vous en composerez « malgré vous sur le pic du Midi, des géorgiques à « Campan, des satires à Bagnères', des idylles à « Cauterets, des romans à Saint-Sauveur , à Baréges « de plaintives élégies; et partout vous pourrez vous « livrer aux plus hautes considérations... Mais si « quelqu’un, mieux inspiré, avait l’audace de tenter « l’épopée, qu’il se hâte de parcourir, de voir et de « revoir la prophétique vallée de Gavarnie , et sa « célèbre cascade (dont la hauteur est de quatre « cent onze mètres), où le passé renaît, où l’avenir « se révèle 8. »
Mais comme le siècle où nous vivons veut du positif et non de la poésie, justifions par des faits et par une statistique consciencieuse notre enthousiasme si légitime pour les belles contrées dont nous nous faisons le défenseur et le panégyriste.
Aimez-vous les sites sévères, terribles, les rochers nus, les glaciers entrouverts, les gouffres sans fond? Vous en aurez; car les Pyrénées renferment des montagnes de toutes les hauteurs et de toutes les formes, qui peuvent satisfaire aux goûts les plus bizarres, aux exigences les plus difficiles1 * 3.
1 Ville si propre, (|u’on dirait qu'un roi île France l’a fait acheter en Hollande, pour servir de modèle i ses sujets des provinces méridionales.
1 Dussault, Vnyage à Barcget, etc.
3 Un Anglais, fort instruit et fort aimable, me disait à une table d'hôte, en Suisse, qu’il n'aimait de la nature que les horreurs ;
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Vous plaît-il de voyager les pieds armés de crampons, vous appuyant avec adresse sur un bâton ferré de six pieds de longueur, entre vingt, entre cent passages plus périlleux les uns <pie les autres? Tentez l’ascension à la Brèche de Roland (ce nom si antique et si glorieux vaut tous ceux qu’on peut faire sonner à votre oreille dans la Suisse); après quelques petites ditlicultés, qui ne sont pas dignes de votre courage, attaquez gaillardement l'endroit où les neiges accumulées font un ressaut semblable à une terrasse étroite. Alors écoutez, de sang-froid votre guide qui marche là comme sur le grand chemin, et vous dit : « Allons, monsieur, appuyez ferme « sur le pied , il n’y a pas de danger; mais s’il vous « manque, vous ne mangerez jamais de pain '.» Et il vous dira vrai; car vous aurez devant vous une pente de trois cents pieds de neige , au bas de laquelle vous serez reçu par des rochers... I)i,talem avertite casum!
Mais aussi quel ample dédommagement de cette audacieuse entreprise! Figurez-vous dans une immense muraille un créneau de plusieurs centaines de pieds d’ouverture et de hauteur; par cette fenêtre
que plus un lieu riait sauvage, plus il jouissait. Il voyageait seul , cherchant îles précipices, comme don Quichotte les aventures : il ne se plaisait qu'au milieu des ravins, au bruit des torrents. Assis sur le tronc d’un arbre déraciné par la tempête, il admirait la nature dans scs fureurs, comme un autre aime à la contempler dans les scènes les plus riantes. I)u reste, sa sauvagerie ne nuisait point à la variété de ses connaissances ni à l'amcuité de son caractère.
1 Promenade de Paris à Bagnéres-de-Luchon, etc.
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immense, vous regardez en Espagne, en Espagne où il y a toujours quelque chose à voir. Votre vue n’aura de bornes que les limites de ses facultés. Entrez dans la brèche par le côté droit, et reposezvous sous le hangar formé par la saillie d’un rocher qui porte un plafond de quelques centaines de pieds d’épaisseur. De ce haut et impérissable observatoire, remarquez à gauche le mont Perdu , sommet le plus éminent de cette immense masse calcaire qu’on appelle le Marborc; à vos pieds s’étend une belle vallée de neige, après laquelle la montagne nommée Millory vous représente fort bien la coupole de la halle au Blé de Paris. Au delà vous aurez toutes les montagnes de l’ Aragon, et le tableau sera complet; il ne manquera rien à vos jouissances si un troupeau d’isards passe à deux cents pas de vous sur ce plateau dont je vous ai fait si grand’peur. Ces jolis animaux, leurs mouvements gracieux et légers, leur attitude inquiète, leur robe brune , formeront un contraste des plus agréables avec le désert blanc et silencieux qu’ils auront la complaisance de traverser dans tous les sens, en vous regardant chaque fois avec une vive curiosité , que vous partagerez, j’en suis sûr; puis vous redescendrez la montagne lestement, et dix heures auront suffi à tout ce travail, à tous ces plaisirs.
Comme les horreurs ne sont pas du goût de tout le monde, je ne conseillerai qu’aux têtes fortes d’approcher, même en tremblant , de cette crevasse étroite et profonde où en 182... le Nestor des guides.
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le patriarche des Pyrénées, s’élançant an-devant de deux élèves des mines, pour les prémunir contre le danger imminent de la route qu’ils suivaient, s’enfonça tout à coup et pour toujours devant ces jeunes gens terrifiés. On entendait les gémissements sourds, les dernières paroles de ce vieillard qui, brisé par les roches aiguës, s’écriait : « Dieu, ayez pitié de moi! « je m’enfonce, je péris.» Les cheveux des voyageurs se hérissaient sur leur tète : ce fut en vain qu'ils réunirent leurs pieux efforts à ceux d’un fils désolé, que la clameur publique avait instruit de son malheur, et qui venait d’accourir sur les bords de l'abîme pour n’embrasser qu’un cadavre*.
Empressés de vous arracher à ces rochers encore teints de sang, enfoncez-vous avec moi dans quelques-unes des vallées fertiles que traversent mille ruisseaux, que des montagnes couvertes d’une riche végétation protègent contre les vents du nord , et qu’anime une population heureuse. Entrez dans la vallée de Campan-, tant de fois décrite, ou plutôt esquissée : c’est le Tempé des hautes Pyrénées. A mesure que vous avancerez dans cette vallée, les montagnes qui la bordent s’exhausseront davantage; le versant du côté gauche vous présentera des escar-
i L’un de ces intrépides voyageurs est M. Ed. Blavier, aujourd’hui ingénieur des mines, ex-directeur des mines d'Anzin, et père de trois fils que l’école Polytechnique a comptés dans ses rangs glorieux. C’eût été dommage que tant d'avenir eut été englouti dans la fente d'un rocher!
s Près de Bagnéres-dc-Bigorrc.
ALLONS AUX PYRÉNÉES, pements de plus en plus rapides, tandis que celui du côté droit vous offrira des formes arrondies et une végétation plus active et plus riante. Alors se déroulera devant vos yeux charmés tout ce que cette belle vallée a d’attrayant et de magique; alors se déploiera le brillant ensemble des beautés pittoresques et des contrastes dont abonde son enceinte montagneuse. Ici, la vie, une culture variée, des jardins, des habitations d’une élégante uniformité, des fontaines, des moissons, enfin un amphithéâtre couronné par une forêt de sapins, dont l’éternelle verdure et la vétusté contrastent avec le renouvellement annuel des productions de la région inférieure. De l’autre côté de l’Adour, opposition complète : montagne aride, hérissée de toutes parts, sans traces de végétation, surmontée par des sommités plus stériles encore. Où trouver un assemblage aussi merveilleux des beautés de la nature et de celles qui sont le fruit de l’industrie humaine?
Vous visiterez aussi avec intérêt cette rjrollc de Campan , si fameuse par ses stalactites et les formes magiques qu’elles affectent ou plutôt qu'on leur prêle. Des colonnes, des frises , des chapiteaux et tonte une architecture fantastique arrêteront à chaque instant vos pas1. Mais oserez-vous parcourir
i A quelques lieues de Spa, les grottes de Rcmouchanl, décou. verles par un Anglais, il y a peu d’années, présentent les mêmes phénomènes, les mêmes bizarreries. Le voyage entrepris par le touriste sous ces voûtes ténébreuses cl sur un sol glissant ne manque pas d’intérêt. Je crois avoir vu des palmiers, des élé-
lu
ALLONS AUX PYRÉNÉES, tous les détours de ce sombre labyrinthe, et voudrezvous grossir la foule des curieux qui laissent , sur l’immense plateau qui obstrue la voûte, tant de noms connus et inconnus, à côté de cette comtesse de Brionne, si célèbre par sa beauté, plus célèbre encore par ses revers? L'admirable vallée d’Argelez 1 a des beautés d’un autre ordre; un paysagiste ne l’eût pas mieux ouverte et mieux fermée : elle renferme, dans l’étendue d’une lieue, entre le fond de son bassin et ses hauteurs, trente-trois villages. C’est sur la terrasse de l’antique abbaye de Saint-Savin, placée à mi-côte, c’est-à-dire dans la véritable perspective du tableau, qu’il faut en considérer l’ensemble et les détails. Debout sur ce promontoire dès la pointe du jour, voyez le brouillard descendre au-dessous de vos pieds, s’étendre comme une mer immense et llotter entre les montagnes et jusque dans leurs moindres sinuosités, puis, après mille phénomènes*, s’élever
pliants, îles statues, îles temples, etc. Mes yeux m'ont peut-être trompé; mais l’excursion n'en a pas été moins curieuse ni moins amusante.
t Prés de la petite ville de Lourde*, renommée à juste litre pour son chocolat exquis.
s Prêt à gravir le Saint-G.olhard, j'ai été témoin du même spectacle. Les nuages, au fond de la vallée, s’élevaient et s'abaissaient successivement, comme des toiles à l'Opéra, tantôt affectant des couleurs grisâtres, tantôt revêtant des teintes moins sombres, selon que la lumière les éclairait. L’anxiété que l’on éprouve pendant que se déroulent devant vous ces vastes décorations, le piaffement des chevaux qui attendent à la porte de l’hôtel, l’impatience des voyageurs, la parole rassurante du sommelier qui conseille l’ascension longue et agréable, c’est là une scène alpestre qui ne s’oublie jamais.
ALLONS AUX PYRÉNÉES
dans l’air, semblable à une pluie d’or qui voile même le disque du soleil.
La vallée, délivrée enfin des vapeurs, vous apparaîtra fraîche de la rosée et brillante du soleil ; la scène en un instant sera tellement éclairée que vous verrez jusqu’à l’écume des torrents et au vol des oiseaux. Argelez-, comme une rose nouvellement épanouie, vous montrera ses bois, ses coteaux, ses plaines vertes de blé naissant, ou noires d’un récent labour; ses étages nombreux couverts de hameaux et de pâturages, ses bosquets au feuillage jaunâtre, enfin des glaces et des rochers menaçants : et il y aura dans le mouvement des oiseaux et des animaux de toute espèce, dans le bruit des sonnettes et les aboiements des chiens, dans celui plus confus des vents et des eaux mêlé et adouci par la distance, une vie si étendue, si variée, si calme, que vous éprouverez malgré vous je ne sais quelles idées douces , consolantes, immenses, qui vous rempliront d’amour pour l’Auteur de la nature et de confiance dans ses œuvres *.
La vallée de Bétharam, avec sa charmante chapelle, témoin des plus grandes solennités religieuses, le 45 août et le 8 septembre , lors des fêtes en l’honneur de la sainte Vierge, avec son calvaire aérien, type du calvaire bâti près de la capitale, doit plaire aux voyageurs qui redoutent les fatigues et les dan-
1 Lue parlie de celle description si brillante esl empruntée Jl. TniRRS, auteur d’un ouvrage intitulé les Pyrénées-
ALLONS AUX PVKÉNÉES.
gers d’une ascension; car, loin de s’enfoncer dans la chaîne des Pyrénées, elle ne fait qu’en longer, de l’ouest à l’est, les premiers gradins, dont les formes surbaissées et arrondies invitent les plus timides à la visiter. Sur l’esplanade pratiquée au pied de la croix est un point d’optique ravissant. Votre vue embrassera le vaste horizon de la plaine et du bassin du Gave d’un côté, et de l’autre les innombrables accidents de sol, de végétation, de verdure, de coloris, que vous présenteront la vaste base de l’amphithéâtre des monts et leurs cimes chenues, parmi lesquelles vous distinguerez celle d’Asson. Après Bétharam, vous traverserez un pont d’une seule arche, orné de lierre et construit entre deux culées naturelles, stables comme les Pyrénées elles-mêmes. Là, le gave de Pau vous apparaîtra blanchi d’écume par les rocs qu’il baigne de ses eaux resserrées, et un tertre couronné de verdure dominera le pont si pittoresque où finit le Béarn et où commence le Bigorre.
Est-ce à présent, je le demande à des Français, aux amateurs de paysages frais et gracieux, la peine de courir en Suisse? Ces échantillons de vallées ne suffisent-ils pas pour nous dispenser de recommander avec plus d’insistance ces beautés naturelles? N’annoncent-ils pas dans les Pyrénées une nature plus riche, plus variée, surtout plus chaude, comme disent les peintres, que ces entonnoirs froids et profonds, où coulent à la vérité des eaux abondantes, mais que colorent plus rarement les feux du soleil? Et une scène sans soleil a quelque chose d’inanimé.
ALLONS AUX PVRÉNÉES.
de mort, qui glace l’imagination, vous attriste et vous fait peur.
Que si la botanique a pour vous des attraits puissants, vous nagerez au milieu des richesses. « Tout « est couvert de plantes alpestres, dont les vives « couleurs répètent tantôt l’or des rayons solaires , « tantôt la blancheur éclatante des neiges qui les « avoisinent, tantôt la pourpre de l’aurore. Exposées « aux insultes de la froidure, elles ne s'effrayent pas « des neiges mêmes qui subsistent les deux tiers de « l’année, et sortent toutes fleuries des frimas que le « mois de juin seul fait disparaître '.»
Vous foulerez ces mêmes montagnes où Tournefort, dévoré du besoin de s’instruire, passait les jours et les nuits, vivant de quelques tranches de pain noir, dans lesquelles il cachait des réaux pour les soustraire à la rapacité des miquelets. A votre retour, quel bonheur d’étaler devant vos amis, pendant les sombres journées d’hiver, vos trésors; de nommer ces Heurs inconnues , de les montrer avec joie, avec un certain orgueil, bien rangées dans votre herbier; de dire : Combien il m’a fallu de peine et de temps pour trouver cette saxifrage aux feuilles longues, étroites et édentées! Voyez la panicule de belles fleurs blanches que supporte une tige de trois pieds? C’est vers le centre de la chaîne, dans la fente des rochers, à une hauteur de plus de 1,500 mètres, que j’ai pu la rencontrer! Admirez un peu ce Ita-