‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 69 sur 226 · LES EAUX-CHAUDES · texte numérisé non relu

LES EAUX-CHAUDES

jour, et moins cher encore, relativement, quand on prend un appartement pour la saison.

La nourriture, à table d’hôte, déjeuner et dîner» se paye l fr. par jour. — Si l’on veut se faire servir dans son appartement, ce prix subit une légère augmentation, qui est alors à débattre. — Les comestibles de tous genres sont abondamment fournis par les habitants du voisinage. Les truites des lacs et du gave, ainsi que le mouton de Laruns, sont délicieux.

On jouit aux Eaux-Cbaudes d’un climat tempéré, avantage qui ne se rencontre pas ordinairement dans les localités thermales, et qui devra, dans beaucoup de cas, faire préférer ce séjour ii celui des Eaux-Bonnes. Les orages n’y sont pas rares, mais leurs ellets ne sont point à redouter.

Aux Chasseurs. — Aux Pécheurs. — Guides. — Chevaux. — Voitures. « C'est ici, dit M. Moreau, que le chasseur peut prendre ses ébats; il y trouvera de nombreuses occasions de faire un beau coup de fusil. Comme à mes compagnons des Eaux-Bonnes, je lui interdis la chasse à l’ours, pour des raisons qu’il trouvera déduites au chapitre qui porte ce litre. Je l’invite fortement comme eux, à faire la guerre aux isards. On peut dire que c’est ici la patrie de ce gibier des montagnes. Car on voit, par bandes de quarante à cinquante, courir, sauter de rocher en rocher, l’Isard, ce joli petit animal, tout à la (ois chevreuil, chamois, et que Linnée appelle antilope Rupicapra. — Le Coq de bruyère, la Perdrix rouge, la Perdrix blanche, s’y rencontrent fréquemment; il faut aller les chercher surtout aux pics d’Arcizet, de Gazie et de Sesque. Dans une battue, il n’est pas rare de trouver un renard, un chat sauvage; quelquefois même, ainsi qu’il m’est arrivé, on est assez heureux pour apercevoir une Biche, enfant égaré des forêts d’Aragon. Je n’ai pu en tuer, en tirer, c’est vrai ; mais en voir, c’est bien déjà quelque chose. — Wagram , Mac-Mahon , de Plaisance, et vous tous illustres veneurs, mes doctes maîtres, ne frémissez pas, ne vous indignez pas à l’idée d’une noble biche tombant sous uu ignoble plomb! La montagne n’est plus de votre domaine. - Vos coursiers rapides, vos anglo-bâtards, votre science, tout cela y serait impuissant. Aussi ce qui partout ailleurs serait une monstruosité, oser tirer sur un cerf, est ici de bonne guerre.

« L'amateur de pêche peut exercer sa patience avec fruit aux lacs A' Aule, renommé par ses truites saumonées, d'Ârtouste, si abondant en petites truites blanches; enlin, sur tout le cours du gave de Gabas jusqu'à la Case de Brousseite.

« Les guides de promenades, de chasses, se payent i à b l'r. par jour, non compris la nourriture. Ils sont, en général, plus accommodants que ceux des Eaux-Bonnes : beaucoup d’entre eux demeurent à Laruns; mais, quand on en a besoin, il se présente journellement vingt occasions de les faire prévenir. Pour de grandes courses, par exemple, pour l’ascension au pic du Midi, sans vouloir diminuer le mérite des autres, dont j’ai oublié les noms, je vous recommande Biraben dit Jeun-Dot, Biaise Luronne, Vignau, Bernard Salnare, Bertrand le Baigneur, Camille. Ce sont de braves montagnards, des chasseurs adroits, intrépides

« Si vous avez quelques conseils à demander sur une longue excursion , sur une course peu connue, sur une ascension périlleuse (les jeunes gens n’ont pas tout vu , ils n’en savent pas assez), allez trouver le père Barrés, Nestor des guides, maintenant propriétaire aux Eaux-Chaudes. C’est un homme bien précieux à consulter, et d’avance je suis sûr qu’il vous aidera avec empressement des conseils de sa longue expérience. »

Un cheval se paye environ 3 fr. par jour.

Une voiture pour promenade se paye de 10 à 12 et 1b fr., en raison du plus ou moins de longueur de la course, selon qu’elle offre plus ou moins de fatigue.

Votre maître d’hôtel vous indiquera les loueurs de chevaux et de voilures auxquels vous devez de préférence vous adresser.

l'orteurs. — Pour aller aux bains et revenir, 50 centimes. — Quant aux courses, le tarif officiel est muet, vous devez donc débattre et bien arrêter vos prix , toujours autant que possible devant témoins.

« Pour tout ce qui tient à une transaction financière, à une vente, à une location , enfin toutes les fois qu’il s’agit «l’argent, le caractère des habitants de ce coin de la vallée

t Nous ajouterons les suivants : Barh , Grangè , Pedoiius , Bernard Larrouy dit Roche.

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d’Ossau conserve le même cachet que celui de toute la vallée, et du Béarn entier... Ils savent parfaitement servir leurs intérêts sous les dehors d'une politesse et d’une affabilité rares chez des paysans. C’est peut-être cette habitude, que quant à moi je trouve de bon goût, et que je préfère à l’avidité chicanière et de mauvaise compagnie de certaines provinces de France, qui a donné lieu à cet injuste dicton, contre lequel je proteste : Lou Brames fans cl courtes. »

Poste aux lellrcs. — Les lettres arrivent tous les jours et repartent 2 h. après.

PROMENADES ET EXCURSIONS

La première promenade à signaler porte trois noms sous chacun desquels elle est indifféremment désignée :

Promenade Henri iv, Bussy ou du Chateau. — Celle promenade, située an bout du village, est plantée d’arbres épais qui rendent son séjour aussi agréable pendant les grandes chaleurs et par un soleil ardent, que dangereux lorsque le temps est couvert. — C’est la promenade que doivent choisir de préférence les malades dont les forces sont affaiblies. — Elle est garnie de bancs nombreux et commodes. — Mais en tout temps, la fraîcheur du gave la rend dangereuse le soir.

La Promenade d’Argout et le Pont d’ Enff.r. — En sortant des Eaux-Chaudes on prend la route de Gabaç, pratiquée sur la rive gauche du gavede ce nom, qu’on traverse bientôt sur le Pont d' Enfer. Parvenu h ce pont, et si vous n’êtes pas sujet aux vertiges, contemplez hardiment le gouffre sans fond que la nature a creusé sous vos pas. Nul autre spectacle n’est tout à la fois plus horrible et plus beau (pardon pour l’antithèse), et n’est plus propre à donner une idée des demeures infernales.

Un peu sur la droite se voit un sapin colossal jeté comme un pont sur les deux rives du gave, et sur lequel je doute que les isards même osassent se hasarder.

Après avoir traversé le Pont d’Enfer et tourné à droite, on traverse un autre pont plus petit sur lequel il faut s’arrêter pour admirer la belle cascade dont Peau fait marcher un moulin. C’est uu des plus délicieux tableaux qu’on puisse imaginer.

A quelque distance de là le chemin devient difficile et

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parfois dangereux, le sol humide et glissant; il faut marcher avec la plus grande précaution; bientôt se présente un troisième pont, barbouillé de noir, aux deux bouts duquel sont placés des tourniquets, précaution qui nous semble avoir son utilité, en ce qu’elle s’oppose au passage des chevaux sur une aussi fragile construction. — Ce pont nous ramène à l’Etablissement. La Promenade que nous venons de décrire porte le nom de M. d'Argout. C’est un hommage rendu par la commune reconnaissante à l'homme éminent dont le séjour aux Eaux-Chaudes fut marqué par des libéralités qui contribuèrent puissamment à son embellissement.

Goist. — Celle jolie promenade exige 1 h. à pied, et 1 12 h. à cheval ou à âne. — La route est quelque peu difficile; c’est une véritable ascension que peuvent seulement faire les personnes douées de bons poumons. — Mais parvenu au terme du voyage, nul ne regrettera ses fatigues. — Ce charmant petit village, peuplé de 70 à 80 habitants, est situé sur le plateau d’une montagne aride, à l’exception de l’endroit verdoyant sur lequel s’élève le village. On v parvient par un sentier assez rapide, taillé en zigzags, et bordé d’arbres. Ce hameau est à 1 ,800 pieds au-dessus des Eaux- Chaudes. « Ce petit Etat, dit M. Moreau1, est composé de 70 habitants, tous parents, cousins, alliés; administré par une espèce de conseil des anciens qui décide souverainement sur toutes les contestations ; que l’on rassemble, et qui prononce, quand un habitant de la vallée vient demander en mariage une des filles de la république. Espèce de petite principauté indépendante, dans le genre de certains duchés de la confédération, moins un budget et une liste civile; elle fournil aussi à-peu-près tous les ans son homme au contingent cantonal.

« Vous prendrez plaisir à voir tous ces petits chalets entourés île riches prairies, de champs soigneusement cultivés. Là , on ne vous demandera point l’aumône, car tous travaillent, et le vice y est inconnu; on vous offrira au contraire avec cordialité une tasse de lait pur et frais. Enfants perdus dans les nuages, séparés par un espace immense

1 M. Moreau nous permettra rtc rendre ici hommage à son talent comme observateur philosophe et consciencieux , comme narrateur habile et original.

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