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MŒURS ET COUTUMES DE LA VALLÉE D’OSSAU

On ne voit presque pas d’exemple delà constitution Ivmphal'que pure, même parmi les femmes; auksi sont-elles exemples des goitres, si communs dans presque toutes les vallées des Pyréuées.

Les maladies du système osseux provenant de causes soit internes soit accidentelles sont rares, si l’on en juge par l’absence presque complété des difformités delà taille ou des membres : circonstance d’autant plus étonnante que les fractures devraient être assez fréquentes chez des hommes vivant au milieu de montagnes escarpées, et se livrant à la chasse des ours et des isards. On v voit aussi très-peu de scrofuleux, et le crétinisme y paraît inconnu.

Selon Bergeret, l’intempérie des saisons, les brouillards frequents et les changements subits dans la température, n auraient point d'inlluence fâcheuse sur les habitants! parmi lesquels la phthisie pulmonaire serait rare. Des renseignements exacts, pris sur les lieux mêmes, prouvent que si cette assertion est vraie pour quelquescontrées des Pyrénées elle n’est pas applicable aux habitants de la vallée d’Ossau du moins à ceux qui avoisinent le plus les Eaux-Bonnes, beaucoup de jeunes gens y étant au contraire enlevés par celte maladie. Elle prend dans ces régions un caractère d’acuité qu elle a rarement ailleurs, et parait se rapporter à cette variété connue sous le nom de phthisie galopante.

La longévité est très-grande dans la vallée d’Ossau; et si I on y rencontre ordinairement peu de vieillards, c’est que, parvenus à un âge peu avancé, ils ne quittent guère l'intérieur de leurs maisons, et ne se montrent plus aux réunions nombreuses qui attirent surtout les étrangers. Mais si l’on se rend aux églises au moment du service divin, on est étonné du grand nombre de vieillards très-âgés qui y assisient. L’expression de leur ligure est généralement noble, et leur habillement, en rapport avec leur âge, n’olfre jamais de ces disparates si communes et si choquantes dans les villes.

Malgré sa position avancée vers le midi, cette partie de la r rance, où régnent de longs hivers et des étés tempérés n’a point d influence sur le développement précoce de la puberté • exemple remarquable de l’action des montagnes dans la formation des climats partiels indépendants ilu degré de latitude.

C’est ordinairement à l’âge de trente ans, pour les hommes,

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el à celui de dix-huit à vingt-quatre pour les femmes, que les mariages se contractent. Ils ont habituellement lieu entre les habitants des mêmes villages, et l’on dit même proverbialement dans le patois local :

Qui déhore ba maridât

Que trompe, ou quey trompât.

Les accords se font clandestinement, dans la crainte qu’ils ne réussissent pas. C’est toujours quelque ami qui fait les premières démarches, et si elles semblent favorables, les plus proches parents font les secondes, mais également en secret.

Le veuvage offre dans celle vallée ceci de particulier, que celui des époux qui survit est condamné à un deuil perpétuel. La circonstance d’une seconde union ne vient pas même en aide au pauvre survivant, qui se voit, au milieu des joies d’un nouvel hymen, couvert de la triste livrée du veuvage.

Quoique pauvres et obligés à un travail continuel, les Ossalais apprécient les bienfaits de l’instruction, et, depuis plus de cent ans, toutes les communes ont une école pour les garçons; aussi trouve-t-on maintenant plus des trois quarts des hommes sachant lire et écrire. Quant aux femmes, il n’en est pas ainsi ; à moins qu’elles n’appartiennent h quelque famille dans l’aisance, elles ne reçoivent nulle instruction. Celle des hommes ne se borne pas ù ce qu’ils apprennent à l'école; ils aiment la lecture, sont observateurs et curieux. Leur esprit est fin, avec une tendance au persiflage. F.n voici un exemple rapporté par M. de L'.

« Un jour que le président des Etats de Béarn donnait à dîner aux représentants des communes, quelques dames de Pau eurent la curiosité d’aller voir à table cesSolons presque tous montagnards. Madame fie'", pour égayer la compagnie, s’adressa à un de ces députés, paysan renforcé et riche possesseur de troupeaux, en le priant de siffler à la manière fies pasteurs, quand ils appellent leurs brebis. Le Béarnais (il était d’Ossau), lin comme ils le sont tous, s’en défendit longtemps; et, cédant aux pressantes instances de la questionneuse indiscrète, il se mit à siffler, mais très-doucement. — Quoi! vous ne sifflez pas plus fort? — Jamais, madame, quand les bêtes sont près. »

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Les Ossalais partagent avec tons les montagnards le vif amour du sol natal. Ils s’expatrient fort rarement et préfèrent la pauvreté cher, eux îi l'aisance qu’ils trouveraient probablement ailleurs. Bien différents en ceci des Auvergnats,

f>ar exemple, qui consentent à passer une partie de leur vie oin du foyer paternel, pour y revenir plus lard riches du fruit d'un honnête et persévérant travail.

Comme dans tous les pays où la propriété est très-divisée , il y a ici des procès assez fréquents entre voisins; mais jamais les assises ne voient paraître devant elles les habitants d’Ossau. Le vol est presque inconnu dans cette vallée, et l'on ne se souvient pas qu’aucun meurtre y ait jamais été commis. Peut-être seul en France, ce pays a conservé, dans toute sa rigueur, le droit d'aînesse. Le premier des enfants mâles hérite toujours d’un quart en sus des autres enfants, et partage ensuite avec eux le reste de la succession. S’il arrive que la famille se compose de plusieurs filles et d’un garçon issu le dernier du mariage, il n’en conserve pas moins ses droits malgré l’âge plus avancé de ses sœurs. Cet usage, en opposition manifeste aux lois qui régissent le reste de la France, n’a jamais amené la moindre contestation, encore bien que les parties lésées sachent parfaitement qu’elles auraient le droit d’exiger un partage plus égal. Ce fait prouve, avec beaucoup d’autres, à quel point ces populations ont conservé les mœurs patriarcales. Combien de temps aurontelles encore cet attachement aux traditions des aïeux? C’est ce qu’il est impossible de dire. Déjà, les antiques coutumes sont battues en brèche sur bien des points. Chaque jour les jeunes gens qui reviennent du service militaire, les ouvriers étrangers qu’attirent les travaux de construction à Eaux Bonnes, les riches voyageurs malades ou curieux, qui abondent pendant la saison des eaux, modifient, par leur contact répété, les idées et les goûts des habitants d'Ossau, et tendent à faire disparaître les différences qui existent encore entre eux et le reste des Français. Ainsi tout se nivelle, tout s’aplanit, tout se rapproche, depuis le sommet orgueilleux du pic le plus élevé, dont chaque hiver abaisse la cime en remplissant la vallée de ses débris, jusqu’au pâtre obscur que l’éducation, des lois libérales et des rapports plus fréquents avec les autres hommes élèvent insensiblement à leur niveau.

Cependant les mœurs se maintiennent encore assez pures; et s’il est malheureusement vrai que le nombre des enfants naturels ne soit pas moindre ici que dans la plupart des autres contrées, il faut se hâter de dire que tous, ou presque tous, sont légitimés par le mariage subséquent de leurs parents. Chaque fille qui devient mère déclare le nom du père de son enfant, et nulle famille dans le pays ne voudrait s’allier à celui qui, après celte faute, chercherait à contracter alliance autre part. Les rares exceptions à cette loi de toute justice n’ont guère été offertes que par des étrangers sans aveu, ouvriers ou soldats, qui fuient lâchement après avoir semé l’opprobre sur leur passage.

Les sentiments de loyauté et d’honneur que nous venons défaire connaître chez lesOssalais, leur vie patriarcale et de famille indiquent déjà une population chez laquelle les croyances religieuses sont encore dans toute leur force. La religion catholique, la seule qui existe dans cette vallée, y exerce, en elfel, un grand empire; et nulle part ailleurs, si ce n’est peut-être en Bretagne, les préceptes de l’Eglise ne sont plus scrupuleusement observés. Toutefois, malgré les efforts des prêtres chargés de les conduire, ces âmes à croyances fortes s’attachent à tout ce qui est merveilleux, et la superstition étend son sceptre mystérieux sur une grande partie de la population. Elle règne surtout parmi les femmes, moins instruites que les hommes, et participant beaucoup moins qu'eux au mouvement général d’émancipation intellectuelle. Aussi la bronche* ou sorcière, inspire-t-elle ici un sentiment général de terreur et d’effroi. Ce n’est pas un démon, c’est bien pis : c’est une personne frappée de réprobation dès sa naissance, et que le baptême ne purifia pas; loin de là, ses parrain et marraine la dédièrent au diable, qui s’empressa de partager avec elle une partie de son pouvoir. Aussi la bronche, qui connaît l’origine de sa puissance, ne l’emploie-t-elle qu'à faire le mal ou à tourmenter ses voisins. Elle peut se transformer en vapeur, en eau, en vent, en chien, en chat

Beaucoup de femmes l’ont vue sous ces dernières formes et

i Peut-être faudrait-il écrire brore : c’est, je. crois, le véritable nom ; mais tous les Ossalais écrivent et prononcent brourhe.

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