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A partir de ce point, la vallée se rétrécit, les montagnes prennent un aspect plus sévère, et tout vous fait deviner une nature plus sublime et plus grandiose; à I kil. 3 4 environ, vous apercevez, sur la rive opposée du gave, le hameau de
Castels, caché pour ainsi dire sous la verdure et derrière nue masse de rochers , sur l’un desquels se trouvent les ruines de Castet-Gelos, château bâti par Gaston Pliœbus, et ancienne résidence des vicomtes de la vallée ; dans le même bassin que Castels, mais sur la rive opposée, vous arrivez à
Bielle, 1 'ancienne capitale de toute la vallée. — L’église de ce village passe pour être la plus belle de toutes celles de ce district : on y remarque quatre colonnes de marbre, que Henri IV admirait tant, qu’il finit par les demander aux habitants, qui lui firent cette réponse ingénieuse : «Nos cœurs et nos biens sont à vous, disposez-en à votre volonté ; quant aux colonnes, elles appartiennent à Dieu; entendez-vous-en avec lui. » Si l’histoire est vraie, les colonnes n’auraient pu frapper l’imagination de Henri que lorsque enfant il parcourait ses montagnes natales, tant elles sont médiocres. — Cette église renferme le coffre dans lequel on conserve les archivos de la vallée d’Ossau.
Mosaïques romaines découvertes en 1248 ; ruines d’une abbaye de Bénédictins.
Au delà de la Bielle, plus nous avançons, plus notre route se trouve resserrée entre les montagnes, qui semblent vouloir se joindre ensemble pour barrer le passage au voyageur; les versants de droite sont couverts de hêtres et de sapins ; ceux de gauche sont tout à fait nus et d’un triste aspect; enfin, la route est tellement rétrécie, lorsqu’on entre dans Laruns, que deux voitures seulement pourraient y marcher de front. Nous avons traversé successivement Belesten, Gère, et Geteu. — Au sortir de ce dernier village, on voit à gauche, sur la montagne, la carrière de marbre blanc de Louvie- Soubiron, en pleine exploitation.
LftrnilS. — Ce bourg, à 38 kil. de Pau, est situé à l’extrémité septentrionale du bassin de ce nom, et semble être le dernier endroit habitable de cette vallée; de hauts pics l’entourent de tous côtés, du milieu desquels le pic de Ger élève majestueusement sa tète dénudée : l’église de Laruns est très-ancienne (elle date des xve et xvt* siècles), et son bénitier de marbre est assez curieux. — La place est
DK l'Al AUX li A U X-BON N ES. — LÀ K L NS. 193
ornée d’une fontaine moderne assez jolie, en marbre de Gabas.
En sortant de ce lieu, la route reprend sa largeur ; alors le voyageur suppose qu’il est arrivé à l’extrémité de la vallée. tant il est difficile d’apercevoir l’issue par oii vous devez sortir de celle espèce de cul-de-sac que la montagne Hnurnt semble fermer de tous côtés ; mais enlin un passage se présente ; vous franchissez, sur un pont de bois, le furieux et dangereux torrent de VAriousé, le plus souvent à sec, mais véritable avalanche de blocs et de débris de tous genres, qu’entraînent ïi leur suite les orages et la fonte des neiges. Bientôt on atteint le pied de la montagne : là deux roules s'offrent au voyageur; celle qui diverge à droite, et qui est assez large, maisescarpée, conduit aux Eaux-Chaudes, par la côte de Hou rat, et celle de gauche vous mène aux Eaux-Bonne s. — La distance de ce point à ces deux établissements thermaux est de i kil.
Si le pays que le voyageur vient de traverser lui a révélé des beautés que la nature ne présente que dans les contrées alpines, il a dû aussi être frappé des mœurs et des costumes que les habitants de la vallée d’Ossau conservent depuis des temps très-reculés : les femmes se distinguent par le capulet écarlate, qui leur sert tout à la fois de bonnet et de châle; et lelie est leur activité que, soit qu’elles se reposent, soit qu’elles marchent, même avec un fardeau sur lrur tête, vous ne les voyez jamais sans leur quenoudle et leur fuseau à la main; quant à leur conformation, elles sont en général moins bien favorisées que les hommes, ce qu’on pourrait attribuer aux travaux pénibles auxquelles elles sont assujetties ; car rien n’est plus commun que de les voir conduire la charrue et porter sur leur tête les engrais destinés à fertiliser leurs champs. — Il ne s’ensuit pas de là que les hommes restent oisifs; mais ils sont absents : ils sont allés sur les hauts pâturages des montagnes faire paître leurs troupeaux et leur bétail, ou bien ils suivent la dure profession de charbonniers ou de bâcherons.
I je. costume des hommes est tout à la fois original et pittoresque ; ils portent le béret, espèce de casquette, ordinairement de drap brun, avec de courtes jaquettes et des culottes qui ne dépassent pas le genou; tous ces vêtements sont de la couleur naturelle 5 la laine que leur donnent leurs
moutons. — Pour se garantir soit de la pluie soit du froid, ils font usage d’un capa, espèce de sac non cousu à une des des extrémités , qu’ils mettent sur leur tète et qui descend le long du dos; enfin si le voyageur est curieux de connaître les habitants du val d'Ossau, et qu’il soit dans le pays à cette époque, qu’il assiste aux fêtes et aux danses champêtres qui ont lieu tous les ans, le 15 d’août, à Larum ; là il pourra juger et de l’homme d’aujourd’hui et du costume et de la danse d’autrefois; car rien n’a changé.
Laissant à droite la nouvelle rampe qui conduit aux Eaux-Chaudes , le voyageur traverse bientôt sur un pont de marbre le ijuve de (lobas, qui vient des Eaux-Chaudes, et tournant vers l’est, il cotoie en montant la triste forêt d’Assouslc, qui couvre tous les versants du midi. Au niveau du château d' Espalungue, situé à gauche au milieu des prairies, cl qui appartient à M. de Luron, la route joint le \ alentin, dont les eaux mugissantes et profondément encaissées ont creusé la petite vallée des Eaux-Donnes. Sur la droite se voient suspendus les villages d’Assouste et d’Aas. Les bords du chemin sont taillés dans les lianes de la montagne de droite, cachant encore quelque temps la vue du village des Eaux-Donnes ; on y louche déjà que l'on s’en croirait à une grande distance ; niais bientôt il apparaît avec ses blanches maisons, sa belle allée de peupliers et son site retiré et sombre, dominé par la cime hardie du pic de Ger C
C’est à l’administration de M. de Castellane, préfet des Basses-Pyrénées sous l’Empire, que l’on doit la belle rampe qui existe aujourd’hui. Avant celte époque, on n’arrivailaux Eaux-Bonnes que par un sentier tout à fait impraticable aux voitures.
« Le chemin qui conduit de Pau aux Eaux-Bonnes, dit AL Nisard, est délicieux. Je voudrais bien avoir assez d’imagination et assez d’esprit pour vous le faire faire avec moi.
« En face de la ville, une route blanche comme une allée de parc entre dans ces premières collines, qui forment comme l’un des bords de l’immense bassin qu’on appelle la vallée de Pau. Arrivée au pied du coteau, elle tourne brusquement à gauche, et entre dans un de ces vallons frais cl boisés qui viennent se verser dans la grande vallée. Des bois
1 M. Lemonnier.
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descendent jusqu'au bord du chemin qui rampe le long du coteau, et se plie à toutes ses sinuosités ; une petite rivière cachée sous des saules coule dans le fond du vallon parallèlement au chemin, si bien que le voyageur marche toujours entre deux fraîcheurs, celle de l’ombre et celle des eaux. Il y a aussi des bois sur la montagne opposée, mais ces bois ne descendent pas jusqu’au bas; ils s’arrêtent à mi-côte; des vignes ou des prairies répandues sur le penchant et dans le vallon, d’un bout louchent les eaux de la petite rivière, de l’autre bout vont rejoindre la lisière de ces bois. Bien de plus souple que les mouvements de ces deux petites chaînes; elles sont sinueuses comme la rivière : tantôt vous les voyez rentrer et comme se creuser, tantôt saillir en coudes, tantôt tracer une ligne droite qu’elles rompent brusquement par un détour; elles s’écartent, elles se rapprochent, ici elles s’ouvrent tout à coup comme une décoration d’attente qui en cachait une autre, et laissent voir le pic du Midi, qui garde ses neiges toute l’année; puis elles se referment, et réduisent ainsi votre horizon et votre ciel pendant quelques lieues.
« Plus loin, le chemin change ; vous quittez le vallon pour entrer dans une gorge. Une autre chaîne de montagnes forme cette gorge; une autre rivière coule au fond; la jolie route blanche s’y engage en se rétrécissant, en s’eflilant, et marche encore de compagnie avec la rivière; car c'est le même tableau que tout à l’heure, mais en miniature, et avec des diversités ravissantes. Ainsi, entre les deux montagnes opposées, il n’y a plus de place pour des prairies ; il y en a tout juste pour le lit de la rivière; la route n’a pu s’y faufiler qu’en faisant une entaille au pied de l’un des monts. Ainsi encore la rivière, au lieu d’être cachée, est découverte, et ses belles eaux, d’un bleu vert, se saturent des rayons du soleil, qui plonge en plein au fond de la gorge. Le lit de cette rivière est une suite sans fin de petites chutes, de petites cascatelles, ni plus hautes, ni plus bruyantes que ces digues que fait un enfant avec quelques poignées de sable. On dirait qu’elle descend un escalier dont les degrés ont été calculés de manière à courir pendant deux ou trois lieues sur une pente de quelques vingt pieds à peine de hauteur. Les jeux de lumière et les murmures de cette eau me charmaient les yeux et les oreilles :
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on ne peut pas plus cesser de la regarder que cesser de l’enlendre. Toute la gorge est d’ailleurs pleine de solitude et de calme. L’horizon, de tous côtés, n’a pas plus de cent pas; la plus faihle vue suflit pour l’atteindre ; tout est à la portée de la main.
* L’escarpement des montagnes, leur aridité, qui est cachée par la verdure, les défendent contre le travail de l’homme. Çà et là seulement il pousse quelques fougères, qu’on coupe tous les trois ans pour faire la litière aux hèles ; encore faut-il avoir le pied sûr d'un montagnard pour aller faire celle stérile récolte sur des pentes raides et glissantes. De toutes parts on est inondé d’ombrages et de murmures. L’œil lixé sur la rivière aux innombrables cascades, on remonte doucement son cours au milieu de mille rêveries ; on ne sent plus le poids du corps ; on est emporté, comme dans les songes, vers le pays inconnu d’où viennent des eaux si fraîches et si lumineuses; on oublie d’où l’on est venu et pourquoi l’on est venu ; la pensée fait silence ; on n’est (|ue sens et instinct : on voudrait que la roule disparut et vous laissât seul au milieu de cette solitude, perdu dans celte gorge profonde, entouré par un horizon ni trop grand ni trop petit pour l'homme, parmi tous ces bruits d'eaux, de feuillages, d’oiseaux, si longtemps étouffés par les neiges d'hiver, qui, dans les Pyrénées, font quelquefois taire même les torrents.
« Tout à coup, comme par un effet de théâtre, vous vous trouvez ramené aux idées positives par la vue d’un moulin, hélas ! et aux idées tristes par la vue de mendiants qui attendent le voyageur au sortir de la gorge, et sont en station autour dû moulin où l’on moud le pain. Ce n’est pas la route qui vous quitte, c’est la petite rivière en escalier qui fait un crochet, et passe de droite à gauche, sans que vous sachiez comment ; ce sont aussi les deux petites chaînes qui s’évasent pour vous faire jouir du panorama du moulin, puis s’affaissent peu à peu et se confondent avec la plaine. De ce moulin jusqu’aux grandes montagnes, il y a quelques lieues de pays cultivé, d’aspect agréable, mais peu remarquable. Bientôt le sol monte, s’entasse, et vous arrivez sur un immense plateau, d’où l’on voit dans le lointain, mais avec une netteté qui trompe sur la distance, surgir les vraies Pyrénées avec leurs sommets de neige, et déboucher la vallée
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d’Ossau, avec son gave scintillant , ses riches cultures, sa chaude lumière, et au bout le pic du Midi, dont elle paraît être l’avenue, digne avenue de l’une des plus hautes montagnes de l’Europe.
« On fait une pause à l’entrée de la vallée, dans un petit village, gai, riche, répandu sur les bords du gave, dont l’auberge vous donne des truites fraîches pour déjeuner et pour dîner, selon l’heure, et un guide pour vous conduire à une grotte horriblement dégradée parles Anglais, et dont ils ont emporté par morceaux, dans leurs poches, les plus précieuses stalactites.
« La vallée d’Ossau, dont l’entrée est si majestueuse du côté de la France, n’a qu'une étroite issue du côté de l’Espagne. Formée par deux chaînes parallèles qui se prolongent pendant trois longues lieues, elle est coupée tout à coup par une autre chaîne transversale qui semble lui fermer le passage. .Mais les hommes ne se sont pas arrêtés devant cet obstacle : ils ont tenté de franchir cette chaîne sur deux points. D’abord, en face même de la vallée, ils ont gravi la montagne presque à pic, et. arrivés au sommet, ils ont vu une gorge profonde, et, au fond de cette gorge, le torrent qui, dans la vallée d’Ossau, deviendra le gave. d’Ossau. Cette gorge et ce torrent conduisent aux Eaux-Chaudes, autre établissement thermal, et, de là, au pic du Midi, que vous avez vu si souvent se dresser devant vous, au bout de toutes les vallées, au sortir de toutes les gorges, que vous avez cru si près de vous, et que vous ne pouvez jamais atteindre. L’Espagne est au delà.
« Sur l’autre point, à gauche, les hommes ont tracé sur le revers de la montagne un chemin qui va en louvoyant, en biaisant, jusqu’au petit village des Eaux-Bonnes. Il n’y a rien au delà, que des montagnes entassées les unes sur les autres, qui se pressent pêle-mêle sur ce point, et ne livrent passage qu’au hardi piéton, et peut-être à son petit cheval de montagne. Les Eaux-Bonnes semblent être à la fin de la terre. La route vient mourir à la porte de l’auberge.
« Cette route et celle des Eaux-Chaudes n’ont d’abord été que des sentiers. On arrivait aux eaux bienfaisantes en litière ou en chaise, sur le dos de vigoureux porteurs. Dans le dernier siècle , un administrateur «le cette partie de la France se servit de l’énergique moyen des corvées pour
1 i)8 PYRÉNÉES.— tHOUTE 8.
faire sauter les rochers, couper les terres, cl remplacer les sentiers par deux roules. Grâce à lui, la grande route de la vallée d'Ossau, qui s’arrêtait devant le formidable obstacle d’une montagne infranchissable, se continue par deux embranchements dont l'un mène aux Eaux-Cliaudes et l’autre aux Eaux-lionnes. La route et ses embranchements n’ont rien à envier aux routes anglaises. Le département en a soin, et fait bien dans son intérêt comme dans celui de tous.
« Les chemins, dans les montagnes, suivent le cours des eaux. C’est un torrent qui a fait trouver les Eaux-Bonnes; c’est un torrent qui a fait trouver les Eaux-Cliaudes.
« Quand on n’entend pas, on est effrayé de ces solitudes sans issue.
« Le chemin qui conduit aux Eaux-Bonnes passe à travers des prés et d’autres cultures. Il monte doucement, avec précaution, éludant les difficultés que lui présente la montagne ; il tourne ce qu'il 11e peut franchir; il serpente, il fait des zigzags, et revient sur lui-même; quelquefois même il descend pour pouvoir remonter à un meilleur moment. Ce chemin, c’est la pensée de l’ingénieur qui a consulté tous les mouvements du sol. Ces mouvements sont infinis. De loin, ce revers île montagne présentait l’aspect d’une surface unie formée de grandes lignes régulières ; de près, le sol change de face en un instant. Au lieu de grandes lignes, vous avez des brisures à l'infini. Rien de plus souple ni de plus capricieux que le dos de ce géant. La terr<' végétale recouvre des hauteurs que l’on croirait des rochers arides ; ailleurs, le rocher prend la place de la terre végétale, et vous voyez des surfaces planes sans un brin d’herbe, et des escarpements revêtus de prairies. L’homme dans son travail fait avec la terre des angles de toute grandeur; tantôt l’angle si aigu, qu’il semble que la tête de l’homme soit aussi près de la terre que ses jambes; tantôt si obtus, qu’on dirait qu’il va tomber à la renverse. Le centre de gravité se déplace tous les dix pas. Ici l’homme est perpendiculaire au sol; ailleurs le sol fait un cercle dont l’homme est la corde. Pour couper les prés, le montagnard se sert tour à tour de deux instruments : la serpe et la faux. Là où le sol est courbe, il emploie la serpe; là oit le sol est droit, il emploie la faux. Les vieux se chargent des parties planes ou des pentes trèsdouces ; les jeunes, des parties escarpées, des pics de terre,